TCHERKESSES OÙ CIRCASSIENS
Cest du commencement du vi siècle avant notre ère que datent les premières
notions connues sur la Circe
ssie. Depuis cette époque jusqu’à nos jours, c’est-àdire dans un intervalle de deux mille cinq cents ans environ, la Circassie semble
avoir été habitée par les mêmes peuples et les mêmes tribus.
Au x° siècle, le puis
ant monarque Constantin Porphyrogénète fit écrire, par un de ses fils, un document important aujourd’hui, c’est son livre de l'Administration de l'empire. D’après ce tableau si vrai, on voit que, de son temps, comme de celui de Procope, on ne connaissait que deux grands peuples sur la côte de Circassie, les Likhes et les Abasghis, derrière lesquels il place la Pagaghia, la Kasakhia et l’Alania. Sauf les Alains, tous ces peuples étaient tcherkesses !.
Maçoudi, qui écrivait en 943 en même temps que Constantin, est encore plus
circonstancié. Il place les Æéchek derrière les Alains, entre le Caucase et la mer
Noire : « Cette nation, dit-il, est d’un caractère doux et professe la religion des
Mages. On ne trouve pas parmi tous les peuples qui habitent ces pays, qu’il yen
ait aucun chez lequel les hommes aïent les traits plus réguliers, le teint plus écla-
: Dusois DE MonTPÉREUX, lac. cit, t.T, p. 72.
tant et la taille plus svelte. On dit que les femmes sont d’une beauté surprenan
et très voluptueuses. Les Kéchek emploient pour s'habiller des toiles blanches, des
soieries grecques, de l’écarlate et d’autres étoffes de soie brochée en or. »
Mais c’est surtout depuis le xv° siècle que des voyageurs autorisés et dignes di oi se sont rendus dans ces belles régions, et les données qu’ils ont fournies sur ces peuples intéressants concordent toutes à peu de chose près.
C'est vers 1550 à 1557 qu’un Génois nommé Giorgio Interiano visita (sans dou
[eo]
jour des raisons de commerce) les Teherkesses, au milieu desquels il vécut en
observant leurs coutumes et leur manière de vivre. Jusqu'au siècle dernier son récit,
succint, mais substantiel et d’une parfaite exactitude, était demeuré le document écrit
e plus satisfaisant sur les Tcherkesses.
Évidemment peu exacte au point de vue géographique, cette relation est demeurée
vraie en majeure partie jusqu’à l’époque du voyage de Bell qui la confirme (1837). vraie encore de nos jours sous maints rapports malgré les révolutions qui, dans ce dernier siècle, ont bouleversé si profondément les peuples indépendants du Caucase. Et comme, en somme, Interiano a été beaucoup répété, il ne sera pas sans intérêt pour la comparaison avec ce qui a été écrit depuis, de reproduire ici sa description prise dans le recueil de Ramusio et traduite par Dubois de Montpéreux * :
« Les Zychi, dit le narrateur, ainsi appelés en italien, en grec et en latin, que les
Tures et les Tatars nomment 7chiarkassi, et qui se donnent à eux-mêmes le nom
d’Adiga, habitent depuis le fleuve de la Tanaou-Don sur toute la côte asiatique, jus-
qu'au Bosphore, que l’on nomme aujourd’hui Vospero, Bouche de Saint-Jean, et Bouche de la mer Zabache, ou mer de Cana, autrefois dite Palus-Méotide. Ils s'étendent ensuite le long de la mer vers le Midi, jusqu’à la baie du Buis, dans la direction du Phase, et confinant ici avec l’Avogasie, qui est une partie de la Golchide. Toute cette côte au dedans et au dehors du Palus peut avoir 500 milles de long. Elle ne s’étend au plus qu'à cinq journées au levant dans l’intérieur des terres. Les Zyghes habitent tout ce pays sans avoir un seul lieu muré; leur plus grand et leur meilleur endroit est une petite vallée dans le centre du pays nommé Cramuc : elle est mieux située
et plus habitée que le reste. Ils confinent par terre avec les Scythes ou Tatars. Leur
INTERIANO : Ramusio, Delle navigationi et viaggi, in Venetia, COTE EILE
3, t. II, p. 197 et 198. — Monrréreux,
langue est complètement différente de celle de leurs voisins, et se parle beaucoup du gosier.
« Ils se disent chrétiens et ont des prêtres grecs; mais ils ne baptisent leurs enfants que quand ceux-ci ont plus de huit ans. Les prêtres les aspergent simplement d'eau bénite à leur mode, en y joignant une courte bénédiction. Les nobles n’en-
trent dans les églises que quand ils ont atteint la soixantaine. Vivant tous de
brigandage, ils s’en font scrupule et croiraient profaner l’église. Mais passé ce temps-là, quand ils cessent de voler et de piller, ils assistent alors aux offices divins que, dans leur jeunesse, ils entendaient seulement de la porte de l’église et à cheval.
« Leurs femmes accouchent étendues sur la paille qui, selon eux, doit être le premier lit de toute créature. Après cela, ils portent l'enfant à la rivière, où ils le lavent nonobstant le gel et le froid qui est particulier à ces contrées. Ils imposent au nouveau-né le nom de la première personne étrangère qui entre dans la maison après l’accouchement.
« Ils n’ont pas d'écriture à eux. Leurs prêtres officient à leur manière, et font usage de formules et de caractères grecs qu’ils n’entendent pas. Quand ils veulent écrire à quelqu'un, ce qui est rare chez eux, les juifs en font l’office en se servant de lettres hébraïques; du reste, leurs messages se font toujours verbalement et par exprès.
« Ils se divisent en nobles, en vassaux, en serfs et en esclaves. Les nobles sont très révérés des autres, et passent leur temps à cheval. Ils ne souffrent pas que leurs sujets aient des chevaux; et si quelqu'un d’eux nourrissait seulement un poulain, ils le lui enlèveraient et lui donneraient en place quelque pièce de bétail, en lui disant : Voïlà ce qui est fait pour toi et non pas un cheval.
« Beaucoup de ces nobles ont des vassaux; ils vivent indépendants les uns des autres, et ne veulent aucun autre supérieur que Dieu. Ils n’ont mi loi écrite ni personne pour administrer la justice. La force, l’adresse ou les arbitres terminent leurs procès.
« Ces nobles se massacrent les uns les autres. Le parent n’épargne pasle parent, ni le frère son frère; et dès qu'un frère a égorgé l’autre, il ne se fait aucun scrupule d’aller passer la nuit suivante avec la femme du défunt. Car ils se permettent tous
d'avoir plusieurs femmes, qu'ils regardent toutes comme légitimes.
« Dès que le fils d’un noble a atteint deux outrois ans, on confie son éducation à un serviteur, qui le fait monter à cheval et lui enseigne à tirer d’un petit arc en prenant pour but les poules, les oiseaux, les cochons, etc., ete. Puis quand il est plus grand il va à la chasse de ces animaux dans l’intérieur du domaine; et quand il est homme sa vie n’est qu'une chasse continuelle de bêtes sauvages où domesiques, et même de créatures humaines.
« La majeure partie de leur pays est marécageuse et couverte de roseaux et de
ages secrets par lesquels ils s’en vont furti
ils ont des sentiers et des p
jonc
vement piller les pauvres paysans auxquels ils enlèvent leur bétail et leurs enfan
pour les vendre. Et comme dans ce pays, surtout dans l’intérieur des terres, on
ne fait usage d'aucune monnaie, tous les marchés se font par boccassins ou pièce
de toile à faire une chemise. (Il en était encore absolument de même au temps du voyage de Bell, 1837.) « On mène au Caire la plus grande partie de ces esclaves où ils passent de la
condition la plus basse aux premières places, et deviennent les premiers seigneurs d
notre siècle, comme sultans, amiraux, etc.
« Leurs vêtements de dessus se composent d’un manteau de feutre, ouvert pour laisser passer le bras droit ; ils ont en tête une barrette en feutre en forme de pain de
sucre; sous le manteau ils portent des ferrilicei (anteri) de soie et de toile, plissés
de la ceinture en bas comme l’ancien jupon romain. Ils mettent des bottes et des bottines très élégantes l’une sur l’autre, et de larges pantalons de toile. Ils ont de
très longues moustaches. Ils portent continuellement suspendue à leur côté une
petite bourse de cuir brodée par leurs femmes, dans laquelle ils mettent un briquet;
ils ne quittent jamais non plus le rasoir et la pierre à aiguiser, pour pouvoir se raser les uns les autres, ne se laissent qu’une longue mêche de cheveux sur le sommet de la tête, pour qu’on puisse, dans le cas où on la leur couperait, la saisir sans la souiller en y portant des mains ensanglantées et homicides.
300 jusqu'à
« Ilsontchez eux de grandes et pesantes coupes d’or, valant depuis 500 ducats, et d’autres en argent; ils boivent dans ces coupes en grande cérémonie, au nom de Dieu, des saints, de parents, d’amis morts, faisant commémoration de
quelque action distinguée ou d’un fait notable, par de grandes révérences comme
dans un sacrifice, et la tête toujours découverte pour montrer plus d’humilité.
« Ils dorment avec leur cotte de mailles sous la tête pour oreiller, et leurs armes ‘
près d’eux pour n’êlre pas surpris à l’improviste; leurs lits sont faits de peaux remplies de fleurs de roseaux.
« Ils ont pour opinion que personne ne doit être réputé noble dont on ait connaissance qu'il ne l’ait pas toujours été, serait-ce même son roi. Ils veulent que le
noble ne sache faire ni compte ni négoce, si ce n’est pour vendre son butin, disant
que l'affaire des nobles est de gouverner les peuples, de les défendre, d'aller à la chasse et de s’adonner aux exercices de la guerre.
