HISTORIQUE
Sur quel point de la terre et à quelle époque ont apparu nos premiers ancêtres ?
À ces questions qui ont tenté si souvent réponses ont été faites.
Les uns, imbus des traditions bibliques,
pentes méridionales du grand Caucase le
déjà la sagacité des penseurs, bien des
ont placé soit en Arménie, soit sur les
berceau primitif de Phumanité.
D’autres, comparant entre elles les légendes écrites de plusieurs peuples de l’an-
cienne Asie, ont reporté vers l'Est, au célè
Jersion des races supérieures. « Dans Ï
èbre plateau de Pamir, ce centre de dis-
oute l'Asie, écrit M. Renan, le plateau
de Pamir est considéré comme le faîte, le dôme du monde (bami-dunia), le milieu
entre le ciel et la terre. Les plus grands f quel il se rattache, et de vieilles traditions
bleues-vertes dans lesquels M. de Humbo
euves de l’Asie découlent du massif auy placent des peuples blonds à prunelles
dt voit des Ariens... Tout nous porte à
placer l’Eden des Sémites au point de sé
paration des eaux de l'Asie, à cet ombilic
du monde que toutes les races semblent montrer du doigt comme le point où se rencontrent leurs plus anciens souvenirs... Les races mongoles rattachent aussi leurs origines au Thian-Chan et à l’Altaï, et si les races finnoises semblent plutôt désigner l’Oural, c’est sans doute parce que cette chaîne leur dérobe la vue d’un plan de montagnes plus reculé. ! »
Il ne saurait être question, dans ces quelques lignes de lun des maîtres de la philologie moderne, d’autres choses que des origines historiques. Le problème des origines naturelles de l’homme reste donc tout entier jusqu'ici. Quelques naturalistes l’ont résolu en faveur des régions tropicales ou même d’un continent submergé aujourd'hui par l'Océan Indien.
Là seulement, se seraient trouvées réunies les conditions d’existence nécessaires à nos ancêtres, incapables encore de se défendre contre les intempéries. C’est dans les pays situés au sud de l’Inde que vivent encore une partie des êtres qui se rapprochent le plus de nous par leur organisation...
Mais à ce raisonnement s'opposent des faits irrécusables démontrant que le climat
de l’Europe a été tropical durant la période tertiaire. Les transformations biologiques
sous l'influence desquelles se serait produit l’être hypothétique que l’on assure avoir
précédé l’homme ont done pu s'effectuer, à cette époque, aussi bien en Europe qu'en Asie.
Les seules découvertes relatives à cette question ont été faites en France et en Portugal. Mais en admettant que l’anfrropopithèque — c’est le nom appliqué à notre ancêtre par M. Gabriel de Mortillet * — appartienne bien réellement à la faune
tertiaire, on pourra en rencontrer également des traces dans la partie de l’ancien Ï 8
continent que nous étudions. En effet, certains dépôts lacustres de la Transcaucasie renferment des flores et des faunes analogues à celles qui se sont développées dans l'Europe tertiaire.
Si l'existence d’un être intermédiaire entre les singes anthropoïdes et l’homme est
confirmée quelque part, les faits qui auront permis d'établir cette hypothèse devront
1 Ernesr Renan. Origine du Langage, p. 228 et sq. ? GABRIEL D
Morniucer. Revue d'antropologie de Broca, 15 janvier 1879, p.117 — Le Précurseur de l'Homme, dans Comptes rendus de l'Association française pour l'avancement des sciences. Lyon, 1873, p. 607. — [Je Préhistorique. Bibliothèque des sciences contemporaines. In-89, Paris, Reinwald, 4882, 1'e édition, p. 114.
ÉPOQUE PALÉOLITHIQUE 39 se reproduire sur un grand nombre de points comme cela est arrivé pour les preuves scientifiques de l’existence d’un homme quaternaire si longtemps contestée.
