‹ Recherches anthropologiques dans l'Afrique Orientale, ÉgypteChapitre 11 sur 106 · PIO'R · texte numérisé non relu

PIO'R

un double appelé Xa, lequel était 1

ULATIONS ANCIENNES

in exemplaire du corps en une matière moins dense que

la matière corporelle, une projection colorée mais aérienne de individu, le reproduisant

trait pour trait: enfant s’il s'agissait d’un enfant,

homme s’il s'agissait d’un homme même d’enveloppe à une parcelle d

nous de leur destinée, sans le témoignage des stèles et

nous apprennent qu’une partie du la maison du Double. Le corps €

support, et pour éviter ce triste sort

où elles serviront de supports solid qu’elles seront plus nombreuses. C

femme sil s'agissait d’une femme,

+. Après le double venait l'âme (bai), qui servait elle lu feu divin ou de l’intelligence divine. Que saurions—

des sarcophages? Des inscriptions

tombeau, quelquefois le tombeau tout entier, s’appelle levenu momie, après la mort, son double w’a plus de , des statues du mort ont été placées dans le tombeau es, et seront des chances de durée d'autant plus grandes

Yest ce qui explique le nombre étonnant de statues que

Von rencontre quelquefois dans les tombeaux.

Le double ainsi soutenu avait une vie matérielle, recevait le culte des parents et

les sacrifices de prêtres qui étai

vêtement

double. Le double des pains, des nourrissait le double de l’homme.

jour être effective : le premier venu 'OCUrAI

La croyance populaire admet

possédait, en outre du corps, un es

d’abord sous la forme d’un oiseau,

e voisinage du corps d’où elle s’ét

ui, pourvu que le corps füt cons

, ete. &« On donnait aw

ent payés à l'effet de lentretenir de nourriture, de x dieux les provisions que le dieu devait fournir au liquides, de la viande, passait dans l’autre monde et y it mêmeil n’y avait pas besoin que l’offrande füt réelle , répétant en l’honneur: du mort la formule de Poffrande, par cela seul au dowble la possession des objets dont il récitait l’énumération?. » ait aussi, comme nous venons de le dire, que l’homme prit, une âme qui lui survivait. On se l’est représentée

lus tard sous celle d’un oiseau à tête humaine. Les

Égyptiens pensaient qu’elle pouvait voltiger à travers le monde, et de préférence dans

ait échappée, et qu’elle pouvait, à son gré, revenir à

rvé. De là, évidemment, la raison principale pour

aquelle on a cherché, pendant tan

conjectures et d'opinions, car on s’est demandé conserver le corps pour l’autre vie. On a cherché aussi à retrouver les procédé

employés pour obtenir ces résultat bien faite, les corps ont conservé

de reconnaitre les traits de la physionomie des défunts.

Voyons d’abord, avant d’entr les momies, quelles sont les opinio

antiquité.

point de départ de la momification. L'origine de cet us

de siècles, à empêcher la destruction des cadavres, et le

> a soulevé une quantité de

il n'avait pas d'autre but que celui «

s si remarquables, car lorsque la momification a été

leurs téguments à un point tel qu'il serait possible

x dans l’exposé des observations récemment faites sur

ns qui ont été émises, à leur sujet, par les auteurs d

D’après Gannal#, Cassien avance que les anciens ont adopté cet usage parce que l’on

ne pouvait inhumer les morts durar mement a été pratiqué en vue de so enterraient pas, dit-il, de peur qu’

4 Maspero, Etude de mythol. et d'ar * Maspero, Loc. cit.

Gannal, Histoire de l’'embaumemen ‘ Livre III.

at inondation du Nil. Hérodote croyait que lembau— ustraire les corps à la voracité des animaux. « Ils ne les ils ne fussent mangés des vers, et ils ne les brülaient “chéol. égypt., p. 48.

t, in-8°, Paris, 1841.

pas, parce qu’ils considéraient le feu comme une bête féroce qui dévore tout ce qu’elle peut saisir. » Selon Diodore de Sicile, ce furent la piété filiale et le respect pour les morts qui inspirèrent aux Egyptiens l’idée de les embaumer.

