‹ Recherches anthropologiques dans le Caucase; (volume 2)Chapitre 40 sur 61 · S AU CAUCASE · texte numérisé non relu

S AU CAUCASE

e Caucase où ils se seraient perdus, Ils préten-

dent avoir habité autrefois les pays situés entre le Koho-Noor (lac Bleu) et le Thibet.

On ne sait

pas au

juste quelle est la signification de leur nom. Mais ce n’est qu’à

partir du xvn° siècle que les Kalmouks commencèrent à s'établir entre le Volga, le

Don, la Kouma et le Kouban. Actuellement leur territoire est limité à l’est par la

rive droite salines de hordes de |

retourner €

en Russie

à la mort c

irrévocablement tous leurs privi

du Volga, depuis Sarepta jusqu’

3assi et

rente ans, ni khans ni vice-

a souveraineté des khans e

a Kouma; il s’étend ensu

"Asie centrale, les Kalmouks sont le

à Jenotaïevsk, au sud-ouest par les

ite jusqu’au Manitch. De toutes ces

es seuls qui aient songé un instant à

ans leur patrie pour échapper à la domination russe (1770). Mais un

bien petit nombre d’entre eux durent arriver au pied de l’Altaï, et ceux demeurés urent privés de leur juridiction particulière et n’eurent plus, pendant khans. Ce n’est qu’en 1802 que l’empereur Paul rétablit parmi eux la dignité de vice-khan dans la personne d’un Kalmouk, l'choutchéi, mais e ce dernier ils furent de nouveau soumis aux lois et aux tribunaux russes,

des vice-khans disparut pour toujours, et ils perdirent

La conséquence naturelle de Pabolition du pouvoir des khans et des princes a été

de diminuer considérablement les préjugés no

cette nation

La principale occupation des Kalmouks est

agricoles leur étant complètement inconnus. I

des bœufs et principalement des chevaux. Ces c

biliaires si enracinés autrefois chez

l'élevage des bestiaux, les travaux s ont des chameaux, des moutons,

erniers, petits, forts nerveux, infati-

gables, sont de race excellente. Les Kalmouks ignorent eux-mêmes le nombre de

leurs troupeaux qui est immense. Rien ne peut «

ment de ces hordes à leur existence vagabonde.

Après le travail si important de Pallas sur ce

donner un rapide aperçu sur l’ensemble c

Chez les Kalmouks, comme chez la plupart €

tagée en trois ordres : la noblesse, le clergé et le tiers état; ceux qui font partie de

la première catésorie prennent le titre d

onner l’idée, paraît-il, de l’attache-

te population *, je me contenterai de POI 2 d

e ses mœurs et de ses coutumes.

es autres peuples, la nation est par-

’os blancs, tandis que les gens du peuple

1 Sammlungen histonischer Nachrichten über die Mongolischen Vôlkerschaftens © volsin Le Saint Pétersbourg, 1716-18(

244 RECHERCHES ANTHROPOLOGIQUES DANS LE CAUCASE s'appellent les os noërs. Les prêtres appartiennent indifféremment à l’une ou l’autre de ces deux castes.

Au physique, le Kalmouk réalise le type mongol dans toute sa laideur : yeux obliques et peu ouverts, nez fortement écrasé à la racine, pommettes saillantes,

sourcils et barbe rares, peau basanée; ajoutez à cela des lèvres épaisses, des

oreilles énormes et fortement détachées de la tête, des cheveux toujours noirs. De

plus, ils sont petits, mais sveltes et désagés, grâce à la bonne habitude qu'ils ont

. d'abandonner entièrement à la nature le soin de développer leurs enfants. À peine

savent-ils marcher qu'ils montent à cheval, et s’adonnent avec passion aux exercices de la lutte et de équitation.

Hommes et femmes s’habillent à peu près de la même façon; la plupart du temps

ce n’est guère qu'à la coiffure qu’on peut distinguer les deux sexes ; les hommes ont

PEUPLES SPORADIQUES AU CAUCASE 246 une partie de la tête rasée, et le reste de leurs cheveux est réuni en une natte qui retombe sur leurs épaules, tandis que les femmes portent deux tresses. C’est la coiffure et la chaussure des Kalmouks qui sont les plus caractéristiques. La première consiste en un bonnet invariablement en drap jaune et garni d’une fourrure de peau d’agneau

noir; il est porté par les deux sexes (fig. 43 et 44). La chaussure consiste en bottes

rouges à talons très élevés et trop courtes de plusieurs centimètres, car les Kalmoulks ainsi que les Chinois tiennent. à avoir le pied extrêmement petit, ce qui n’est pas un très grand inconvénient pour des hommes qui vivent continuellement à cheval.