Jusqu'à présent aucune découverte relative à cet important problème n’a été faite
dans cette contrée. Maintenant que l'attention est appelée sur ce sujet, on peut
supposer que les investigateurs qui s’y succèdent en grand nombre depuis quelque temps parviendront à y découvrir des documents paléontologiques où même
archéologiques propres à éclairer cette grave question.
En ce qui concerne l’homme quaternaire, quelques recherches ont été entreprises.
Mais, n'ayant pas été méthodiquement conduites, elles n’ont donné encore aucun
résultat satisfaisant. Il ne faut point pourtant désespérer de trouver dans les alluvions des rivières du Caucase ou dans ses grottes des vestiges paléolithiques semblables à ceux que l’on a rencontrés dans d’autres pays.
Partout en Europe, en Afrique et en Amérique on a trouvé des spécimens de l’in-
dustrie de cette période pendant laquelle l’activité humaine s’est manifestée d’une façon si remarquable.
I?Asie ne pouvait pas manquer d'en fournir des traces nombreuses : l'Inde l'Arabie, la Syrie et l'Egypte ont donné, en effet, de ces outils en pierre grossiè-
rement taillés, caractéristiques de la civilisation la plus primitive.
Dans le but de faciliter les études de ceux qui viendront après moi, il m’a paru utile de résumer en quelques pages l’état des connaissances acquises sur l’origine, le développement et la distribution des terrains quaternaires du Caucase.
L’isthme ponto-caspien qui, pendant la période tertiaire, avait été soumis à de puissantes oscillations, n’a pris son relief actuel que vers le début de la période quaternaire.
Il semble démontré, en effet, par les beaux travaux de MM. Abich‘ et Ernest Favre”, que les grands cônes trachytiques constituant les cimes les plus élevées
de la chaîne ne datent que de cette époque.
1 ABicH. Prodrome de géologie du Caucase, Mémoires de l'Académie de Saint-Pétersbourg, 1858.
? Favre. Recherches géologiques dans la partie centrale de la chaîne du Caucase. Genève, Georg, 1875.
Toutefois, cette activité volcanique paraît en partie antérieure à la période glaciaire, puisque les anciennes moraines renferment de nombreux blocs erratiques d’andésite, roche dont sont formés en partie l’Elbrous et le Kazbek. Des érosions ont permis de constater dans les vallées du Kouban, du Baksan, du Térek et ailleurs, comme en Arménie, des superpositions montrant des alluvions et des conglomérats soüs-jacents aux coulées trachytiques, lesquelles sont recouvertes sur bien des points par des dépôts plus ou moins morainiques.
D’après M. Abich, un lac considérable aurait occupé la plaine du nord du Caucase dans larégion de Vladikavkaz, recouverte actuellement parles alluvions du Térek et de ses affluents : l’Ardon, le Ghisel-don, le Génal-don, le Fiag-don, ete. M.Abich croit ce lac contemporain de la grande extension des glaciers et des grandes éruptions volcaniques. Ce savant géologue admet une lutte entre les éruptions et les amas de glace de la chaine centrale. L’un des résultats de cette lutte aurait élé de produire des débâcles considérables qui auraient transporté au loin les matériaux morainiques.
Le transport des blocs erratiques que l’on voit dans la région de Nikolaïevsk peut s’expliquer aussi, d’après le même auteur, par des glaces flottantes.
Aujourd’hui que lon a étudié et compris l’origine et la vie des glaciers, il n’est
ble d’accepter cette théorie. Au reste, comme le fait remarquer M. Favre,
les éruptions volcaniques même considérables ne produiraient, au milieu des glaces, que des effets locaux et sans importance, témoin les alternances bien connues de laves et de dépôts morainiques à l’Etna et ceux peut-être plus anciens que j’ai pu observer entre Bayazid et Igdir, au pied ouest du mont Ararat.
