‹ Recherches anthropologiques dans l'Afrique Orientale, ÉgypteChapitre 9 sur 106 · RELIGION. — CULTE ET USAGES FUNÉRAIRES · texte numérisé non relu

RELIGION. — CULTE ET USAGES FUNÉRAIRES

Malgré l’abondance des documents qui sont parvenus jusqu’à nous, la science est encore peu avancée sur la religion et le culte des anciens Egyptiens. On possède cependant les noms, les figures et les attributs des divinités, ceux de leurs sanctuaires et leur situation respective ; mais on connait peu de chose encore sur leur nature exacte, et la signification que les prêtres et le peuple leur donnaient.

La question de la religion égyptienne semble être un terrain sur lequel il n’est pas prudent de s’aventurer, car même les savants qui en ont fait une étude spéciale ne sont pas daccord à ce sujet, et ne le seront peut-être jamais. Depuis le premier cartouche royal connu jusqu’à la domination arabe, cinq mille ans se sont écoulés, et durant ce laps de temps les dominations les plus diverses ont tour à tour régné en Egypte. On conçoit qu’il est malaisé de voir clair dans les croyances religieuses d’un pays dont chaque district avait ses dieux propres. Suivant toute probabilité, les Egyptiens préhistoriques étaient polythéistes et fétichistes. Plus tard, chaque centre important a eu son dieu unique, ce qui fait pour Egypte entière plusieurs dieux uniques. Mais un véritable monothéisme ne s’est jamais dégagé nulle part, et, comme Va dit M. Maspero, si la religion de lEgyptien s’éleva jusqu’à la conception du dieu unique, immatériel, msaisissable, elle ne sut pas se

débarrasser de l’adoration de l’homme et des animaux ‘.

Quant au culte grossier de ceux-ci, il semble qu’il faut bien l’admettre maloré la répugnance que Pon éprouve à le trouver chez un peuple civilisé si remarquablement créateur en toutes choses. Peut-être les Egyptiens croyaient-ils à la métempsycose ? Hérodote semble donner raison à cette manière de voir, car il dit : « Les Egvyptiens sont les premiers qui aient parlé de cette doctrine selon laquelle Pâme humaine est im— mortelle et, après la destruction du corps, entre toujours en un autre être naissant. Lorsqu’elle à parcouru tous les animaux de la terre, de la mer et tous les oiseaux, elle rentre dans un corps humain ; le circuit complet dure trois mille ans. »

La religion que les prêtres expliquaient à Hérodote pouvait, en effet, admettre la métempsycose, mais elle ne représentait qu’une des dernières interprétations des croyances qui depuis les premières dynasties s'étaient succédé en Egypte, et dans lesquelles les ani maux avaient toujours joué un rôle. Quoi qu’il en soit, nous laisserons à de plus autorisés le soin d’éclaircir ces questions délicates pour lesquelles nous n’avons aucune compétence. Pourtant on ne peut s'empêcher de reconnaître, lorsqu'on a visité l'Egypte et parcouru ses temples couverts de dieux à figure tantôt humaine, tantôt semi-humaine, tantôt simple ment animale, que impression qui s’en dégage n’est pas celle d’un peuple monothéiste.

Il est un fait qui parait indéniable, c’est que — dès le principe — la religion et le culte sont nés et sont restés propres à chaque localité. Chaque bourg avait son dieu pro— tecteur auquel le peuple s’adressait dans les jours de danger. Ces divinités locales diffé raient considérablement par leur nom et la représentation qu’on en faisait. Le dieu, par exemple, des cataractes s’appelait AAnowm ; celui de Thèbes, Amwnon ; celui d’Edfou,

Horus. I] y avait toujours un rapport étroit entre le dieu et le caractère de ses adorateurs :

! Etudes de mythol. et d'archéol. égypt., p. 52.

L’Ecypre. 3

une région agricole avait un dieu de la moisson; un bourg de pêcheurs avait un dieu de la pêche et des eaux. Les dieux étaient mis aussi en relation avec les astres : de là, nombre de dieux solaires et lunaires.

