‹ Recherches anthropologiques dans le Caucase;Chapitre 13 sur 42 · PRÉFACE XXXIII · texte numérisé non relu

PRÉFACE XXXIII

J’arrivai au Caucase en juin, et jy séjournai jusqu'à fin de l'été. C’est alors qu'il me fut donné de reprendre mes travaux sur les nécropoles préhistoriques et les premières mensurations qui aient été relevées dans ces montagnes! sur les popu-

lations actuelles — Ossèthes, Géorgiens, Imères et Laz

Je retrouvai avec plaisir, à Tiflis, la civilisation européenne dont j'étais privé depuis plusieurs mois, ainsi que la plupart des personnes avec lesquelles j'avais noué des relations lors de mon premier voyage. Toutes m'ont été de nouveau très utiles et se sont efforcées de n'être agréables.

Bayern m'avait proposé, en 1879, de m’accompagner quand je viendrais coninuer mes recherches. Il voulut bien donner suite à son projet, et c’est grâce

à sa bienveillante intervention que je suis parvenu à réunir en un temps aussi court

es nombreux documents que j'ai rapportés de cette mission. Durant nos excursions, j'ai appris à connaître, à apprécier ce savant si modeste et cependant si supérieur à sa réputation. Quelque soit le sort réservé à ses idées, dont j’ai exposé les grands raits dans un précédent opuscule*, je garde mon admiration et ma plus vive sympathie à l’homme qui, seul, sans ressources personnelles, presque sans rela-

ions scientifiques, a lutté contre toutes les difficultés, surmonté tous les obstacles

et tenu si ferme, au Caucase, le drapeau de la science indépendante.

Peu de temps après mon départ se tenait, à Tiflis, sous la présidence du général

<omaroff, la cinquième réunion du Congrès archéologique russe, institué par le

comte Ouvaroff dont nous déplorons la perte récente. À l'occasion de ce congrès,

des fouilles importantes ont été entreprises sur plusieurs points de la chaîne

ré

ainsi qu'en Arménie; ultats de ces recherches seront consignés dans le

compte rendu du Congrès, et les objets qui en proviennent ont été déposés au musée

— Rapport sur une Mission scientifique en Asie occidentale et spécialement dans lés régions de l'Ararat et du e e. t. X. In-80, Pa

hantre pendant son

Cauca Mésopotamie, Kurdistan et Caucase. Bulletin de la Société phi'omathique de Pari

Missions scientifiques et littéraires

imprimerie nationale,

AUVAG rnest

ogue des poissons recueillis par M. age en Syrie, Hante-

— Notice sur la faune ichthyologique de l'Asie et plus particulièrement sur les poissons recueillis par M. Chantre pendant son

voyage dans cette on. Nouvelles archives du Mus. d'Hist. nat. de Paris, 2 série, t. VII, Paris, 1884.

mice et naturelle de l'Homme, 2e série, t. XIII, Toulouse, Aperçu sur les caractèr

thes. Bulletin de la Socièté d'Anthropologie de Lyon, t. II, fas

s céphalométriques

I 1883, et Rapport, p. 43 et sq.

Baxenx. Contribution à l'archéologie du Caucase, avec une biographie de l’auteur par Ernesr

E. In 8". Lyon, Georz. 1882.

LE

XXI PRÉFACE de Tiflis. Vers le même temps, le bruit des découvertes archéologiques faites au Caucase amenait dans ces montagnes le savant anthropologiste Virchow qui profitant de la réunion de Tiflis, se livra à de nouvelles explorations dans la nécropole de Koban. Enfin, M. Erkert opéra, en 1883, plusieurs séries de mensurations anthropométriques sur quelques peuples de l’Isthme‘.

Tel est dans ses linéaments les plus généraux l’état actuel des travaux auxquels

cette intéressante contrée a donné lieu.