M. de Maillet', ancien Consul de France au Caire, rapporte seulement à des motifs religieux lPorigime de lembaumement.

Bory de Saint-Vincent? dit que « l’usage de conserver les corps morts, qui ne fut national que chez les Égyptiens et les Guanches, c’est-à-dire chez les hommes les moins instruits et chez la nation la plus savante, est la preuve d’une sensibilité profonde chez les nations dans lesquelles il se généralisa ». Il croit aussi que la conservation des cadavres était basée chez les Egyptiens sur des vues d'hygiène publique, couvertes dès le principe d’un motif religieux qui finit par être considéré comme le seul but de cette pratique. C’est

3, qui fut partagée par Pariset‘ dans son Mémoire

aussi la manière de von: de Volne:

sur le

Suivant Gannal, les sentiments nobles d'affection, de respect, de vénération, furent

causes de la peste.

sans doute invoqués par les législateurs. La nature d’ailleurs, sur ce sol brûlant, donna ’idée première de ce mode de conservation pour les restes de l’homme et des animaux : la momie des sables, phénomène naturel, fut une révélation pour ce peuple si sage et si

industrieux. En effet, comme l’ont fait remarquer Rouelle et le comte de Caylus, il est obable que les Egyptiens doivent l'idée de leurs momies aux corps qu'ils trouvaient des— séchés dans les sables brülants qui se rencontrent dans certaines parties de l'Egypte. Sou— evés par le vent, ils ensevelissent les voyageurs et conservent leurs corps en consumant es graisses et les chairs sans altérer la peau. Au reste, de Maïllet® et Rouyer® s’accordent

à reconnaitre que ce qui pouvait contribuer de la manière la plus efficace à la perfec-—

ion de l’embaumement des Egyptiens et à la conservation merveilleuse des momies, c'était le climat du pays, et principalement sa température sèche, élevée et toujours égale.

D’après Julia de Fontenelle”, l’étymologie du mot momie où mumies a été fort diseutée et est encore peu connue. Le jésuite Kircher veut que #vwm soit un mot persan, et le père Martini, un mot arabe, qui signifie un corps desséché. Quelques savants font

venir le mot de momie d’ammonvun, nom d’une plante aromatique. M. Julia de Fontenelle admet, à son tour, que l’origine de l’embaumement en

Egypte doit être attribuée à deux causes : lune, une nécessité physique ou d'hygiène, l’autre, une idée religieuse. La première cause est basée sur la nécessité de se débar— rasser des cadavres, dans une population que l’on a estimée, pour l’époque de la plus grande prospérité de l'Egypte, c’est-à-dire vers le règne de Sésostris, à quatorze millions d'habitants, ce qui donne 352.000 cadavres par an, en supposant un mort pour quarante vivants. Etant donné que dans ce pays les seuls emplacements propices à Pinhumation

1 Lettres sur l'Egypte, dixième lettre.

2 Essais sur les Îles Fortunées, embaumement des Guanches.

> Volney, Voyage en Syrie et en Egyple pendant les années 1783 à 1785, in-8, Paris, 1792. 4 Acad. des Inscrip., 1749.

5 Lettres, loc. cit.

5 Expédit. d'Egypte (20).

1 Notes de Julien de Fontenelle, dans Gannal, loc. cit., p. 37.

8 Discours à la Sorbonne, avril 1826.

étaient mondés six mois de l’année, ou étaient trop rapprochés des lieux habités, on conçoit qu’ils durent y renoncer. D’autre part, la disette du bois rendait impossible aux Egyptiens la crémation, et ils durent songer à conserver leurs morts comme la nature le leur montrait, du reste, ainsi qu’on la vu plus haut. Mais en dehors de la momificatien atmo—

Sphérique ou des sables, les E

gyptiens durent reconnaitre de bonne heure les propriétés conservatrices d’un sel, le natron, que le sol renferme en abondance sur certains points. Cest assurément à la connaissance de ce natron (sous-carbonate de soude) que lon doit attribuer l’origine de la salaison des cadavres en Egypte, l’un des procédés d’em— baumement les plus fréquents.