Mais ce sont de très mauvais piétons *. Disons cependant que depuis quelques années

! Les Kalmouks au Jardin d'acclimatation de Paris, par GirarD pe Rrazus (La Nature, 13 octobre 1883. Masson, Paris). — Les Kalmouks du Jardin d'acclimatation, par DENIKER (Bull. Soc. anthr. Par t. VI, p. 754).

Cauc. IV 31

| fl |

246 RECHERCHES ANTHROPOLOGIQUES DANS LE CAUCASE les Kalmouks tendent de plus en plus à adopter le costume et les habitudes des

paysans russes leurs voisins, Îls voyagent toujours armés et souvent à dos de

chameaux. Ces pasteurs sont excessivement sobres et frugals. Leur boisson principale est lethé, mais, malheureusement, ils affectionnent beaucoup les boissons spiritueuses. Hommes et femmes recherchent avec fureur les liqueurs russes; aussi le gouvernement, pour arrêter les funestes conséquences de leur passion, a-t-il dû formellement

défendre l'établissement de tout cabaret dans les hordes. Leur nourriture consiste

en viande de mouton et en laitage de toutes sortes. Le lait de jument sert à la préparation d’une boisson fermentée (kowmis où {chingan) dont on extrait par distillation une eau-de-vie d’un degré assez élevé.

Suivant l’opinion de Hommaire de Hell! qui a vécu longtemps sous la kibitka

des Kalmouks, leur malpropreté est surtout manifeste dans la cuisine, ce qui la rend très répugnante ; quant à l’intérieur même de la tente, il n’est point aussi sale qu’on le croit généralement. Les femmes, comme dans presque tout l’Orient, ont en partage tous les soins du ménage et des enfants; c’est elles qui dressent les tentes et fabriquent les vêtements. Pendant ce temps, les hommes, qui daignent à peine s’occuper de leur chevaux, vont à la chasse, boivent du thé ou de l’eau-de-vie, s'étendent sur leurs feutres, fument leurs pipes et dorment, ou bien encore jouent aux osselets où aux échecs : telle est l'existence d’un chef de famille kalmouk.

Il ne faudrait pas juger leur caractère d’après la relation de Bergmann” qui était ecclésiastique, et en qui les Kalmouks ont cru voir avant tout un de ces missionnaires qui avaient déjà essayé de les convertir. Aussi se montrèrent-ils pleins de

défiance à son égard, ce dont il se vengea en les présentant sous un jour odieux.

Les Kalmouks sont, au plus haut point, sociables, et ce sont des gens absolument

pacifiques chez qui les voyageurs rencontrent la plus franche et la plus affable hospitalité. Très superstitieux, ils n’entreprennent aucune affaire sérieuse sans avoir consulté un sorcier.

Leur industrie se borne à la distillation de l’eau-de-vie et à la fabrication de

1 HommaiRe DE Heu, Loc, cit., p. 105, t. II.

2 Nomadische Streifereien unter den Kalmuken, in den Jahren 1802 und 1803, 4 vol. in 8. Ri

Une partie de cet ouvrage, contenant la relation du voyage, à été traduite en français par T. Mauris, sous le titre

de Voyage de Benjamin Bergmann ches les Kalmouks. Châtillon-sur-Seine, 1825.

PEUPLES SPORADIQUES AU CAUCASE 247 feutres et d’outres en cuir. Ils ne connaissent pas la poterie. Les vases de ménage sont généralement en cuir; ceux qui se trouvent dans le voisinage des Russes emploient des ustensiles en bois ou en fer; mais ils n’ont pas d'objets en terre, ceuxci étant trop fragiles pour leur vie nomade. Les prêtres fabriquent certaines théières assez originales.

Le peuple croupit dans ignorance la plus absolue; seuls les prêtres et les princes se piquent de posséder quelque instruction, mais elle se borne généralement à la connaissance de leurs livres religieux écrits en caractères thibétains. Les Kalmouks appartiennent à la secte bouddhique lamaïte (des bonnets jaunes) fondée par Tsoukhapa en 1357. Ge n’est que depuis le xvn° siècle qu'ils ont embrassé cette reli-

gion; ils étaient auparavant chamanistes,

Ceux qui enseignent la religion sont les « backchaus ». La plus grande paresse et la plus erande immoralité règnent parmi ces prêtres kalmouks, quoiqu'ils aient fait vœu de célibat. D'ailleurs les femmes kalmoukes ne sont pas non plus renommées pour leur vertu.

