‹ Recherches anthropologiques dans l'Afrique Orientale, ÉgypteChapitre 19 sur 106 · L'indice orhitaire, étudié chez huit · texte numérisé non relu

L'indice orhitaire, étudié chez huit

hommes seulement et sept femmes, est de S6,48 pour l’ensemble (o 84,61, 9 83,89).

Abydos.— Cette nécropole a fourni un nombre considérable d’ossements humains. Des crânes ont pu y être recueillis par milliers pa: M. Amelineau et les autres explorateurs de cette localité. J’en ai vu, sur place, une fort belle série en 1898, provenant des fouilles de M. Amelineau et qui, par conséquent, étaient datés. Mais il ne m’a pas été permis de les étudier. Je ne crois pas qu’ils soient encore étudiés à l’heure qu’il est. Il existe, d’autre part, une collection assez nombreuse de crânes provenant des fouilles que M. Flinders Petrie a exécutées dans des tombes royales de cette localité pendant les années 1899-1900. Cette série, composée d’une centaine de crânes, a été étudiée par M. Randall Maciver*. Toutefois,

les procédés employés par cet anthropologiste ne répondant pas à ceux qui ont été adoptés

par la Commission internationale, ses résultats ne sont pas comparables à ceux qui ont été recueillis d'autre part, et dès lors je suis obligé, à mon grand regret, de les laisser

de côté.

El Khozan ou Khizam, — Les fouilles que j’ai opérées dans cette nécropole m’ont donné plus de 200 crânes intacts, mais extrêmement friables par suite de l’absence de toute trace de matière organique. De ce fait, la moitié à peine a pu être conservée. Sur ce

nombre, trente-cinq seulement m'ont paru pouvoir être utilement mesurés, car j'estime

que des crânes brisés et recollés ne donnent que des résultats trompeurs (fig. 45 à 48). La population d'El Khozan était grande et vigoureuse. La tête assez forte et étroite présente un diamètre moyen antéro-postérieur de 181 millimètres (& 182, & 178) et

un diamètre transverse de 133 (0° 133, & 133). Le diamètre auriculo-bregmatique est

en moyenne de 114 millimètres (o 114, @ 113). L’indice céphalique moyen de toute la

1 Theearliest Inhabitants of Abydos, Oxford, 1901.

série est de 73,47 (0° 73,07, @ 74,72). Les indices moyens de hauteur-longueur et de hauteur-largeur basilo-breematique sont — pour l’ensemble — de 71,26 et96,99 (o 71,42, 97,74, et 9 71,92, 96,23). La mise en série des indices individuels des hommes montre un maximum de fréquence entre 72 et 74, et les indices extrêmes, un cas ou deux, ne dépassent pas 68,42 et 77,53. Chez les femmes, ces extrêmes ne montent qu’à 69,89 et 78,88 et le maximum de fréquence se trouve à 74. La dolichocéphalie est donc]moins

prononcée chez les femmes que chez les hommes, mais l’indice vertical basilo-breoma—

Fig. 46. — Crâne n° 6.

Nécropore D'EL KHozan.

tique, de 97,74 pour les hommes et de 95,23 pour les femmes, montre une légère hypsisténocéphalie qui ne diffère que d’une unité entre les deux sexes.

La mise en série des crânes d'EI Khozan montre encore que {6 pour 100 des hommes et 30 pour 100 des femmes présentent des indices supérieurs à 74. Ce fait tendrait à prouver qu’il y a eu mélange entre cette population, peut-être autochtone, et une autre race moins dolichocéphale, sans doute envahissante. Chez les hommes comme chez les femmes, l’occipital est globuleux, quelquefois même proéminent; les bosses pariétales sont assez souvent prononcées, surtout dans les crânes surbaissés. Les sutures sont, en général, simples et fines ; quelques-unes pourtant sont grossières et compliquées. Des os

wormiens se sont rencontrés sur six sujets. Le front est peu large dans cette population.

