‹ Recherches anthropologiques dans le Caucase; (volume 2)Chapitre 1 sur 61 · PÉRIODE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

PÉRIODE HISTORIQUE

POPULATIONS ACTUELLES

L’ethnologie caucasienne doit compter parmi les problèmes les plus vastes et les plus complexes que puissent aborder l'historien et l’anthropologiste.

Esquissé par Klaproth, Dubois de Montpéreux et quelques autres voyageurs du siècle dernier où du commencement du nôtre, le tablean des peuples du Caucase reste encore obscur et incomplet sur bien des points, maloré l’activité des philologues et des naturalistes. C’est au nom des données linguistiques qu'ont été classées jusqu'à ce jour les populations de l’ithsme ponto-caspien. Mais cet

élément de classification, dont personne ne peut méconnaître l’importance, a un

peu perdu de sa valeur depuis que la science a rompu avec les anciens préjugé et qu'il a été démontré que l’homme devait être étudié par les mêmes procédés que les autres mammifères.

On a compris que pour bien connaître une population, retrouver ses origines, montrer ses affinités avec les peuples voisins, il fallait joindre aux recherches philo-

logiques, non seulement l’étude de ses mœurs, de ses coutumes, de ses croyances

Gauc: IV. ane 1

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6 RECHERCHES ANTHROPOLOGIQUES DANS LE CAUCASE dans le présent et dans le passé, mais encore la connaissance de ses caractères biologiques, c’est-à-dire anatomiques et physiologiques.

Les éléments anthropologiques connus sont encore bien peu nombreux au Caucase, et si l’on songe que la conscription n’existe pas dans la plus grande partie de ce pays, et que la méfiance et la susceptibilité des montagnards rendent les fouilles

ion d’un

et les observations très difficiles, on est surpris de se trouver en posses

aussi grand nombre de documents que ceux qui existent actuellement.

Depuis dix ans environ, des fouilles ont pu être entreprises sw: un certain nombre

de points, et l’on a vu dans les volumes précédents que l’ethnogénie de plusieurs populations anciennes de la grande chaîne a pu être éclairée quelque peu par les investigations archéologiques.

Au point de vue des recherches anatomiques, on rencontre des difficultés consi-

dérables ; les montagnards viennent exceptionnellement mourir dans les hôpitaux,

aussi sont-ils rares dans les salles de dissection, On n’a donc rarement l’occasion d’en

étudier l’anatomie. Le respect exagéré des sépultures interdit toute espèce de recher-

ches, même dans les cimetières les plus anciens et abandonnés depuis des siècles.

Parfois, pourtant, quand les tombeaux paraissent remonter à une époque assez

reculée pour que les habitants ne les considèrent pas comme ayant appartenu à leurs

ancêtres, on peut y opérer des fouilles. En dehors de ces circonstances, il est presque

impossible dans ce pays, comme du reste dans tout l'Orient, de réunir des collections

ostéologiques humaines.

M. le professeur Bogdanow a pourtant réussi à se procurer une série importan de crânes de Teherkesses * et j’ai rapporté moi-même des collections de crânes de Géorgiens, de Tchetchènes et d’Ossèthes.

En ce qui concerne les mensurations sur le vivant, elles n’avaient jamais été

entreprises avant moi au Caucase; elles ne présentent pas cependant des difficultés

aussi nombreuses et aussi sérieuses que celles que j’ai rencontrées sur d’autres points

de l’Asie occidentale, notamment chez les Ansariés, les Kurdes et les Arabes°.

Depuis mes dernières recherches au Caucase, M. le général von Erckert a fait c

1 Compte rendu Congrès et exp. anthrop. de Moscou, 1879-1880, en ru * Ernest CHANTRE, Rapport sur une mission scientifique dans l'Asie occidentale, in-80. Paris, 1882. — Bull. Soc. d'anthrop. de Lyon, t. 1 et Il, 1883-1884.

POPULATIONS ACTUELLES 7 nombreuses observations qui viennent, non seulement compléter, mais encore confirmer celles qu’il m'a été permis de faire avant lui sur les mêmes peuples.

Ces deux séries de mensurations anthropométriques, quoique fort importantes à tous égards, ne présentent encore qu'un ensemble peu considérable, si l’on tient compte du chiffre énorme de la population du Caucase et de la diversité des types que l'on y trouve.