« Ils louent hautement la libéralité et donnent facilement tout ce qu’ils possèdent,
excepté leurs chevaux et leurs armes. Et chaque fois qu'ils mettent un habit neu
ou une chemise de soie cramoisie, ce serait une grande honte pour eux s’ils ne les
donnaient pas aussitôt de bon gré au premier qui les leur demande; aussitôt la
usissent pour revêtir en place la misérable défroque souvent
prière faite, ils s’en des
sale et déchirée, de celui qui s’est adressé à eux. C'est pourquoi les nobles sont presque toujours plus mal vêtus que les autres, à l’exception des bottes, des armes
et du cheval qui ne se donnent jamais et sont leur principal luxe. Quelquefois un
noble donne tout ce qu'il a pour un cheval, tant on regarde cet animal comme chose précieuse.
« S'ils trouvent de l’or ou de l’argent dans leur butin, ou s’ils en obtiennent d’une autre manière, ils en font faire à l’instant de ces grands vases dont j'ai parlé, ou bien ils l’emploient à en orner leur selle ou leurs armes, ces métaux n’ayant pas cours chez eux. Ceux qui habitent le bord dela mer sont plus avisés au commerce,
« Ils se battent journellement contre les Tatars qui les entourent de tous côtés. Ils passent même quelquefois le Bosphore (détroit de Taman) sur la glace pour aller piller ceux de la Chersonèse Taurique. Un petit nombre d’entre eux eux chasse toute une armée de ces derniers, parce qu'ils sont mieux armés, plus agiles et plus braves.
« Les Tatars supportent mieux toute espèce de privations et de fatigues, et ils battent souvent leurs ennemis quand ils peuvent les attirer dans quelques marais,
aces, ou dans des lieux privés de toute ressource, où leur
dans la neige, dans les
constance et leur obstination leur donnent la victoire. « Les Zykhes sont en général beaux et bien faits, et se font admirer parmi les
mameluks au Caire. Leurs femmes sont très apprivoisées avec les étrangers.
« Ils exerc
ent l’hospitalité konak et l'hôte qui reçoit et l’
pagnent jusque chez un autre
envers chacun avec grande amitié, et i
hôte, et le défendent au péril même de
bien qu’ils regardent le pillage comme un gain fait en toute justice, ce
konaks usent entre eux de la
dehors.
« Ils vivent en grande partic
rivières de leur pays qui est
Jonne pour la dis
chair d'animaux domestiques et sauvages. Ils n’ont ni froment ni vin; ï
coup de millet et d’autres grains semblables dont ils font du pain et différentes
sortes de mets, etils boivent du boza et de l'’hydromel. Leurs maisons sont toutes
plus grande fidélité, soit dans les maisons, soit au
> de poissons (esturgeons), et ils boivent de l’eau des E 8
s appellent
hôte qui est reçu. Quand l'étranger part, ils l’accom-
eur vie; et
vendant les
sion. Ils mangent toute espèce de
sont beau-
construites en paille, en roseaux eten bois. Ce serait une grande honte pour un prince
ou pour un noble de se construire une forteresse où une maison en pierre. Ils disent
que ce serait montrer de la crainte, et avouer qu'on ne sait ni se garder ni se
défendre. Ils habitent tous ainsi ces maisons, et dans aucun domaine ni dans tout le
pays il n’y a la moindre forteresse habitée. Et comme on trouve çà et là quelques
vieilles tours et des murailles antiques, ce sontles paysans qui s’en servent pour leur
usage, car les nobles en auraïe
nt honte.
« Chaque jour on les voit travailler eux-mêmes leurs flèches, même à cheval;
elles sont parfaites, et peu de flèches peuvent être comparées aux leurs pour la léoè-
reté, pour l'élégance, pour la t
rempe des pointes et pour l'effet.
« Les femmes nobles ne s'occupent pas à autre chose qu’à broder
à briquets et des ceintures de cuir très uni.
des bourses
« Leurs funérailles sont très extraordinaires. Après la mort d’un noble, ils cons-
truisent dans la campagne une
> haute estrade en bois, sur laquelle ils
lacent le corps
dans une posture assise après lui avoir ôté les intestins ; et pendant huit jours ses J
parents, amis et vassaux le visitent et lui présentent des tass
des éventails, ete. Aux deux
es d’argen
Le}
côtés de l’estrade sont les deux parents le
t, des arcs,
s plus âvés,
appuyés sur un bâton; et sur l’estrade, à gauche, se tient une jeune fille armée
d’un éventail recouvert d’un morceau de soie, dont elle se sert pour chasser les
mouches, lors même qu'il gèle. En face du mort est assise, sur une chaise placée à
terre, la première des femmes du défunt, qu’elle fixe sans détourner les yeux, mais
PEUPLES CAUCASIENS 109 aussi sans pleurer, car ce serait une honte; pendant huit jours elle le quitte à peine. Au bout de huit jours, on prend un grand tronc d’arbre qu’on fend en deux, et que
l’on creuse pour y placer le corps et les dons; après quoi on le transporte à l'endroit
destiné à la sépulture, où la multitude qui suit le cortège élève la tombe en entassant de la terre sur le cercueil. Plus le défunt était puissant, plus il avait d'amis, de vassaux, plus la tombe est srande.
« Après l’ensevelissement, pendant plusieurs jours, à l'heure du dîner, on selle le chevaldu défunt, et on donne ordre à un serviteur de le mener par la main à la tombe nouvellement faite, où il doit appeler trois fois le défunt par son nom, pour le
convier à diner de la part de ses parents et de ses amis. Cela fait, le serviteur ramène
le cheval, disant que le défunt n’a pas répondu; après quoi, pensant avoir fait leur ; ; ' devoir, les parents etles amis se mettent à table où ils boivent et mangent à son
honneur. »
Le tableau de la vie intime des Tche
kesses, tel que nous le trace Giorgio Inte-
riano, n’est pas, comme on le voit, dépourvu d'intérêt; il nous donne l’idée la plus exacte des connaissances que l’on avait sur la Circassie au milieu du xvr° siècle, et
quoique un grand nombre de coutumes soient tombées en désuétude, beaucoup
persistent encore de nos jours.
En 1637, Jean de Luca ou de Lucques ‘ visita le pays des Tcherkesses. La relation très courte qu'il a laissée de son voyage est des plus intéressantes, parce qu’elle nous montre que c’est dans cet intervalle d’un siècle environ entre le voyage d’Interiano qui a vu les Tcherkesses encore en possession de toute leur personnalité et originalité, et celui de Luca, que les Turcs commencèrent à étendre en Circassie
l'influence de leur culte et de leur langue. « Les Circasses, dit ce dominicain, par-
lent la langue circassienne et la turque; ils sont mêlés : les uns sont mahométans,
les autres du rite grec. Mais il y a plus grand nombre de mahométans; car encore
que le prêtre qui est à Terki leur aille quelquefois administrer le sacrement du
baptême, il les instruit peu dans les choses de la religion, si bien qu'ilsse font Turcs
tous les jours, et il ne leur reste plus rien de la religion grecque que la coutume
1 Relation des Tartares, Percépites et Noguïs, des Circassiens, Mingréliens et Géorgiens, par Jean ne Luca,
religieux de l'ordre de Saint-Dominique. Dans Ta
pub
NOT, Relutions de divers voyages curieux qui n'int point été
etc., Paris, 1664, etsuiv., 2 vol. in-fol.
Cauc. IV 14
110 RECHERCHES ANTHROPOLOGIQUES DANS LE CAUCASE de porter des vivres sur les fosses de leurs morts et l'observation de quelques jeûnes. » Les autres détails donnés par Jean de Luca sur la manière de vivre des Tcherkesses ne font que confirmer Interiano.
On peut done dire, dès à présent, qu’il est de la plus haute importance de tenir compte de ces faits historiques lorsqu'on voudra faire l'étude anatomique du véritable
type tcherkesse. Ce sera en effet sur des crânes appartenant à une période anté-
rieure au xy°siècle que devront porter les mensurations craniométriques, puisque c’est surtout à partir de cette époque que se font sentir les influences étrangères diverses.
Parmi les coutumes spéciales et dignes d’attention rapportées par Jean de Luca,
il en est une que nous devons citer, c’est la présence de lieux sacrés, où l’on voit ;
quantité de têtes de béliers, restes des sacrifices qui y ont été faits. On voit pendus
aux arbres des arcs, des flèches, des cimeterres, qui marquent les vœux dont ils
se sont acquittés; et la vénération du lieu est, paraît-il, si grande que les plus orands voleurs n’y touchent point. Mais c’est surtout sur les Abkhases que Jean
de Luca fournit les détails les plus curieux.
Reinegos (1782-1784) n’a laissé de son voyage dans le Caucase qu'un travail inachevé et incomplet dans lequel il n’est nullement d'accord avec ses devanciers qui portent généralement aux nues la beauté des femmes circassiennes.