Dans le corps du présent ouvrage dont l'apparition a été retardée de plusieurs années par suite du mauvais état de ma santé fortement ébranlée par le climat caucasien, on ne trouvera pas ce que beaucoup de gens éherchent dans les récits d’expéditions lointaines. Ce ne sont point des émotions étranges et nouvelles, des aventures plus ou moins romanesques que j'allais chercher dans cet Orient dont l’éclatant soleil et les merveilles incomparables ont inspiré tant de récits poétiques. Perdus dans les flots de cette lumière éblouissante, une foule de problèmes se présentent à l'esprit. J'ai tenté la solution de plusieurs d’entre eux et j’ai constaté sans surprise que ceux-là mêmes qui paraissaient avoir été le plus éclairés par les traditions et les légendes qui étreignent l’histoire des civilisations primitives sont encore plongés dans une profonde obscurité. Mon plus grand désir est de poursuivre dans les autres parties de lAsie occidentale ces attrayantes recherches que je n’aï pu qu’ébaucher en Syrie, en Arménie et même au Caucase.

Le nombre des explorateurs de ces vastes contrées est déjà grand, on l’a vu.

mais ils sont rares ceux qui, pouvant consacrer beaucoup de temps à des recherches scientifiques, se résignent à abandonner les chemins battus et s’avancent dans

des résions vierces de toute étude.

Les difficultés jadis considérables d’un voyage en Orient, en dehors des grandes lignes commerciales, ont actuellement disparu. Les attaques des hordes errantes de Bédouins, de Kurdes ou de Tcherkesses ne se rencontrent plus que dans les récits des touristes. Toutefois, ce n’est pas sans courir quelques dangers que lanthropolo-

giste parvient à entreprendre des fouilles dans les nécropoles de ces contrées où le

4 Erkerr. Mensuration anthropométrique de quelques peuples du Caucase et des Petits-Russiens du gouverne géographique de Tiflis. T. VI, in-8°, Tiflis, 1882-1883 (en russe).

ment de Kharkov.Dans Soc

PRÉFACE xXxV fanatisme musulman règne encore en maître. Extraire de leurs tombeaux des crânes appartenant même aux temps préhistoriques est une témérité qui expose incontestablement l’imprudent voyageur à la vengeance des populations. Si l'étude des anciens habitants de l'Asie occidentale présente quelques difficultés, celle des populations actuelles n’en est pas exempte. Beaucoup d'individus se refusent à toute mensuration anthropométrique ou n’acceptent pas d’être photographiés ; chez la plupart enfin ces manœuvres, étranges assurément pour eux, excitent leur méfiance et peuvent

avoir des conséquences assez graves pour compromettre la sécurité de l'opérateur.

La cupidité des agents subalternes des douanes et des postes est toujours à la hauteur de son ancienne réputation et cause encore de sérieuses anxiétés aux

voyageurs naturalistés et photographes; mais avec un peu de patience et d'énergie

on parvient le plus souvent à obtenir gain de cause, à la satisfaction de tous.

En somme, grâce aux excellentes mesures d'ordre prises depuis ses dernières

acquisitions par le gouvernement russe, grâce surtout au naturel hospitalier des

populations de PAsie occidentale, tout Européen, tout Français surtout qui sait respecter les devoirs qu'impose l’hospitalité, et ne se mêle ni aux dissensionsreligieuses, ni aux luttes politiques, est sûr de trouver partout un accueil amical et

autant de sécurité sinon plus que dans la plupart de nos grandes villes d'Europe.

, d'offrir mes remerciements à

Qu'il me soit permis, avant de clore cette préfac toutes les personnes qui m'ont aidé dans l’accomplissement de mon voyage, dans mes recherçhes scientifiques et dans Pexécution de cet ouvrage ; qu’elles veuillent bien

agréer ici l’expression de ma profonde gratitude.

LL. EE. M. le professeur Anatole Bogdanofï, de Moscou, fondateur de l’anthropologie en Russie; le prince Mirsky, le prince Melikoff, le prince Gagarine, 8 I Y» { 8 le prince Troubetzkoï, m'ont accordé leur haute et indispensable protection. M. le général Komaroff, archéologue distingué, a mis à ma disposition, avec la

plus grande obligeance, les intéressantes collections qu'il a réunies à Tiflis.

M. le colonel Olchewski, de Vladikavkaz, dont l’accueil sympathique m’a laissé

le plus agréable souvenir, m'a ouvert généreusement ses riches collections, ses

albums,me prodiguant tous les rense

onements désirables sur l’Ossethie et la Digourie.

Ce savant est resté pour moiun aimable correspondant, un précieux collaborateur.

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