LA ROMANCE DE TAMARA
Je suis Tamara, « Je vous ai tout sacrifié (dit Tamara aux Sva- Je ne suis point dans mon pays, nes),
Et bien que loin de mon pays Même mon letchak (grand voile blanc), Je suis chez moi (par l'effet de ma puissance). Mes vêtements et même ma chaussure,
Refrain : O Tamara, souveraine Tamara ! Tout mon bien-être et tous mes ornements.
Il | VI Un ministre dit à Tamara : « La moisson est encore éloignée :
« Dadian marche contre toi. » Ni l'orge, ni le seigle n’ont mûri,
Et la souveraine partit pour la guerre Et pourtant j'ai vaincu
Comme si elle allait à ses noces. | Et anéanti Dadian, les Djighètes et les Abkhases.
O Tamara, souveraine Tamara !
LIT VI] Elle marcha contre les Abkhases et les Djighètes. | « J'ai vaincu tant d'ennemis,
Elle dit: « Abkhases, je veux si bien vous exter- | J'ai fait tant de prisonniers et de vassaux
miner | Que maintenant je puis récompenser les Svanes ; Que vos chèvres soient mangées par les chats, Chacun ne devra plus payer qu'un œuf comme à x 2 | :
Et vos bêtes à cornes dévorées par les corbeaux!» | impôt.» IN \AURI
Tamara avait aussi des Tatars (à son service), Sa gloire est égale à la gloire du soleil, Alors les guerriers de Tamara cernèrent Dadian Elle enferma tous ses ennemis à Tschimat ?.
Et le firent fortement trembler. | O Tamara, souveraine Tamara !
Ces populations ne sont soumises à la Russie que depuis 1833.
Reinegos”, qui a traversé le pays des Svanes (1790), en fait le tableau suivant :
« IL est à peine, dit-il, parmi les autres Caucasiens un peuple plus malpropre, quelque
1 D'après RaDpe, Loc. cit.
2 Tschoumat ou tschimat veut dire en g
s, loc. cit., IT, 15, segq.
gien « mystère ». C'est le nom donné à une commune d’Etseri.
3 REINEG
PEUPLES CAUCASIENS 7 belles que soient la figure et la stature chez les deux sexes. Leurs maisons consisten en pierres posées à sec, ou en treillis enduits de terre, sans fenêtre. Un toit plat fait de poutres recouvertes de terre n’a qu’un trou au milieu pour laisser passer la lumière et la fumée. Toute la famille, hommes, femmes, enfants, se contentent d’une couche qu’elle partage avec le bétail. Ils ne connaissent pas l’usage des chemises, et portent l’un sur l’autre deux ou trois habits étroits qui ne recouvrent ni la poitrine ni l’avant-bras et qui n’atteignent pas le genou. Un tablier leur tient lieu de pantalon,
de longues bandes de drap roulées autour des jambes sont leurs bas. Ils enveloppen
le pied nu d’un morceau de cuir non tanné pointu par devant. Quelques-uns portent un bonnet fronde comme les Imères, sur leurs cheveux hérissés et crépus : le lus grand nombre va nu-tête. Les filles aussi n’ont point de coiffure; les femmes mariées s’enveloppent la tête d’un linge rouge qui ne laisse voir qu'un œil. Elles
portent un long habit de toile, le plus souvent rouge, boutonné par devant, et par-
dessus en hiver un voile 2 er de drap ; en été ce voile est de toile rouge. » Depuis
‘époque de Reineggs dont les récits sont trop souvent fantaisistes, la situation des
Svanes s’est quelque peu modifiée. La Svanie ressemble beaucoup pour les producl I
ions de son sol au Haut-Ratcha, au-dessus d’Outséré. Il n’y croit que du blé. Dans la basse Svanie on rencontre des vignes cultivées sur de grande surfaces. Les Svanes sont de race géorgienne, quoiqu'ils parlent un dialecte différent de
ceux de cette famille.
L'un des touristes les plus autorisés qui aient parcouru cette région dans ces dernières années est M. Bernoville qui a publié, d’ailleurs, un récit très circonstancié de son voyage dans la Svanie libre‘.
