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Recherches anthropologiques dans l'Afrique Orientale, Égypte

des historiens. Les érudits et les archéologues modernes — appliqués an déchiffrement des textes et à l’interprétation des monuments — n’ont pas été moins passionnés par

ce double problème que les ethnographes et les anthropologistes. Les innombrables vestiges de cette civilisation meomparable dont le point de départ se perd dans la nuit des temps, aussi bien que la diversité des races humaines qui se sont développées dans la vallée du Nil, n’ont pas cessé, depuis Hérodote, de préoccuper les voyageurs et les savants. Aussi n’y a-t-il pas de peuple sur lequel on possède plus de documents ethnologiques que sur le peuple égyptien. Il n’en est pas dont la morphologie ait été l’objet d’un aussi grand nombre de dissertations et ait donné lieu, cependant, à un plus grand nombre d'opinions contradictoires. Sans remonter aux écrivains de lantiquité, on voit Volney*, voyageur célèbre de la fin du xvrn siècle, généralement bon observateur, soutenir que les Égyptiens étaient de véritables nègres ; puis Denon?, un voyageur de la même époque, prétendre qu’ils appartenaient à la race caucasique, tout comme les Européens. Poinsinet de Sivry* les fait descendre d’une colonie celtique, et Winkelmann d’une immigration chinoise ; tandis que Moreau de Jonnes® affirme que Egyptien pur a dù être

primitivement identique à l’Indopolynésien et qu’il est à croire que tous les deux ne firent

qu'un type unique, originaire de lExtrême-Orient. Enfin lon entend couramment qua ifier les anciens Égyptiens de Sémites ou d’Asiatiques et les modernes d’Arabes. Bien que la méthode scientifique, dont Pabsence absolue explique ces données si

divergentes du type égyptien, ait prévalu dans le courant du x1x° siècle, on ignore encore

ce qu’était exactement ce peuple, le pays d’où il sortait, les races auxquelles il appartenait;

personne n’a donné une réponse satisfaisante à cette question éminemment com— 1 Voyages en Syrie el en Egypte faits pendant les années 1783 el 1785, 2 vol. in-8°, 1792.

2? Voyage en Egypte, À vol. in-4°, 1710.

3 Origines des premières sociétés, Amsterdam, 1769.

i Histoire de l'art chez les anciens, trad. fr. de Hubert, 1 vol. in-4°, 1802.

5 Hihnogénie caucasienne, 1 vol. in-8°, 1860.

vi INTRODUCTION

plexe. On discute donc encore sur l’origine des Égyptiens et sur celle de leur civilisation; on se demande si leur race et leur génie ne seraient pas autochtones, s’il faut en rechercher le point de départ dans le centre de l'Afrique, en Ethiopie ou en Libye, ou

si l’on a plus de chances d’en retrouver les racines en Asie, ce berceau légendaire de tant de races et de tant de civilisations !

Les orientalistes les plus éminents, tels que Brugsch‘, Ebers?, Lauth5 et d’autres, se sont ralliés à cette dernière opinion à la suite d’E. de Rouge“. 2e savant assyriologue Hommel”, lui, va plus loin ; il fait venir toute la civilisation égyptienne de la Babylonie. Mais cette manière de voir qui n’était basée que sur des spéculations philologiques a pris une plus grande importance lorsque survinrent les découvertes de MM. Pétrie*, Amelineau? et de Morgan dans les nécropoles archaïques qu'ils dirent préhistoriques où prédynastiques. >our MM. de Morgan, Jecquier”, Wiedmann #, et quelques autres archéologues, les

racines de la civilisation égyptienne doivent être recherchées en Mésopotamie.

es raisons de M. de Morgan sont relatives à la linguistique, à l’écriture, à limportation des métaux, des arts, au mode de construction des sépultures, à la faune et à la flore. I’introduction, en effet, en Égypte, de la brique erue, dont l’invention est bien chaldéenne, compte parmi les arguments les plus importants que présentent MM. de Morgan, Jecquier et Wiedmann. Un autre argument, non moins concluant, c’est l’usage constant du cylindre, si essentiellement chaldéen, pour imprimer le nom du roi sur les

objets lui appartenant. L’abondance, enfin, dans ces tombeaux, de vases en pierre analogues à ceux de Tello, est un fait qui vient encore renforcer la thèse de ces savants archéologues.

Pour M. Schweinfurth!', l’Arabie méridionale doit être regardée comme un des foyers les plus importants du genre humain. Les relations de ce pays avec l’ancienne Égypte sont attestées par l'importation des arbres sacrés, le Persea etle Sicomoreus, qui furent cultivés en Egypte dès la plus grande antiquité, comme le prouvent des inscriptions de la IV®* dynastie. On en a trouvé, du reste, des fruits dans les tombeaux d’Abydos. Ces arbres, qui appartiennent à la flore spontanée de PArabie Heureuse, se rencontrent également dans PAbyssinie du nord. Ils ont pu pénétrer dans la vallée du Nil par la mer Rouge et la Nubie, et c’est cette route qu'ont dù suivre les envahisseurs, pasteurs et

4 Ueber den Ost und West Punkt des Sonnenloufes nach den Altägypten. Vorstellungen. Zeitschrift, 1864.

? Ægypten und die Bücher Moses.

3 Aus Ægypten Vorzeit.

1 Recherches sur les monuments attribués aux six premières dynasties.

5 Geschichte Babyloniens und Assyriens. Der Babylonisch Ursprung der ægyptischen Kultur, Munch., 1892.

5 Illahoum, Kahoum and Garob, 1886-1889 (History of Egypte, London, 1894). — Nagadah and Ballas, London, 1900.

7 Les Nouvelles Fouilles d'Abydos, Paris, 1897.

S Recherches sur les origines de l'Egypte ; l'âge de la pierre et les métaux, Paris, 1896.

® In de Morgan, loc. cit.