Les prêtres se réunissent plusieurs fois par jour pour faire leurs prières aux sons d’un orchestre composé d'instruments des plus étourdissants : trompettes, tambours, eymbales, ete. L’une de leurs principales occupations est de tourner sans cesse un

moulin à prières (khowrdé), petite boîte métallique renfermant un rouleau de prières

auquel on imprime un mouvement de rotation soit avec la main, soit avec un moulinet.

La population des Kalmouks émigrés au Caucase est des plus difficiles à établir; elle s’élève à environ onze mille habitants répandus dans les steppes occidentaux du

Volga.

ANTHROPOMÉTRIE ET CRANIOMÉTRIE

Les populations ouralo-altaïques habitant le Caucase n’ont été mesurées en grand nombre que par M. von Erckert; mais durant mes deux voyages, j'ai relevé plusieurs séries d'observations qui concordent, le plus souvent, avec celles qui ont

été faites après moi sur les mêmes peuples,

Parars. — Il ne sera question ici que des T'atars de l'Aderbeïdjan, les plus importants puisqu'ils occupent une grande partie de l'Arménie russe.

Leurs yeux sont généralement brun foncé ou noirs, quelquefois verdâtres ou jaune clair. Leurs cheveux, rasés en partie, paraissent être chez le plus grand nombre

noirs ou chatain foncé. Leur indice céphalique moyen d'après M. von Erckert est

e 19,4; j'en ai pourtant mesuré quelques-uns dans les environs de Bayazid et dt lac Gokchaï qui étaient plutôt sous-brachycéphales que mésaticéphales. Les premiers

au nombre de huit, ont donné un indice moyen de 86 et les seconds, au nombre d

ix, celui de 81,6.

Le plus grand nombre des Tatars de ces régions ont la tête élevée et rejetée en

arrière; le vertex se trouve bien au delà du bregma. Nous l'avons dit déjà, cette

éformation est due à l’usage de comprimer la tête des enfants, répandu chez ce peuple

de même que chez les Kurdes et les Arméniens, au moyen de bandelettes qui exer-

cent une pre

sion lente et constante sur les régions inio-frontale et quelquefois iniobregmatique. La face est généralement large chez les Tatars, mais moins cependant que chez les Kalmouks. Leur indice facial est, d’après M. von Erckert, de 87,4, et leur indice nasal moyen de 64,5.

Ma série présente un indice facial ne montant qu'à 85,7 etun indice nasalatteionant

65,2. Ils sont donc mésorrhiniens, tandis que nous verrons la phatyrrhinie s’ac-

centuer chez les Nogaïs et les Kalmouks, les plus mongoloïdes des peuples ouralo-

altaïques.

PEUPLES SPORADIQUES AU GAUCASE 249 Au point de vue craniométrique, les Tatars n’ont donné lieuencore à aucun travail

important.

Nocaïs. — Cette population, d’aspect mongoloïde, a les cheveux généralement noirs ou brun foncé ainsi que la barbe et les yeux.

La tête, beaucoup plus courte que celle des Tatars, présente des indices moyens variant entre 85 et 86. Quatre individus que j’ai mesurés à Mozdok m'ont donné un

indice moyen de 8

,T. La face est large avec des pommettes souvent saillantes; lindice facial moyen est de 82 à 83. Le nez est souvent assez large, et l'indice nasal

moyen est de 68 à 70.

Koumirs. — Cette peuplade, d’origine également mongole comme la précédente, mais sans doute fortement sémitisée, présente des yeux et des cheveux noirs. La tête est courte; l'indice céphalique moyen n’est pourtant que de 84 à 85. La face est

moins large que celle des Nogaïs, son indice n'étant que de 87. L'indice nasal atteint

rarement 62.

Kararcuaïs. — Is constituent un petit peuple que l’on a voulu quelquefois réunir aux Tcherkesses avec lesquels ils ont quelques rapports, notamment avec les Kabardiens leurs voisins qui ont été classés en dernier lieu parmi les populations ouralo-altaïques. Les données que je possède sur les Karatchaïs ne sont pas assez nombreuses pour que j’aie à discuter leur place dans la classification des peuples du Caucase, et je résumerai seulement ici ce que l’on connaît de leurs principaux caractères anthropologiques.