Antérieurement à M. Bernoville, le D' Radde avait visité en 1864 cette curieuse réoion, dont il a donné une description scientifique que l’on ne saurait trop consulter?. Au point de vue épigraphique ce pays a été étudié en 1860 par le savant
archéologue géorgien M. Bakradzé *. Citons encore le voyage de M. Freshfield,
l’alpiniste anglais bien connu
Morel, 1875.
age dans la chaine centrale, 1856-1857, publié à Tiflis dans le Kavkaskie- Vestniki. Kavhaskie- Vestnihi (Messager du Caucase, 1860).
1 M. BernovuiLs, La Souanétie libre, in-4. Par ? RaDpe, V
3? BakRArz
5 FresameL, Travels in the central Caucasus and Bashan. London, Longmanns, 1869.
m2 RECHERCHES ANTHROPOLOGIQUES DANS LE CAUCASE
Au point de vue géographique, le pays des Svanes occupe à peu près le centre du tronçon occidental du Caucase, et appartient par ses eaux au bassin de la mer Noire. Par l'Ouschba, le Tetmould et le Koschtau-Tau qui le bornent au nord, il confine au pays des Tcherkesses. Par les glaciers de l’Ingour et les plateaux du Pass-mta il touche à l’Osséthie. Il est borné à l’ouest par la Mingrélie et une portion
de 'Abkhasie, au sud par le Ratcha et le Ledjgoum. La Svanie, partagée politique-
ment en trois fractions, est géographiquement divisée en deux parties : la Svanie
libre au nord, comprenant la Svanie des Dadischkilians; et la Svanie dite des
Dadians au sud. Ces deux régions sont séparées par une ligne importante de montagnes.
Par sa configuration, la Svanie des Dadians ouverte du côté du sud-ouest perdit de bonne heure sa liberté et un peu aussi son originalité primitive; elle devint vassale des princes de Mingrélie probablement au xve siècle.
La Svanie libre, au contraire, isolée au milieu des montagnes, ne tarda pas à revenir à sa vie primitive grossière, presque demi-sauvage. Les Svanes n’entrete-
nant que peu de rapports avec leurs voisins, ce n’est que de loin en loin que l’on en
voit quelques-uns déboucher des gorges de l’Ingour par des sentiers abruptes où le
montagnard seul peut rivaliser d’agilité avec la chèvre. IIS viennent en Mingrélie
chercher quelque denrée de première nécessité telle que le sel qui leur fait complètement défaut. Voici ce que rapporte M. Bernoville à propos de l’aspect des Svanes ! :
« Ma première impression, dit-il, fut saisissante de nouveauté. Un groupe de montagnards, coïffés de leurfeutre conique et fumant nouchalamment leurs pipes, étaient assis sur les marches d’une grande bâtisse en pierre, entourée à la hauteur d’un premier étage d’une galerie couverte en bois. Quant aux gens que j'avais devant moi,
out dans leur maintien, leur typeet leur regard tranchait de la façon la plus absolue
avec les populations que je venais de quitter. Les traits sont exagérément accentués, enez busqué, l'expression brutale ; elle serait même repoussante sans une teinté de fierté farouche. La taille esj petite, l’ossature large et saillante, les proportions peu harmonieuses. À part les rares connaissances de nos guides, chacun nous jette un
regard hostile et méfiant. Les maisons mêmes sont faites pour la lutte; elles sont
hautes, solidement bâties, couvertes d’un large toit débordant à deux pans, un peu
1 BERNOVILLE, loc. cit., p. 66.
PEUPLES GAUCASIENS 73 comme nos fermes de pays basque. Les ouvertures sont parcimonieusement distribuées sur la façade. Beaucoup de ces demeures sont dominées par une tour carrée, plus large à la base qu'au sommet, de cinquante à soixante pieds de hauteur, couronnée de mâchicoulis et percées de meutrières (fg.25). »
Le costume des hommes se compose uniformément de la {ckerkeska blanche ou
F1G. 25. — Village fortifié de Mestia,
brune et de sandales de peau. Leur coiffure nationale est un feutre blanc en forme d’éteignoir qui leur est exclusivement spécial. Les élégants remplacent le chapeau blanc conique par un papanak mingrélien. Cette coiffure adoptée et diminuée par les Svanes est faite d’une rondelle de drap ou de feutre soutachée de laines de diverses couleurs. Ce papanak est posé sur la chevelure qui atteint parfois les proportions les plus invraisemblables. Le bachlik est aussi d’un usage très répandu chez cette popu-
lation. Le luxe, comme partout ailleurs au Caucase, consiste dans les armes.