10 Zn de Morgan, ibid.

11 Notes sur certains rapports entre l'Arabie et l'ancienne Egypte d’après son récent voyage dans l’Yemen (Société Khédiviale de Géographie, 1890. — L'Age de la pierre en Egypte (46id., 1897).

INTRODUCTION vil

pêcheurs, à l’époque primitive. D’après M. Schweinfurth, c’est dans les montagnes de l’Etbaye que l’on doit trouver lestraces du passage de ces tribus asiatiques d’où sortit plus tard la nation égyptienne, Pour le savant botaniste, les descendants de ces premiers conquérants de l'Égypte se trouvent parmi les Bedjah, dont les tribus les plus connues sont celle des Ababdeh et surtout celle des Bicharieh.

M. Pétrie! considère que la race des nécropoles archaïques est une nouvelle race,

new race, et quelle est d’origine libyenne. Quoique étayée sur des considérations

insuffisantes, cette hypothèse ne doit pas être rejetée «& priori.

Étant donné, en effet, que le gros de la population de l'Égypte présente les caractères principaux des races que l’on trouve de toute antiquité dans les parties du continent ibyen qui bordent la Méditerramée, il est logique, ainsi que le propose M. Maspero*, de croire qu’elle est originaire de l'Afrique même et qu’elle se transporta en Égypte par ’ouest ou par le sud-ouest.

Bien que partisans, en principe, de l’origine africaine des Égyptiens, les ethnologues et les naturalistes comme Nott et Gliddon*, Morton‘, Perrier”, Hartmann°, Hamy”’ et d’autres sont plutôt portés vers la théorie de l’indigénat, telle que avait comprise Tartmann.

Cette théorie, qui n’a été formulée, en somme, que sur des matériaux encore insuf—

res parmi les anthropologistes. Les

fisants, est celle qui jusqu'ici rallie le plus de sufire résultats de nos recherches personnelles nous montreront par la suite si nous devons nous

y rattacher. Elle est, sans conteste, plus acceptable que celle du vénérable Remich, equel soutient que non seulement les Egyptiens sont africains d’origine, mais que les races humaines de l’ancien monde : Europe, Asie, Afrique, descendent d’une seule amille dont le siège originel était sur les bords des grands lacs de l’Afrique équa— oriale.

Quoi qu’il en soit, et d’où qu’on fasse venir les Egyptiens, — si on ne les considère

vas comme des autochtones — il est un fait qui parait certain, c’est que peu après leur établissement dans la vallée du Nil, le pays et le milieu les conquit et se les assimila

comme il n’a cessé de le faire pour les étrangers qui sont venus s’y fixer.

L’ethnogénie de l'Egypte dont les bases ont été jetées en grande partie — 1l faut le reconnaitre — par les philologues et les archéologues, n’est véritablement entrée dans

une phase de progrès que du jour où les naturalistes leur ont apporté le concours de leur

méthode et de leur activité.

2"Loc- cit.

? Histoire ancienne des peuples de l'Orient ; les origines, t. I.

3 Types of mankind, Philadelphie, 1857.

‘ Crania Ægyptiaca, in-4°, Philadelphie, 1844.

# Mémoire Soc. d'anthrop., t. I, Paris, 1863, et Bull.Soc. d'anthr., t. I], 1861.

5 Die Nigritier, eine anthropologische ethnologische monographie, gr. in-8, Berlin, 1876.

Aperçu sur les races humaines de la basse vallée du Nil /Bull. Soc. anthr., Paris, 1886, et Crania ethnica).

8 Der einheitliche Ursprung der Sprachen der Alten Welt nochgewiesen durch Vergleichung der Afrikanischen, Brytreischen und Indo-Germanischen Sprachen mit Zugrundlegung des Teda,

Vienne, 1873.

INTRODUCTION

Avec Blumenbach!, en effet, le premier qui ait parlé du type physique des vieux issent de nombreuses observations anthropologiques. On voit successive—

Égyptiens, ment Morton?, Nott et Gliddor miner les caractères morphologiques des peuples de la vallée du Nil. Il est curieux de

surg

s'attacher dans la mesure de leurs ressources à déter—

constater que Morton, en rappelant les anciennes idées de Blumenbach ‘et de Wies—

mann?, sur l’ethnogénie égyptienne, parait croire lui-même que parmi les races figurées

sur les anciens monuments pharaoniques se rencontrent, en outre des Pélasges, des Sémites et des Nègres, des Mongols et des Indous.

, de Philadelphie, à étudié la craniologie des anciens

Un autre Américain, Meig sujets des Pharaons et a fait plus spécialement connaitre la capacité des crènes de la

collection Morton.

En Europe, Pruner bey”, qui a longtemps habité l'Egypte, fut un des premiers à observer les erânes recueillis par Prissé d’Avesne, et, comme Perrier qui avait plusieurs fois voyagé dans la vallée du Nil, il a longuement discouru sur ethnologie égyptienne.

Puis ce sont les professeurs Broca?, de Quatrefages et Hamy”

; qui font connaitre les caractères des crânes des vieux Egyptiens, pour la plupart recueillis par Mariette, ainsi que ceux qu’ils ont récoltés eux-mêmes en Nubie.

M. Emile Schmidt", enfin, a décrit les nombreuses collections de l’Université de Leipzie, recueillies en partie par M. Mook et surtout par lui-même. Ces séries proviennent, comme celles de Paris, des principales nécropoles de la région thébaine et de la basse Nubie, mais leur ancienneté relative n’est pas absolument certaine.

C’est ensuite M. Hartmann ©, qui décrit la collection craniologique égyptienne moins nombreuse mais non moins intéressante du musée anatomique de l’Université de Berlin et qui a la même origine.

Nous voyons ensuite le D° Fouquet, du Caire, étudier les crânes découverts de 1893

à 4897 par M. de Morgan dans les nécropoles dites préhistoriques de la Haute-Egypte.

