‹ Recherches anthropologiques dans l'Afrique Orientale, ÉgypteChapitre 81 sur 106 · CRANES D'UN CIMETIÈRE MODERNE DU DÉ · texte numérisé non relu

CRANES D'UN CIMETIÈRE MODERNE DU DÉ

‘ Schmidt, Die anthropologischen preveit Sammlungen, Deutschland Catalog der anatomischen Institut der Universitat Leipzig (Arch. f. Anthrop., XVII Band, 1888.)

— M. le D' Fouquet! a fait connaitre, à titre de comparaison, à la suite de son étude sur les crânes des nécropoles dites préhistoriques de la Haute-Egypte, quatre crânes (deux œ et deux 9). Ils sont qualifiés de Bedjah et sont probablement des Barabra. Ces pièces proviennent d’un point situé à 1700 mètres à l’est du fort Harem, près d’Assouan, au pied des collines qui bordent, de ce côté, la plaine que parcourt le chemin de fer entre Assouan et Chellal. M. le professeur Schweinfurth, de qui M. Fouquet tient ces crânes, les a trouvés dans des tombeaux qu’il attribue à des Bedjah. Ces tombeaux sont

constitués par des amas et des cercles de pierre qui se distinguent des graviers du sol.

Les squelettes s’y trouvent étendus sans accessoires et à peu de profondeur.

D’après l’éminent naturaliste allemand, ces cercles de pierre sont fort nombreux dans les environs d’Assouan où les routes de l’Est débouchent dans la vallée du Nil. Cest à ce même groupe de tombeaux qu’appartiennent ceux de l’île de Bigheh.

Ces cränes sont petits et assez bien conservés. Ils sont dolichocéphales, leptorhiniens et chaméoprosopes. Voici leurs indices moyens calculés d’après les mesures relevées par M. Fouquet. [’indice céphalique moyen de longueur-largeur est de 74,03 (o° 72,44; $ 79,14). La moyenne du diamètre antéro-postérieur maximum est de 181 milli-

mètres et celle du diamètre transverse maximum de 134 millimètres. L'indice nasal de l’ensemble est de 50 (% 54,90 ; 9 41).

Comparés à ceux d'Eléphantine, de Philé et de Bigheh, ces crânes rentrent plutôt

dans le groupe Barabra que dans celui des Bicharie

in résumé, l’étude des quatre-vingt-cinq crânes de Barabra et les observations anthropométriques des quatre-vingt-neuf sujets vivants qui viennent d’être faites de ce peuple, montrent qu'il appartient bien au groupe nubien. Ils ne peuvent done être rapprochés ni des Soudanais, ni des Arabes. Par la couleur de leur peau et par quelques autres caractères, ils se rattachent aux autres peuples nubiens ou éthiopiens orientaux.

Par leur taille, dont la moyenne atteint 1"64, ils peuvent être rangés à côté des Berbères Tozeur de Tunisie (169); des Ouled-Harabi de Tripolitaine (1"68); des Ababdeh

(166). Is sont plus grands que les Égyptiens Coptes (1"66) et Fellahin (163), ainsi

que les Bicharieh (165). Mais ils sont beaucoup plus petits que les Soudanais Nilotiques (174) et que les Arabes Ouled-Harabi du Fayoum (173). Par leur indice nasal, dont la moyenne est de 80,

, ils sont comparables aux Ababdeh (82,22), aux Arabes Ouled Ma’azeh (83,70), et à quelques groupes de Fellahin. Mais ils s’éloignent considérablement, d’une part des nègres Nouba du Kordofan (100) et surtout des Soudanais Nilotiques (107,50), et, d'autre part, des Berbères Tozeur (76,69), des Bicharieh (7:

Par la face, les Barabra, dont l’indice moyen est de 101,

55), ainsi que de la plupart des Berbères et des Arabes.

nese rapprochent d’aueun autre peuple, si ce n’est des Égyptiens Coptes (103,05) et Fellahin (103,96), puis surtout

! Fouquet, in. de Morgan, loc. cit, t. II, p. 372.