Les observations de M. von Erckert, plus nombreuses que les miennes, portentsur cent soixante-seize sujets appartenant aux dix familles caucasiennes les plus intéressantes”. Malheureusement ce savant observateur a pris ses mesures, au nombre de dix-neuf, d’après des instructions autres que celles de Broca qui sont pourtant es plus répandues et adoptées, du reste, en Russie, de sorte qu'une partie des

mesures de M. von Erckert sont peu comparables avec celles que j'ai relevées. C?

à, comme on l’a fait remarquer déjà, le résultat déplorable de la non-unification

des systèmes de mensurations anthropologiques qui condamne à la non-utilisation a moitié des mesures et des observations laborieusement recueillies. Plus on a de

peine à ramasser ces matériaux, plus on doit regretter la discordance dans les mé-

hodes qui ne permet que très difficilement d'arriver à des conclusions scientifiques.

Malgré cela, j'ai cru devoir reproduire celles des mesures de M. von Erckert correspondant aux miennes que j'ai réduites au nombre de onze. J’ai remplacé par des

observations morphologiques et ethnographiques plus détaillées, et par l'emploi mul-

tiplié et méthodique de la photographie, une partie de ces mesures que la pratique a

montrées ne pas être indispensables, et qui se compliquent d'opérations toujours

trop longues pour des peuples difficilement abordables.

Quoi qu’il en soit, la voie est ouverte aux observations anthropométriques au Caucase, et si un certain nombre d’entre elles (celles, du moins, que j’ai relevées) laissent encore beaucoup à désirer, elles auront dans tous les cas le mérite d’être acecompagnées de renseignements qui permettront à ceux qui viendront après moi de les contrôler.

On pourra donc désormais joindre aux observations que fournit, à priori, l'examen

des caractères physiques d’une population, des faits positifs pouvant servir à la

! Bulletin de la Section caucasienne de la Socièté russe de géographie, t. NIL et VII, 1882-1883, en russe.

8 RECHERCHES ANTHROPOLOGIQUES DANS LE CAUCASE caractériser au moins autant que la comparaison des éléments linguistiques et ethnographiques.

On ne doit pas perdre de vue pourtant que c’est grâce aux savantes observations ethnographiques de MM. Komaroff, Radde et Seidlitz et de quelques autres explo-

rateurs moins connus, que l’on possède des renseignements sérieux sur certaines

opulations du Caucase restées, jusqu'à ces derniers temps, inconnues même des | voyageurs les plus intrépides.

années, à iflis doit enfin compter

Le splendide musée fondé, depuis quelques jarmi les éléments d'étude les plus importants qui peuvent contribuer à faire

| connaître le Caucase et ses habitants. La partie ethnographique, notamment, créée

eur, le D' Radde, est un modèle du genre et

en dernier lieu par son éminent d

| ésente un intérêt considérable.

| En réunissant les diverses données anthropologiques qui ont été recueillies sur

chacune des races de cette région, peut-être sera-t-il possible d’en présenter actuelle-

| ment un tableau plus complet et plus exact que ceux qui ont été dressés jusqu'à ce jour.

Grâce aussi à l’unité de la méthode d'observation scientifique qui tend à prévaloir,

on doit arriver à diviser les nombreuses familles caucasiennes suivant leurs affinités.

Aucun autre pays du globe ne présente, à surface écale, une aussi grande variété de peuples. On y rencontre, en effet, établis depuis une haute antiquité des représentants des trois grandes familles humaines que l’on désigne sous les noms conventionnels | (plus encore au Caucase que partout ailleurs) d’aryenne, de sémite, et de mongole, auxquelles ont dû être rattachées un nombre plus où moins considérable de peuplades.

y, Miller, Uslar, Zaga-

| relli, Brosset et de quelques autres linguistes auxquels on doit les documents

| Antérieurement aux beaux travaux de MA. Zagour

les plus précis sur les langues du Caucase, et qui ont permis d'établir des distinctions

Ë entre un grand nombre de peuples, on doit citer les tentatives de Klaproth”.

