T MASTABA
Il me reste à parler ici des nécropoles, tombeaux et hypogées dont les sépultures sont connues, et dont les squelettes ou les momies ont pu être étudiés. Jusqu'ici, on ne
s'était que rarement soucié de connaitre Pancienneté, même approximative, des momies
ou des crânes égyptiens mis à la disposition des anthropologistes. La plupart des indice tions qui accompagnent ces sujets ne sont relatives, le plus souvent, qu'à la localité d’où ils proviennent, quelquefois le nom de la nécropole où on les a recueillis est indiqué, mais on ne trouve que rarement des renseignements sur l’âge même de ces nécropoles. On ne connait guère que quelques séries de momies et de crânes de provenance exacte. Pour-les rois, les prêtres et autres personnages dont les noms et qualités sont inscrits partout sur le tombeau, sur le sarcophage, sur le mobilier funéraire, on ne peut avoir aucun doute au sujet de leur identité, à part quelques exceptions, comme on le verra plus tard. Il n’en est pas de même des sujets provenant de nécropoles populaires, dans les—
quelles les documents épigraphiques sontrares. Pour la détermination de cette catégorie de
sépultures, on ne peut que s’en rapporter aux indications fournies par les «
rptologues, qui sont actuellement parvenus à établir d’une façon assez précise à quelle dynastie appar— tiennent la plupart des monuments de la vallée du Nil. Mais cela n'empêche pas de ren—
contrer dans une nécropole bien datée des superpositions de sépultures d’époques très
différentes, étant donné qu’elle a pu servir pendant plusieurs siècles, et que des morts
appartenant à plusieurs règnes ont pu y être successivement déposés. Dans ce cas, c’est
la nature du mobilier funéraire et surtout le mode d’inhumation qui sont capables de
nous renseigner, car ‘ainsi qu'on l’a vu, les systèmes dinhumation ont été différents suivant les époques, et les procédés d’embaumement ont changé plusieurs fois de la XI à la XXX!° dynastie.
Durant la période préhistorique, les cadavres ne semblent pas avoir été enfermés
! Bull. Soc. anth. de Paris, 1886. — Notice pour servir à l'histoire de l'embaumement en Égypte (Bull. Inst. Egyptien, 6 mai 1896).
28 POPULATI
dans de véritables tombeaux. On les confiait purement et simplement à la terre que l’on
recouvrait tout au plus de grosses pierres. Maï
déjà durant les premières dynasties memphites, on a cherché à préserver les
de la décomposition par des procédés de cons voracité des animaux sauvages. Quelques st premières dynasties, que l’on trouve recouver dans des feuilles de palmier ou des peaux de bê ar ils ne portent aucune trace de substances cc
creusait sur un point déterminé, généralement
fosses rectangulaires, ovales ou rondes, dans
s dès l’aurore de la période historit
ervation, du moins à les garantir
uelettes, contemporains sans dou
s encore de leur peau, étaient enve
ue.ret morts de la
le des
oppés
es, et semblaient avoir été séchés au soleil,
mservatrices. Pour la masse populai dans l'argile, à la limite du déser
re, On
, des
lesquelles on-plaçait les cadavres,
antôt
isolément, tantôt par groupes, dans l'attitude allongée, ou dans l'attitude repliée de la
position fœtale. Les fos
étaient recouvertes de feuilles de palmier et de sable. Aucun
objet ou attribut n’était placé à l'extérieur. Tels sont les tombeaux d'EI-Amrah, de
Kawanil et de Khozan. Chaque sépulture était accompagnée d’un mobilier funéraire,
dont l'importance variait avec la situation du défunt. Pour les grands et les rois, on
a construit, de bonne heure, de véritables tombeaux, qui de simples cuves en brique
crue sont devenus, par la suite, des mastaba plus ou moins élevés, et renfermant
des se/la ou des chambres plus ou moins vastes et nombreuses. Les tombes royales de
Négadah et d’'Abydos appartiennent à cette catégorie. Ce n’est que plus tard qu'ont
été élevés les orands mastaba, les pyramides et les hypogées.
Les mastaba, constructions rectangulaires, étaient bâtis quelquefois en blocs de
calcaire, mais, le plus souvent, en brique. Peu à peu, en superposant plusieurs mastaba,
qui s’en allaient en diminuant de plus en plus vers le haut, on est arrivé à la pyramide à
degrés, comme celles de Sakkarah et de Méidoùm de la IV° dynastie. L’un des mnastaba,
les plus anciens et les plus intéressants, est certainement celui de Ti à Sakkarah, que
M. de Rougé appelle « le plus beau monument de cette période ». Au commencement
de la IV® dynastie, apparait la véritable pyramide, qui s’est maintenue jusqu'à la
XVIIE dynastie pour les tombeaux des rois. Parmi les pyramides en briques, celle de
Dashour a fourni les mobiliers funéraires les plus remarquables. Enfin, il n’y a pas au
monde de monument en pierre plus extraordinaire que les pyramides de Gizèh.