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des Bédouins d'Egypte (102,34). Ils diffèrent donc des Bicharieh (104,12) et des Ababdeh (105,64) dont les indices sont supérieurs de quatre unités. Ils s’éloignent encore plus, sous ce rapport, des Nilotiques qui sont encore plus élevés (106,50), ainsi que des Nouba (107,37). L'indice facial des Barabra diffère enfin complètement de celui de la plupart des Arabes et des Berbères chez qui la face, toujours plus étroite, ne présente que très exceptionnellement des indices dépassant 100.

L'indice bipalpébral des Barabra est de 31,50; il se rapproche de celui des Égyptiens Coptes (30,52), mais il s'éloigne de celui des Ababdeh et de celui des Bicharieh (32,26). Il diffère encore de celui des Nilotiques (34,69) et de celui des Nouba (34,44).

Leur dolichocéphalie, qui se traduit par un indice moyen de 76,69, les rapproche de

certains Berbères, tels que ceux de Palestro en Algérie (76,04), de Kairouan (77,39), et de ceux de Gerba (77,16). Mais ils diffèrent encore de ceux de Ouargla et d’Aurès en Algérie (72); des Berbères de la région de Gabès (72,79) et des Ouled-Harabi du Fayoum (72

12), enfin des Soudanais Nilotiques (73,54). On les voit aussi s’éloigner des Danakils (74,45), des Égyptiens actuels, Coptes (75,40) et Fellahin (7 Ababdeh (74,60) et des Bicharieh (79), avec lesquels on aurait pu croire pourtant qu'il

; puis des

existait une affinité réelle sous le rapport, au moins, de lindice céphalique.

Un fait qu’il importe encore de signaler, c’est que, de même que les Bédouins d'Egypte, les Coptes, les Fellahin et les Bedjah, les Barabra semblent former deux eroupes, ayant chacun un type un peu différent. L'un (vingt sujets), plushomogène, énéralement plus dolichocéphale (ind. céph. 73) et mésorhinien (ind. nas. 72), peut être rap— proché des familles arabo-berbères, et présentent des affinités avec ces populations, ainsi qu'avec celles de l'Éthiopie. L'autre (vingt-huit sujets

un peu plus mêlé, est mésocé-

phale (ind. céph. 77) et souvent platyrhinien (ind. nas. 80 et au-dessus). Ce groupe, évidemment métissé de Soudanais d'origines diverses, est plutôt négroïde.

De l’ensemble des observations qui précèdent, et qui portent actuellement sur trois cent quarante-six Bedjah — deux cent soixante et un sujets vivants et quatre-vingt cinq crânes — il ressort quelques considérations qui peuvent se résumer ainsi :

Cette famille, dont je n’ai pu étudier que les groupes Ababdeh, Bicharieh et Barabre parait assez peu homogène, dans son ensemble, ainsi que le montre le tableau récapitulatif ci-joint, bien que certains caractères morphologiques et ethnographiques les relient d'autre part.

L'indice céphalique moyen de longueur-largeur des deux cent soixante et un sujets réunis est de 77,29; celui de hauteur-longueur de 63,78 et celui de hauteur-largeur de

82,51. Ces chiffres viennent confirmer ce que les moyennes des diamètres ont déjà fait

entrevoir, c’est-à-dire que les crânes de cette population sont peu élevés et rejetés en arrière. Ce caractère, propre à cette famille, est rare chez les Égyptiens actuels et anciens, mais on le rencontre cependant quelquefois dans certains groupes. La hauteur moyenne auriculo-bregmatique des Bedjah n’est, en effet, que de 118 millimètres, tandis qu’elle attemt 120 et même 126 millimètres chez les peuples voisins.

L'indice nasal de la série entière est de 77,77; mais on peut affirmer que cette moyenne ne représente pas réellement l’ensemble, car alors que chez les Barabra cet indice est de 82,22, il est de 81,82 chez les Ababdeh et de 75,55

> chez les Bicharieh.

La moyenne de la taille des Bedjah réunis qui est de 1"65 présente les mêmes par-

ticularités, car on constate qu’à côté des Barabra qui atteignent le chiffre de 164, se placent les Ababdeh avec celui de 1"66 et ensuite les Bicharieh avec celui de 1"64.