La plupart présentent dans leur ensemble une physionomie sémite; toutefois un

certain nombre ont des pommettes fort saillantes et des yeux obliques. Le nez est souvent recourbé et présente un indice variant de 60 à 65; la moyenne est de 63. L'indice facial est de 80 et l'indice céphalique oscille entre 81 et 88. Il est pourtant quelques cas de dolichocéphalie avec 76 et 77.

La tête s’élareit et s'élève dans la partie postérieure, mais je n’ai pas vu pourtant 8 [ ; .

de sujets présentant des traces de compression antéro-postérieure ou latérale.

250 RECHERCHES ANTHROPOLOGIQUES DANS LE CAUCASE Cette race, qui paraît être le produit d’un mélange assez complexe de Mongols et

de Sémites, est fort belle et mérite d’être étudiée avec soin.

Turkomans er KirGmz. — Ces populations essentiellement transcaspiennes n’ont jamais été étudiées au point de vue anthropométrique au Caucase. On les trouve dans les marécages des bouches de la Kouma avec les mêmes caractères mongoloïdes que dans leur propre pays. Ils ont une grande disposition à l'obésité et ils sont petits (moyenne 1",62). Ils ont la peau basanée, les yeux obliques, la face aplatie, le nez court comme les Kalmouks.

Quatre Turkomans que j'ai mesurés à Piatigorsk m'ont donné un indice céphalique moyen de 84,56, un indice facial moyen de 79,03 et un indice nasal moyen de 70,05.

Les Kirghiz qui ontété étudiés par M. le D' Seeland dans la province de Semiretchensk * sont de véritables brachycéphales; ils présentent un indice céphalique moyen de 85,4. Certaines tribus ont donné des indices atteienant les chiffres de 88,8 et 89,6.

Au point de vue craniométrique les Turkomans et les Kirghiz n’ont pas été beau-

coup étudiés. On possède pourtant des crânes de Kirghiz du Turkestan dans plu-

sieurs musées et notamment à l’École d'anthropologie de Paris où M. de Ujfalvy et M. Seeland ont déposé d'importantes collections. L’une d’elles a été l’objet d’une étude détaillée de la part de M. Topinard ?.

L'indice céphalique moyen des dix crânes envoyés par M. Seeland est de 85,79 ;

l’indice nasal, de 46,3; l'indice facial (ophrio-alvéolaire et bi-zygomatique), de 71,2,

et l'indice orbitaire, de 90,4.

L'indice céphalique céphalométrique moyen diffère done peu de l'indice craniométrique ; l’un et l’autre montrent une population hyperbrachycéphale dont la

présence au Caucase est très importante à connaître.

Kazmouxs. — Les quelques individus de cette race qui sont venus habiter dans

1 Revue d'anthrop., 1886, p. 57.

? Revue d'anthrop., 1887, p. 145.

PEUPLES SPORADIQUES AU CAUCASE 251 le nord du Caucase n’ont été que rarement étudiés. Nous avons mesuré, M, von Erckert et moi, dix Kalmouks. L'un et l’autre, nous avons remarqué la prédominence du type brun chez ces individus. Les yeux, pour la plupart obliques, sont presque toujours bruns quand ils ne sont pas noirs. Les pommettes sont généralement saillantes, le nez plat, légèrement relevé et les narines largement ouvertes. L’indice céphalique moyen des Kalmouks mesurés par M. von Erckert est de 80,4, et celui de ma série est de 81,7. L'indice facial moyen des premiers est de 80,3 et celui des seconds est de 78,2. L'indice nasal moyen est de 75,3 dans la mienne

et de 72,4 dans celle de M. Erckert.

Ces résultats se rapprochent en quelques points de ceux que M. Deniker a obtenus sur les quatorze Kalmouks, six hommes et huit femmes, qu’il a eu la bonne fortune d'étudier à Paris’. T’indice céphalique moyen des six hommes est de 81,3 et

celui des huit femmes est de 81,5. L'indice facial des premiers est de 64,3, et Ü

celui des seconds de

3,3. L'indice nasal des hommes est de 64,3; celui des

femmes est de 61,9.

