‹ Recherches anthropologiques dans le Caucase; (volume 2)Chapitre 42 sur 61 · IRANIENS · texte numérisé non relu

IRANIENS

Ce groupe important, dont la constitution est basée plutôt sur les caractères

linguistiques que sur la morphologie des peuples ui le composent, est des plus

hétérogènes.

Il est représenté au Caucase par les Persans Hadjemis, les Tats, les Taliches, les

Kurdes et les Arméniens. Bien que

ie l'intention d'étudier plus tard, en détail, ces

diverses populations qui occupent de si grands espaces en Arménie, je dois en donner

un aperçu sommaire.

Persans Hapye

. — Des Persans appartenant pour la plupart à la famille des Hadjemis, se rencontrent dans presque tous les grands centres du Caucase. Négociants, maçons où charpentiers, ils montrent partout de l'intelligence et de l’activité. Ils sont aussi musiciens et se font entendre fréquemment dans.les villes et surtout à Tiflis. Ils sont au nombre de dix mille environ et peuvent être considérés, en partie, comme des émigrés modernes ; beaucoup pourtant paraissent être les déscen-

dants des Perses qui vinrent, au temps des Sassanides, s'établir sur le rivage

occidental de la mer Caspienne.

Tars. — Cette famille, appelée Zadjiks en Perse et en Asie centrale et dont l'aire au Caucase est assez restreinte, passe également pour représenter les descendants des émigrés perses qui, vers le v° siècle, possédaient la partie occidentale du Daghestan. Ils occupent, au nombre de quatre-vingt-dix mille environ, les côtes de la mer Caspienne, dans la région de Bakou où ils forment sept villages.

Les Tats présentent souvent le type juif, et ils ont été quelquefois confondus avec ces derniers. Les voyageurs les ont considérés tantôt comme des métis de Persans et de Juifs, tantôt comme un mélange de Persans et d’Arméniens. Ces deux manières de voir sont, sans doute, vraies en partie, mais on peut se demander également si l’on

ne doit pas retrouver parmi les Tats les traces de l’influence qu'ont dû exercer sur

les anciens Persans les immigrations arabes et tatares qui se sont succédé dans ces contrées. Quoi qu'il en soit, c’est encore une famille fort mêlée quoique vivant à l’écart. Leur langue était un dialecte persan, mais depuis quelques années les Tats ont adopté la langue tatare aderbeïdjani ; il n’y a plus guère que les vieillards qui parlent

le tat.

Tanauxs. — Ce petit peuple paraît avoir une origine analogue à celle des Tats; toutefois leur langue est différente de celle de ces derniers. Ge n’est ni un dialecte ni un patois du persan, c’est une langue à part qui se rapproche de l’afghan. Les Taliches occupent, au nombre de quarante-cinq mille environ, la plus grande partie

de la plaine de la Basse-Koura et les contreforts orientaux de l’Ararat, c’est-à-dire le

Lenkoran. Ce district, qui est à la limite des possessions russes, sur la frontière persane, s'étend le long de la mer Caspienne. Son climat, des plus malsains, du reste, est célèbre par sa faune et sa splendide végétation favorisées par la chaleur torride qui y règne et la constante humidité du sol. Cette population, demeurée long-

temps à l’écart, est restée sauvage. On doit diviser les Taliches en deux groupes

distincts, car suivant qu’ils habitent la plaine ou la montagne, ils diffèrent à certains égards. Les premiers passent pour avoir une origine tatare, tandis que les seconds sont plutôt iraniens.

Aucun de ces peuples n’a été encore étudié en détail au point de vue anthropo-

métrique, sur le territoire russe, et l’on n'en possède aucun crâne.

Kurpes. — Au nom de la linguistique, les Kurdes ont été également clas

parmi les Iraniens. Cette population, dont l'habitat est surtout en Turquie, notamment dans la région de Van, est, en général, demi-nomade. En dehors de ce pays, on trouve des Kurdes disséminés au milieu des Tatars et

des Arméniens dans toute la Transcaucasie méridionale, tantôt pasteurs, tantôt agri- |

culteurs, de même que ceux que l’on rencontre en Syrie, en Perse et dans les pays 4 transcaspiens. En Arménie, ils se mêlent plus facilement aux peuples au milieu des- |

quels ils vivent qu’ils ne le font dans la haute Mésopotamie et dans la Syrie septentrionale, où je les ai étudiés durant plusieurs mois.

