‹ Recherches anthropologiques dans le Caucase; (volume 2)Chapitre 43 sur 61 · EUROPÉENS · texte numérisé non relu

EUROPÉENS

L'élément européen, qui peu à peu s’est infiltré au Caucase et dont l’importance grandit chaque jour, est composé d’abord de Russes, puis d’Allemands, de Grecs et

d'individus appartenant à diverses familles telles que des Finnois, des Tchèques. des

Moldaves, des Bulgares, des Ecossais, des Français. ete., etc.

Russ

au Caucase, en dehors des fonctionnaires, des népociants, et des différentes colonies,

— Les représentants du grand et puissant empire slave comprennent,

les Cosaques du Térek et du Kouban. Gette dernière population, composée de familles venues surtout du centre et du sud de la Russie d'Europe, s'élève à deux cent mille individus environ. Leur territoire est compris entre les steppes du Don,

Térek, le Kouban et la mer d’Azof,

Après avoir fourni le contingent le plus solide de l’armée russe pendant le

guerre contre les Cauncasiens du nord, les Cosaques servirent comme remparts

contre les incursions des peuplades insoumises et colonisèrent de g

ands espaces

au sud du Kouban, abandonnés par les Tcherkesses émigrés en Turquie. On leur :

donné le nom de Cosaques de la mer Noire. D’autres qui se fixèrent le long «

Térek ont reçu le nom de Uosaques de la Ligne c’est-à-dire de la frontière.

siens, tandis

Les Cosaques de la mer Noire sont, pour la plupart, des Petits-Rus

que ceux dela Ligne ou du Térek sont des Grands-Russiens qui se sont mêlés sur une

grande échelle aux Tatars et aux Teherkesses de la r

ion. Ils leur ont emprunté

non seulement leur langue et leur costume, mais encore leur manière de combattre

et même celle de monter et de seller leurs chevaux. Peu à peu le type du vrai

Cosaque russe s’est tellement modifié qu'il n’est plus différent, dans bien des cas,

de celui des indigènes.

Le territoire des Cosaques de la Ligne est des plus malsains, surtout dans la partie

inférieure du Térek, vers son embouchure dans la mer Caspienne. A Kislar, petite

ville tatare située dans cette contrée, où le climat est brûlant et humide en été, la

ièvre paludéenne, revétant communément la forme pernicieuse, est fréquente;

a population adulte est décimée d’une façon effroyable, et plus d’un tiers des en- |

ants meurent durant leur première année. Ces soldats de l’armée du Caucase sont

leins de bravoure et d’entrain. Leur gaieté et leur verve se manifestent par des

chants et des danses pleins d'originalité. Ce sont de parfaits cavaliers et la réputa

ion des chevaux cosaques n’est plus à faire ; malheureusement la selle de ces monures esf d’un usage des plus fatigants pour tout autre que ces montaonards. Les Cosaques du Kouban forment une famille plus homogène que ceux du Térek

et sont restés plus purs de race que ces derniers. Leurs usages sont ceux des Petits-

ussiens dont ils ont, d’ailleurs, le caractère gai et enjoué. Leur territoire est plus (|

sain, plus fertile et mieux cultivé que celui de leurs du Térek, aussi sont-ils M

lus vigoureux, plus riches et plus en voie de prospérité. Les s{anilzas où villages des Cosaques sont, en quelque sorte, de vastes camps

entourés d’une enceinte fortifiée. Chaque stanitza à son église et son école. 4

En dehors de ces grandes masses colonisatrices qui occupent d’immenses surfaces |

dans le nord de la grande chaîne, à raison de dix habitants environ par kilomètre |

carré, on doit signaler un certain nombre de colons russes qui se sont rendus, |

depuis la fin du siècle dernier, sur divers points du Caucase. C’est ainsi qu'on y |

voit des Polonais qui, au nombre de six mille environ, occupent divers emplois dans {l

les villes; enfin un certain nombre de sectaires émigrés ou déportés. Les croyances |

de ces derniers contrastent étrangement avec l’état de civilisation non seulement |

de PEurope, mais encore des peuples caucasiens au milieu desquels ils vivent. els (|

sont les Malakanys ou « mangeurs de lait », les Doukhobortzis ou « lutteurs |

par l'esprit », les Scoptzis et quelques autres. C’est à peu près depuis 1837 que ces hi.

sectaires sont établis au Caucase, !