1 Bull. de la Soc. d'anthrop., 3° série, t. IV, p. 794. Paris, 1883.

SÉMIITES

* Cette race importante dont l’origine a donné lieu aux opinions les plus diverses,

et dont le rôle a été si considérable dans l’histoire des populations de l'Asie occiden-

tale, doit attirer ici notre attention à cause de l’influence qu’elle a exercée dans la

région ponto-caspienne. Il est hors de doute, en effet, que l'élément sémite entre

pour une bonne part dans la composition ethnographique du Caucase, car sa pré-

sence est des plus manifestes chez les peuplades actuelles.

On possède des données historiques exactes sur l'établissement d’un certain

nombre de familles juives dans ces régions durant les derniers siècles qui ont précédé

notre ère. Onsait aussi que, beaucoup plus tard, vers le vn* sièc

ère, les Arabes, maîtres un moment d’une grande partie du Cauc:

nombreuses colonies qui on

bien antérieurement à tous ces faits, à une époque dont il est im

date, ne doit-on pas admettre l'installation au Caucase de que

quelques-uns des membres de ces familles sémitiques cantonnées (

lors de leur descente des régions transoxiennes et plus tard en À

fini par se confondre avec le reste de

e environ de notre ise, y établirent de la population. Mais possible de fixer la

ques familles ou de

d’abord en Arménie

Tésopotamie, et qui

durent, en maintes circonstances, chercher un refuge au sein des montagnes ponto-

caspiennes? Et lorsque ces mêmes familles se mirent en marche les unes vers le sud,

les autres à l’ouest pour atteindre les régions où leur individuali

é nationale devait

se constituer, et prendre les unes le nom d’'Hébreux, les autres celui d’Arabes, de

PEUPLES SPORADIQUES AU CAUCASE 253 Phéniciens, etc., il est très possible que plus d’une peuplade dut remonter vers le nord de l’Arménie, atteindre le Caucase et s’y fixer. C'est ainsi que les Kobaniens protohistoriques établis en Osséthie ont montré par leurs caractères anatomiques et leur civilisation que leur origine devait être cherchée chez des populations de race sémitique ayant contribué à la formation des peuples mésopotamiens. Actuellement, les descendants de ces Sémites primitifs qui ne se sont pas fondus entièrement avec

les populations caucasiennes, sont représentés par quelques familles chaldéo-assy-

riennes qui vivent en Arménie non loin de l’Ararat où elles paraissent établies

depuis la plus haute antiquité, et par un certain nombre de Juifs.

CHaLDÉo-AssyRIENS OÙ AïssoRes. — Les Aïssores habitent l'aoul de Haïbassar

situé dans la circonscription de Garnibassar, district et province d’Érivan.

Jusqu'en 1827, ce village n'avait ouère été habité que par des Tatars. À cette époque les Aïssores vinrent l’occuper. Ils arrivaient de Perse où ils avaient habité dans les villages de Loupourghan, de Meschaveh, de Nasieh et d’autres encore dans la province d'Urmah. Ils avaient dû quitter leur pays natal à la suite de vexations de toutes sortes que le gouvernement du schah leur avait fait subir. Sous la conduite d’Allah-Verdi (Toumaïev en russe), ils étaient venu peupler d’abord le district de Nakhitchevan, puis celui de Choucha; vers 1835 ils prirent pour résidence

fixe le village d’Agalessalou dans le gouvernement d’Érivan et lui donnèrent le nom oO Le È

de Koïlassar. Ils sont, actuellement, convertis en partie au culte orthodoxe grec, en partie au rite nestorien, et ne différent pas sensiblement des Arméniens d’Érivan

et de Nahkitchevan.

Les Aïssores sont les descendants des anciens Chaldéo-Assyriens, et se prétendent

issus de Nemrod et d’Assur ; ils se donnent le nom de Chaldéo- Assyriens, et sont appelés Nazranes par les Persans ; le nom d’Aïssores leur a été donné par les Arméniens, Leurs écritures sacrées sont, de nos jours encore, en langue syriaque, très différente de la langue parlée.

Les habitants de Koïlassar s’adonnent principalement à l’agriculture et à l’horti-

culture. Ils s’occupent aussi de l'élevage du bétail. Les hommes se marient généra-

lement à seize ans, les femmes à quatorze. Ils s’allient surtout entre eux. Au Gauc. IV, 32

physique, les Aïssores se distinguent par la vigueur de leur constitution et de leur haute stature. Ils ont le visage rond, les yeux et les cheveux noirs, la tête petite, la poitrine développée, la voix rude et le teint brun.