Puis c’est M. Pétrie‘* qui, bien que prétendant que « l'anthropologie est un buisson d’épines », publie les caractères principaux de sa ne race prédynastique. L'étude des crânes décrits par M. Fouquet, qui a soulevé une vive discussion au sein de la Société

d'anthropologie de Paris, est reprise peu après par MM. Zaborowski et Verneau.

4 Decad. craniorum, t. IV et VIT,

? Loc. cit.

3 Indigenous races of earth. Crania characteristic of the races of man.

4 Loc. cit.

5 Beilräge zur Naturgeschichte, ? ter, Th. 1811.

5 Catalogue of human crania of the collection. Acad. of nat. se. of Philadelphia, in-8°, 1857.

7 Recherches sur l’ancienne race égyptienne (Mém. Soc. anthr., 1863).

SToccit.

° Registres inédits de Broca, du Laboratoire d'anthropologie de Paris, 1868 à 1878.

1 Crania ethnica, À vol. in-4° de texte et 1 vol. in-4° de planches, 1882.

1 Die anthropologischen privat Sammlungen Deutschland (Catalog. craniologischen Sammlung, Leipzig, 4 vol. in-4°, 4887). Ueber alt und neuägyptische Schadel (Arch. jür Anthrop. Band XVII, Seit 189, 1883).

12 Das anthropologische Material des anatomischen Institutes der küniglischen Universität zu Berlin (Die anthropologischen Sammlung Deutschland, 1 vol. in-4°, 1883). 15 In de Morgan, loc. cit.

4 Nagadah and Ballas.

INTRODUCTION 1x

J’ai moi-même décrit, vers la même époque, une série de crânes provenant de mes fouilles dans la nécropole de Khozan ‘, appartenant au même äge que celle de Négadah. Les matériaux anatomiques recueillis dans les nécropoles d’Abydos et des environs ont fait, un peu plus tard, Pobjet de mémoires intéressants, de la part de M. Randall-Maciver * et de M. le professeur Kollmann, de Bâle.

Une étude, enfin, des plus considérables sur les crânes de la nécropole de Négadah, recueillis par M. Petrie, a été entreprise courageusement par miss C. D. Fawcett, B. Se.*.

En outre de ces travaux spéciaux, il ne faut pas oublier que la plupart des anatomistes et des anthropologistes les plus éminents ont parlé des caractères craniologiques des vieux Égyptiens; qu'il me suffise de citer parmi eux MM. Owen’, Retzuis, B. Davis’, Carus$, Czermak°, Virchow ", ete. Ce dernier a, durant un voyage au Caire, fait comme le D' Fouquet !! une étude intéressante des momies de quelques pharaons.

La croyance des Égyptiens à la persistance de l’individualité peut seule expliquer les coutumes funéraires de Pancienne Egypte, la généralisation de Pusage de l’embaumement et le haut degré auquel est arrivé cet art. Il est, du reste, difficile de trouver à un procédé de conservation des morts aussi dispendieux d’autres raisons que le besoin impérieux de reculer les limites de la vie physique et d'ajouter à la survivance de l’âme la persistance de l'enveloppe corporelle. (est par suite de cette circonstance que les momies ont pu être étudiées au point de vue anthropométrique avec presque autant de facilité que les habitants actuels du même pays. On a pu ainsi faire des comparaisons intéressantes, surtout quand leur identité est connue, ou qu’elle a pu être établie au moins approximati-

vement.

La masse de crânes et de momies arrivés entre les mains des anthropologistes est

actuellement considérable ; elle atteint certainement le chiffre de trois mille pièces,

mais le nombre des sujets dont on connait sürement la provenance, la date ou l'ancienneté relative, ou même l'identité, est fort peu considérable. Cest même ce qui a fait dire aux savants auteurs du Crania ethnica, que l'anthropologie de cette race illustre était encore imparfaite. « Pour bien connaitre le type égyptien ancien, ajoutent ils, et les variations qu’il a subies pendant les longs siècles qui séparent les constructions des pyramides du règne d'Alexandre, il faudrait pouvoir étudier séparément et comparer ensuite les erandes séries de pièces extraites de nécropoles dont la date serait archéo—

logiquement établie d’une façon certaine. »

{ Bull. Soc. anthrop., Lyon, 1898.

2? The earliest inhabitants of Abydos, 1 vol. in-4°, 1901.

3 Die Graber von Abydos (Correspondenzblatt Deutschen anthropologischen Gesellschaft, 1902).

‘ Study of the variation and correlation of the human skull, with special reference to the Naquadah crania (in Biometrika, 1 vol. in-8°, 1902).

5 Contribution to the ethnologie of Egypt (Journal of the anthr., t. IV).

$ Æthnologische Schriften.

3 Thesaurus craniorum.

S Atlas der Cranioscopie, t. IV.

% Beschreibung und mikroskopische Ægyptlischer Mumien, Viener Acad., t. IX.

10 Die Mumien der Kônige, in Museum Boulacq, Akad. Berlin, 1888.

1! Bull. Soc. anthrop. de Paris, 1886. — Institut Egyptien, 1896.

INTRODUCTION

Cette tâche que Broca avait entreprise sur les matériaux réunis par Mariette et que le khédive Ismaïl avait offerts au Muséum de Paris, jai essayé de la continuer en étudiant de nouveau et en mettant en œuvre ceux qui ont été réunis dans d’autres collections ou que j'ai pu recueillir moi-même.

Mes séries se composent de 359 crànes et de 24 momies que j'ai fait extraire, durant mes divers voyages en Egypte de 1898 à 1904, de quelques nécropoles ou hypo— gées datant apparemment des III, XIIe, X VIII et XX VI* dynasties et de l’époque gréco— romaine.