M. Favre signale, de plus, l'existence d’un groupe de blocs erratiques de trachyte, non loin de Smieiskaya, dans la gorge par où s’écoule le Térek. Or, pour qu'ils aient été déposés sur ce point par le glacier, il fallait que la vallée füt déjà ouverte, ce
qui ne permettait pas aux eaux de constituer un lac. Il en résulte, ajoute M. Favre,
que la grande extension des glaciers est postérieure à l’existence de ce lac ainsi qu'aux éruptions trachytiques, puisque les blocs de cette nature abondent dans les moraines.
Il est donc hors de doute que la période quaternaire a été marquée au Caucase
comme dans les Alpes par une très grande extension des glaciers. M. Abich,
ÉPOQUE PALÉOLITHIQUE at puis M. E. Favre et d’autres géologues ont reconnu des traces nombreuses et importantes de leur passage dans la plupart des vallées ponto-caspiennes.
L'étude de cette intéressante question, qui, pendant de longues années, a été pour moi l’objet d’actives recherches dans le bassin du Rhône’, ne fut pas un des moindres attraits de mes deux voyages au Caucase et en Arménie.
M. E. Favre a fait connaître les moraines des vallées du Baksan, du T' cheghem, du Teherek, de l’Ardon et du Térek sur le versant nord, ainsi que celles du centre de la chaîne et du versant méridional, où les glaciers ont eu une bien moins grande importance *.
Au pied de l’Elbrouz et dans la haute vallée du Baksan, en amont d’Ourouspieff,
une très belle moraine montre bien la puissance de ce glacier quaternaire réduit
actuellement à des névés, encore considérables cependant, recouvrant les hauteurs
Vallée Kazbek Da Lan Balta Viadikavkaz Rem ) h a î Faro À
Gurs du F1G. 1. — Coupe géologique suivant le cours du Térek
D'APRÈS M. ERNEST FAŸRE
a, alluvions et moraine:
— te, ter
minés. — j$,
ssique supérieur,
jt, terrain jurassique inférieur. —
ch, schistes cristallins. nit.
qui dominent cette vallée. Dans le bassin de l'Ardon, on observe le terrain erratique Jusqu'à 2865 mètres, au col de Khodvtsek. Les vallées de Tsea, de Koban et quelques autres, qui débouchent dans celle de l’Ardon, sont également remplies de matériaux erratiques et le sol des superbes forêts qui couvrent la région repose presque partout sur d'anciennes moraines. Le bassin du Térek est un des points du Caucase où l'extension glaciaire a laissé les traces les plus remarquables. Ce qui
4 A. FaLsan CtE. CHANTRE. Monographie géologique des anciens glaciers de lu partie moyenne du bassin du
Rhône, 2 vol. in-8°, avec un atlas de G cartes. 2E. Favre. — Loc. cit., p. 101.
CAUC ue 6
EE
reste de glaciers sur les pentes du mont Kazbek et leur activité permet de concevoir ce que devaient être ceux de l’époque quaternaire. Dans la vallée de Devdorok, les roches ont été moutonnées jusqu'à une grande hauteur, et j'ai rapporté de cette localité de très beaux échantillons de roches polies et rayées. On rencontre, sur la rive droite du Térek, de puissants amas de matériaux morainiques et dallu-
vions formant des terrasses à trois niveaux différents. La terrasse inférieure,
essentiellement composée aviers, atteint une épaisseur de près de 100 mètres.
Les blocs erratiques sont fort nombreux à la jonction des vallées de Devdorok et du Térek; le plus remarquable, de nature granitique, git dans le lit du Térek, près de la station de Lars et porte le nom de Pierre de Yermolov ; il mesure 5,655 mètres cubes. On trouve, à 200 mètres au-dessus de Lars, une moraine renfermant, surtout des matériaux trachytiques venus du Kazhek. Quant aux stries, on peut en observer jusqu'à 150 mètres au-dessus du fond de la vallée.