RECHERCHES ANTHROPOLOGIQUES DANS LE CAUCASE Les femmes portent une robe sans taille, rouge ou verte, légèrement ouverte sur la poitrine et ressemblant aux chemises à larges manches des fellahines d'Égypte. Le rouge paraît être leur couleur favorite. Un long voile d’étoffe blanche s’enroule autour
de la tête et retombe gracieusement sur le dos. Le sort de la femme svane est
des plus malheureux. Tous les travaux grossiers et pénibles lui sont échus en partage
tandis que son mari se repose ou court dans la montagne. La vieillesse et la décré-
pitude précoces sont le résultat de cette vie pénible et triste.
K1G. 26. — Triptyque d'Etseri(Svanie).
Les Svanes ont une danse nationale très curieuse, en complète harmonie avec leur caractère, et des plus originales. « Il est rare que les femmes y prennent part. Les danseurs se prennent solidement par le bras, et placés de trois quarts forment un cercle vivant de trente à quinze mètres de diamètre suivant leur nombre, puis s’ébranlant lentement, ils commencent avec une grande régularité un grand pas en avant, suivi d’un battement en arrière, avec des balancements symétriques du buste,
et le cercle tourne tout entier de droite à gauche. Cette danse est réglée par un chant
étrange, tour à tour martial et doux, ressemblant de loin à un chant d'église en faux-
PEUPLES CGAUCASIENS 75 |
bourdon. Il y a quelque chose de viril et d'impressionnant dans cette harmonie dont | |
F1G. 27. — Image de Tehoukoul (Svanie).
la mesure est d’ailleurs très difficile à saisir. On débute sur un ton assez modéré,
mais peu à peu on s’échauffe, les voix s'élèvent, les pas s’accentuent : le cercle tourne
76 RECHERCHES ANTHROPOLOGIQUES DANS LE CAUCASE avec une rapidité croissante qui dégénère en une sorte d'ivresse rappelant celle des derviches tures 1. »
Le mariage est, le plus souvent, chez ce peuple, comme chez tant d’autres, un marché dans lequel le futur paie à son beau-père la valeur de cent roubles environ en nature, en échange de sa jeune femme dont les goûts et les sentiments n’ont nullement été consultés. D’ailleurs la foi conjugale répond parfaitement, paraît-il, au procédé employé.
D’après certains voyageurs modernes, il paraîtrait que les Svanes libres pratiquaient et pratiquent encore des immolations d'enfants du sexe féminin,
La guerre et la vendetta règnent en permanence, là comme partout au Caucase où l’indépendance des montagnards est menacée. Contrairement à ce qui se passe même chez les peuplades réputées les plus sauvages, les Svanes accueillent avec défiance les étrangers, et méconnaissent complètement les lois de l'hospitalité. Ils sont essentiellement chasseurs et attachent un très grand prix à leurs trophées de chasse dont ils ornent leurs tours de défense. A l'intérieur, les murailles de celles-ci sont recouvertes quelquefois entièrement de peaux de mouflons, d’ibex, de chamois, d'ours et de quelques autres animaux sauvages qui abondent dans ces montagnes.
Le commerce des Svanes, qui se borne à de simples échanges avec les tribus voisines, est pour ainsi dire nul; leur industrie se réduit également aux choses à leur usage, de sorte qu'ils ignoraient avant l’arrivée des Russes ’usage de la monnaie circulante. Quant à la malpropreté de ce peuple, elle est demeurée proverbiale. Leur mobilier se compose exclusivement de sièges et de quelques coffres indispensables.
Les Svanes, chez qui du xr° au xn° siècle florissait le christianisme, sont revenus
peu à peu à leur état primitif. Toutefois, ils se rappellent vaguement qu’ils ont été
chrétiens, et il en résulte que leur culte est une sorte de iéogonie bizarre dans
laquelle entrent la croyance à l’existence d’un Dieu unique et l’idée de la sainte
Vierge et des anges, mêlées au souvenir des vieilles coutumes païennes. 8 S8S F
Un autre fait très curieux, c’est l'espèce de culte prof e nos jours encore par
quelques Svanes pour le soleil et là lune. On est en droit de se demander si cet re)
vénération est un simple témoienage d’admiration instinctive qui porta tant de
! BERNOVILLE, Loc. cit , p. 76.
peuplades à ce culte, ou bien si ce n’est pas un reste de croyances sabéistes intro-
duites au Caucase à l’époque des invasions persanes ? poq
Le pays renferme un assez orand nombre d’églises; les unes n’ont aucun caractère d’architecture extérieure, les autres sont dans le style géorgien ou sont
vraiment byzantines. Les unes et les autres renferment des objets religieux, princi-
LL 1bans dt
FiG. 28. — Image de Ghemokmedi (Svanie).
palement des images, revêtant les caractères du plus pur byzantin, et aussi quelques spécimens de l’art byzantino-géorgien (fig. 26, 27 et 28).