Au point de vue moral, cette population est des mieux douées; ils sont généralement laborieux et sobres. Leur nourriture est substantielle et très variée.

Le costume des Aïssores diffère peu de celui du paysan russe; les femmes s’habillent à peu près de la même façon que les hommes. Leurs pantalons sont larges et elles portent un tablier en étoffe rouge; leurs cheveux sont enveloppés dans un foulard de soie; leur chaussure se compose de souliers verts et de bas rouges. Elles affectionnent beaucoup les ornements faits avec des médailles ou des monnaies d’or

et d'argent.

La danse, la gymnastique, les courses de chevaux et tous les exercices du corps sont en grand honneur parmi les Aïssores. Les femmes sont librement admises à toutes les fêtes, et prennent part à tous les divertissements.

Grands amateurs de poésie et de musique, ils ont un très grand nombre de chants

populaires dans lesquels il est généralement question de l'amour conjugal le plus

pur ; les berceuses pour endormir les enfants sont particulièrement touchantes. En chantant, ils s’accompagnent du luth ou saze.

Is parlent un idiome persan et sont au nombre de mille environ.

Juies. — Les Juifs sont répandus un peu partout au Caucase. Sur certains points, ils forment une population à part, le plus souvent ils sont complètement assimilés aux autres races, et c’est ainsi que la présence de sang sémite chez les Grousiens, les Leschiens, les Tchetchènes et les Ossèthes est des plus manifestes. D’ailleurs il v’est pas étonnant de trouver au sein de ces montagnes quelques fragments d’un des

peuples les plus persécutés de la terre.

Un grand nombre d’entre eux sont établis dans ces contrées depuis un temps

immémorial, peut-être même depuis l’époque où les populations sémitiques quittèrent

en masse leur berceau primitif pour se disperser. Beaucoup plus tard, les Juifs représentant une des familles du groupe sémitique furent transportés en foule en Arménie

par lés conquérants assyriens, et, l’on peut même dire que cet élément doit entrer

pôur beaucoup dans la composition de la nation arménienne.

Il ne faut pas oublier non plus que plusieurs des familles les plus nobles du Caucase revendiquent une origine juive et font remonter leur généalogie jusqu’à David : tels sont les Bagratides, la plus fameuse race royale qui ait régné sur l'Arménie et la Géorgie.

Rappelons encore que c’est sous le règne de Cyrus que les Juifs chassés de la Judée par Nabuchodonosor vinrent chercher un refuge chez les Caucasiens qui leur |

gnèrent un territoire situé le long de l’Aragva. La plupart de ces Juifs embras- |

sèrent la religion des Géorgiens et s’allièrent avec eux au point de se confondre com-

lètement. Et c’est particulièrement chez les princes que s’est effectué ce mélange P 8

avec le sang sémitique, mélange qui se montre sous sa forme la plus noble. Enfin, | durant les cinq derniers siècles avant notre ère, les Juifs, harcelés par d’interminables persécutions, vinrent de Babylone ou de l’Asie Mineure s'établir au Caucase. Quelques auteurs sont disposés à voir dans un certain nombre de Juifs actuels du Caucase des descendants des Khazares dont la conversion à la religion juive est avérée et qui aurait été faite par des missionnaires caraïtes de Crimée, vers 6202. Ce seul changement de religion ne signiferait pas grand’chose au point de vue du type et de la race qui ne se changent pas, à moins que l’on n’admette que cette conversion

des Khazares au judaïsme ait facilité leur mélange avec les vrais Juifs, car on sait

que ces derniers s’allient surtout aux Juifs de religion, qu’ils soient Sémites ou non. |]

Les Juifs répandus dans les montagnes du Daghestan proviennent évidemment de la Perse d’où ils sont venus avec les Tats, car ils parlent, comme ces derniers, la M: langue persane et leurs femmes portent le costume de l'Iran. On ne sait pas exacte-

on : ñ à sus 5 LA ment la date de leur arrivée dans le Daghestan, mais, d après la tradition, ils n

commencèrent à envahir Derbent après l'invasion des Arabes, c’est-à-dire vers la (1h

fm du vin siècle. Ce récit touchant leur établissement sur le littoral de la mer |

Noire et de la mer Caspienne au vu° et au vin siècle, semble confirmé par des |

inscriptions grecques de Panticapée, d'Anapa, d’Olbia et du Bosphore*.