À mesure que l’on s'éloigne du défilé du Darial et que l’on se rapproche de la
plaine, les blocs erratiques diminuent en nombre et les moraines, disparaissant au
delà de Balta, sont remplacées par de puissants amas d’alluvions ou de moraines remaniées qui s’étalent dans le bas bassin du Térek jusqu'à Vladikavkaz où les locs erratiques sont fort nombreux; quelques-uns y atteignent encore 10 mètres cubes.
Ces dépôts rappellent ceux que nous avons signalés en France sur le plateau bressan et dans la plaine d’Ambérieu, en face du défilé de Saint-Rambert en Bugey.
Sur le versant méridional, c’est en Svanie que les dépôts glaciaires présentent e plus grand développement; mais les
gr
glaciers ne paraissent pas être descendus
bien bas de ce côté-là. Les vallées de lIngour et de la Tskenis-Tskali dont les
auteurs possèdent encore des glaciers, sont couvertes de matériaux erratiques
de nature surtout granitique.
D’après M. Favre, les glaciers de la Svanie ont été une fois plus considérables
qu'ils ne le sont aujourd’hui.
Les terrains tertiaires
dans lesquels le Ksan, la Lakhva, l’Aragva ét la Koura
1 A, Fazsan et E, CHanTRE, loc, cit., p. 201 et suiv.
ÉPOQUE PALÉOLITHIQUE 13 l ont creusé leur lit, sont recouverts partout, dans la partie supérieure du cours de ces rivières, de dépôts quaternaires d’origine très probablement glaciaire. Il en est de même de la vallée du Rion, avec ses terrasses d’alluvions, dépôts de sable et de cailloux aux environs d’Oni et près du confluent de la Djodjora avec ce fleuve. À Sakao se trouvent des blocs anguleux de roches cristallines provenant de la chaîne centrale et dont la nature erratique ne laisse aucun doute ; plus bas, à Ghebi,
la moraine est superbe.
D’après les observations des géologues qui ont parcouru le Caucase, observations que nous avons résumées dans les lignes qui précèdent, il est démontré que la distribution des glaciers a été très inégale sur les deux versants de cette chaîne. Ils ont oceupé sur le versant nord une surface beaucoup plus considérable que sur le versant sud. Ils descendent écalement plus bas au nord qu'au sud.
Les vallées du versant septentrional de la grande chaine ont dû en effet être envahies par les glaciers dès l’aurore dela période quaternaire, alors que des volcans multiples ébranlaient encore le sol, le recouvrant de matériaux ionés.
Ces phénomènes géologiques ne devaient pas plus permettre aux animaux qu'aux populations primitives de s’établir dans ces régions qui, plus tard, sont devenues le refuge de tant de peuples différents.
Cest donc dans les alluvions et dans les grottes des vallées de la partie méridio-
nale du Caucase que l’on devrait découvrir des vestiges paléontologiques et anthro-
pologiques de l’époque paléolithique, bien plutôt quedans celles de la chaîne centrale et dans celles du nord.
Les quelques spécimens de la faune quaternaire que l’on possède au musée de
Tiflis, les seuls, je crois, qui aient été découverts au Caucase, proviennent pourtant J 9 QI
presque tous des dépôts de transport du versant septentrional. Ce sont d’abord deux
molaires inférieures d'Æephas antiquus : Vune a été trouvée à Argo, en Daghestan,
l’autre à Nourskodji sur le Terek, puis trois molaires d’Ælephas primigenius : Vune
a été rapportée de Alkhan Jourkofki, en Daghestan, l’autre de Vedeno, également en Daghestan, et la troisième d’Abkhazie, non loin de la Mer Noire. Il convient d'ajouter à ces découvertes celles que signale M. Felitzine dans sa
carte, encore inédite, des stations archéologiques de la province du Kouban.