D’après les observations de M. Radde, on peut résumer de la manière suivante les caractères des deux principaux types qui se partagent la Svanie :
Dans le Haut-Ingour, le front est large et déprimé, le visage rond, les cheveux de nuances foncées, plantés bas, un peu raides, les sourcils fortement accusés, les yeux
souvent bruns.
Dans la Svanie occidentale, y compris le pays des Dadischkilians, les hommes
Cauc. IV 10
| 78 RECHERCHES ANTHROPOLOGIQUES DANS LE CAUCASE | sont plus grands et d'apparence plus vigoureuse ; le visage est plus ovale, les cheveux
frisant naturellement sont fréquemment blonds ou cendrés, tendant parfois au roux,
QL
| es = | eZ ——— } \ 2 —— = | ll EN Te | | | NE
| F1. 20. — Socle d’un flambeau antique en bronze ciselé (Svanie).
1 ; le front plus élevé, les yeux bleus ou gris clair, un peu durs, la figure moins repous-
| | sante.
ll Quoique les Svanes, en général, jouissent d’une assez bonne santé, la proportion des goitreux est énorme dans ces montagnes. D’après le dernier recensement, la
population de ce pays s’élevait à un peu plus de douze mille habitants,
Gourrens Er Lazes.— La Gourie, province de l’ancienne Colchide, a vu disparaître
le régime féodal devant la conquête russe. Elle s’étend sur le versant septentrional des monts d’Adjara.
* Voici ce que Dubois de Montpéreux rapporte sur les Gouriens qu'il visita pendant
son voyage : « L'habitant du Gouria est Géorgien de race et parle le géorgien du dialecte d’Iméreth, tandis que ceux de l’Adjara se servent du dialecte lazique. Les
incursions et le voisinage des Turcs ont démoralisé ce peuple, et lui ont donné le goût
du commerce d'esclaves, qui avait pris une triste exte
ision avant la prise de possession des Russes. Le tableau de la population que je viens de donner en est une cruelle preuve. Vingt habitants par verste carrée sur une terre aussi fertile, aussi riche, c’est bien peu de chose. ct cependant c’est la province la plus populeuse de outes les possessions russes au delà du Caucase. Les ruines d’églises et d’habitations qu'on voit partout prouvent que la population a été beaucoup plus considérable. La remière mesure de la Russie a été d'arrêter ce dégradant commerce, de le défendre sous les peines les plus sévères. Lors de mon passage, le mauvais pli subsistait toujours maloré la défense, et plusieurs nobles ou princes de Gouria étaient arrêtés pour
s’être livrés à ce commerce. Sous prétexte d'aller faire une visite en Turquie, ils
s'étaient fait accompagner de quelques personnes auxquelles ils firent toutes sortes de
romesses, de ces jeunes gens sans expérience qui, ne soupçonnant pas le mal,
sont alléchés par l'espérance des récompenses ou par le désir de voir du pays. Une
oïs en Turquie, ils furent vendus et les braves vendeurs d’âmes s’en reyinrent chez eux, prêts à recommencer une seconde trahison {. »
Des voyageurs plus récents ont répété que le trafic des esclaves, favorisé par le voisinage de la frontière turque, se continuait clandestinement, il y a peu de temps
encore.
Arrosée au nord par le Phase, la Gourie est comprise entre le Lazistan ou Lazie,
l’Imérie, la Mingrélie et la mer Noire. C’estun pays montagneux et fertile, aux vallées cultivées, aux sommets couverts de forêts incomparables, et que sillonnent des torrents limpides et abondants. La vigne y pousse avec une prodigieuse vigueur, et, livrée
à elle-même, atteint dans ses capricieux élans la cime des arbres séculaires, d’où elle
1 Dugois DE MoNTPÉREUX, t. III, p. 128:
retombe en gracieux festons. La race y est petite, trapue; les hommes, sobres, mar-
s dès l'enfance au maniement des armes, et
cheurs intrépides, énergiques, sont dres familiarisés au danger par les incursions toujours imminentes des Lazes, leurs terribles ennemis.