La collection Mariette se compose de cinq cents et quelques crânes et d’une vingtaine de momies entières. Elle appartient aux IVe, VE, XVII et XX VF dynasties et à l’époque ptolémaïque. La plupart de ces documents proviennent de Sakkarah, de Monfalout, de Drab Abou’l neggal’ et autres points de la nécropole de Thèbes. Les collections anthropologiques de l'Ecole de médecine du Caire où ont été transportées, depuis peu, la plupart des momies ne présentant pas d'intérêt archéologique, se composent de près d’un millier de pièces. La plus grande partie de ces collections, presque inabordables autrefois au musée de Gizeh, sont encore moins accessibles actuellement, dans leurs nouvelles demeures; elles n’étaient pas encore déballées et installées lors de mon dernier voyage en Egypte. Jai pu cependant connaitre, grâce à l’extrême obligeance de M. le D' Eliot Smith, le conser—

rateur du musée anatomique de l’école de médecine, les richesses anthropologiques de la ville du Caire.

Parmi les grandes séries de crânes et de momies dont malheureusement beaucoup ont une origine douteuse, on doit citer 400 momies archaïques de la nécropole de Naga— ed-der près Girgeh; une cinquantaine de squelettes dits préhistoriques d'El Amrah; des séries de squelettes des F°, II, III, IVe, Ve, VI’, Xe, XIe, XIIe et XVIII dynasties de N XVI dynasties d’EI Amrah: des crânes de la XI° dynastie de Beni-Hassan ; des sque—

—ed-der; des squelettes de la IV® dynastie de Gizeh; des squelettes des XI ct

lettes de la XVII dynastie de Thèbes, ainsi que des momies des temps ptolémaïque, romain, copte et moderne, provenant des différents points de l'Egypte.

Il a été apporté jadis un nombre considérable de momies en Europe et en Amérique soit à titre de curiosité, soit comme produits pharmaceutiques où comme collections scientifiques.

On doit citer, parmi les séries les plus importantes, celles des musées de Philadelphie, New-York, Leipzig, Paris, Berlin, Londres, Vienne, Munich, Bruxelles, Lyon, Flo rence, Stockholm, Bordeaux, Toulouse, ete.

Mais tous les matériaux anatomiques constituant ces nombreuses suites qui viennent d’être énumérées et parmi lesquels les anthropologistes ont choisi les éléments de leurs études, sont-ils bien véritablement des anciens sujets de Pharaons ? Est-ce que les nécropoles thébaines et memphites n’ont pas reçu, à toutesles époques, d’autres morts que des Egyptiens d’origine ? Est-ce que, dans ces temps reculés, les grands centres n’attiraient pas, comme de nos jours, les provinciaux du Nord et surtout du Sud ? Ces faits ne peuvent paraître douteux, et l’on peut même ajouter que quiconque connait la façon dont se déplacent les peuples en Afrique aussi bien qu’en Asie, admettra facilement que Nubiens ou Ethiopiens, Soudanais et Bédouins ont afflué de tout temps chez les Egyptiens. Il est pro-

INTRODUCTION XI

bable, toutefois, que déjà à cette époque, chaque race se cantonnait sur tel ou tel point et

que chacune d’elles avait son cimetière. Les vestiges de ces populations sont donc vraisemblablement moins mêlés qu’on le dit, et je crois que l’on peut affirmer que, s’il y a des confusions parmi les dépouilles humaines extraites des nécropoles antiques, elles sont dues pour la plupart aux mains des fouilleurs inexpérimentés.

Il y a lieu d'étudier séparément les restes des ancêtres des Egyptiens aussi bien que ceux des races conquérantes qui se sont montrées dans la vallée du Nil à la veille de la

décadence et de la ruine de la suprématie pharaonique.

Il faut étudier également à part les dépouilles des rois, des princes et des prêtres qui

ont régné dans la vallée du Nil et présidé aux destinées de sa population pendant tant de siècles. Peut-être sera-t-il possible de rattacher les types de ces personnages et ceux des différents groupes ethniques qui ont été soumis à leur joug aux peuples divers qui habitent aujourd’hui le même pays et les régions qui l’avoisinent.

Si les populations anciennes de l'Egypte ont été beaucoup étudiées par les philolo-

gues, les archéologues et même les anthropologistes, il n’en est pas de même des populations actuelles. Elles ont attiré, certes, l'attention des voyageurs, mais lorsque ceux-ci n'étaient ni des savants médecins ni des naturalistes avisés, elles ont été le plus

gées.

souvent nés Les matériaux ethnographiques et anatomiques, déposés autrefois dans les musées,

n’ont pas toujours, à part quelques exceptions, des origines précises. Il n’en est plus de

même actuellement et, tout en y affluant en plus grand nombre, ils présentent pour la plupart des garanties réelles de provenance.

I n’y a pas plus de trente ans que, grâce à la fondation des laboratoires d’anthro— pologie des professeurs Retzius, Broca, de Quatrefages, Virchow, Bogdanov, Mantegazza, Kolmann, Schmidt.et quelques autres contemporains, les voyageurs qui veulent recueillir des documents vraiment utiles à la science ont été initiés aux méthodes d’obser— vation, de mensuration et de photographie anthropométriques.

Dans l’enseignement de ces maîtres éminents et de leurs savants disciples, ils peuvent comprendre la valeur des matériaux qu’ils sont à même de réuni: durant leurs explorations ; ils peuvent aussi se convaincre bien vite de la nécessité de les collectionner avec cette rigoureuse exactitude qu’exige toute étude scientifique.

Malgré cela, les voyageurs anciens ont rapporté de leurs explorations des documents de la plus grande valeur, à tous égards, en ce qui concerne l’Afrique orientale en particulier, et qui ont servi de bases à toutes les recherches ethnologiques modernes.

Il me suffira de citer à l’appui de cette opinion les travaux de quelques-uns des

auteurs les plus connus parmi ceux que l’on doit consulter, quand on veut étudier les populations de la vallée du Nil et des régions limitrophes.