Prenant évidemment des cas exceptionnels pour la règle générale, il dit : « Une
jambe courte, un petit pied une beauté cireassienne ! Q de vivacité de la jeune fille la Persane sont cent fois p noncées de la Circassienne
nés de trouver parmi elles
et des cheveux d’un rouge ardent, voilà ce qui constitue west-ce que cela près de la physionomie animée et pleine géorgienne? La taille élancée et le ravissant œil bleu de us attrayants que les formes arrondies et fortement pro- ; et tous ceux qui voient les femmes lesghies sont éton-
e type des belles statues de l’art grec. Les Circassiennes
ont assurément quelque (9
hose d’avenant et de particulièrement engageant; elles
sont enjouées, lascives, spirituelles et très loquaces. Jeunes, elles gouvernent leurs
maris avec une sorte d’orgueil qui leur sied à merveille; mais en vieillissant elles
deviennent d’une humeur querelleuse insupportable, et elles se tiennent tout le jour
étendues sur un sofa recouvert d’un tapis, le seul meuble commode que renferme
une misérable hutte construite en branchages ou en treillis, et couverte en terre
PEUPLES CAUCASIENS 111 délayée ou en fumier . » Reineges, en s'exprimant ainsi, inaugurait au Caucase lasérie des touristes modernes à qui l’on reproche, quelquefois avec raison, les descrip-
tions fantaisistes des peuples et des populations qu’ils ont vus. Il faut lire Reineg
mais il ne faudrait pas le lire seul et conclure d’après lui. Pallas ?, 1768, connaît le.véritable nom patronymique des Tcherkesses, Adighes,
que personne n’avait cité depuis Interiano. Mais, ainsi que Potocki (1797), ce
sont surtout les Kabardiens et les Abkhazes qu'il a visités et étudiés.
Enfin, dix ans plus tard, 1807-1808, Klaproth ‘ vint à son tour dans ces pays, où il parcourut plus spécialement la Kabarda, lOsséthie et la Géorgie. C’est le premier voyageur qui ait donné une idée exacte et presque complète de la topographie du bassin du Kouban. Il résume d’une manière méthodique ce qui à été dit par ses
devanciers sur les Tcherkesses et les Kabardiens.
Enfin Taitbout de Marieny, le chevalier Gamba, Dubois de Montpéreux, Bell et quelques autres ont fourni sur ces pays des renseignements scientifiques et beaucoup plus exacts auxquels nous aurons maintes fois recours.
Klaproth * rapporte que les Tcherkesses habitent la grande et la petite Kabarda, etle pays situé au delà du Kouban jusqu’à la mer Noire. Ce peuple s'appelle dans sa propre langue Adighé. Le nom Tcherkesse est, dit-on, d’origine turque, et composé de cher (chemin) et kesmek (couper); il signifierait donc un homme qui coupe le chemin, c’est-à-dire un brigand. Cependant on trouve chez les historiens anciens une nation nommée Æerkètes, qui habitait le Caucase et les bords de la mer Noire, et qui paraît avoir eté identique avec les Tcherkesses. Le nom de ces derniers est antérieur à l’époque à laquelle les peuples tures arrivèrent de l’Asie moyenne dans le voisinage du Caucase. Les Ossèthes, les Mingréliens et autres voisins des Tcherkesses
les appellent Æazakh, et dans les historiens byzantins, leur pays porte le nom de
4 Allgemeine historisch-topographische Beschreibung des Kaukasus aus, ele. Gotha und Sanct-Petersburg, 1796-97, 2 vol. in-8.
? Voyages entrepris duns les gouvernements méridionaux de l'empire de Russie, duns les années 1793 et 1794, par M. le professeur PALLAS, trad. de l'allemand, par DecaBouLaye et TonneLieR. Paris 1805, in-%, 2 vol. et atlas.
3 Voyage dans les steppes d'Astrakhan et du Caucase, par le comte Jean Porocki, publié sur le manuscrit de l'auteur, par M. KLaprorx. Paris, 4829, 2 vol. in-8,
i Voyage au mont Caucase et en Géorgie, pu M. J. Kraprorx, avec une carte de la Géorgie. Paris, 1823 ya gie, ; ;
in-8, 2 vol,
5 Kcaprorx, t. I, loc. cit., p: 339.
Kazaklia. D’après les traditions de ce peuple, il oecupait originairement les bords du Kouban, jusqu’à ce que dans le xn' siècle, une de ses tribus, nommée Æabardah, quitta son ancien pays, et se transporta surle Don inférieur. Ce même voyageur mentionne une tradition singulière répandue, dit-il, parmi les Tcherkesses : c’est qu’autrefois leur pays était habité par des Ærenghi, c'est-à-dire des Européens auxquels ils étaient, en quelque sorte, soumis. Un de leurs princes, disent-ils, avait une très jolie femme, dont le souverain des Frenghi devint si épris, qu’il la demanda pour
e chercha à différer la chose, et délibéra avec sa famille
lui-même. Le Tcherkes
sur ce qu'il devait faire; enfin il consentit à céder sa femme, et le Frenghi jura de le
satisfaire : alorsle Tcherkesse exigea la cession du pays qu’occupaient les Frenghi.
« Je n’ai pas voulu passer sous silence cette histoire, dit Klaproth, quoiqu’elle ai
bien l'air d’une fable, parce que les Kabardiens ont encore un proverbe qui semb
faire allusion à cet événement : « Nous avons donné nos femmes pour ce pays {. » pa
Un voyageur, de Gille, qui parcourait ces régions en 1858, estime que tous
ces peuples ou peuplades du flanc droit de la ligne du Caucase formaient un ensemble de trois cent cinquante mille habitants mâles, dont cent mille nobles, ainsi que l’a
dit Mahomet-Amyn dans son rapport à Chamyl en 18522.
Malheureusement les cho:
ont bien changé, et cette magnifique population
est en voie de disparaître, Vaincus par les armées russes, ils ont préféré l'exil à la servitude, et, comme celui de leurs frères du Caucase oriental, leur exode est devenu une déportation en masse en pays musulman.
Il y a vingt ans que la majorité des Tcherkesses s’est retirée en Turquie au
nombre de quatre cent mille environ. On ne compte actuellement euère plus de cent vingt mille Tcherkesses, dont les Kabardiens constituent la plus grande partie.
Leur réputation de beauté idéale, l’héroïsme de leur résistance au colosse moscovite, ont fait de ces intrépides montaonards un des peuples les plus intéressants de la terre.
Actuellement on divise les Tcherkesses, improprement appelés Circassiens par les Européens, en trois groupes principaux: 1° les Adighés ou Teherkesses proprement dits; 2° les Kabardiens ; 3°les Abkhases.
1 Krapror, loc. cit., t. I, p.347.
2 De Gr, Lettres sur le Caucase et la Crimée, gr. in-8, pe 102.P:
À côté de ces grandes familles $’en trouvent un certain nombre de petites qui
sont toutes circassiennes avec ou sans mélange. Quelques-unes de ces tribus sont des Kabardiens émigrés.
Parmi ces tribus de moindre importance, on remarque les Bes/inei sur le haut
Fars et le Psé
phir. C’est une tribu très aristocrate. Leur nom 4e-sle-ne signifie qui vit dans une grande forêt. Les Mokoches sur le Fars inférieur et le Pséphir,
gouvernés par des princes Basharsoukho (le fils de l’Aigle). Leurs nobles ont une
figure de serpent dans leur blason.
Les Temirghoïs, entre le Fars inférieur et la Bialaya, ont une aristocratie encore
plus estimée, paraît-il, que chez les Circassiens. Dans les chansons tcherkesses on dit par exemple : Libéral comme les Bolotokho (prince témirghoï). Ces Bolotokho, nous dit de Gille, sont une des plus illustres familles circassiennes et jouissent des droits reconnus du sultan. Leur nom est, paraît-il, purement tatar.
Les Æaloukaïs sur la Basse-Laba et le Kouban ont pour principale famille les Kherkhénof.
Les Abadzeks, établis sur les hautes régions entre la Bialaya et l’Afips, comprenaient, d’après de Gille, douze mille familles formant neuf peuplades réunies par une alliance où #ahaha (amitié). Ils considèrent le sultan ture comme chef de la religion mahométane et comme leur cousin à cause des alliances des sultans avec es filles abadzeks vendues à la Turquie et qui sont devenues sultanes. C’est une des abus les plus aristocratiques parmi les Adighés et aussi une des plus robustes et des plus guerrières. [ls ont presque tous émigré.
Les Natoukais étaient au nombre de cinq mille familles environ, mais ils ont
$. Les Chapsoughs (sha-psu, éleveurs de chevaux) constituent la
presque tous émig
plus importante de ces tribus secondaires. De Gille les évalue au nombre de cent
soixante mille répartis entre quarante mille familles. Ils occupent le Grand et le
Petit-Chapsough au nord de la chaîne du Caucase et de l’autre côté, sur le littoral de
a mer Noire, entre les rivières Djibougha et Chakhé. L’aristocratie chapsoughe
s'étant opposée à l'établissement des Turcs à Anapa, ceux-ci s’en souvinrent lors-
qu'ils se furent rendus maîtres du territoire et s’appliquèrent, au nom du Coran, à abaisser la noblesse, en suscitant les serfs contre les seigneurs. Gette lutte, qui durait
encore il y a quelques années, eut pour résultat d’affaiblir l’aristocratie.
La doctrine du muridisme a été introduite chez les Chapsoughs par Mohamed- Amyn qui résida parmi eux. Ceux qui ont émigré il y a trente ans en Asie Mineure occupent dans le village de Sivas deux cent vingt-trois maisons environ.