Quoique le pays produise assez abondamment du millet, du maïs, du vin, des
F1G. 30. — Gouriens de l’Adjara.
noix, le Gourien ne fait pas de commerce et ne se livre à aucune industrie. Ce n’est que depuis que les Russes ont pris possession du pays que le commerce du vin a commencé. Par exemple, ils élèvent avec amour les abeïlles qui leur produisent de grandes quantités de miel. Une qualité est comparable au meilleur miel de l'Italie et de la Grèce, tandis qu'une autre est enivrante, ce que l’on attribue aux fleurs du rhododendron dont les abeilles se nourrissent dans les parties élevées, où cet arbrisseau est abondant. Xénophon déjà, dans sa Retraite des Dix mille, fait mention de ce miel
enivrant qu'il rencontra en traversant un pays voisin de la Colchide.
PEUPLES CAUCASIENS 81 Le costume des hommes se compose d’un pantalon en laine brune, très large du haut et serré à la cheville, maintenu autour de la taille par une ceinture de soie
rouge; d’une veste courte et d’une sorte de turban dont un pliretombe graciensemen
K1G. 31. — Gouriens du pays du Tchorokh.
sur le dos. Comme chez tout vrai Caucasien, le luxe du Gourien consiste dans ses armes, souvent incrustées d’or ou d'argent. Le fusil, le poignard et la bourka représentent pour l'habitant de la Gourie toutes les nécessités de la vie. Il est
d'humeur belliqueuse et en même temps gai et insouciant (fig. 30).
Les femmes s’habillent à l’européenne ou plutôt s’affublent avec aussi peu de goût que possible. Les Gouriennes sont d’une beauté remarquable, elles ont plus de vivacité et d'expression dans la physionomie que les autres Géorgiennes.
En dépit du joug de l'islam le Gourien est resté chrétien. La Gourie compte à
peine cent mille habitants (fo. 31).
La Lazie, située sur le littoral sud-est de la mer Noire, est comprise entre
Trébizonde et la Gourie. Elle a été partagée en 1878 entre la Turquie et la Russie.
Cette dernière a eu en partage la plaine du Tehorokh et l’importante place maritime
de Batoum; la partie turque forme un district de la province de Trébizonde. La Lazie,
dans son ensemble, est une des plus belles régions de la terre.
Les Lazes sont frères de race et de langue des Géorgiens dont ils partagent d'ailleurs avec les Mingréliens et les Imères la réputation de beauté.
Le caractère des Lazes ressemble beaucoup à celui des Imères; comme eux, ils respectent la vieillesse et pratiquent largement l'hospitalité. Ils sont propres,
aiment les beaux vêtements; leurs maisons sont très bien tenues, car les femmes
lazes joignent à leur réputation de bravoure et de beauté celle d’être excellentes ménagères. Un grand nombre sont marins et exercent le cabotage sur la mer Noire. Beaucoup d’entre eux sont portefaix et bateliers à Batoum et à Poti. D’autres se livrent à différentes industries; ils ont, par exemple, le monopole de la fabrication de la batterie de cuisine en laiton.
a principale ville de la Lazie russe est Artvin dont l’industrie principale est
celle de la teinture des étoffes; on y fabrique aussi des soieries et d’autres tissus.
On dit que c’est à Artvin que la race est la plus belle : tous les enfants pourraient servir de modèles aux peintres et aux sculpteurs. Il n’est peut-être pas de pays où les infirmes soient plus rares que chez les Lazes 1.
Chrétiens autrefois, ils plient peu à peu sous le joug des mahométans et finissent par adopter leur religion et leur langue.
On trouve chez cette population de superbes échantillons de la-race caucsaienne ;
ils sont surtout remarquables par la blancheur de leur teint et la finesse de leurs
1! K. Kock, Wanderungen in Oriente.
PEUPLES GAUCASIENS 83 cheveux. Les hommes sont grands et bien faits, et leur vêtement collant fait ressortir la souplesse et l'élégance du corps (PI. IV, V et VI).
Au lieu du turban et de la calotte, ils ont une sorte de capuchon qui rappelle le bachlik. Is portent également sur la poitrine les cartouchières ornées, ainsi que des vêtements, de galons d’or et d'argent. Ils aiment les belles armes et en ont une garniture à leur ceinture.