A4 RECHERCHES ANTHROPOLOGIQUES, DANS LE CAUCASE l’une a été faite près du rivage septentrional de la presqu'ile de Taman ; deux autres sur la rivière Psekoups, affluent du Kouban, non loin de Saratovskaya ; une dernière enfin sur le Kouban lui-même, au nord-est d’Armavir. Le même document signale, de plus, entre Chapsough et Sadoyoï, une caverne à ossements sur laquelle, du reste, nous ne possédons aucun autre renseignement.
Le versant méridional, au contraire, n’a fourni à la préhistoire du Caucase aucun document bien sérieux. Une seule grotte, incomplètement fouillée il y a peu de temps par un riche propriétaire de la région, le prince Mossa Chvili, a donné quelques vestiges humains pouvant appartenir à l’époque paléolithique, c’est la grotte de Rgani‘.
Cette localité est située en aval de Satchéri, à 5 kilomètres environ de la rive
droite de la Kvirila, sur un ruisseau qui baigne pour ainsi dire l'entrée de l’exca-
vation où les recherches ont été effectuées. Une forte dalle brute en fermait l'ouverture, encombrée de stalagmites et d’éboulis. On pénètre dans cette grotte par un couloir voûté conservant, sur une longueur de 12 mètres, la largeur moyenne d'environ 0",72, puis élargi, s’infléchissant à droite et aboutissant à une première salle d'environ 2 mètres de côté sur une hauteur de 3 à 4 mètres. En face du couloir, la salle rétrécie, donne accès par une pente assez raide dans un second compartiment un peu plus grand que le premier; c'est là qu’eut lieu la décou-
verte d’ossements non encore déterminés, mais parmi lesquels on a cru pouvoir:
affirmer la présence de l’Ursus spelæus.
D’après M. Bernatsky à qui l’on doit la connaissance de ce fait important, la faune de cette grotte ne doit pas se borner à cette seule espèce. Une étude plus complète des produits des premières fouilles, déjà fort considérables, permettra sans doute d’y trouver des débris de la plupart des autres vertébrés qui accompagnent ordinairement l’hôte des cavernes : hyène, cerf, renne, grand bœuf, rhinocéros, éléphant, cheval, etc.
Il n’y à pas de raison, en effet, pour qu'une faune quaternaire analogue à celle
de toute l’Europe ne se soit pas développée dans la vallée de la Kvirila et même
dans tout le Caucase. Cette contrée a subiles mêmes vicissitudes climatériques que
1 Journal du Caucase du 14 novembre 1884.
ÉPOQUE PALÉOLITHIQUE 45 celles qui se sont succédé en Occident, ainsi que le montre l'étude des terrains tertiaires et quaternaires.
Aux débris d'animaux sauvages étaient associés, sans ordre, des ossements humains appartenant à plusieurs individus d’âges différents. Presque tous ces ossements aussi bien que ceux des ours et des autres espèces avaient été fendus et avaient subi l’action du feu ; beaucoup portaient des traces de dents de carnassiers,
peut-être de hyènes.
Ces détails font songer à des repas de quelques tribus anthropophages, repus dont les débris auraient servi plus tard de pâture à des hyènes ; mais à quelle époque faut-il faire remonter ces traces de peuplades sauvages ?
Aucun outil en silex n’a été recueilli, les explorateurs s'étant attachés, presque
exclusivement, à la recherche des restes paléontologiques. L’exploration de la grotte
de Rgani, actuellement bouleversée, est donc à reprendre de fond en comble et au plus tôt.
Cette grotte a été découver
e, il y a dix ans, par des chercheurs de manganèse qui exploraient, à ce moment-là, les gorges de la Kvirila où, paraît-il, ce minéral est assez abondant '. On n’avait pu y pénétrer tout d’abord, et, pendant près de trois semaines, l’excavation était restée inabordable à cause des gaz délétères qui l’emplissaient et éteignaient les lumières dès qu’on essayait d’en franchir l'entrée. Cette circonstance avait singulièrement impressionné les paysans des environs,
mais la cupidité eut bientôt pris le dessus et l’air s’étant peu à peu renouvelé
dans la grotte, ils la visitèrent en foule, dans l’espoir bien naturel d'y rencontrer des filons du précieux métal.