L'EGypTE b

INTRODUCTION

En laissant de côté les voyageurs de l’antiquité et du moyen âge, d’Hérodote et

Strabon à Makrizi et à dote, d’une façon plus

Aboulfeda, ainsi que des autres primitifs qui ont parlé, sauf Héro— ou moins vague, des peuples de la vallée du Nil, ce n’est qu’à

partir du xvrn° siècle que l’on trouve, sur ces populations, des récits d'apparence exacte.

Tout d’abord, on voit Danville ! et Savary ? donner, dans leurs célèbres lettres et mémoires

sur Egypte, des aperçus sur les races des pays qu’ils venaient d’explorer. Vinrent ensuite

les récits de Volney® qui visita l'Egypte en revenant de Syrie. Celui-ci fut le premier

qui présenta des notions un peu circonstanciées sur les habitants de la terre des Pharaons,

mais il est dificile de p Viennent ensuite Cest à la veille d

artager bon nombre de ses appréciations.

es ouvrages de James Bruce‘, de Brown? et de Sonini.

u x1x° siècle que le champ des explorations scientifiques est réelle-

ment ouvert par l’expédition de Bonaparte. Apparurent alors les travaux de Denon’, de

Champollion , d’Améd

ée Jaubert”, de Jomard ®, de du Bois-Aymé ‘! sur les Egyptiens et

les tribus arabes du désert.

Puis ceux de Cha

médecins de l’expéditio

ol de Volvic®?, sur les mœurs des habitants de PEgypte. Deux n : Larrey * et Desgenettes l# donnèrent enfin, dans la description

de l'Egypte, des notions précises sur les caractères physiques des Coptes et des Fellahin.

Peu après surgit

e superbe ouvrage de Rosellini#, dans lequel on trouve la repro— Ï 2 ;

duction exacte d’un très grand nombre de scènes et de portraits gravés, peints ou sculptés

sur les monuments pharaoniques.

De son côté, Qua

mémoires historiques et géographiques

remère ‘* aborde sérieusement Pethnogénie de l'Egypte dans ses

À ce même point de vue spécial, Clot bey , puis

Pruner bey Ÿ et enfin Commencent ensu

! Mémoire sur l'Egyp ? Lettres sur l'Egypte, # Voyage en Syrieete

errier ® ont traité magistralement la question. ite les grands voyages de Cailliaud*®, de Ruppel”', de Burkardt*,

te, 1 vol. in-4°, 1765.

, 8 vol. in-&o, 1777.

n Egypte pendant les années 1783 et 1785, 2 vol. in-8°, 1792.

4 Voyage en Nubie et en Abyssinie pour découvrir les sources du Nil, traduction française de

Cartera, 5 vol. in-4°, 1788.

5 Travets lo discover the sources of Nil, 4 vol. in-4°, 1790. 5 Voyage dans la Haute et Basse-Egypte, 3 vol. in-8° et atlas in-folio, 1799. 7 Voyage en Egypte, 1 vol. in-4°, 4810.

$ Monuments de l'Egy

pte et de la Nubie, 2 vol. in-4°, 1803.

° Description de l'Egypte, 26 vol. in-8° et 12 vol. de planches in-folio, 1824. 1 Description des monuments de Thèbes (in Description de l'Egypte).

jh Goes D JE AC e 1 Note sur la conforma LOT bide

tion physique des Egyptiens, etc. (in Descrip. de Egypte).

5 Monumenti dell Egyplo e della Nubia, 8 vol. in-8°, et 3 vol. atlas in-folio, 1841. 15 Mémoires historiques, 2 vol. in-8, 1811.

4 Recherches sur l’anci

Aperçu général sur l'Egypte, ? vol. in-S°, 1840. ‘# Ethnogénie égyptienne (Bull. Soc. anthr., Paris, 1863).

enneté de la race (Bull. Soc. anthr., Paris, 1863).

Voyage à Meroé et au fleuve Blanc, ete., 8 vol. in-8, et 3 vol. atlas in-folio, 1826.

#L Reisen in Nubien, Kordofan, ete., 2 vol. in-S°, 1827.

* Travels in Nubia, 1

vol. in-8°, 1843.

INTRODUCTION XIII

de Kowalewskitet de Linant de Bellefont#, dont les récits sont riches en détails ethnographiques.

Cest enfin Lauth#, trop souvent cité parce qu’il décrit d’une façon par trop fantaisiste les mœurs des Egyptiens. Paraissent bientôt après les premières grandes explorations vers les sources du Nil, le Bahr-el-Ghazal, les grands lacs, tout le Soudan oriental y compris le Darfour, le Kordofan et le Niam—Niam.

Successivement et assez rapidement, on publie les récits pleins de détails ethnogra— phiques des Speke“, Tremaux”, Lejean”, Burton’, Russegger, Pallme’, Cuny, Peney", Rohlfs®, Hartmann“, Schweinfurth"*, Nachtigal®, Marno®, Emin beyt, Chaïllé-long , Menges®, Lupton”, Purdy*, Berghoff”, Duveyrier*®, Buchta*,

Felkin #, ete.

Parmi les voyages les plus récents et les plus importants, dont il a été publié des récits intéressant l’anthropologie égyptienne, il faut citer, pour la partie orientale, celui de M. Fourtau”, dans la partie septentrionale du désert arabique. Ce savant géologue a recueilli, durant cette exploration, nombre de documents intéressants sur les Bédouins de cette région.

Pour l'Ethiopie, on remarque d’abord l’ouvrage duregretté D' Philipp Paulitschke?, victime de son dévouement à la science, sur l’Zfhnologie des populations du nord est de l'Afrique et particulièrement des Danakil, des (ralla et des Somali.

Puis viennent les notes anthropologiques de M. Charles Michel, le second de la

! Voyage en Nubie (Ann. des Voy., 1859).

? L'Etbaye. Pays habité par les Bicharieh, 1 vol. in-40,1868, 3 Modern Egypte, # vol. in-8°, 1837.