PÉRIODE MÉMPHITE 53

et celle du frontal minimum est de 92 millimètres. L'indice moyen de l’ensemble est de 87,62. Cet indice est

La moyenne du diamètre frontal maximum est de 105 millimètres,

un peu plus élevé chez les hommes que chez les femmes (4 87,62, 9 38,85). La suture

médio-frontale chezles adultes est fort rare; je ne l’ai trouvée que chez deux sujets fémi-

nins. Le front est souvent fuyant chez les hommes, et généralement droit chez les femmes.

La face est étroite; son indice ophrio-alvéolaire est de 70,83 pour la série entière ;

il varie peu entre les deux sexes (o° 70,24, 9 71,79). Le diamètre bi-zygomatique moyen

Fig. 47. — Crône n° 3.

Fig. 48. — Crâne n° 21.

Nécropore D'Er KHozan.

est de 120 millimètres (o 121, ? 117). Un léger prognathisme alvéolaire n’est pas rare

chez les femmes. Les orbites sont moyennement larges. L'indice orbitaire est de 86,49

pour l’ensemble. Il est moins fort chez les hommes que chez les femmes (o 89,20, £ 84,19). Le diamètre bi-orbitaire externe moyen est de 94 millimètres (o 94, 9 93). Celui de l’inter-orbitaire est de 24 chez les deux sexes.

Les gens de Khozan étaient mésorhiniens. L’ensemble présente un indice nasal

moyen de 52,08. Il est moins fort chez les hommes: que chez les femmes (« 52,08, & 50,0). La hauteur moyenne du nez est le plus souvent, chez ces dernières, inférieure à ce chiffre. La largeur est la même chez les deux sexes. Le trou occipital est des plus

variables. Il est pourtant losangique chez le plus grand nombre. Son indice moyen est de

,35 (8 84,37, o' 82,35). La voûte palatine est également assez variable; son indice moyen est de 75,51 (o' 77, ,91) (fig. de 45 à 48).

Si maintenant nous voulions comparer nos crânes d'El Khozan à ceux des nécro— poles d’'EI Amrah, Béit Alam, Kawamil et Negadah, nous verrions qu’ils présentent entre eux un air de famille incontestable. Leurs indices céphaliques moyens, ainsi que leurs autres caractères craniologiques, les rapprochent plus toutefois de leurs frères de Kawamil et de Negadah que de ceux de Béit Allam et d'El Amrah. Seulement le type parait à Khozan plus homogène que dans ces nécropoles. Probablement contemporaines et parentes, ces populations différaient quelque peu dans leurs usages : les unes étaient, du reste, riches, les autres pauvres. Cest du moins ce que l’étude du mobilier funéraire a démontré.

Sakkarah. — Cette nécropole est la seule dont on possède une série de crânes. Elle

appartient à des tombeaux de la IV dynastie et a été envoyée par Mariette au Muséum de

Paris. Cette série, qui a été étudiée par Broca, se compose de cinquante et un sujets (trente

et un hommes et vingt femmes). Voici les diamètres et les indices moyens principaux que cet illustre savant a relevés sur ces crânes.

La tête, relativement courte, a présenté dans la série entière un diamètre antéro— postérieur de 180 et un diamètre transverse de 139 (9° 185 et 141, © 174 et 136). Le diamètre basilo-bregmatique moyen est de 137 (œ 137, © 139). L’indice moyen longueur-largeur est de 77,22 (o 76,21, © 78,16). Celui de hauteur-longueur est de 76,11 (o 74,05, & 79 DOIMONE AC M0220):

Le diamètre frontal maximum est de 115 (o 117, © 112). Le diamètre frontal minimum est de 94(o 95, 9 92). L'indice frontal est de 81,73 (o° 81,20, 9 82,14). Le

diamètre bi-orhbitaie externe moyen est de 102 (oœ 104, 9 100). Le bi-orbitaire

88), et celui de hauteur-—largeur de 9

interne est de o 24, $ L’indice bi-orbitaire moyen est de 20,21. La face est large

avec un diamètre bi-zygomatique moyen de 12 (o 131, © 122). La hauteur faciale ophrio-alvéolaire moyenne est de 89 millimètres (9 93, $ 85). L'indice facial moyen des cinquante et un sujets est de 70,08 (œ 70,99, © 69,67). Le nez est court : la largeur est en moyenne de 24 (o 24, & 24); la longueur est de 50 (o 52, 9 49). L’indice moyen général est de 48 (o° 16,15, ® 48,90). Les orbites sont plus hautes que larges

