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OULED-TOUARAH DU SINAÏ

ETHNOGÉNIE ET ETHNOGRAPHIE

Le nom de Touarah (au singulier Touri) est celui que l’on donne aux Bédouins de la péninsule sinaïtique. I vient de Tor, nom du principal port de la côte; on a fait Touarah de Touri ou gens de Tor, les principaux habitants de la région. Ces Bédouins sont tous nomades, et un grand nombre font le métier de chameliers; ce sonteux qui constituent les caravanes entre le Caire, Suez et Tor.

La race est ici, sans doute, mêlée; cependant quelques familles habitant surtout la montagne peuvent être considérées comme de bons représentants, plus ou moins purs, des descendants des anciens aborigènes. La masse toutefois de cette population ne paraît être venue dans ce pays qu’au moment de la conquête de l'Egypte par les Arabes.

Actuellement, les Ouled-Touarah sont très attachés à leur sol natal, et, quoique qualifiés de nomades, ils ne changent de résidence que lorsqu'ils y sont contraints par la sécher

e, parfois longue et terrible dans leurs montagnes. Ceux qui sont nés au pied du Sinaï aiment leurs rochers avec passion, et dépérissent de nostalgie dès qu’ils s’en éloi— gnent pour quelque temps. Au Caire, où ils viennent conduire des caravanes, on les voit

errer, tristes et l’air malheureux, en quête de voyageurs ou de marchandises à transporter

sur les rives de la mer Rouge. On les rencontre fréquemment sur la promenade de PEs— bekieh, offrant aux passants des saucissons de dattes ou des poissons desséchés, les rares produits de leur pays dont ils peuvent tirer quelque argent.

Durant leur séjour au Caire, ils vivent dans de misérables khans du quartier des tombeaux des khalifes ou dans le voisinage des couvents des moines du Sinaï. Ceux-ci

| sont en quelque sorte les protecteurs de ces nomades en pays civilisé, comme euxmêmes sont les leurs dans leurs sauvages montagnes. C’est à ces moines que l’on doit |

Fig. 116. — Ouren-Touaran pu Sinaï, | s'adresser lorsqu'on veut utiliser les services des Touarah, soit pour des transports de

marchandises, soit pour aller visiter la montagne sainte. Les conventions faites au couvent sont toujours exécutées. Les Ouled—Touarah, on doit le reconnaitre, ne manquent jamais

| à leur parole, aussi bien pour les conditions des transports que pour la protection qu’ils s’engagent à fournir aux caravanes contre les tribus pillardes du voisinage. Au reste, ces

Bédouims passent pour être plus sociables et plus honnêtes que la plupart des autres nomades de la région. Palmer, quia beaucoup voyagé dans ces parages et qui a beaucoup fréquenté les Touarah, assure que, malgré leur pauvreté, la fraude et le vol sont inconnus chez eux. La vie qu’ils mènent est fort misérable, et un cheikh qui possède trois ou quatre chameaux est considéré comme un homme riche.

Ces Bédouins se subdivisent en un certain nombre de tribus, dont les principales sont celles des Ouled-Guebalieh, des Ouled-Saïd, des Ouled-Eleigat, et celle des Ouled-

Sawala. L'ensemble de ces tribus constitue une population de neuf à dix mille mdividus.

Cest à la tribu des Ouled-Éleigat qu'appartiennent la plupart des Touarah que j'ai étudiés au Caire, au nombre de vingt et un, tous adultes.

Les Touarah sont musulmans sunnites, et ont à peu près les mêmes mœurs que les autres Bédouins ; on rencontre cependant chez eux plus d’un usage qui parait propre aux Arabes de Syrie, La plupart portent toute la barbe, généralement assez clairsemée; ils se

rasent entièrement la tête, moins la partie lambdoïdale sur laquelle ils laissent pousser

une longue mèche. Le plus grand nombre portent des amulettes musulmanes de tous

modèles.

MORPHOLOGIE ANTHROPOMÉTRIQUE

Les Bédouins du Sinaï différent sensiblement, dans leur aspect général, de leurs frères des déserts arabique et lybique. Ils présentent, au contraire, certains rapports avec ceux de la région du lac Menzaleh. Comme eux, ils ont les yeux petits, les pommettes saillantes et haut placées, le nez court et droit. Leur physionomie est moins anguleuse que celle des Bédouins des grands déserts; ils sont, comme la plupart d’entre eux, secs et bien musclés. Tout respire en eux une énergie et une endurance remarquables.