4 Journal of the Discovery of the Sources of Nil, 1 vol. in-8, 1860. 5 Au Soudan {Bull. Soc. géogr., 1882).

$ Voyage aux deux Nils (le Tour du Monde, 1864). 7 Voyage aux grands lacs de l'Afrique orientale (Le Tour du Monde, 1860). $ Reise in Eyypten, Nubiven, ete., 1 vol. in 8°, 1844. * Beschreibung von Kordofan, 1 vol, in 8°, 1844. 1 Voyage de Siout à El Obeid (Ann. des Voyages, 1858 et 1863). 11 Bull. Soc. géogr., 1859 et 1863.

? Petermann, Mittheilungen, 1867.

1 Reise durch Nordost-Africa, 1 vol. in-8°, 1864. — Die Nigritier : eine anthropologische-Ethno- . in-8°, 1876.

4 Au cœur de l'Afrique, traduction française, 2 vol. in-8°, 1875. 5 Bull. Soc. géogr., 1875. — Sahara et Soudan, traduction française, 1 vol. in-8°, 1885. 40 Petermann, Miltheilungen, 1872.

41 Petermann, Mittheilungen, 1875 à 1880.

18 Bull. Soc. géogr., 1884.

4 Petermann, Mittheilungen, 1884.

% Proceedings of the Soc. géogr., 1894.

#4 Bull. Soc. khédiviale de Géogr., 1880.

2 Globus, 1881 2 Bull. Soc. géogr., 1884.

#4 Petermann, Mittheilungen, 1881.

25 Proceedings of the roy. Soc. Edimburgh, 1884. 2% Bull. de la Soc. khédiviale de Géogr. du Caire, 1900. % Hthnographie Nordost.-A fricu. Die geistige Cuitur der Danäkil, Galla and Somal., 2? vol. gr. in-8°, avec cartes et planches, 1896.

# Bull. Soc. anthr., Lyon, 1900.

logische Monographie, 1 vol.

mission de Bonchamps, à travers Fachoda, rempli de renscignemen on du Nil Blanc a été de

La régi

INTRODUCTION

l'Ethiopie et son magnifique volume intitulé : Vers s ethnographiques !.

nouveau explorée récemment par M. le D' Innes bey?,

de l'Ecole de Médecine du Caire. Quoique entreprise dans un but essentiellement zoolo—

gique, cette expédition a fourni du

Pour les pays limitrophes de quable travail de MM. Hanotaux e dits Xabyles ; puis les publications celui de M. Kalhet”°

iles documents ethnologiques.

VE Letourneux ?, sur les mœurs et coutumes des Berbères, de MM. Randall-Maciver et Anthony Wilkin #, et enfin

ovpte, vers l’ouest, on ne doit pas oublier le remar—

Je ne saurais trop, d’autre

mémoires que M. le D' Collignon

art, appeler l'attention sur les nombreux et savants et M. le D' Bertholon? ont, depuis nombre d’années,

consacrés aux populations de l'Algérie et de la Tunisie qu’ils ont si bien étudiées au point

de vue ethnographique et anthropométrique.

Le résumé bibliographique qui précède montre combien sont considérables les maté—

riaux anthropologiques accumulés

Il montre aussi quelle en est la dive né

cise qu’on ne l'avait fait jusqu’à ce

En étudiant, en effet, les publications relatives

ple, on peut constater d’abord que

recherches, manquent de la précisi

par les archéologues, les naturalistes et les voyageurs.

sité, et combien ils sont épars. Il démontre enfin la

sité et l'urgence qu’il y avait de les coordonner pour établir, d’une facon plus pré—

jour, l’ethnologie ancienne et moderne de l'Egypte.

à l’origine des Egyptiens, par exem—

> la plupart des éléments qui ont servi de base à ces

on et de la méthode qu’exigent aujourd’hui les seiences

histologiques aussi bien que les sciences naturelles. En cherchant aussi à édifier l’ethno—

génie et l’ethnologie de l'Egypte, exclusivement d’après des données historiques ou philoso—

phiques plus ou moins largement

plus où moins discutables., Ce résultat étai

interprétées, on devait about à des théories toutes

d'autant plus fatal que la plupart des auteurs,

pressés de conclure, ont presque tous abordé la synthèse de la question avant d’en avoir

à peine effleuré l’analyse.

Les naturalistes et les archéo

adressés à l'examen détaillé des m

en effet, lorsqu'ils sont recueillis par des mains expérimentées

la vérité, plus lentement peut-être

logues habitués, eux, au contraire, à l’analyse, se sont

atériaux provenant de fouilles ou de voyages. Ceux-ci,

permettent d'approcher de

, mais plus sûrement. Toutefois, lorsque ces matériaux

proviennent d'anciennes fouilles ou de vieux voyages, ils présentent souvent des origines

plus ou moins vagues et, dès lors,

ils deviennent inutiles. Quant aux documents nouvelle

! Mission de Bonchamps. Vers Fachoda à la rencontre de la Mission Marchand à travers

l'Ethiopie, 1 vol. in-8°, 1900.

? Voyage au Nil Blanc, broch. in-8°, 1902.

3 La Kabylie etles coutumes kaby i Libyan notes, À vol. in-4°, 1891.

les, 3 vol, in-8°, 187:

5 Reise Hrinnerungen aus Algerien und Tunis, 4 vol. in-8°, 1885. 5 Etude sur l'ethnographie générale de la Tunisie (Bull. géogr. hist. et descr., 1887.