surtout chez les femmes. La moyenne de leur hauteur est de 32 (9 33, 9 32). L'indice orbitaire moyen est de 86,48. Le trou occipital est beaucoup plus long que large, surtout chez les femmes. Son diamètre antéro-postérieur moyen est de 34 (+ 36, 9 33). Son diamètre transverse moyen est de 28 ( 30, 9 27). L'indice moyen du trou occipital est

de 83,35 (o° 83,31, 9 81,81). La voüte palatine est moyennement allongée : son diamètre antéro-postérieur moyen est de 50 (% 51, & 49) et son diamètre transverse moyen est de 37 (o 38, © 36). L'indice moyen est de 74(o 73,51, 9 73,46).

Il résulte de étude de ces crânes que, tout en présentant dans l’ensemble un indice

moyen céphalique de 77,22, ils sont plus près des mésocéphales que des dolichocéphales vrais. La moitié, en effet, offre des indices supérieurs à 75. La série tout entière va de 70 à 80. L'autre moitié descend de 75 à 70. On constate donc deux types dans ce groupe d'Egyptiens memphites, ce que l’on a observé d’ailleurs déjà, et il faut renoncer à voir ici encore cette homogénéité absolue que l’on se plait à vouloir retrouver. On remarquera

le même fait pour le nez, dont indice moyen de l’ensemble est de 48. Rien n’est moins

homogène que l’indice nasal de ce groupe, puisqu'il varie de 39 à

Mise en série de l'indice céphalique || Mise en série de l’indice nasal des crânes d'El Khozan | des cranes d’El Khozan CÉPHALIQUE D'EL KHOZAN D'EL KHOZAN TOTAUX | NASAL D’EL KHOZAN D'EL KHOZAN TOTAUX

= — = | 65 » » » | 45 » 1 1 66 » » » 46 1 2 67 » » » 17 2 il É 68 1 » 1 | 48 2 » 2 69 72 1 3 49 1 d 2 70 » » » 50 5 3 8 71 il d R 51 2 » 2 72 5 » 5 59) 4 » 4 7 4 2 6 53 1 2 5 74 # 3 10 | 54 » 1 1 75 1 1 ? 55 1 » 1 76 2 2 2 56 3 » 3 77 1 2 3 57 » 1 il 78 » 1 1 58 il » 1 35. | 59 » » »

En résumé, les nécropoles des trois premières dynasties présentent, comme on vient de le voir, un intérêt considérable, et d'autant plus important qu’elles montrent entrée en scène de la civilisation égyptienne proprement dite, dans un milieu encore imbu des usages néolithiques. Ce fait est acquis, mais on n’est pas d'accord au sujet de l’origine des Epyptiens. Deux hypothèses ont été proposées. Nous allons les étudier au point de vue craniologique.

A la suite de leur découverte des nécropoles dites préhistoriques, MM. Amelineau, Flinders Petrie et de Morgan ont avancé que deux races avaient peuplé l'Egypte, l’une indigène, l’autre émigrée d'Asie. M. Flinders Petrie croit que le peuple auquel on doit attribuer la nécropole de Negadah était une nouvelle race, qui se serait montrée vers 3000 ou 3300 avant Jésus-Christ, chassant et détruisant la race égyptienne, qu’elle aurait opprimée pendant trois siècles. Suivant lui, cette zouvelle race, intervenant au milieu son industrie et toute sa

des Égyptiens, aurait été libyenne d’après ses usages funéraires, civilisation, enfin par le type de ses crânes. M. F. Petrie a tracé un tableau des carac— tères distinctifs de cette population, suivant lui, étrangère aux Égyptiens; mais ses dis— tinctions sont trompeuses, car, ainsi qu’on l’a fait déjà remarquer", il «a séparé, pour les opposer, des formes qui sont des états divers d’une même évolution ». Comme M. Petrie, M. de Morgan a cru pouvoir démontrer, à l’aide de l’archéologie et de la craniologie, que la population dite préhistorique de l'Egypte était différente de sa population historique,

1 Recherches, t. II, p. 14; Bull. Soc. d'anthrop. de Paris, V° série, t. J, p. 218.

56 POPU

mais il lui attribue une tout autre serait donc, pour M. de Morgan,

lithique seraient arrivés à l’état né

lisation égyptienne aurait été mtroc qui a cependant de sérieux partisar

gues et quelques anthropologistes. .