Les cheveux et les yeux. — Les Touarah ont tous les cheveux noirs, aimsi que la

barbe. Les yeux, noirs chez tous, sont moyennement grands, assez vifs et jamais obliques.

Ils sont un peu plus rapprochés que ceux des Ayaideh. Le diamètre bipalpébral externe

est en moyenne de 91 millimètres, et le diamètre bipalpébral interne est de 28 millimètres. L'indice mteroculaire est done de 30,77.

Le nez, la face, les oreilles el la bouche. — Le nez des Ouled-Touarah est droit, court et peu saillant. Sa hauteur totale moyenne est de 45 millimètres, et sa largeur moyenne de 34 millimètres. L'indice nasal moyen des dix-huit Touarah est de 75,55. La mise en série de ces Bédouins montre que six sujets présentent des indices de 70 à 79,9, et sept de 80 et au-dessus. Ils se rapprochent à ce point de vue des Ma’azeh, dont l'indice nasal monte à 83,70, sans être pour cela platyrhiniens.

Les Ouled-Touarah s’éloignent considérablement, sous le rapport de l’indice nasal,

des Berbères de Tunisie ainsi que des Arabes du même pays et de Syrie, dont les indices

sont tous inférieurs à 75. Les Fellahin et les Coptes présentent au contraire des indices supérieurs.

La face est large, car sa hauteur totale (diamètre ophrio-mentonnier) étant de

127 millimètres, sa largeur maximum bizygomatique est de 131 millimètres, ce qui donne

l'indice extraordinaire de 103,15. Il est dù, comme on le voit, d’abord au peu de hauteur

206 POPULATIONS ACILUELLES

que présente la face totale, et puis au développement exagéré du diamètre bizygomatique, qui dépasse 130 millimètres chez près de la moitié des sujets; ce qui fait que douze individus ont un indice facial supérieur à 100, tandis que six seulement ne dépassent pas celui de 99,9. Les Touarah sont done plus eurignémiques que les Ayaideh, qui ont passé jusqu’à ces jours pour mongoloïdes, à cause du grand développement de leur diamètre bizygomatique.

La bouche est moyennement large. Les lèvres sont peu charnues et laissent voir les dents, le plus souvent superbes. Les oreilles, généralement grandes et bien faites, sont presque toujours écartées de la tête ; leur indice moyen est de 57,14.

La taille et la grande envergure. — Les Ouled-Touarah ont une taille au-dessus de la moyenne. Les dix-huit sujets présentent une moyenne de 1"66. Comme les Ayaideh, ces Bédouins sont moins grands que les Harabi du Fayoum. La mise en série montre que onze sujets sur dix-huit varient de 155 à 1"69; trois seulement dépassent 1"70 et quatre n’atteignent pas 155. Comme les Ouled-Ayaideh, les Ouled-Touarah se rapprochent par la taille des Égyptiens actuels, ainsi que de la plupart des Arabes et des Berbères de Tunisie et d'Algérie. Ils sont moins grands que les Arabes de Syrie.

La grande envergure totale moyenne est de 167, et ne se trouve supérieure à la taille que de 10 millimètres, ce qui est fort peu en comparaison de ce que l’on constate chez la plupart des autres groupes que nous étudions ici.

La tête et ses diamètres. — Vue de face, la tête des Ouled-Touarah parait courte, et cependant elle est plus longue que celle des Ayaideh et des Maazeh. L’indice céphalique moyen (ant.—post. max. et transv. max.) est

de 73,30. Toutefois, sur dix-huit sujets, douze seule

Fig. 117. — Hussan Nossar, Cemixa pes TouaRaH pu Sinaï.

ment ont des indices inférieurs à 75, tandis que six en présentent de supérieurs. La mise en série verticale montre que l'indice moyen de fréquence se trouve entre 70 et 75. On doit remarquer encore que la dolichocéphalie des Touarah doit être attribuée à la longueur considérable du diamètre antéro-postérieur maximum, qui est en moyenne de 190 millimètres et qui dépasse souvent ce chiffre, plutôt qu’au diamètre transverse maximum, dont la moyenne est de 140 millimètres.

De l’ensemble des caractères qui viennent d’être exposés, il résulte que les Ouled- Touarah peuvent être rapprochés des Ouled-Avaideh et des Ouled-Ma’azeh plutôt que des autres groupes de Bédouins. Ils diffèrent au contraire sensiblement des Berbères de Tunisie et des Arabes du nord de PAfrique et de l'Asie.

Fig. 118. — Haragr

DE Kasr-Et-GUEBALEH (Fayoum).

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