ü Exploration anthropologique de la

Khoumirie (Bull. géogr. hist. et descr., 1892. — Résumé de

l'anthropologie de la Tunisie. Broch. in-8°, 1896. — Exploration anthropologique de l'ile de Gerba en

Tunisie (L'Anthropolo, 1897). — Les

(Revue tunisienne, 1899). — L'Année anthropologique nord-africain, 1902 à 190%.

premiers colons de souche européenne dans l'Afrique du Nord

INTRODUCTION XV

ment recueillis dans des excavations, ou des explorations récentes, ils ne méritent plus, en général, cereproche. Les procédés nouveaux d'investigation et la méthode scientifique qui ont prévalu depuis quelques années, ainsi qu’une meilleure préparation des explora— teurs, ont réussi, actuellement, à mettre les anthropologistes en possession de matériaux plus nombreux et plus utilisables que par le passé.

Des collections de erânes de vieux Egyptiens récoltés dans les nouvelles fouilles, ont été formées, soit dans les musées du Caire, soit dans plusieurs grands musées de l’Europe. Quelques crânes modernes et de très riches séries d'objets ethnographiques y

ont été

ralement envoyés de la Nubie et du Soudan. D’innombrables photographies enfin ont été rapportées de toute la vallée du Nil et des régions voisines.

La démographie de l'Egypte, dont l’importance scientifique et pratique n’a pas échappé à l'administration khédiviale, présente — dans ce pays — un intérêt d'autant plus marqué que la diversité des races qui l’habitent y est plus grande. Plusieurs tentatives de recensement ont été faites autrefois, mais c’est vraiment celui du 4% juin 1897 qui donne, non seulement la situation la plus précise des habitants de l'Egypte, en tant que nombre, mais encore celle qui fournit les renseignements les plus circonstanciés sur son état sociologique. On y trouve, en effet, en outre du chfire exact de la population entière du pays, celui de la population particulière de chacune des

localités habitées, et enfin les différents groupements de population sous le rapport de la

nationalité, de la religion, de l’instruction, de la profession, de l’âge, du sexe, ete. Bien

que je ne partage pas les mêmes idées que celles qui ont — dans cet ouvrage — présidé

au classement des peuples de Egypte, je lui ai fait de nombreuxemprunts, tout en admi— rant cette œuvre colossale. Elle fait le plus grand honneur à celui qui en a eu la

direction, M. Boynet hey, et à ses collaborateurs.

Mes recherches anthropologiques sur les peuples anciens, comme sur ceux des temps

actuels, ont porté presque exclusivement sur la Haute-Egypte. Le Saïd est resté, en effet, le cœur réel de la vieille nation égyptienne. Cest là que dès la plus haute anti— quité se sont développés les vrais Egyptiens. Cest là que la population groupée autour des souverains memphites et surtout thébains est restée plus mdépendante et plus pure de

sang que celle du nord. Si les Ethiopiens et les nègres ont pu — grâce à leur nombre —

influencer quelque peu — en apparence — le type autochtone, ce n’est que dans des pro portions infimes. Le pays n’a pas été exposé, comme le Delta, à ces mélanges incessants

des races pélasgique, libyenne, iranienne ou sémitique, venues du nord, de l’oue

surtout de l’est. La Basse-Egypte, véritable boulevard de tous les peuples de l'Orient,

ne peut présenter, en effet, qu'un mélange inextricable de types ethniques. Et plus encore

qu’une capitale ou une grande ville littorale ; elle ne peut offrir: aucun intérêt pour l'étude

ion. Ces é de

de la population ancienne ou actuelle d’une ré

one à dessein que j’ai lai

côté l'étude de la majeure partie des habitants d'Alexandrie, de Tanis, de Bubaste el du Caire. Dans tous ces grands centres, dont la rivalité passagère des princes a fait des capitales, ont afflué — à toutes les époques — des flots de population de toutes origines.

Et de nos jours — comme dans l'antiquité — Juifs, Arméniens, Arabes, Turcs, Grecs

XVI INTRODUCTION

et Européens finissent par y constituer une population plus considérable que celle des autochtones. C?est donc au sud, et jusqu'aux frontières du Soudan, qu’il faut aller pour étudier les véritables Egyptiens, Coptes et Fellahin, ainsi que leurs voisins et parents les Bedjah.

Dans ces recherches, je me suis attaché à recueillir — comme je V’ai fait pour celles que j'ai entreprises au Caucase, en Arménie et en Asie Mineure — tous les renseignements susceptibles de fournir des notions exactes sur lethnogénie, l’ethnographie et la morpho— logie des populations anciennes et modernes de la vallée inférieure et moyenne du Nil. J’ai eu d’abord occasion d'observer ou de disséquer soit au Caire, soit en Europe, plus de 150 momies (111 hommes et 24 femmes) contemporaines de presque toutes les dynasties, depuis les plus primitives jusqu’à celles qui ont vu décliner et s’écrouler la puissance des Pharaons.

J'ai étudié ensuite — dans les mêmes conditions — près d’un millier de crânes appartenant aux mêmes époques et de provenance aussi exacte que possible. Ces maté— riaux ont été séparés par localités, puis par catégories de sexes correspondant aux grandes coupures historiques, les plus généralement admises actuellement. De même que pour les séries européennes et asiatiques que jai eu l’occasion d'étudier jusqu'ici, l'expérience

m'a conduit à diminuer considérablement le nombre des mesures craniométriques à

prendre sur chaque mdividu. Je n’ai conservé que les dix-neuf diamètres pouvant fournir

des indices utilisables. Je n’ai mesuré enfin aucun crâne réparé, des matériaux de cette

nature ne pouvant que fournir des renseignements faux ou diseutables. Au point de vue de l’étude des peuples modernes j’ai mesuré et photographié enfin 85S sujets vivants adultes (694 hommes et 164 femmes). Comme précédemment, et

peut-être plus que partout ailleurs, les femmes n’ont pu être observées que grâce à l'intervention de Madame Chantre qui a pris part — du reste — à tous mes travaux anthropométriques. Ces sujets appartiennent aux quatre groupes principaux des Eevyptiens, des Bedjah, des Arabes Bédouins et des Soudanais Orientaux. Ils ont été observés

dans dix localités différentes dont trois seulement dans la Basse-Beypte. Mes observations morphologiques etanthropométriques exécutées sur chaque individu

se montent à 25 en moyenne”, ce qui fait que le total de mes opérations s’élève, pour les

peuples modernes de l'Egypte, à près de vingt-deux mille.Ces observations sur le vivant,

ainsi que celles qui ont été faites sur des momies ou des crânes, ont été prises — comme