L’Egvptien se représentait ses dieux sous ses propres traits, mais doués d’une force

surhumaine, vêtus comme les anciens rois,

et toujours armés du sceptre ou du bâton de commandement. Ils habitaient en famille les temples qu’on leur élevait. Ils sont représentés, en effet, avec leur femme et leur fils, telle la célèbre triade d’Osiris, Isis et Horus. Ils possédaient les vertus et les passions humaines. Des récits nombreux exposent eurs actes et leur destinée. Mais la plupart de ces mythes divins ont été perdus. On

connait celui d’Osiris, le plus répandu dans l'antiquité. Après avoir été assassiné, puis

dépecé en quatorze morceaux, il fut sans cesse pleuré par sa femme Isis, et ressuscité par

es formules magiques de son fils Horus, il régna en Koi des Morts sur le pays occidental. À côté des divinités locales, des dieux inférieurs, démons ou génies, ont toujours pris place et, pour conjurer leur influence nuisible, les hommes s’appliquaient à se les rendre avorables. Il faut aussi ranger, à côté de ces dieux à forme humaine, de véritables

étiches que les Égyptiens ont révérés de toute antiquité : tels, par exemple, des arbres qu'on r

gardait comme le siège de certaines divinités. Cest ainsi qu'Horus habitait un sycomore. On croyait surtout que la divinité choisissait, pour sy révéler, certains animaux : vaches, taureaux, béliers, crocodiles, chiens ou chacals, chats, poissons, éperviers, 1bis, etc., ete. [animal sacré, reconnaissable souvent à des signes particuliers, était parfois entretenu dans des temples où il recevait un culte de son vivant, et tous les honneurs divins après sa mort. Le plus célèbre est le taureau sacré du dieu Phtah, l’Apis vénéré à Memphis. Plus tard, la religion ayant perdu sa pureté primitive, on poussa beaucoup plus loin le culte des animaux. L’individu vénéré dans un temple ne fut plus seulement considéré comme sacré, mais tous les animaux de même espèce passèrent pour consacrés à la divinité et furent même regardés comme divins. Il était interdit de les tuer dans les endroits où s’exerçait leur culte et, après leur mort, ils étaient inhumés dans des nécropoles spéciales.

Le chien et le chacal, dédiés à Anubis, paraissent avoir été plus particulièrement inhumés à Abydos et à Rhoda, près de Siout, de la XX® dynastie à l’époque romaine. Le culte du chat, consacré à Sekhet, était pratiqué à Thèbes, à Beni-Hassan et à Bubaste. Le bœuf, personnifiant Hathor, fut surtout vénéré à Memphis, comme le montre le Séra—

eum, ce stupéfiant tombeau d’Apis! La gazelle, consacrée à Set, était vénérée à Kom—

Mereh. La musaraigne, dédiée à Baste, fut inhumée à Thèbes à la fin du nouvel Empire.

æ crocodile était vénéré un peu partout, mais surtout à Kom—-Ombho. Citons encore ’épervier, emblème d’Horus, en grand honneur à Thèbes depuis la XVIII dynastie ; bis, personnification de Thoout, qui eut les honneurs divins dans plusieurs localités, notamment à Memphis durant les XX° et XXII dynasties, ete. Je ne saurais insister davantage ici sur le culte des animaux, si remarquable chez les Egyptiens, et sur

eur momification, étant donné qu'une monographie de la faune pharaonique due à MM. Lortet et Gaillard vient de paraitre : {4 Faune momifiée de l'ancienne Egypte‘.

! Archives du Muséum de Lyon, t. NIII, in-4°, avec 82 figures, et 8 planches hors texte.

Les Egyptiens ne se sont jamais fait une idée uniforme du destin de Phomme après sa mort. Chaque contrée du Nil parait avoir eu une conception spéciale de la vie future du défunt. Il ne semble donc pas qu’un système unique ait été adopté par la population tout entière du pays. D’une façon générale cependant, le peuple a toujours cru que la vie de homme n’était pas complètement finie avec la mort,

Fig-13.

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