Cette famille offre, ainsi qu’on l’a vu en étudiant les Barabra, de grands rapports avec un certain nombre d’autres groupes de populations, notamment la plupart des Nubiens orientaux tels que les Danakils!, les Somalis et d’autres peuples de la même région. Plusieurs autres familles africaines présentant d’assez sérieuses affinités avec les Nubiens, sont également à sienaler. T'elles sont celles des Berbères de la Tripolitaine, de la Tunisie et de l'Algérie? descendants sans doute des anciens Libyens. A ces groupes doivent se rattacher les Peuls® qui s'étendent du lac Tchad au Sénégal, puis les Aklmar du Sénaar, décrits par Caillaud,-et bon nombre de riverains du Bahr-el-Ghazal.

Notons encore que le professeur Schweinfurth® rapproche des Bedjah et des Barabra en particulier, plusieurs peuples qu’il a rencontrés au cœur de Afrique, et qui ne sont pas de vrais nègres, à savoir les Bougo, les Krèdis et certains Niam-Niam. La peau de ces gens n’est pas noire comme celle des Soudanais : Dinka, Nouer ou Chillouk, elle est rougeätre comme celle des Nubiens. Comme eux, ils ont la tête moins longue que les Soudanais

; ils sont fréquemment sous-brachycéphales et leur taille n'excède pas 170, tandis que leurs voisins dolichocéphales atteignent 1"90 et au-dessus.

Quant à la théorie proposée par Champollion-Figéac® après Heeren et divers autres auteurs’ faisant des Nubiens, et spécialement des Kenous ou Barabra de antiquité, les

ancêtres des vieux Égyptiens, si rien n’autorise à s’y arrôter rien non plus ne doit la faire

repousser.

Il est curieux toutefois de lire que es anciens Égyptiens appartenaient à une race d'hommes tout à fait semblables aux habitants actuels de ta Nubie. On remarquera, d'autre part, que Costaz® affirme, en parlant des Barabra, que les Nubiens diffèrent essentiellement de lous les peuples qui les environnent; des Égyptiens du Nord, des nègres du Sénaar au Sud, des Arabes à l'Orient et à l'Occident. Is forment une race distincte, ayant sa physiononvie et sa couleur particulières : enfin, is parlent une

lanque qui leur est propre et dans laquelle ils se nomment Parabra. que q F0): 7

! D' Santelli, Bull. Soc. anth., Paris, 1893, p. 482. ? D' Collignon, Étude sur l'ethnographie de la Tunisie, Paris, 1887. De Crozal, les Peuls, Paris, 1883, p. 95.

Voyage au Nil blanc, Paris, 1829,

Au cœur de l'Afrique, t. I, p.

5 Voyage dans la Basse et Haute-Egypte, in-18, Paris

Mémoire sur la Nubie et les Barabra. Description de l'Egypte (loc. cit., t. X, p. 399).

$ De Vernenac Saint-Maur, Voyage à Pestov, p.231, Paris, 1855. Maury, dans l'Encyclop. moderne, ait. SGypre, t. XIII, p. #57, Paris, 1848.

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Notons encore que Denon’, qui à donné une description à peu près juste de ce peuple,

lui a, de son côté, dénié toute ressemblance

Tout compte fait, vouloir trouver une

tiens anciens où même modernes et celui «

avec les Égyptiens.

ressemblance entre le type moyen des Egyp-

es Bedjah actuels pour affirmer entre eux des

liens de parenté ou de descendance, est une chose inadmissible & priori. Cependant, si

l’on considère que les Kénous modernes s Nofertari-la-Belle ou même de celui de Sa senter avec eux les mêmes rapports el « entre les Égyptiens de l'antiquité etles Cop

Les traces du type Bedjah peuvent se

ont les descendants des Nubiens du temps de bakon, il est mcontestable qu’ils peuvent préiflérences que ceux que nous avons constatés es ou les Fellahin actuels.

rencontrer au milieu des populations thébaines

ou saïtes de la Haute-Égypte; il a pu y à Mais le type égyptien, avec les caractères s’est affirmé de bonne heure entre la mer et l’est, subsistait le type nubien primitif.

! Expédition, loc. cit., p. 271.

re même prépondérant à l’époque memphite.

qui lui sont propres et qu’il possède encore,

la première cataracte, tandis que, au sud et à ; que;

Fig. 149. — BaraBra KéNous DE L'ÎLE DE BiGHEH.

L'EGyPTe.

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RIENNE DiNkA Nouga

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