Pour Julia de Fontenelle, la pratique de l’embaumement, tout en répondant à une nécessité physique ou d'hygiène, devint un devoir religieux qui présentait dans cette conservation du corps humain un tribut payé à la tendresse, aux vertus, aux talents, à la piété ou à la reconnaissance. Il est probable et même certain que la pratique de Fembaumement des animaux a eu pour point de départ les mêmes causes d'ordre physique

et d'ordre religieux. Etant donné que les Egyptiens conservaient un grand attachement, en général, pour les animaux, et qu’ils leur rendaient un culte aveugle, imbus qu'ils étaient sans doute de l’idée de la métempsycose, quoique cela reste à démontrer, on conçoit facilement qu’ils les aient traités de la même manière que les hommes. Suivant Pariset, plus les prêtres multipliaient leurs services, plus leur crédit s’affir— mait dans l’esprit du peuple: aussi, au lieu de combattre l’idée de la métempsycose, cherchèrent=ils à anoblir le culte des animaux en le rattachant, par des allégories, au culte des divinités supérieures. Ils prenaient soin surtout de consacrer les animaux utiles, afin de faire pénétrer, de plus en plus, dans le cœur des Egyptiens, le sentiment de la reconnaissance qui à été une de leurs vertus favorites. C'est ainsi que les animaux sacrés étant considérés comme des instruments, où comme des symboles de la sagesse, de la puissance et de la bonté divine, ils furent placés dans le ciel parmi les signes du zodiaque, et que sur la terre des villes et des provinces furent mises sous leur protection. L’ibis, figure du dieu Thoth, était seigneur d’Hermopolis ; le bélier, figure du grand dieu Ammon, était le seigneur de Thèbes. Comme tels, ils étaient honorés ; on leur faisait des funérailles : on

les embaumait et on les plaçait, suivant leur rang, dans le sable, dans des vases, dans

des sarcophages et des tombeaux. Mais à ces raisons d’ordre religieux s’ajoutaient aussi,

comme pour les homm animaux sacrés où uti

Durant la périoc Égyptiens ne semblen

es, des raisons d'ordre hygiénique, car on n’a pas momifié que des

es.

e préhistorique et même à l'aurore des temps historiques, les

pas s’être souc

de préserver de la décomposition les cadavres

de leurs morts. Dans les sépultures datant des trois premières dynasties, on n’a trouvé

aucune trace certaine de pratique tendant à assurer leur conservation. Tout au plus

at-on voulu, peut-être, les momifier par la dessiccation au soleil, mais sans le

secours d'aucune substance conservatrice. Il parait évident, d’après les récits que donnent les historiens de l'antiquité des pratiques de l’embaumement, et les observa— tions qui ont été faites sur les momies dont on a pu faire l’autopsie, que les embaumeurs possédaient certaines connais:

unces scientifiques. Cest ainsi qu'ils savaient distinguer des

autres viscères le foie, la rate et les reins, auxquels ils ne devaient pas toucher. Ils

avaient trouvé le moyen d'extraire le cerveau du crâne sans le briser. [ls connaissaient Vaction des sels alcalins sur la matière animale, puisque le temps que les corps devaient rester en contact avec ces substances était étroitement limité. Ils n’ignoraient pas, non plus, la propriété qu'ont les baumes et certaines résines d’éloigner les insectes; ils avaient reconnu aussi la nécessité d’envelopper les corps desséchés et embaumés, afin de les soustraire à l’humidité qui aurait nui à leur conservation. Ils étaient parvenus à instituer une méthode certaine et des règles invariables pour procéder aux embaume— ments. Ce travail consistait, en somme, en quatre opérations principales bien raisonnées : la première à extraire du cadavre tout ce qui pouvait devenir une cause de corruption ;

la seconde, à immersion du cadavre dans une solution antiseptique ; la troisième, à la dessiccation du corps; la quatrième à éloigner tout ce qui aurait pu en entraver Ja conservation par la suite.

Les Eoyptiens employaient un grand nombre de substances pour les embau— mements, telles que le natron, le cédrin, le bitume, le pissasphalte et différentes

substances aromatiques propres à écarter les insectes ; des vernis plus ou moins

précieux servaient aussi dans les différentes préparations. Enfin, les bandelettes multipliées et enduites de gomme arabique fermaient tout accès à l’air et à l'humidité. Les embaumeurs, après avoir lavé les corps avec cette liqueur vineuse et balsamique qu'Hérodote et Diodore appellent vin de palmier, et en avoir rempli les cavités de résines odorantes ou de bitume, les plaçaient dans des étuves où, à l’aide d’une chaleur convenable, ces matières résineuses s’unissaient intimement aux corps, et ceux-ci arrivaient, en peu de temps, à cet état de dessiccation parfaite dans lequel on les trouve aujourd’hui. Cette dernière opération, dont aucun historien ne parle, était sans doute la principale et la plus importante de l’embaumement.