Enfin les Oubyks où Oubiques complètent le tableau des tribus circassiennes. C’est déjà une race mélangée. Ils habitaient le littoral de la mer Noire entre les fleuves Chakhé et Khamiseh. C’est chez les Oubyks que les Turcs se procuraient, dit-on, leurs plus belles odalisques. Ils ont à peu près tous émigré, et possèdent, dans la région de Sivas, quatre-vingts maisons environ. |
AniGnés. — Les Adighés ou Tcherkesses proprement dits sont pour la plupart fort beaux. Leur taille est mince et leurs épaules larges. Leurs cheveux, le plus souvent châtains, encadrent un visage d’un bel ovale aux yeux brillants presque toujours bruns. Leur extérieur respire la distinction et attire la sympathie. Adighés est le nom qu'ils se donnent eux-mêmes. Ils disent avec orgueil : Ssé Adighè (moi, Adighé).
Comme les L
ghiens, les Tchetchènes et en général tous les peuples pasteurs et guerriers, les Tcherkesses ne reconnaissent pas d'autre loi que celle du talion qu'ils exercent avec fureur, et la vendetta règne en maîtresse parmi eux.
La lésislation comprend en quelque sorte trois principes fondamentaux : l’exercice de l'hospitalité, le respect pour les vieillards etle droit de la vengeance.
Tandis que les Tchetchènes étaient fous égaux dans leurs communautés républicaines, il y a quelques années encore, les Tcherkesses avaient une organisation purement féodale, comprenant les princes, les nobles, les affranchis, les serfs, les esclaves. Au temps de Dubois de Montpéreux, loin d’être un ramassis de brigands sans foi ni loi, ils donnaient, au contraire, une idée de la civilisation de la Germanie et de la France sous les premiers rois. (était un modèle de l'aristocratie
féodale, chevaleresque du moyen àge, de l’aristocratie héroïque de la Grèce antique.
Les nobles, fort abaissés par leurs luttes contre les libres montagnards, formaient une caste spéciale qui jouit longtemps, dans la plaine surtout, d’une assez grande
autorité. Les paysans, groupés en petites associations, dévoués les uns aux autres
jusqu’à la mort, se piquaient peu de soumission et donnaient asile dans leurs montagnes aux Tcherkesses dela plaine fuyant la tyrannie des seigneurs.
Du temps de Klaproth, quoique la puissance des princes tcherkesses fût considé-
PEUPLES CGAUCASIENS 115 rablement diminuée par les progrès successifs des Russes, ils ne continuaient pas moins à se regarder comme maîtres des peuples ossèthes, tchetchènes, abkhases et des tribus nogaïs des hautes montagnes sur lesquels leur puissance s’étendait autrefois.
L'usage, au temps de l'aristocratie féodale, voulait que de temps à autre les princes fissent des présents à leurs nobles. Ces derniers étaient tenus de payer les dettes extravagantes de leurs princes. Les uns et les autres avaient droit de vie et de mort
sur leurs serfs. En temps de guerre, le prince à la tête de son armée allait avec ses
chevaliers et ses serviteurs faire des incursions sur le territoire russe, ou bien chez leurs voisins les Ossèthes, les Ingouches, les Karaboulaks, ete.
On peut dire qu'aujourd'hui il n’y a plus de constitution chez les Tcherkesses, chacun faisant à sa guise. Les princes et hauts personnages qui n’ont pas émigré s'occupent presque uniquement de chasse et d’exercices militaires. Ils trouvent cette vie pleine d’attraits, et n’échangeraient contre rien au monde cet état de liberté et d'indépendance. Ils regardent leur vielibre et vagabonde comme le suprême bonheur, et trouvent honteux le service militaire.
Avant l'introduction de l’islamisme chez eux, ils buvaient del’eau-de-vie,fumaient, mangeaient du pore, toutes choses dont ils s’abstiennent aujourd’hui.
Au commencement de ce siècle, Klaproth rapportait que les femmes tcherkesses sont les plus belles de tout le Caucase: et que c’était sans fondement que l’on croyait
communément qu’elles peuplent, en grande partie, les harems des Turcs; car les
‘Tcherkesses vendaient très rarement des individus de leur nation aux Turcs
excepté
des esclaves volés. Le plus grand nombre des belles femmes qui étaient amenées en Turquie venait, selon lui, de l’Imérie et de la Mingrélie. Les Teherkesses ne vendaient euère que des esclaves du sexe masculin.
Il estprobable que Klaproth se trompe lorsqu'il assure que les Tcherkesses ne vendaient pas leurs enfants, et surtout leurs filles. Taitbout de Marigny, appelé pour son commerce à Anapa, affirme que les Turcs ont établi dans cette place un
marché avec les Circas
siens dont ils recevaient les jeunes filles et les jeunes
varçons en échange de quelques marchandi portées annuellement de Constan-
tinople et de l’Anatolie*.
1 Tarrgour DE MariGxy. Voyage en Circassie, 1821, p. 6.
je
Klaproth donne également sur les vêtements des hommes à cette époque des détails d'autant plus curieux qu’ils se sont perdus en grande partie, et que d'ici à quelques années les costumes pleins de richesse et d'originalité de ces montagnards ne pourront plus se voir que dans les vitrines des musées.
L’habillement des hommes ressemble, suivant ce voyageur, à celui des Tatars- Koumouks; mais il est plus léger, fait de meilleures étoffes, et ordinairement plus riche. Leur chemise {yana) est boutonnée sur la poitrine; elle est de toile blanche ou de taffetas léger rouge, à la mode géorgienne. Ils portent sur la chemise une veste de soie ordinairement brodée, et sur celle-ci une espèce de surtout très court, appelé en tcherkesse /sieh, et en tatar chekimen, qui arrive à peine à la moitié des reins; ils le boutonnent très étroitement sur le ventre; il a de chaque côté de petites poches brodées et divisées en plusieurs séparations pour contenir des cartouches. Les hommes coupent leurs cheveux très courts, et n’en laissent qu'une mèche de la longueur du doigt au sommet de la tête : on appelle ces cheveux Laïdar. Les Tatars et les Kistes se rasent entièrement la tête. Autrefois les Teherkesses ne portaient que des moustaches, aujourd’hui beaucoup d’entre eux laissent pousser leur barbe. Les deux sexes s’épilent les parties, soit en coupant les poils, soit en les arrachant, soit enfin en employant un caustique de chaux vive et d’orpiment. Ils portent sur la tête un petit bonnet ouaté et brodé dont la forme ressemble à une moitié de
melon. Ils ont ordinairement les pieds petits; ils portent des bottes rouges très
élégantes et à talons très hauts, ce qui les fait paraître beaucoup plus grands. Jamais
un Tcherkesse ne sort sans armes ni sans son manteau de feutre ‘.
Aujourd’hui, chez les quelques familles qui sont restées dans le pays, le costume,
tout à la fois élégant et coquet, est le type du vêtement caucasien, c’est-à-dire
u’il se compose de la longue {cherkeska serrée à la taille et oarnie de cartoug 8
chières, d’un large pantalon, de bottes molles, du papak, de la bourka et des armes.
A la fois païens, chrétiens et musulmans, les Tcherkesses adoraient Chiblé, dieu de la foudre, de la guerre et de la justice. Les eaux, les airs, les arbres, les troupeaux, recevaient aussi leurs hommages ainsi que l’immense mer dont ils conju-
raient le courroux par des offrandes que lui portaient les torrents.
1 Kraprorx, loc. cit., t, I, p. 367.
PEUPLES GAUCASIENS 417 Il est difficile de dire au juste quelle est la religion des Tcherkesses : c’est un
mélange de christianisme, de mahométisme et de paganisme. Le peuple est plutôt
païen etles nobles observant les rites mahométans agissent plus pour la forme que pour le fond. Néanmoins, depuis 1840, le muridisme a fait d'immenses progrès chez es Teherkesses. Il est toutefois un trait bien caractérisque dans la religion de ce peu-
ile : c’est leur culte, de toute antiquité, pour les bois sacrés. Il est des arbres que
a hache n’a jamais touchés et devant lesquels se célèbrent les fêtes religieuses. De la Motraye, qui visita la contrée en 1711, rapporte aussi que les Tcher-
kesses des montagnes marchaient en procession avec des torches allumées autour
de ces arbres consacrés, au pied desquels ils sacrifiaient divers animaux, tels que
aureaux, agneaux, chèvres et brebis. Leurs mages ou prêtres, choisis parmi les plus vieux d’entre eux, en distribuaient la viande aux assistants et en portaient aux malades et aux pauvres qui étaient absents ‘.
Taitbout de Marigny * rapporte que dans les environs de Ghelinjik des prêtres, couverts d’un simple manteau de feutre caucasien, s’avancent vers la croix qui consacre le bois, car les apôtres du christianisme voulant profiter de ce respect
pour les arbres y gravèrent des croix; au milieu d’un peuple qui garde le plus
profond silence, les prêtres adressent des prières au Créateur pour lui demander la conservation de leurs champs, l’abondance des moissons et de les exempter de la peste. Puis on immole un bœuf suivant la coutume, particularité propre au christianisme de toutes les peuplades du Caucase. Ce culte grandiose dans sa simplicité ne rappelle-t-il pas les prières adressées par son peuple au dieu d'Israël ?
Plus récemment encore, Bayern m'écrivait à ce sujet que le voyageur, l’archéologue qui s’est voué à l'étude du Caucase ne peut passer sous silence certains bouquets d'arbres que l’on rencontre assez fréquemment dans ces montagnes etauxquels on a donné le nom de Lbosquels sacrés. Beaucoup recouvrent des tombeaux,
quelques-uns entourent des temples, d’autres, enfin, recèlent sous les racines de leurs
vieux arbres des poteries antiques et d’autres objets que des fouilles mettent à jour. La plantation de ces bosquets remonte, d’après les anciens historiens, à une époque
antérieure à l’ère chrétienne.