Actuellement, on ne compte guère plus de vingt mille Lazes.
ANTHROPOMÉTRIE ET CRANIOMÉTRIE
Le nombre de Karthevéliens observés anthropométriquement s'élève jusqu’à ce jour à une centaine. Les mensurations ne portent que sur des hommes. Dans leur ensemble, ces Caucasiens sont brachycéphales puisque leur indice cépha-
es de chacune
ve à 85,85. Toutefois la mise en série des indic
lique moyen s’élè des familles qui constituent le groupe karthevélien montre que cette brachycéphalie,
48 et même {91 chez les Lazes, par exemple, descend jusqu’au delà
qui va jusqu'à 87
de 83, comme chez les Gouriens.
Quant aux indices de la face et du nez, ils présentent des écaris presque aussi considérables. On peut dire pourtant qu’ils sont leptorrhiniens, brachyfaciaux ou chaméoprosopes.
En ce qui concerne la couleur des yeux et celle des cheveux, elles paraissent
plus constantes dans les diverses familles de ce groupe : les cheveux châtains s’y rencontrent dans la proportion moyenne de 50 pour 100; les noirs dans celle de
33 pour 100, et les blonds dans celle de 11 pour 100. Les yeux sont généralement
noirs ou brun foncé. On en trouve pourtant un certain nombre de verts, de bleus et de gris bleuâtre.
ion
On remarque chez un grand nombre de Karthevéliens des traces de compre
céphalique. Chez les Grousiens elle n’a pour résultat que de déprimer légèrement le
front d’un certain nombre de sujets, dans la proportion de 10 pour 100 environ.
Chez les Mingréliens, elle est antéro-postérieure, c’est-à-dire que le front et l'occipital sont déprimés et cela, sur quelques individus, dans la proportion de 4 pour 100. Cette déformation se rencontre également chez les Imères et chez les Lazes, mais dans la proportion de 30 pour 100 chez les premiers et de 44 pour 100
chez les seconds,
Groustens. — Cette fraction importante du groupe karthevélien présente dans la série que j'ai observée des yeux bruns et des cheveux châtain foncé et souvent noirs. J’ai vu dans cette famille 64 pour 100 d’yeux bruns, 50 pour 100 de cheveux châtains et 50 pour 100 de cheveux noirs. M. von Erckert a trouvé 80 pour 100 de cheveux noirs, puis 50 pour 100 d’yeux bruns et 30 pour 100 d’yeux bleu plus où moins erisâtre ou verdâtre.
Les huit individus que jai observés ont donné un indice céphalique moyen de 85,85 ; et les vingt-quatre sujets de la seconde série un indice de 84,35.
Bien que ce dernier soit un peu plus bas que celui qui résulte de mes observations, on doit conclure pourtant que les Grousiens sont de vrais brachycéphales. On doit remarquer encore que 36 pour 100 ont le front déprimé.
L'indice facial des Grousiens de Mleti obtenu par le rapport du diamètre bi-zygomatique et de la hauteur totale de la face est de 75,19, et celui de l’autre série est de 79,67°. Ils sont donc brachyfaciaux ou chaméoprosopes. Chez un certain nombre d'individus les pommettes sont un peu saillantes. Quant au nez, il est généralement fort; l’indice nasal est de 66,63 dans ma série et de 61,01 dans l’autre.
Ils sont donc leptorrhiniens.
1Je donne ici à titre de renseignements leschiflres de l'indice facial relevés par M. von Erckert, bien qu'ils ne soient
pas comparables à ceux que obtenus puisque ni le procédé opératoire ni les points
de repère choisis par cet
observateur pour des mensurations ne sont ceux ce Br lesquels j'ai rigoureusement adoptés, comme le fait, du
reste, la majorité des anthropologistes.
PEUPLES GAUCASIENS 85
OBSERVATIONS DE M. E. CHANTRE
INDICE CÉPHALIQUE
DOLICHOCÉPHALES SOUS-DOLICHOCÉPHALES MÉSOCÉPHALES SOUS-BRACHY BRACHYCÉPHALES sous de 75.00 de 75 à 77.17 de 77.78 à 80 de 80.01 à 83.33 83,34 ct au-dessus » » 1 1 6 PROPORTION POUR G » » 12.5 12.5 75.0)
MISE EN SÉRIES
INDICE FACIAL
PROPORTION POUR CENT
hquà 75.99
de 76 à 80
MISE EN SÉRIES