Ceux qui habitent à Témir-Khan-Choura ont conservé la tradition que leurs an-

cêtres sont venus de Jérusalem après la première destruction de Bagdad où ils avaient {| |

demeuré longtemps.

! Harkawy, Revue russe, janvier 1875, p. 81,

* Harkawy, Die Juden und die Slavische Sprachen. — Jevreiskia Zapiski, 4881, en russe. ; À: Æ 3

256 RECHERCHES ANTHROPOLOGIQUES DANS LE CAUCASE Les Juifs montagnards du Daghestan ne s'occupent pas d'agriculture, mais ils se livrent au travail du maroquin et à la vente de divers petits objets. Grâce à leur facilité pour les langues, ils servent d’intermédiaires entre les habitants de la montagne et ceux de la plaine.

Un certain nombre d’entre eux sont établis à Témir-Khan-Choura, à Derbent et

à Pétrovsk. La population juive du Daghestan est, d’après M. Komaroff, de cinq mille

trois cent quatre-vingt-neuf habitants répandus dans vingt-trois villages; celle du Caucase tout entier est de trente mille âmes environ. Ce dernier chiffre ne représente évidemment pas trente mille individus de sang sémite, mais surtout des Juifs de

religion qui vivent sans se mélanger au Caucase où ils sont désignés sous le nom d

Juifs de la montagne. Ce sont probablement des immierants plus lardifs que les

nombreux Juifs qui se sont fondus avec les divers peuples du Caucase oriental; ik

doivent être venus dans la contrée au nord de Derbent vers la fin du var siècle ot

au commencement du 1x°, et ceux de Madshalis, vers la fin du xvi° siècle seulement.

ARaBes. — Le choc produit par la fondation de la religion de Mahomet devait se faire sentir jusque dans le Caucase. Le Prophète n’avait pas eu le temps de diriger lui-même l’expédition qu'il avait projetée contre les populations montagnardes de cette région, mais en 661 Rabiat-ul-Bahly vint, à la tête de quarante mille hommes pour convertir les habitants à la nouvelle religion. Cette première expédition ne fut as heureuse et essuya une complète défaite.

Les Arabes ne renoncèrent pas pour cela à la conquête du Caucase, car chaque musulman se croyait obligé de contribuer à remplir les dernières volontés du Pro-

'hète. En 684, Muslimeh s’avança à la tête de trente mille hommes d’élite. et, celte

ois, expédition fat couronnée de succès. Derbent, le Chirvan, une grande partie

du Daghestan et la Géorgie furent pris, et une garnison établie à Darial.

Les Arabes chassés un moment de Derbent y retournèrent en 722. En 133, Abou-

Moslem, à la tête d’une nouvelle armée, s’empara du Daghestan, imposa à tous les habitants la religion mulsumane et préleva sur eux un tribul pour payer l’armée.

Enfin, pour achever la conquête, les Arabes envoyèrent dans ces pays nouvellement

mment à contenir les anciens

conquis de nombreuses colonies qui contribuèrent puis

PEUPLES SPORADIQUES AU CAUCASE 257 habitants, facilitèrent l'introduction de l’islamisme, et finirent par se confondre entièrement avec eux. « Ces colonies étaient venues de l’Yrak, de V'Adzarbaïtchan, de l'Arabie, d’Émesse, de Damas, de la Mésopotamie, de Mossoul et de la Palestine ; leur existence dans le Caucase est encore attestée par les villages de nomades arabes dans le Daghestan et par le nombre considérable de mots arabes qu’on rencontre dans les idiomes des Lesghit, » Cette suprématie des Arabes sur le Caucase

oriental et une partie de la Géorgie se maintint jusqu’au rèene du khalife. Mo Ke Le]

vakkel (861 de J.-C.). Alarmé par la puissance d’Ish’ak, alors le gouverneur arabe

de Tiflis, et qui s’était rendu redoutable à toutes les nations voisines, Motavakkel

marcha contre lui,mitle siège devant Tiflis qu’il prit d'assaut, et tua le gouverneur.

Dès lors, l'autorité des Arabes en Géorgie alla en déclinant et les peuples du Caucase

secouèrent insensiblement le joug qu’ils leur avaient imposé,

Quoiqu'il n’y ait pas aujourd’hui, à proprement parler, d’Arabes au Caucase, j'ai cru devoir rappeler le rôle important qu'ils y ont joué un moment au point de

vue historique et ethnique en même temps.

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