4 Dusois ne MoxrPÉREUX, loc. cit., t. I, p. 72. ? Tairsour DE MariGny, éd. Klaproth, t. I, p. 507, dans le Voyage de J. Potocki.
Gauc. IV. 15
118 RECHERCHES ANTHROPOLOGIQUES DANS LE CAUCASE L'Église grecque, en propageant en Géorgie et en Arménie la religion du Christ, épargna ces lieux vénérés par les habitants. Bien loin de les détruire, elle s’y
s de ses saints et bâtissant
implanta, substituant aux divinités païennes les imag des églises aux endroits mêmes où avaient été accomplis les rites des anciens cultes.
Aussi n'est-il pas étonnant que Bell, qui visitait ces régions en 1830, parle dans
la relation de son voyage d’une croix qu’il trouva plantée au milieu d’un bosquet et
d’une autre pendue à un arbre. Le plus souvent, les bois sacrés sont composés de chênes comme celui qui entoure l’église de Botlikh au-dessus de la ville de Cighnak (Daghestan) et ceux que Bayern a vus dans la vallée de la Chepche, puis dans un grand nombre de localités du district du Kouban et enfin près de Natoukaï entre
le Haut-Baksan et Gastingaï. Parfois aussi ce sont des pommiers et des poiriers qui
ombragent les sépultures. Les dolmens de la Djouba sont entourés de bosquets d’aulnes. On retrouve le chêne autour de ceux de la gorge Tzouïtzouïk et de la
vallée de la Pchade.
Les superbes noyers et châtaigniers que l’on voit sur les bords orientaux de la mer Noire ne sont probablement pas plantés seulement dansle but d’en récolter les fruits, mais aussi dans un but religieux. Il existe en effetun bosquet sacré de noyers près du village de Ghlaula en Ratcha, à mille cinq cents mètres d’altitude.
Une majestueuse forêt de hètres longue de dix kilomètres et large de quatre
end à l’embouchure de la Bzib jusqu’au pied des montagnes de l’Abkhasie.
(os
S L’arrangement régulier de ces arbres ne peut être attribué au hasard, et Bayern regarde leur plantation comme l’œuvre de tout un peuple. Il signale en outre dans
cette forêt quelques ruines d’églises entourées de buis et de lauriers-cerises. L’exis-
tence de ces ruines vient confirmer pleinement l’opinion du savant archéologue
qui fait remarquer, de plus, que le laurier-cerise et le buis entourent toujours les
endroits saints et les églises dans les bassins du Rion et de la Koura.
Sur la rive gauche de la même rivière se trouve la superbe église de Pitzounda au
milieu d’une forêt qui ne le cède en rien à celle du bord opposé.
En Abkhasie ou trouve beaucoup de bosquets sacrés; nous citerons, entre autres,
celui situé près de Sauouklon et celui qui entoure, près d’Anakopie, le tombeau de
l’apôtre Simon le Khananite.
PEUPLES CGAUCASIENS 119
Le
ébelda et le Samourzakhan sont parsemés de bosquets de thuyas et de chênes, arbres fort vénérés des habitants de ces régions. En somme, on retrouve les bosquets sacrés dans presque tout le Caucase, et à toutes les altitudes où la vécétation est possible. Enfin, là où l'altitude trop élevée ne permet plusla plantation de ces arbres, on les
remplace par une colonne ou une pyramide en pierre.
Bayern a vu non loin du glacier de la rivière Lestkoum affluent, du Tskhenis- Tskali, au-dessus de la limite des forêts, un monastère en ruines entouré d’un bosquet de bouleaux.
La Grousie, l’Osséthie et la Touchetie n’en sont pas dépourvues. Rappelons que c’est aussi dans un bosquet sacré que Chamyl, après la prise de Gounib, fut reçu par le prince Bariatenski.
Bayern dit qu'il y a aussi divers endroïts qui ne sont fréquentés que par les femmes dans le but d’avoir un enfant mâle. Ce sont : la source de Saint-Jacob sur le mont Ararat, le plateau formé de lave sur le mont Alaoëz et enfin la source froide située à une verste plus haut que les eaux minérales d’Ouravel (district d’Akhaltzik).
Dans tous
s lieux, les femmes se lavent, prient et baisent la pierre sainte; elles
lantent ensuite de petits bâtons qu’elles ont soin d’entourer de rubans de papier, de
façon à former une sorte de berceau au fond duquelelles placent une poupéeen chiffons.
Bayern a acquis en 1849 un de ces berceaux qu'il présenta à la Société de géogra-
phie de Tiflis et qui fut ensuite placé au Musée. Ce pèlerinage des femmes chrétiennes
musulmanes à l’Araratet à l’Alaoüz est une antique coutume des indigènes du pays. Cest sans doute à un culte analogue que l’on droit rapporter cet usage d’attacher
à des arbres et à certains buissons ces chiffons de toutes sortes que j’ai rencontrés
aussi bien en Osséthie que dans le Kurdistan.
Vers la deuxième moitié du xvin° siècle, les Adighés devinrent presque tous sunnites et leur foi mahométane, doublée de la haine pour le Russe chrétien, l’envahisseur de la patrie, produisit ce mouvement admirable et désespéré qui place ces héros dans la mémoire des peuples à côté des vainqueurs de Marathon et des vaincus des Thermopyles.
Nous nous bornerons à rappeler ici la coutume bien connue chez les Tcherkesses
de confier, au sortir de l'enfance, un fils noble à un précepteur (atalyk) expérimenté
qui emmène l'enfant, l'élève, le forme et ne le rend à sa famille que lorsque son édu-
cation est achevée, et qu’il en a fait un homme.
L’atalyk doit nourrir l’enfant, lui enseigner l'équitation, le maniement et l’usage
des armes, l’accoutumer
toutes sortes telles que le
de bonne heure aux plus dures fatigues, aux privations de
manque de nourriture, de sommeil, ete., lui inspirer, en un
mot, le courage, la hardiesse et la folle audace qui doivent animer tout bon Tcher-
kesse. Cette institution constitue, paraît-il, un lien sacré entre les familles et con-
tribue puissamment à resserrer par une étroiteunion les tribus quelque peu éparses
et divisées du Caucase.
Il enest de même pour atteint l’âge de douze où ({liakou-tliage) d’un aou aux obligations futures ( la maison, et la plus s enseigne point l’alphabe
aller à la mosquée. L’éd
la jeune fille noble que pour le jeune garçon. Dès qu’elle a reize ans, elle est confiée à la femme d’un riche gentilhomme voisin. La jeune fille est initiée aux travaux féminins et e sa position. Elle occupe toujours la première place dans ricte étiquette est observée à son égard. On ne lui , mais seulement les quelques prières indispensables pour
ucation achevée, la jeune fille retourne dans la maison
aternelle où elle reste jusqu’à son mariage. Les jeunes gens nobles des deux sexes se
rencontrent dans les fêtes et les réunions, mais un jeune homme ne peut témoigner
son amour à une jeune fi
joute poursuite. Seul, le 1
et dispense le jeune époux de bon nombre de cérémonies ennuyeuses.
Une fois le mariage accompli, on entame la question du kalyin, où somme qui
doit être remise par le jeune mari aux parents de sa femme, afin de servir de garantie au cas où l’époux inconstant et volage la répudierait et la renverrait à la maison
paternelle, Le kalym sert, en somme, de dot à la jeune femme et lui assure des
moyens d'existence.
endant qu’elle danse le kaphenyr, sorte de le
bras, et la faisant monter en croupe, il s'enfuit au galop, mais de manière à éviter
le que par de fréquents coups de feu tirés en son honneur
sghinka. Il ne peut pas lui faire autre-
ment sa cour, et ne doit avoir aucun entretien avec elle. Ce n’est que par l’intermédiaire de quelques amis et de leurs femmes, qu'il s'assure du consentement de la jeune fille à préndre la fuite. Au jour convenu, cette dernière, richement vêtue, atteint
à la nuit tombante son fiancé; le jeune homme arrive, saisit la jeune fille dans ses
mariage par rapt passe pour convenable dans la classe noble
Disons encore que la conduite publique des époux, dans la classe noble seulement, est soumise à une certaine étiquette. Il n’est pas convenable que le mari visite sa femme le jour et devant témoins; il ne doit la voir que la nuit et encore doit-il se glisser fartivement dans son habitation, car leurs appartements sont toujours séparés. Actuellement encore les mœurs des femmes tcherkesses sont très sévères.
Une coutume curieuse était que lorsqu'une jeune femme devenait mère pour la première fois, son mari lui remettait un pistolet qu’elle devait avoir le courage de décharger au moment critique, si elle donnait le jour à un fils. Elle donnait ainsi le signal de l'événement heureux.
Nous empruntons à de Gille, qui a étudié l’ethnographie caucasienne au point
de vue militaire avec tant de compétence, les détails suivants sur le Tcherkesse en
temps de guerre : « Est-il cerné, sans espoir de retraite, il ne songe qu’à vendre
chèrement sa vie. Se retranchant quelquefois dans la neige, où il se blottit à
mi-corps, il se fait un rempart de tout ce qu'il peut réunir autour de lui. Il tue son cheval et il tire toujours, avec une grande sûreté de coup d’œil, tant qu'il
a une cartouche. Quand on l'approche, on l'entend qui entonne d’abord son chant
d'adieu à sa famille et à son aoul qu'il ne reverra pas, puis ses invocations à Allah. Il tire son chacheka, après avoir brisé son fusil qui ne doit servir à personne après lui. Il brise aussi son chacheka pour se défendre encore avec son poignard, sa dernière ressource. Il tombe enfin sans avoir songé un moment à se rendre. »
Le caractère guerrier de ces peuples explique facilement leur passion pour les
belles armes. Au
i ne quittent-ils jamais celles qui sont essentielles, telles que le chacheka et le poignard. Il en est de même du pistolet qu'ils portent enfermé dans un élégant étui de cuir rouge brodé de soie et d'or par leurs femmes avec un goût exquis.