Les Kurdes de la Transcaucasie sont devenus de bons cultivateurs au contact des Arméniens et des Tatars dont ils prennent peu à peu la langue et le costume. Grâce | à la bonne administration russe, ils ont perdu leurs habitudes de brigandage chères | à leurs frères de Turquie. Bien qu’un certain nombre aient émigrés au moment de la conquête, on en compte encore près de soixante mille. |

On n’a pas encore opéré beaucoup de mensurations sur les Kurdes de la Transcaucasie et les observations relevées jusqu’à ce jour sur les sujets de cette race n’ont

guère porté que sur des individus des tribus habitant la Turquie’, Il y a donc lieu

d'étudier d’une façon plus complète cette population qui, de même que toutes celles M de la Transcaucasie, présente un intérêt considérable à tous égards. \ ARMÉNIENS. — Cette race si importante et si imtéressante n’a été classée parmi 1 les Iraniens qu'au nom des caractères linguistiques. | Les Arméniens dont les destinées ontété, à plusieurs égards, les mêmes que celles | des Juifs, sont, comme ces derniers, intelligents et doués d’un génie commercial remarquable. Ces qualités jointes à la ténacité et à l’activité qu'ils déploient dans | toutes leurs entreprises, les ont placés à la tête des affaires au Caucase, soit dans le Il commerce, soit dans les hautes fonctions civiles et militaires. On a dit souvent ct | avec raison que «l’Arménien a son intelligence dans sa tête, tandis que le Géorgier. l’a seulement dans le regard ». Le nombre des Arméniens habitant actuellement la || Transcaucasie est de plus de huit cent mille. | ! ERNEST Cuanrre, Mission scientifique dans l'Asie occidentale, 4882, loc. cit. Cauc. IV. 53 M Pt | | (l | | | [À | | | | fl

La plupart sont agriculteurs et vivent dispersés en groupes au milieu des T'atars dans toute la région comprise entre l’Araxe et la Koura. Ils tendent partout à se rapprocher de plus en plus de Tiflis où ils sont très nombreux et où ils s’allient volontiers avec les Géorgiens, comme en Arménie ils se mêlent également aux Tatars et aux Kurdes. Il résulte de cela que le type se modifie chaque jour de plus en plus ;

néanmoins ce peuple est surtout brachycéphale.

ANTHROPOMÉTRIE ET CRANIOMÉTRIE

Persans Hanseuis. — Les Persans Hadjemis que j’ai observés à Tiflis, au nombre de six, avaient les cheveux et les yeux noirs; le nez fort el droit. Leur indice

nasal est de 70 et leur indice facial de 82. L'indice céphalique est de 76,84. Tars Er Tarictes. — Ils n’ont pas encore été étudiés au point de vue anthro-

pométrique.

Kurpes. — Les Kurdes, qui ont attiré mon attention d’une façon spéciale en pays ture, ont été également étudiés en Arménie, J’en ai mesuré douze aux environs d’Érivan. Ils m'ont donné des caractères très voisins de ceux que j'ai observés à Bayazid. Tous ont les yeux brun foncé ou noirs ; e nez est fort et donne un indice moyen de 64,4. Le visage, allongé, présente un indice moyen de 87,3

La tête, déprimée dans la partie frontale et dans la partie postérieure, accuse des

races évidentes de compression inio-frontale et souvent inio-bregmatique sur les

deux tiers de la population. Huit individus ainsi déformés sur douze présentent un

indice moyen de 84,62, et les quatre non déformés un indice de 81,6

ARMÉNIENS. — Cette nation présente des caractères anthropométriques qui méri-

tent d'attirer l’attention des anthropologistes.

J’ai mesuré durant mon dernier voyage vingt-cinq Arméniens, soit à Tiflis, soit

à Érivan, à la suite de la série que j'ai observée dans le Kurdistan ture. M. von Erckert a étudié, de son côté, vingt-deux sujets de cette race.

La plupart ont les yeux brun foncé et les cheveux noirs. Le nez est générale-

ment fort, et le front droit. J’ai trouvé dans ma série de Tiflis un indice nasal de 63,5

et un indice facial de 87,12; j'ai relevé dans celle d'Érivan un indice nasal de 62,35

et un indice facial de 86,58.

L'indice céphalique est de &

17 avec 30 pour 100 de déformés dans la première série, et de 85,68 dans la seconde où il entre 62 pour 100 de déformés.

M. von Erckert a relevé sur ses vingt-deux sujets un indice nasal de 65,05;

un indice facial de 87,7 et un indice céphalique de 85,6.

Les crânes arméniens sont encore rares dans les collections. M. Gondati a eu l’obligeance de m'envoyer les mesures d’un exemplaire conservé à la Société impériale d'anthropologie de Moscou. Ge spécimen appartient à un individu de Tiflis. L'indice céphalique est de 81,21; l’indice facial est de 75,27 et l'indice nasal

de 57,88.

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