Le natron, si commun dans toute l'Egypte, ainsi que certaines plantes aromatiques ou certaines résines, ont pu être utilisés durant la seconde moitié de la période memphite,

mais aucune momie datant de ces époques primitives ne présente de vestiges certains de

bitume. La plupart des corps que l’on rencontre dans les tombeaux de la première moitié de cette période sont presque toujours à Pétat de squelettes, et l’on peut se demander s’ils ont jamais subi aucun embaumement. Les momies du moyen Empire que j’ai observées ne montrent que rarement des traces de cette matière qui deviendra d’un emploi si général à partir de invasion des Pasteurs (XVI! dynastie). Les procédés d’embau— mement deviennent aussi de plus en plus compliqués à mesure que lon s'approche de

la periode saïte pour disparaitre ensuite peu à peu, aux époques grecque et romaine.

La pratique de l’embaumement était accompagnée de cérémonies religieuses et de

transactions commerciales; la maison de lembaumeur fut à la fois un caravansérail et

ait seul les

une enceinte réservée aux pompes funèbres. Le directeur, le co/chyte connai

secrets de la conservation des corps, seulil avait le droit de les appliquer. S'il faisait payer

cher son habileté aux gens riches, il était tenu, en échange, de faire gratis l’embaume-— ment des pauvres et de fournir les bandelettes avec lesquelles ils devaient entourer leurs

momies. Ce personnage, véritable fonctionnaire, avait de nombreux auxiliaires : les

prêtres, les tarycheutes ou porteurs de cadavres, les paraschites qui faisaient les ouver—

tures ou incisions réglementaires, enfin les artisans et les manœuvres, menuisiers fabricants de cercueils, tisseurs pour la toile de lin ou de coton, dont on enveloppait les cada-— vres, puis les hommes de peine, les porteurs d’eau, ete. Tous ne jouissaient pas de la même considération : on s’éloignait instinctivement des tarycheutes et l’on méprisait au plus haut point les paraschiles ; à peine avaient-ils fait leurs missions qu’ils se sauvaient à toutes jambes afin de se soustraire aux coups de pierres des assistants.

La maison avait ses prêtres familiers, connaissant une partie des secrets du maitre :

c'étaient eux qui enregistraient les noms des défunts, leurs titres et qualités, transcrits

ensuite sur des papyrus placés à côté de la momie. D’autres présidaient aux chants funèbres et portaient le masque d’Anubis à tête de chacal ou dirigeaient des chœurs d’enfants, achés sous les traits d'Horus. De la maison de l’embaumeur sortaient jour et nuit des mélodies étranges : psalmodies lentes ou cris aigus. Tout cela contribuait à augmenter la vénération craintive qu’on lui portait. Elle était divisée en trois parties : la première était ouverte au publie, la seconde, la véritable officme, était fermée aux profanes, et la

troisième, sorte de dépôt des momies, dans laquelle les parents ne faisaient qu’un séjour Ï à

de quelques instants. Dans la première partie, le client choisissait la classe. Il y en avait trois. Il y trouvait des bandelettes, des amulettes de toutes sortes, des scarabées, des statuettes en terre cuite, enfin des cercueils de différents prix, depuis la caisse en planches brutes, jusqu'aux sarcophages faits de madriers soigneusement travaillés et aux cartonnages richement décorés.

La seconde partie de l'établissement se composait d’une salle pourvue de tables sur

lesquelles on déposait les cadavres. C'est là que se pratiquaient les incisions et l'extraction des viscères. A côté se trouvaient des bassins remplis d’une solution saline dans lesquels étaient immergés les corps, puis une sorte d’étuve dans laquelle on faisait cireuler de l'air chauffé. Venaient ensuite les ateliers des menuisiers et des tisserands, enfin la chambre des emmaillotages ou mise en bandelettes et de la mise en cercueil,

Dans les embaumements de première classe qu’Hérodote et Diodore de Sicile ? ont décrits avec une assez grande exactitude, on commençait par extraire le cerveau du crâne, par les narines au moyen d’un crochet en bronze et en perforant, le plus sou vent, l’ethmoïde, ou bien par le trou occipital, après avoir décapité le sujet. Puis on injectait, par le même voie, l’intérieur de la tête d’un mélange d’aromates, de substances résineuses ou de bitume. Par une ouverture pratiquée un peu au-dessus de la crête iliaque et à gauche généralement, les embaumeurs retiraient les viscères. Ils Saupou— draient de matières salines ou d’aromates la cavité thoracique et abdominale, puis déposaient le corps dans un bain de natron où ils le laissaient plus de quarante jours. Une fois bien pénétré de ce sel qui desséchait les chairs en leur conservant leurs formes. le cadavre était enduit de résines comme celle du cèdre dans les embaumements luxueux, et d’asphalte dans les autres. D’après Diodore, un embaumement de première classe coûtait plus de 5000 francs de notre monnaie, et celui de deuxième classe 1500 francs environ. Dans les embaumements du vulgaire, les viscères après avoir été préparés