266 RECHBRCHES ANTHROPOLOGIQUES DANS LE CAUCASE Les Malakanys sont assez nombreux dans la Transcaucasie. Plus rusés et moins

francs que les Doukhobortz

ils se livrent à toutes sortes de commerces, et beaucoup d’entre eux sont voituriers. Ils savent, presque tous, au moins lire et écrire.

Les Doukhobortzis habitent dans les environs d'Elisabethpol et de Tiflis. Ils ne

possèdent ni livres, ni manuscrils, et les enfants ne reçoivent aucune instruction.

Ils vivent surtout des produits du sol et de leurs bestiaux.

Les Scoptzis ou «mutilés » constituent une secte trèésnombreuse en Russie. Dans

es grandes villes telles que Saint-Pétershbourg, Moscou, Odessa, Riga, etc., beaucoup de marchands d'objets en or et en argent ainsi que les changeurs sont des

Scoptzis. Au Caucase, où ils ont donné lieu à des récits contradictoires, ils vivent en

petits groupes isolés et ne paraissent pas avoir fait de prosélytes. Dans le souvernement d'Orel, on trouve des villages entiers peuplés par ces sectaires. Rien à l'extérieur ne dénote l’état anormal de leurs habitants : on y voit des maisons bien construites, des femmes et des enfants, parce qu'ici, par exception, les Scoptzis se marient, mais ils n’ont jamais qu’un seul enfant, après quoi ils se soumettent aux pratiques de leur déplorable superstition .

C'est à partir de cette époque qu’ils prennent une physionomie spéciale qui les

rapproche des individus atteints de féminisme qui ne sont pas rares au Caucase Quoique officiellement le nombre connu de Scotpzis ne s’élève qu'à deux ou trois

mille individus, il est avéré qu’il est plus considérable.

ALLEMANDS. — On comprend sous le nom de colonies allemandes un certain nombre de villages wurtemberoeois établis, depuis 1771, aux environs de Tiflis, de Marienfeld, d'Elisabethpol, ainsi que dans les steppes de Stavropol. Laboureurs et agriculteurs, ils ont rapidement transformé les terres qui leur ont été concédées lors de leur arrivée au Caucase. Ces colons allemands sont. actuellement, au nombre de

vingt mille environ.

! VERESCHAGUINE, Le Tour du monde, loc. cit., p. 309.

2 LERELOULET, Contribution à l'étude des atrophies testiculaires et mammaires. — Mari, De la mutilation

génitale et de ses conséquences. — Liéarors, Féminisme (Gasette hebd. médecine, 24 août, 14 et 21 septembre 1877). — Broca, Bull. Soc. anthr. Paris, 2 série, t. XII, 4 Maladie des Scythes, in-89. Paris, 1877.

Tps

39 ct 555.— MARANDON DE MonrTyez,

Bien qu'ils vivent à l'écart et sans se mêler aux Arméniens, aux Karthevéliens ni aux Tatars leurs voisins, ils ont pris quelques-uns des caractères extérieurs propres à ces derniers, et cela dans l’espace de deux générations à peine, et sous la seule influence du milieu.

La propreté et l’ordre le plus parfait règnent dans les villages allemands ; l'air

d’aisance que présentent leurs coquettes habitations contraste étrangement avec le laisser aller caractéristique que l'on remarque dans la plupart des aouls caucasiens, surtout dans la plaine.

Les habitants de ces colonies ont la réputation d'être peu hospitaliers. Je dois dire, pour être juste, que j’ai conservé un excellent souvenir de la réception qui m'a été

faite à Marienfeld, et qui me rappelle celle que j'ai reçue chez les Tatars des environs. que G

Grecs. — On rencontre des Grecs sur plusieurs points du Caucase, et principale-

ment dans la partie du sud-ouest. Ils ont fondé plusieurs colonies sur les côtes de

la mer Noire, entre Soukhoum-Kaleh et Anapa, dans le voisinage des Abkhases. PEUPLES DIVERS, — Parmi les autres peuples européens d'origines diverses qui habitent au milieu des populations caucasiennes, il faut citer par ordre d’importance numérique :

1° Les Finnois, au nombre de près de deux mille. Ils ontdes colonies assez florissantes.

2° Les Moldaves, qui habitent principalement des colonies qu'ils ont fondées en

Abkhasie, non loin de Sotcho, sur la mer Noire. Ils sont au nombre de mille environ.

3 Les Tehèques qui ont recu des concessions de terrains dans le pays des Teherkesses, et qui ont fondé quelques villages dans le voisinage de ceux des Moldaves. Ils sont également un millier environ.

Citons enfin quelques Français, au nombre de trois cents environ, habitant la

ville de Tiflis où ils sont commerçants ou industriels.

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