Nous avons cru qu'il ne serait pas sans intérêt de donner ici une description des armes des Tcherkesses qui jouent un si grand rôle dans leur vie. Nous l'empruntons à de Gille qui a traité avec beaucoup de soin la question militaire au Caucase.
Le mot chacheka, adopté au Caucase même par les officiers, a pour étymologie,
1 De Giuve, loc. cit., p. 132.
sachekho (sabre), nom de l'arme dans la langue des Tcherkesses qui appellent kama
le poignard que les autres peuples du Caucase nomment Æhandjar qui est un mot
persan employé en ture et en tatar, et dont les Russes ont fait kirdjal. Les meilleurs lames de kama sont lesohiennes. Elles sont extraordinairement
souples, garnies de gouttières de chaque côté ; ces dernières sont quelquefois doubles
et juxtaposées dans la direction de l’axe de larme. Les Lesghiens, presque tous
fantassins, ont des kamas très longs qui leur servent en même temps de chachekas.
Les armuriers de Temir-Khan-Choura fabriquent avec beaucoup de goût des armes d’une admirable beauté.
Les montagnards ignorent le jeu de la pointe dans le sabre; aussi le chacheka en
a-t-il une obtuse. Ils taillent avec toute la force du bras. Ils dédaignent absolument
les meilleures lames de Damas avec lesquelles il faut scier en glissant et en frappant, et qui se briseraient net sous leurs coups de taille.
Ils estiment par-dessus tout de très anciennes lames d’acier qu'ils appellent frank en général, et qui ne sont d'ordinaire que des lames italiennes d’une trempe excellente. Ils les paient des prix énormes. Ces lames passent de père en fils, comme un héritage qui est l'objet d’un culte chez eux.
Ils fabriquent des lames pareilles, en imitant et en estropiant souvent les signes,
initiales etornements qu’elles offrent, car le modèle est souvent effacé par l'usure.
Les lames kabardiennes et tcherkesses sont d’une trempe parfaite. On les essaie en
coupant une pierre à fusil au moyen d’un mouvement (comparable à un coup
d’archet remontant) qui fait jaillir des étincelles. Le tranchant doit rester intact après l’épreuve qui consiste quelquefois à tailler un morceau de fer.
Leurs fusils ont des canons octogones en damas déroché, à sept rainures. Rien n’est simple et ingénieux comme la légère fourchette, composée de deux baguettes de hêtre ou de frêne, sur laquelle ils appuient le bout de l’arme pour tirer de loin. Les meilleurs canons et ceux dont ils font le plus grand cas sont appelés Æiéredÿib, Souyne, Hadji, Moustapha. Ce dernier nom est celui d’un très célèbre armurier tatar de la Crimée. À l’époque de sa grandeur, Baktchi-Saraï fabriquait des armes excellentes, etles lames de chacheka de cette provenance, appelées gowrda, jouissent
encore au Caucase d’une grande réputation.
Le chacheka est sans garde; sa poignée, souvent en argent niellé, peut se cacher
PEUPLES CAUCASIENS 123 toutentière dans le fourreau. Fendue au sommet, elle y offre comme une coche qui peut servir aussi d'appui au bout du fusil.
Tout était calculé chez ces peuples dans leur équipement guerrier de maniére à donner aux mouvements du corps toute leur souplesse et leur indépendance, Cet équipement était approprié d’une manière admirable aux localités. Denos jours encore, couvert de sa bourka, un montagnard se glisse sans bruit au milieu du fourré le plus épais, sans offrir dans sa personne aucune saillie qui l’arrête. Le bachlick en drap, à longues pointes se nouant autour du cou, dont ils recouvrent par le mauvais temps leur bonnet d’agneau, est une charmante reproduction du célèbre bonnet phrygien. Les poches à étuis (4hazyr) pour leurs cartouches, des deux côtés de la poitrine, sont un élégant ornement de leur tchekmette (tunique) *.
Un fait curieux à signaler, c’est que Taithbout de Marigny assure que les Cireas-
siens se souviennent encore des Génois; ils les nomment Dyenoves; ils disent qu'ils
avaient des établissements chez eux et les considèrent comme leurs frères. Mais par une singularité plus difficile à expliquer, ils donnent ce même nom de Dyenoves aux Français. Il semblerait qu'au milieu de tous les malheurs attachés aux croisades, des guerriers français se sont embarqués à Nicée ou à Nicomédie pour aller former des établissements sur la côte de Circassie, apportant l’usage, qui existe encore de nos jours chez quelques populations, des cottes de mailles, des brassards, des casques et de ces sabres dont le pommeau forme une croix. Plusieurs de
ces lames antiques portent, parait-il, pour légendes : Pr0 Deo, pro aris et focis,
Dieu le veult, et d’autres devises encore qui indiquent une provenance franc: C'est peut-être à cette même origine qu'il faut attribuer les croix de Malte qui se l 8 trouvent en si grand nombre, de nos jours encore, sur les cottes de mailles des Khevsoures.
La langue tcherkesse est complètement différente des autres; c’est surtout dans la petite et la grande Kabarda qu'elle est parlée le plus purement. La présence d’un F 8 orand nombre de lettres labiales et palatales, dans ces dialectes, en rend la pronon- 5 , 9 ciation presque impossible aux étrangers.
Voici une tradition quise rapporte aussi bien aux Tcherkesses qu'aux Kabardiens :
4 De Giuue, loc. cit, p. 136.
« Il y avait parmi les Tatars un prince qui connaissait bien la langue arabe. I]
voulut inventer des lettres pour la langue adighé. 11 s’en était occupé nombre
d’années et commençait déjà à mener son œuvre à bonne fin. Très soucieux un
jour de la recherche d’une lettre pour exprimer un des sons de la langue, il avait
prolongé la veillée près de sa cheminée. Plongé dans ses méditations, il s’endormit. La porte de sa maison s'ouvre tout à coup, il se réveille et voit paraître un vieillard à longue barbe blanche, qui lui annonce d’une voix éclatante qu'il est un esprit des
montagnes. Cet esprit lui fait des reproches et l'appelle insensé pour avoir cru
possible d’enlacer la langue libre des montagnes dans des chaînes épistolaires; que c’était un péché de prétendre assimiler la voix de Dieu à celle de l'homme. Les habi-
ants des plaines peuvent exprimer leur langage par des écrits; mais par quels
écrits traduiras-tu le grondement du tonnerre dans la montagne, — le bruit des ava-
anches et des cascades qui se précipitent des rochers, — le bruissement des feuilles
dans les vallées, le froissement des pierres qui roulent et des branches qui cassent,
’appel des oiseaux de défilé en défilé? — Voilà la langue des peuples montagnards.
Abandonne ton absurde tentative, et jette dans le feu ce que tu as écrit jusqu’à
résent.
« Le prince prit avec obéissance la liasse de papiers qui lui avait coûté tant de
eines et d'années, et les papiers flambèrent dans la cheminée. L'esprit disparut. Depuis ce temps, nul n’a osé entreprendre de composer un abécédaire de la langue
adighé ‘. »
Dans ces dernières années, il s’est trouvé quelques linguistes distingués qui ont essayé d'étudier les dialectes tcherkesses adighé et abkhase. Un essai de diction-
naire russe-tcherkesse a été imprimé en 1846, publié par M. Lulué. Un autre
essai de grammaire a été tenté par un Teherkesse, M. Chora-Bérémourzin-Nogmoff,
qui a fait ses études en Russie”. Malheureusement ces tentatives sont bien incom-
plètes, mais en raison même de lénorme difficulté du travail, elles sont d’un bon
augure pour l'avenir.
1 De Guie, loc, cit., p. 101.
2 Zacoursky, Recherches sur les langues du Caucase (en russe). Tifis, 1880.
KABARDIENS. — Ce qui reste des Kabardiens habite la rive gauche du haut et du bas Kouban et s'étend jusqu’au Térek. Le pays est divisé en deux parties : la grande Kabarda, sur le versant nord du Caucase, s'étend entre le Térek à l’est et le Kouban supérieur à l’ouest. La petite Kabarda est le pays de la rive droite du Térek supérieur jusqu’à Mozdok. Ils constituent l’une des tribus les plus nobles du Caucase. Beaux, énergiques comme les Adighés, et préférant comme eux les hasards d’une vie aventureuse au travail des champs, ils ont été cependant les premiers soumis aux
Russes (1774). Cest qu'ils habitaient en dehors de ces forteresses naturelles qui ont
permis aux autres tribus une si longue résistance. Leur territoire était ouvert par les vallées du Térek et de ses affluents aux armées ennemies. Leur pays n’était pas montueux et inaccessible comme celui des Teherkesses et des Lesghiens. Ils furent vite ramenés au christianisme, leur ancien culte, et les fils de ces fiers montagnards si jaloux de leur liberté, réquisitionnés pour la garde impériale, allèrent caracoler à la cour de l’autocrate des Russies. Quelques-uns cependant émigrèrent au commencement du siècle chez les Turcs du Kouban où leurs descendants vivent encore.