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séparément, étaient replacés dans le corps, à peu près dans leur position respective, avant la momification définitive, en même temps, que des sachets de substances conser— vatrices. Dans les embaumements de grand luxe, on les déposait, à part, dans quatre vases, en terre, en calcaire ou en albâtre, dont le couvercle était décoré des quatre

génies infernaux, compagnons d’Osiris, à la garde desquels on les confiait jusqu’à la résurrection. Ce sont ces vases que l’on appelle canopes. L’estomac et le gros intestin étaient placés dans le vase décoré de la tête humaine d’Amset: le petit intestin dans celui qui portait la tête de cynocéphale de Hapi; lès poumons dans celui pourvu de la tête de chacal de Tiaoumautef ; enfin le cœur dans le vase orné de la tête d’épervier de Quebouh-Senou’f.

Un procédé moins coûteux, mais plus sommaire, parait avoir été beaucoup plus fréquemment employé, du moins, pour les momies que jai extraites des hypogées populaires de Gournah, de la XVIII à la XXVI° dynastie. Au lieu de faire sur les cadavres les ouvertures rituelles, d’en extraire les viscères et de les préparer à part, on a injecté par le rectum des substances destructives (sans doute du natron rendu caustique), puis ensuite immergé le corps dans un bain de natron. Il était après rempli de cedria où d’une autre résine, et enfin séché au soleil ou enduit de bitume. Le bain de natron et l’enduit de bitume ont été employés quelquefois simultanément sur le même sujet, à l'exclusion des ouvertures rituelles et de extraction des viscères. Dans certains cas, et j'ai observé le fait sur une jeune femme de la XXVI® dynastie, provenant de Gournah, le thorax tout entier avait été rempli de bitume par une ouverture pratiquée au niveau

de l'épaule gauche par l'extraction de la clavicule. Le bitume forme une masse tri

apparente au niveau de lestomac. La tête, couverte encore de ses cheveux, avait été séparée du tronc pour imbiber le cerveau de la même substance, puis remise en place au moyen d’une cheville en bois. Le front de la momie avait été recouvert d’une feuille d’or, et son emmaillotage, dans un nombre considérable de bandelettes imbibées de résme, était fort soigné. Ces sortes de momies sont les plus communes et les plus nombreuses de toutes celles que lon rencontre dans les hypogées populaires de basse époque. Elles sont noires, dures, pesantes, d’une odeur pénétrante et même désagréable, surtout quand l'opération n’a pas été complète. Dans ce cas, les matières grasses contenues dans les os ressortent à la surface, ce qui n’arrive jamais sur les momies préparées au bain de natron.

Le procédé du bain de bitume bouillant a eu pour résultat de déformer les traits de la

physionomie du sujet, d'en détruire les cheveux, les sourcils et la barbe. Ce sont ces sortes de momies qui se vendaient comme produits pharmaceutiques où pour la peinture,

sous le nom de « baume de momie » et de «noir de momie ». On recherchait de préférence

pour ces emplois celles qui étaient remplies de bitume de Judée, puisque c’est à cette

matière qui avait longtemps séjourné dans les cadavres, qu’on attribuait autrefois des

propriétés médicinales merveilleuses. Contrairement à ce qu’affirme Rouyer, ces momies

sont plus susceptibles de s’altérer que celles qui ont été embaumées par les autres procédés. Les corps, une fois préparés par l’une ou l’autre de ces méthodes et leur conservation

désormais assurée, étaient emmaillotés avec un art qu’il serait difficile d’imiter. On les

enveloppait d’un suaire de toile de lin ou de coton qui était ensuite recouvert de bandes de toile de plusieurs mètres de longueur et de la largeur de la main. Celles-ei sont