Suivant ce savaut voyageur, les populations des pays situés entre la mer Noire

et la mer Caspienne doivent être divisées en six grandes classes d’après les langues

quelles parlent et d’après d’autres signes caractéristiques ; ce sont :

1 Tableau historique du Caucase, p.55. Leipzig, 1827.

POPULATIONS ACTUELLES 9 1° Les Lesohiens ou Caucasiens orientaux ; 2° Les Mitsdjeghi ou Kistes; * Les Ossèthes ou Irons;

4° Les peuplades abazo-tcherkesses ou Caucasiens occidentaux ;

5° Les peuples d’origine géorgienne ;

6° Les tribus turques qui sont venues s’établir dans les montagnes et dans les plaines situées à leur pied.

Cette subdivision en six grandes classes qui ne comprennent pas moins de quatre-vinot-quatre groupes différents d’après Klaproth, est restée exacte dans les orandes lignes, notamment sa division en Caucasiens orientaux et Caucasiens occidentaux.

Une classification plus récente, appuyée sur les mêmes bases que la précédente, est celle que M. von Seïdlitz a adoptée dans sa belle carte ethnologique ; elle comprend huit sroupes principaux représentant les peuples qui habitent actuellement le Caucase ; ce sont :

1° Les Karthevéliens; 2° les Tcherkesses; 3° les Lesshiens; 4° les Indo-Européens; 5° les Iraniens; 6° les Sémites ; 7° les Mongols ; S° les Tziganes.

Ces huit groupes se subdivisent en quarante-cinq familles différentes.

Cette classification, essentiellement administrative, ne répond pas suffisamment

scientifiques actuelles, et bien que persuadé de l’incertitude et de

aux exigence l'insuffisance de toute classification, j’ai dû cependant en adopter une afin de présenter dans un groupement rationnel l'étude des peuples caucasiens. Pour atteindre ce but, je me suis arrêté au principe de la division des races méditerranéennes en quatre groupes, suivant en cela l’exemple de MM. Frédéric Müller *, Uslar* et Smirnow *.

Sans discuter pour le moment la question de l’équivalence de ces divisions, j’adopte

un groupe caucasien qui doit avoir la même valeur que ceux qui portent les noms d'aryen, de sémite et de mongol ou ouralo-altaïque. Je réunis ainsi toute une série

de peuples d'origines diverses et peu connues, et qui ne peuvent être placés ni dans

1 Allgemeine Ethnographie, p. 440.

2 Mémoires de la Soriété de géographie du Caucase, t. NII, p. 38.

> Aperçu sur l'ethnographie du Caucase (Revue d'anthropologie, t. N, p. 237).

10 RECHERCHES ANTHROPOLOGIQUES DANS LE CAUCASE lun ni dans l’autre de ces derniers groupes. Les Caucasiens comprennent donc les populations qui habitent plus spécialement la grande chaîne du Caucase, et qui, sans origine certaine, ont des affinités plus ou moins grandes avec les autres peuples. Les représentants des trois groupes aryen, sémite et owralo-altaïque porteront le nom de sporadiques, car bien que chacun d’eux ait des origines àpeu près définies, ils passent pour élrangers aux yeux des Caucasiens proprement dits dont ils diffèrent généralement. En effet, des dissemblances notables les séparent de ces derniers, non seulement au point de vue morphologique, mais encore au point de vue linguistique et ethnographique. Ces trois groupes, comme celui des Caucasiens, se subdivisent en un très grand nombre de familles dont l’énumération sera donnée

dans le cours de la description de chacun d'eux.

GROUPE { Grousiens ou Géorgiens. — Khevsoures. — Pchaves. — Touches. — Imères.

KARTHEVELIEN| Mingréliens. — Svanes. — Gouriens. Lazes.

GROUPE { . A - Abkhases. — Abazes. — Chapsoughs. — Natoukaïs. — Kabardiens, etc. TCHERKESSE | U J GROUPE (ea ae - co à RARE, \ Tagaoures. — Digoriens. — Kourtatines. — Alaghirs. OSSÈTHE { É é Groupe Les . “ rs Tchetchènes. — Ingouches. — Kistes. — Karaboulaks. l'CHETGHÈNE | GROUPE { Kurins. — Agoules. -—Routouls. — Tabassarans. — Artschins. — Kazikoumouks, LesGxiex | Darguiens. — Koubatschines. Didos. — Avars. — Andis, ete,

OURALO-ALTAIQUES OU TOURANIENS

Tatars. N Turkomans, etc.

— Koumiks. — Karatchaïs. — Kalmouks. Kirghiz.

SÈMITES

Chaldéo-A — Juifs. — Arabes.

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