Sous le moyen Empire, l’usage des hypogées prit une certaine extension. Dès le
milieu de la XVIII dynastie, les rois thébains se firent creuser des
tombeaux dans
les flancs de la chaine lybique, au sein d’une vallée solitaire « Biban—el-Molouk. »
Dans cette région rocheuse, quise prêtait admirablement à cette destination, non seulement
les rois et les grands furent inhumés dans les hypogées, mais encore la masse populaire
tout entière. Il ma été donné de visiter dans la nécropole de Thèbes, dans la région de la
vallée des reines, plusieurs hypogées populaires, fouillés par les habitants du pays. J'étais
accompagné de l’un d'eux. On y accède par un puits de quatre mètres et une ouverture
comparable à celle d’un terrier de bête sauvage. Il faut se coucher sur le dos où à plat
ventre pour pénétrer dans la première salle, arrondie et vaguement voûtée, de ce séjour des
morts, où nous n’avions d'autre lumière que celle de morceaux de bougie tenus en main
par les fellahin. Naturellement, ces hypogées, ayant été depuis longtemps découverts
et violés, présentent un désordre indescriptible. Les corps qui y avaient été déposés à l’état
de simples momies, sans cartonnage, visités un à un pour être dépouillés des quelques bijoux ou papyrus qu'ils pouvaient renfermer, ont été rejetés pêle-mêle sur le sol, dans le fouillis nextricable de leurs multiples bandelettes arrachées. Nos pieds s’embarrassent dans ces chiffons et écrasent les corps qui font entendre un bruit sec d'os brisés. J'ai remarqué des têtes de bœufs parmi les dépouilles. L’impression que l’on éprouve est assez pénible. L'air manque et il est saturé de fades odeurs de momies. Enfin la chaleur qui règne dans ces chambres souterraines est telle que l’on a hâte d’en sortir, sans compter que le genre d'éclairage des fellahin nous expose, à la moindre imprudence, à être brûlés vifs et asphyxiés au milieu de matières aussi mflammables; la chose est arrivée, nous
at-on dit, à des touristes qui avaient, comme nous, tenté une expédition de ce genre,
avec des bougies. Il n’y a aucune trace de décoration dans ces hypogées populaires.
A ne parler que des hypogées royaux de Thèbes, on peut se demander s’ils ne datent pas, en partie, du temps de la construction des temples et des palais de la région. Il semble que ces cavités ont été creusées par les architectes de ces monuments pour l'extraction de la pierre. Les vulgaires hypogées populaires dans lesquels on accède géné
ralement par un puits sont restés dans l’état où les extracteurs de pierre les ont laissés.
Les hypogées royaux où de grands personnages apparaissent comme un labyrinthe de couloirs et de salles. Leur plan, sauf variantes, se compose ainsi. De l'entrée, trois corridors, situés les uns derrière les autres, s’enfoncent profondément, en présentant des chambres latérales, plus ou moins grandes, et desniches. Du troisième corridor, une porte donne accès dans un vestibule, et de celui-ci on pénètre dans la grande salle où se trouve e sarcophage, laquelle est elle-même flanquée parfois d’autres chambres latérales. Les sarois de ces corridors sont couvertes, dès l'entrée, jusqu'aux replis les plus profonds, de eintures souvent serties d’un trait en creux. Celles qui n'étaient pas suffisamment unies ont été enduites d’un stue admirablement poli, et parfaitement apte à recevoir les mnom— ables tableaux que le temps, plus que les hommes, a respectés jusqu’à ce jour. Le sujet des peintures murales est la représentation des scènes funéraires e des textes sacrés dont
e défunt doit posséder la connaissance dans l’autre monde. Tout cela est fort connu et a été
maintes fois publié; je n’entrerai pas non plus dans les détails de cette cérémonie fas—
ueuse, je dirai seulement que, lorsqu'on avait déposé le sarcophage du défunt, et placé
son mobilier funéraire dans la grande salle, soutenue parfois par des colonnes taillées
dans le roc, et entièrement couverte de peintures, le cortège se retirait, et on en murait |
à jamais les entrées. |