D’après quelques auteurs, les Kabardiens sont peut-être originaires de la Russie
méridionale, du côté de la Crimée. Une de leurs lévendes tendrait à le faire croire et présente encore un intérêt d’un autre ordre; elle a été rapportée par Reineges et vérifiée par J. Potocki. Cest l'existence dans un pays où l'antiquité hellénique plaçait les Amazones d’un peuple qui leur attribue son origine, et voici comment : « Dans le temps où nos ancêtres, disent les Kabardiens, habitaient sur les rives de la mer Noire, ils étaient souvent en guerre contre les Emmetches, peuple de femmes qui habitait le Caucase occidental.
«Après une longue guerre, les deux armées se trouvaient en présence et allaient selivrer bataille, quand, tout à coup, la commandante des Emmetches, qui possédait un esprit prophétique, demande un entretien secret à Thoulme, chef des Kabardiens et non moins prophète qu’elle.
« Get entretien terminé (il dura quelques heures), la prophétesse sortit de la tente
dressée à cet effet, déclara à ses compagnes qu'ayant été vaincue, elle voulait
épouser Thoulme, et les engagea à faire comme elle, ce qu’elles exécutèrent. Et- nos
pères, joyeux, retournèrent dans leurs demeures avec leurs nouvelles compagnes,
ajoutent les montagnards. »
Cauc. IV 16
Cette tradition de l'existence des Emmetches est confirmée par un fait que rapporte le P. Lamberti : de son temps, le Dadian faisant la guerre aux peuplades des hautes montagnes à l’ouest de l’Elbrouz, on trouva nombre de femmes armées et cuirassées parmi les morts; Dadian offrit une grande récompense à celui qui lui en amènerait une vivante ?.
D’après leurs traditions, les Kabardiens seraient venus de l'Arabie au Caucase, conduits par leur prince Abou, sans doute Abou-Musslime, qui arriva à Derbent vers
l’an 100 del’hégire. Au x° siècle, ils étaient, paraït-il, en Crimée, sujets du khan des
Khazares. A la suite d’une révolte contre ce prince, une partie de la population émigra en Hongrie, l’autre partie traversa le Bosphore cimmérien et s’établit sur l'ile du Djimitéi (aujourd’hui presqu'île de Taman). Le khan les poursuivant toujours, ils se réfugièrent dans la vallée du Baksan (sur l’Atalcoum, un des affluents du Kouban inférieur); là, inquiétés par les montagnards, ils poursuivirent leur marche en avant, laissant des traces qui se sont conservées par la tradition chez les Tcherkesses, depuis la Laba jusqu'à Ivestni-Brod sur la Malka, et arrivèrent ainsi dans le pays situé entre cette rivière et le Tchérek qu’ils occupent encore aujourd’hui. Mais il est probable que cette tradition que Bell a recueillie chez les Gircassiens et que Potocki a entendu également raconter en Kabarda s’applique seulement à l’origine des princes et non à celle du peuple. Cette opinion semble confirmée par une différence assez sensible dans leurs traits.
Lorsqu'ils furent établis sur leur nouveau territoire, ces princes soumirent le pays et les peuplades habitant les gorges du Baksan et du Teheghem,puis les Digors el les Abases. Les Ossèthes de la plaine ou Alaghirs et les Kourtatins ne tardèrent pas à leur payer tribut, et les contrées entre le Térek et la Sounja, sur la Zolka, la Yetoka et le Podkoumok, le Béchetau enfin leur appartinrent *. Ils constituèrent alors une organisation aristocratique assez forte, et grâce aux nobles où ouzdènes, ils finirent par frustrer le peuple de ses droits, par conquérir sur lui une autorité
presque absolue et rendre ainsi leur association plus homogène.
Mais le khan de Crimée, redoutant cette suprématie, souleva contre eux les popu-
lations circassiennes, etles Kabardiens durent céder. Ce ne fut pas sans opposer une
1 Dugors ne MoxrPéreux, loc. cit., t. I, p. 151. 2 Lettres sur le Cuucase et La Crimée, in-80, p.94. Paris, 1859.
héroïque résistance qui a d’ailleurs été chantée dans un grand poème, le Xhaz- ol :
Bouroun. 1 Lorsque les Kabardiens se soumirent, leur hégémonie fut dissoute, et chacun de leurs tributaires se plaça sous l'autorité de la Russie. 1 Rappelons encore que les Kabardiens professent la plus vive sympathie pour les | Hongrois dont ils croient avoir été les parents ou voisins à une date très reculée. Cette tradition confirmerait celle de leur séjour dans la Russie méridionale proba- || blement à l’époque où les Goths et les ancêtres des Hongrois y étaient répandus, |
faisant partie, sans doute, de l’une de ces peuplades dites scythiques et dont nous
avons précédemment étudié les nécropoles.
A l’époque de leur puissancé, les Kabardiens furent l’objet de l'admiration et de
limitation de tous les peuples voisins. |
Leur règle de chevalerie et leur adate (lois et coutumes transmises par la tradi- | tion) étaient reçus par toutes les aristocraties circassiennes. Leur noblesse était | renommée comme pieuse et brave. Actuellement encore, ils donnent la mode au | Caucase, comme Paris en Europe. Les meilleurs bourkas, les plus fins bonnets ; fl d’agneaux sont kabardiens. Leur costume est celui des Caucasiens, en général, || mais la qualité en est toujours supérieure, la coupe irréprochable, enfin ils le portent avec une suprême éléoance (PI. IX et X). Ils sont de hardis cavaliers et leurs | chevaux sont renommés pour la beauté de leurs formes et leur vigueur. |
Au siècle dernier, dit de Gille, et même au commencement du nôtre, les | Kabardiens étaient encore une si puissante nation qu'ils pouvaient mettre en campagne jusqu'à quinze mille cavaliers couverts de cottes de mailles, tous nobles. Chacun d'eux était armé d’un are muni de cinquante flèches, d’un sabre et d’un pistolet. |
Chaque cavalier avait auprès de lui un compagnon armé de même, sauf quelquefois la cotte de mailles. Ce compagnon, appartenant à la petite noblesse, devait le
suivre, le défendre et mourir avec lui (rôle de l’écuyer en Europe au temps de il la féodalité). ILétait sans exemple qu’il survécüt à son seigneur, car lui et sa famille | fl |
auraient été déshonorés. Le même usage existait chez les Tcherkesses, où ce com-
pagnon noble, cet écuyer, se nommait owsdéne qui est la signification de noble en général. C’était donc une armée de trente mille cavaliers, bien armés, parfaitement (A
montés, et braves à toute épreuve. Les vieillards, chez les Cosaques de la ligne,
se souvenaient encore en 4859 d’avoir vu leurs troupes nombreuses dont les armes resplendissaient au soleil.
Malheureusement, l’islamisme s’introduisant au milieu de ce peuple, a donné le signal ou du moins a continué l’œuvre de dégénérescence commencée par la conquête russe, et les Kabardiens ont vu s’altérer leur beau caractère national. Le nouveau culte leur enseigna à être parjure envers les infidèles, et ils devinrent faux et trompeurs. L’islamisme chercha encore à effacer leurs souvenirs nationaux, en poursuivant les anciennes coutumes chevaleresques et leurs chansons populaires, comme des souvenirs d’une époque où ils étaient infidèles.
L’hospitalité est une vertu maïtresse chez les Kabardiens comme chez tous les
Tcherkesses, et l'hôte, quel qu’il soit, est toujours sacré et inviolable, Le maître du logis considère comme sienne et personnelle toute offense faite à son hôte et est tenu de la venger ; souvent même l’injure ne se lave que par le sang.
Les coutumes relatives au mariage sont, à peu de chose près, les mêmes que celles qui ont été signalées plus haut dans la description des autres Tcherkesses. L’orgueil excessif de la noblesse kabardienne la pousse à ne contracter aucune mésalliance.
Si le nouvel époux reconnait que son épouse n’a plus sa virginité, il la rend aussitôt
à sa famille; il garde la dot (kalim), et la fille est vendue ou tuée par les siens. Le
même sort est réservé à la femme adultère que son mari renvoie à ses parents après
ma
lui avoir fait raser la tête, fendre les oreilles, couper les manches de ses vêtemen
Quant à l’homme complice de l’adultère, il est l’objet du mépris et des menaces cons-
s amis. [ll y a, parmi les Kabardiens, deux espèces de
tantes du mari et de
divorce : l’un contracté en présence de témoins par lequel la femme peut se rema-
rier immédiatement; la dot, dans ce cas, est rendue aux parents; l’autre qui n’est qu'un éloignement temporaire de la femme ordonné par le mari. Il a le droit de la
reprendre au bout d’un an. Mais s’il ne la reprend pas avant deux ans, les parents de
la femme vont chezle mari terminer le divorce réel, après quoi elle peut se remarier.
La toilette d’une Kabardienne diffère quelque peu de celle d’une Adighé ou d’une
Ossèthe, surtout par la coiffure d’apparat (PI. X). Cette dernière consiste en un
cylindre de quinze centimètres de hauteur, légèrement conique, en étoffe très ferme, et terminé par une pointe pyramidale en métal, de vingt centimètres de hauteur. Le
bas de cette coiffure est orné de galons d’or et d'argent. La pointe est gravée, sur
PEUPLES CGAUCASIENS 129 ses faces, avec beaucoup de goût, et niellée. De petites chainettes très fines en argent et terminées par de petites boules pendent à la partie supérieure de cette coiffure. Deux fins cordons en or terminés par deux fi anges également en or et en argent, d’une longueur de vingt centimètres, pendent sur le dos, au-dessus des tresses de la Kabardienne. Un grand voile blanc broché de fleurs s’ajuste sur cette singulière coiffure qu’il recouvre, ainsi qu’une partie du vêtement.