! Les mesures craniométriques sont les suivantes: Diamètres de la tête: antéro-postérieur maximum, transverse maximum, auriculo-bregmatique et basiléo-bregmatique. — Diamètres du front: frontal maximum et frontal minimum. — Diamètres bi-orbitaires : bi-orbitaire externe et bi-orbitaire interne. — Diamètres de la face : ophrio mentonnier, ophrio-alvéolaire et bi-zigomatique. — Diamètres de l'orbite : hauteur et largeur. — Diamètres du nez. — Diamètres du trou occipital. — Diamètres de la voûte palatine,

? Je crois devoir indiquer ici la liste des observations que j'ai relevées sur les peuples actuels dont la description fait l'objet de cet ouvrage: Observations générales et anthropométriques. — [. Nation ou tribu, nom, sexe, âge, religion, lieu de naissance, profession. — II. Denture, embonpoint, couleur des yeux et des cheveux, forme des yeux et du nez. — III. Diamètres de la tête: antéro-postérieur maximum, transverse maximum etauriculo bregmatique ; hauteur totale de la face, de la glabelle au point mentonnier et largeur bi-zigomatique ; diamètres bipalpébrauxinterne et externe ; hauteur et longueur du nez; largeur de la bouche ; hauteur de la taille debout ; largeur de la grande envergure totale aux deux médius. — IV, Observations spéciales relatives aux déformations céphaliques, au prognathisme, aux mutilations, tatouages, ete.

INTRODUCTION XVII

dans mes précédentes monographies — d’après les méthodes de Broca, en me conformant sible — à l'entente mternationale de Moscou *.

toutefois — autant que pos La pratique m'a amené à renoncer à ces instruments compliqués et plus où moins

fragiles, absolument inapplicables dans les voyages longs ct difficiles. J’ai dû également

abandonner ces longues listes de mesures dressées par des savants qui n’ont guère eu l’occasion de s’en servir en dehors de leur laboratoire ou durant des séjours prolongés sur un même point. Ces innombrables mesures, dont on fait volontiers parade, et dont une partie n’a jamais été utilisée, ont l'inconvénient capital d'augmenter la durée des opérations toujours trop longues pour des populations difficilement abordables, et de compromettre l'exactitude des observations les plus essentielles. Je me suis donc appliqué à ne prendre que des mesures indispensables et des diamètres pouvant fournir des indices capables de permettre des comparaisons utiles.

Déjà, en 1884, j'avais entrepris quelques recherches sur l'anthropologie de PEgypte,

soit dans le pays même, soit dans des collections de momies el de crànes formées en Europe. Mais ce n’est véritablement que durant les hivers de 1898, 1899 et 1904, que je me suis livré, plus spécialement, à Pétude des peuples de Vitat khédivial. Dans ces divers voyages, tous entrepris sous les auspices du ministère de Pinstruction publique,

j'ai constamment été accompagné de Madame Chantre. Nous avons successivement visité

— et à plusieurs reprises — la plupart des habitats importants de la vallée du Nil — entre la Méditerranée et la première cataracte — et grâce à des séjours prolongés au

souan, etc., nous avons pu observer à

Caire, à Siout, à Keneh, à Lougsor, à A loisir et la population sédentaire et celles qui sont encore nomades. Partout, aussi bien chez les Coptes chrétiens que chez les Fellahin et Bedjah musulmans ou les Soudanais fétichistes, nous avons trouvé un accueil sympathique, et nos opérations — à la condition de ne pas être fatigantes — n’ont été qu'exceptionnellement repoussées. Nous avons trouvé également la plus grande bienveillance et l'appui le plus obligeant auprès des adminis— trations locales. Qu'il me soit permis d'exprimer iei notre gratitude à tous ceux qui nous ont aidé dans nos recherches et dans Pexécution de cet ouvrage.

J’adresse plus particulièrement mes remerciements à l’Association française pour l'avancement des sciences et à l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon, qui ont bien voulu subventionner généreusement mes travaux

A LL. EE. le Sirdar Wingate pacha et le général Maxwell pacha qui, en 1898,

m'ont spécialement facilité ma tâche en mettant à ma disposition les soldats sou— danais du camp d’Assouan et leurs familles ; A S. E. Yacoub Artin pacha, sous-secrétaire d'État au Ministère de Instruction

publique ; A S. B. Adly pacha Yeglen, gouverneur du Caire ; A M. le professeur G. Maspero, membre de l'Institut de France, directeur général du

service des antiquités de lÉeypte

1 Bull. Soc. anthr., t. XII, 1893. — Compte rendu du Congrès international d'archéologie et d’anthropologie préhistoriques. Session de Moscou, 1893.

INTRODUCTION

À M. Georges Legrain, inspecteur des antiquités à Karnak :

À M. Piot bey, médecin vétérinaire mspecteur des domaines ;

À M. René Dreux, inspecteur des domaines ;

À M. le D' Brossard, chirurgien en chef de l'Hôpital français du Caire ; À M. le D" Ibrahim Soliman bey, médecin mspecteur sanitaire au Caire : À M. le D' Innès bey, professeur à l’École de médecine du Caire :

A M. le D" Elliot Smith, professeur à l’École de médecine du Caire :

À M. Joseph A. Klat, directeur du service d'identité judiciaire au Caire ; À M. Eugène Aupest, chef de bureau au service d'identité.

Je ne dois pas oublier — non plus —les frères Georges et Paul Gattass, de Louqsor,

mes guides et interprètes dans la Haute-Eeypte, dont le zèle intelligent et le dévouement m’ontété d’un grand secours.

En

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