été rapportés pour ou contre cette t

JATIONS ANCIENNES

origine. La soi-disant new race de M. F. Petrie ’old race, celle des aborigènes qui de l’état paléo— olithique, et c’est durant ce dernier état que la eiviuite par des émigrés asiatiques. Cette manière de vou: 1s, a été vivement combattue par plusieurs archéolo—

Je ne saurais rappeler ici tous les arguments qui ont

iéorie. Ils sont nombreux et de natures fort diverses,

quelques-uns sont même en dehors de ma compétence. Je ne m’arrêterai done qu'aux considérations purement anthropologiques tirées de Pétude des crânes recueillis dans les nécropoles appelées jusqu’à ce jour préhistoriques.

La première discussion relative à l’étude de lorigine des Egyptiens basée sur la craniologie remonte à l’époque de la présentation du livre de M. de Morgan à la Société d’Anthropologie de Paris par M. G. de Mortillet'. M. Zaborowski, partisan absolu, comme notre regretté maitre, de origine africaine des Egvyptiens, s’élevatout d’abord contre

Vopinion de M. de Morgan et, reprenant plus tard? cet

e question, il soumettait à une

analyse minutieuse les mesures prises par M. Fouquet. Il

ressort de cette analyse que l’on n’y trouve point, suivant l’auteur, 1

et que Pensemble des crânes étudiés par cet anthropologiste offrait une homogénéité

remarquable sous le rapport de l’indice céphalique sur les variations duquel on s'était

appuyé. M. Fouquet? avait avancé, en effet, qu’il y avait diversité de race, puisque les indices

des crânes qu’il à étudiés parcourent toute la gamme de la dolichocéphalie. Si M. Fouquet

était revenu, par la suite, sur l’ensemble des séries qu’il a étudiées, il n’eût pas manqué

de modifier cette appréciation qu’il n'avait formulée que pour la série d’EL Amrah, la

première qu’il a mesurée. Si l’on met en série les indices céphaliques des divers groupes de M. Fouquet, l’ensemble a une apparence d’homogénéité réelle, car on voit qu’ils vont de 70,83 (Béit Allam) à 72,52 (El Amrah), puis à 72,86 (Negx

1e 5 (Kawamil). Mais si on examine en détail les mises en série partie

ah sud), et à 73,

les de cet indice sur

lesquelles s'appuie M. Zaborowski pour affirmer l’homogénéité absolue qu’il a proclamée,

à l'appui de Porigine africaine des Egyptiens, on remarque, comme il l’a fait du reste, qu’il oscille entre 66,9 et 72,2 dans la série de Béit Allam, par exemple. L’étendue des rariations est pourtant assez notable, et l’on se demande comment M. Zaborowski peut y trouver la preuve de l’homogénéité dont il veut prouver l'existence. Il y a eu évidemment

des mélanges, comme il le reconnait lui-même’, et les mises en série des indices facial,

orbitaire et nasal le démontrent, du reste, d’une façon certaine. À l’appui de sa manière

de voir, M. Zaborowski a fait intervenir l’opinion que j’ai émise”, à savoir que, dans la constaté une

série de la nécropole de Khozan, j'ai

certaine homogénéité, caractère que

j'ai expliqué précédemment, et auquel je n’ai attribué qu’une importance locale et non

4 Bull. Soc. anthrop. de Paris, t. VIT, IV° série, p. 653.

? Ibid., Races préhistoriques de l’ancienne Égypte, t. IX (IVesérie), p. 597, et ibid., Origine des anciens Égyptiens, t. I (VE série), p. 212. :

3 De Morgan, Les Origines, appendice, p. 268.

‘ Loc. cit., p. 607.

5 C.r. Congrès Assoc, fr. de Boulogne-sur-Mer, séance de 1899, t. IT, p. 618.

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