L'EGypre. 4

appliquées les unes sur les autres au nombre de quinze, de vingt, quelquefois plus d'épaisseur. Ces bandelettes font ainsi un certain nombre de circonvolutions, d’abord autour de chaque membre, ensuite autour du corps entier ; elles sont serrées et entrelacées avec adresse, et si à propos qu’il semble que l’on ait cherché à rendre aux corps leurs formes primitives. Le mode d’emmaillotage ne diffère que par le nombre des bandes qui le composent, et par la qualité de la toile ou tissu plus ou moins fin. Sur certames momies de personnages, le simple suaire est remplacé par une chemise courte et étroite, quelquefois brodée, surtout aux belles époques pharaoniques. La tête est généralement couverte d’un morceau de toile carré qui enveloppe étroitement la face comme un masque. On en trouve jusqu’à cinq et six appliqués l’un sur l’autre ; le dernier

recouvre souvent une feuille d’or et porte parfois une peinture représentant la figure de la

personne embaumée. Au-dessous des dernières bandelettes qui enveloppent le thorax, et principalement sur la poitrine, sur le ventre ou entre les cuisses, on plaçait des bijoux, des amulettes, des réseaux de verroterie, des scarabées et des rouleaux de papyrus. Cest dans l'espoir de trouver quelques-uns de ces objets, et non par curiosité lubrique, comme on la dit, que les Arabes violent si souvent les momies en ouvrant leur emmaillotage sur ces points déterminés.

Passalacqua! a fait sur les momies un certain nombre d'observations dont aucun auteur ancien n’a parlé, principalement en ce qui concerne la position des bras. Il à remarqué que, chez les hommes et les nouveau-nés, les bras sont généralement étendus le long du corps. Chez les femmes d’un certain âge, les deux bras sont croisés sur la

poitrine, mais quelquefois lun d’eux est étendu le long du corps. Les jeunes filles ont

les deux bras placés le long du corps, mais les avant-bras sont repliés vers le milieu du corps et les deux mains réunies au-dessous du pubis. La main gauche est, en général, serrée et la droite étendue. Si quelque bague ou amulette orne une main, c’est toujours à la main gauche qu’on la trouve placée et jamais à la droite. Mais ces dispositions, qui se rencontrent sans doute fréquemment, n’ont rien d’absolu, ca dans nos autopsies

nous avons trouvé de nombreuses exceptions.

Nous avons fait encore quelques remarques intéressantes de détails relatifs aux pra tiques de lembaumement. Cest ainsi que l’on trouve la plupart des corps épilés. Les deux sexes le sont évalement. On reconnait que la barbe a été coupée, mais il semble que les poils du corps aient été enlevés avec une pommade ou eau épilatoire.

À inspection des parties sexuelles, on voit que la circoncision était généralement pratiquée ; il est probable que Pexcision se pratiquait aussi chez les femmes. Cest, au reste, un usage que saint Ambroise? attribue aux Egyptiens, dans son livre sur Abraham. Les testicules énucléés étaient ramenés autour de la verge qu’ils enveloppaient. Des bandelettes spéciales entourent cette partie du corps. On dorait fréquemment les ongles des pieds et des mains, souvent la figure tout entière.

Les momies du peuple étaient déposées dans des hypogées publics où elles étaient em pilées par milliers. Celles des personnes de la haute société étaient enfermées dans des carton

! Catalogue raisonné et historique des antiquités découvertes en Egypte, in-8°, Paris, 14826, p. 180. 2 Lib. XI, cap. xr.

nages peints et dorés sur lesquels étaient inscrits en hiéroglyphes le rituel des morts, ainsi

que les noms et qualités du défunt. Ce cartonnage, parfois orné d’un masque humain était enfermé, à son tour, dans un sarcophage en épais madriers de sycomore ou de cèdre, qui reproduisait la forme de la momie, souvent aussi couvert de peintures, ou bien dans un

sarcophage en pierre. On le transportait alors et on le déposait, soit dans un hypogcée,

creusé dans le roc de la montagne, soit sous un mastaba ou sous une pyramide élevée pour le mort et souvent par lui-même, de son vivant.

Telles étaient les pratiques funéraires et les méthodes d’embaumement des plus usitées, car il existait assurément d’autres procédés, ainsi que l’ont montré les recher— ches de M. Fouquet! sur les momies royales et celles des prêtres d’'Ammon, de Déir-el- Bahari. J'ai fait moi-même, durant les nombreuses autopsies de momies que j’ai eu loc

casion de pratiquer, quelques constatations nouvelles sur lesquelles je donnerai des détails,

en décrivant les sujets qui en ont été l’objet.

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