Elles portent une longue chemise généralement en soie rouge, à manches très
larges, bordée d’un galon en argent, par-dessus laquelle elles mettent un large
pantalon en soie jaune et une longue robe fermée sur la poitrine dont les manches, étroites en haut du bras, sont très larges au poignet. Cette robe est en général
faite d’une étoffe de soie rayée. Elles portent par-dessus un corsage montant, sans
manches, à courtes basques, orné de trois rangées de boutons de haut en bas,
et souvent garni de brandebourgs comme le dolman d’un hussard hongrois, Les
coins des basques sont ornés de broderies d’or, d'argent et de soutaches (PL. IX).
Ge costume est complété par une ceinture en cuir bordée d’un galon d’argent, et ornée de boutons et d’une grosse agrafe également en argent. Leurs souliers sont en
cuir et sans semelles. Elles ont aussi des pantoufles à semelles cousues avec du
fil d’or ou d'argent et terminées en pointe.
Le]
D’après les renseignements exacts les plus récents, les Kabardiens émigrés dans
le villayet de Sivas occupent, depuis vingt-cinq ans environ, neuf cent soixante-dix
maisons. D'une façon générale, la moyenne de ces familles tcherkesses établies en Asie Mineure, y compris les esclaves, est de douze personnes; il y a pourtant des maisons qui comptent de trente à quarante individus, Ils sont pour la plupart pasteurs et agriculteurs, et s'occupent principalement de l'élevage des chevaux. Ils sont musulmans, et, au dire des missionnaires catholiques installés dans ce pays, ils ont peu de disposition à se faire chrétiens. Ils ne s’allient qu'entre eux et passent pour vendre aux Tures les filles de leurs esclaves. Les femmes ne se voilent point et sont libres d’aller et venir jusqu’à leur mariage ; mais une fois mariées, il n’en est plus de même; elles vivent alors reléguées au harem, et ne peuvent voir que
leur mari et leurs proches parents.
A leur arrivée en Anatolie, le gouverneur turc a donné à ces Tcherkesses des terres, des grains, des outils et quelques bestiaux indispensables. Ceux qui ont voulu travailler ont rapidement prospéré; leurs maisons sont très propres etinfiniment mieux tenues que celles des paysans tures. Très hospitaliers, ils réservent dans chaque habitation une chambre pour les étrangers dont ils n’acceptent pas de présents en retour. Néanmoins le goût des entreprises aventureuses ne les a pas abandonnés dans l’exil; aussi quelques riches Tcherkesses, dédaignant le revenu trop modeste que leur procure le travail des champs, se livrent au métier plus lucratif de détrousseurs de grands chemins”.
Il y a aussi dans le villayet de Bitlis (Kurdistan) environ six mille Tcherkesses,
Kabardiens et Adighés.
ABKHASES. — Les Abkhases habitent ou plutôt habitaient le versant méridional du Caucase entre le Bzib et le Kodor, fleuves côtiers tributaires de la mer Noire, l’une des plus belles contrées de la terre. Avant les émigrations, leur domaine s’étendait jusqu'à l’Ingour; mais ils dépassaient quelquefois la crête des montagnes pour faire incursion sur celui des Tcherkesses adighés. Actuellement, cette magni-
fique région est presque complètement déserte.
Jusqu'au x1° siècle, l’Abkhasie, réunie à la Colchide, resta, sous l’influence des empereurs byzantins, un État indépendant de la Géorgie. Ce pays était gouverné par des princes se donnant le titre de rois d’Abkhasie à l'exemple des patriarches
qui s’appelaient patriarches d’Abkhasie.
Ce n’est qu'au xr° siècle qu’elle reçut la Géorgie par héritage et les rois transportèrent leur résidence de Pitzounda à Tifis. L’Abkhasie, se trouvant ainsi éloignée du siège du gouvernement, oublia ses anciens rois et tomba à partir de ce moment dans la décadence.
Certains auteurs ont divisé la nation abkhase en Abkhases, Abazes, Abadzeks.
Nous reviendrons plus loin sur cette division.
Les Abkhases sont mentionnés pour la première fois par Arrien au commen-
1 Lettre de M. Donat Vernier datée de Sivas (Asie Mineure), 9 février 1884.
PEUPLES GAUCASIENS 131 cement du 1° siècle denotre ère dans son Périple du Pont-Euæin, écrit vers l'an 137, C’est Jean de Luca qui, bien des siècles après, nous fournit sur ce peuple les pre-
« Les Abbassa habitent les mon-
miers renseignements exacts et circonstanciés tagnes qui tiennent à la Circassie. Ils ont à main droite le rivage de la mer Noire, et au levant la Mingrélie. Ce pays est sous l’obéissance de deux princes : l’un se nomme Puss et l’autre Cara-Bey. Ce pays a cent cinquante milles d’étendue; il n°y a point de villes, mais beaucoup d'habitations sur ces montagnes, qui sont les plus
les s'étendent jusque sur le bord dela mer. Ils ont les
hautes que j'aie jamais vues :
mêmes façons de faire que les Circassiens, avec cette différence seulement qu'ils mangent la chair presque toute crue. On fait beaucoup de vin en ce pays. Leur langue est fort différente de celle de leurs voisins. Ils n’ont point de loïs écrites etne connaissent
ion, sans faire aucun
pas même l’usage de l'écriture; ils sont chrétiens de profes
exercice du christianisme. J’a vu beaucoup de croix dans ce pays. Ils sont grands larrons et sujets à mentir. Ils ont deux rivières, Southe-Su et Suba-Su. Ge pays est très agréable et l'air y est fort sain ; leurs bois leur servent de retraites et de villes, et quand ils ont choisi leur demeure en un lieu ils ne le quittent point. IIS ont pour richesses ou marchandises toutes sortes de peaux, de la cire, du miel et des esclaves, et il est ordinaire de vendre leurs sujets aux Turcs en échange d’autres marchandises, car la monnaie n’a point cours parmi eux. Ils ont un fort beau port. Il y vient tous les ans des vaisseaux du Lazi, de Trébizonde, de Constantinople et de Caffa qui, quelquefois, y passent l'hiver. Ce port se nomme Eschisu-
muni. Les marchands qui y viennent ne passent point à leurs habitations; tout le
trafic se fait au port ou dans le vaisseau. Ils prennent même serment l’un de l’autre qu'ils ne se feront aucun mal, ou se donnent des ôtages. Ils ont guerre avec les
Circasses et les Mingréliens, sont bons hommes de pied et de cheval, savent bien
manier les armes à feu, et portent le cimeterre, l'arc et les flèches; ils s’habillent
de même façon que les Circassiens, maïs ils portent les cheveux autremen qu'eux. Ces nations se laissent croître les moustaches et se rasent le menton; leurs papari, au contraire, se laissent croître toute la barbe. On appelle ainsi ceux qui ont le soin d’ensevelir leurs morts et qui prient Dieu pour leurs âmes. Ils les mettent dans des troncs d'arbres creusés qui leur servent de bière, et les tiennent après attachés en
l'air à quatre pieux. Comme ils n’ont point d'autre habitation que les bois, ils ont
peu de troupeaux et peu d’étoffes pour se faire des habits; ils se contentent de leur vin, du miel et de la venaisonet des fruits sauvages de leurs bois. Ils n’ont point de froment et ne se servent point de sel, ne prennent point la peine de pêcher du poisson, quoique leurs côtes soient fort poissonneuses, tant ils sont paresseux : la chasse et la volerie font toute leur application. Ils ont une infinité d’éperviers et de faucons, qu'ils dressent en huit jours; Constantinople, la Perse et la Géorgie s’en fournissent en ce pays-là ; et ils sont si bien dressés qu'ils reviennent avec leur proie au bruit
qu’on leur fait avec une sonnette ‘. »
Le récit de Guldenstædt, cent vingt ans plus tard, n’ajoute absolument rien à celui de Jean de Luca, non plus que celui de Reineogs.
Le savant voyageur Pallas rapporte sur ce peuple des détails beaucoup plus
complets que ses prédécesseurs”. Outre qu'il distingue la petite et la grande Abaza, il remarque aussi une grande analogie de mœurs, de costume, de manière de vivre etmême de langue entre les Abazes etles Tcherkesses.
Voici ce que Pallas ditdes Abazes en général :
« Les Abazes, qui s'appellent eux-mêmes Absnés, ont tous la face rétrécie, la tête comprimée sur les côtés, le bas du visage court et le nez saillant, ce qui leur donne
si les cheveux brun foncé. Cette
un caractère national particulier. La plupart ont aus nation paraît originaire de la partie nord-ouest du mont Caucase. Elle était autrefois très nombreuse et s’étendait fort loin ; mais les Tcherkesses l'ont presque entièrement détruite par des combats continuels, et refoulée dans les montagnes. Leur idiome, absolument étranger, sauf quelques mots tcherkesses, n’a pas le moindre
rapport avec aucune des langues d'Europe ni d'Asie. On le parle, avec quelques
s par d’autres castes
modifications, dans le pays au delà des montagnes habité abazes de la grande Abaza, le long de la côte de la mer Noire, et jusqu’à Iskouria (la Diouscourias des anciens). Ce peuple parait avoir été de tout temps enclin à la rapine. C’est probablement le même que Strabon avait en vue en parlant des anciennes pirateries commises dans ces parages. »
D'après Klaproth, les Abazes se nomment eux-mêmes Absnés. Les Tatars
et les Tcherkesses les appellent Abassa, et leur pays est nommé AGkhassethi
{ Jean DE Luca, loc. cit.