Les débris mis au jour par les premiers coups de pioche ne tardèrent pas à rendre ces pauvres gens à leurs terreurs. Nul n’osa dès lors fouler ce sol défoncé et pétri d’ossements. On abandonna les salles souterraines de Rgani aux lutins qui les habitaient, disait-on, et comme l'Occident n’a pas la spécialité des reliques, des charlatans et des superstitions, il se trouva dans la vallée de la Kvirila des
4 « Sur la rive droile de la Kvirila, les calcaires sont puissants; ils alternent avec des sables et des argiles et
l'on trouve au milieu d'eux un dépôt de manganèse terreux... Le minerai de manganèse est en masses irré
loc. cit., p. 13). Ce dépôt avait été étud (Mélanges physiques et chimiques. Académie de Saint-Pétershourg, 1858, t. III, p. 32
gulières,
en rognons et en grains fins » (Ernest F galement par M. Abich
Imères moins crédules qui exploitèrent le plancher de la grotte et vendirent comme
ommerce, signalé dès novembre 1883
une panacée les os qu'ils en tiraient. Ce par M. Bernatsky, menace d’épuiser complètement cet abri, si ce n’est déjà fait, et de priver la science des fruits les plus impoïtants de la seule trouvaille faite
ance, attribuer avec quelque
dans le Caucase que l’on puisse. à ma connais certitude à l’époque quaternaire.
Si ces découvertes ne présentent au point de vue paléoethnologique qu'un intérêt médiocre, elles montrent du moins qu’il est possible de rencontrer au Caucase des grottes habitées pendant les temps quaternaires et elles prouvent aussi existence
dans ces montagnes d’une partie de la faune de cette époque. Mais il y a loin de cette
hypothèse que quelques trouvailles à peine aperçues viennent revêtir d’un certain air de vraisemblance, aux affirmations de certains auteurs basées sur le dire de Strabon!. Ceux-ci parlent des Troglodytes du Caucase comme d’un fait en contradiction avec la haute antiquité de la civilisation caractéristique en Europe de la fin des temps quaternaires. Nous consacrerons aux cavernes de Pisthme ponto-caspien un prochain chapitre de cet ouvrage.
Il ne nous semble pas que l’on puisse établir un parallèle, quel qu'il soit, entre ces arottes creusées de main d’homme pour la plupart, et nos abris naturels de l’Aquitaine et des Pyrénées, si féconds en découvertes, et dont les habitants magdaléniens nous sont relativement si connus, nous dirions presque si familiers. Les grottes caucasiennes ont élé occupées de tous temps, n’ont pas été fouillées et
n’ont fourni, par conséquent, aucun vestige de leurs hôtes passés.
506, 769 et 776.
de Strabon est corroboré, du reste, pourraient-ils ajouter, par une légende géorgienne que
1 STRABON, pages 225 Le témoignag:
rapporte Dubois de Montpéreux *. D'après cette lézende, les Géorgiens auraient habité des grottes jusqu’au
vue siècle avant Jésus-Christ, époque d'une grande invasion des peuplades seythiques. C'est ve
ce temps qu'un
gouverneur persan du nom d'Ardam leur aurait enseigné l’art de construire une muraille en pierre et en chaux.
+ pusois pe Monrréreux, loc. eit., t. II, p. 23.
Les v
ment,
en trè
iges de la civi
ne pouvaient pas
s grande abondance
départ de l’idée de cons
lithiques. D’autre part, si l’on regarde l'Asie méridi
cette civilisation dont le
de l'E
ont
et sans doute aussi cthnologique.
Une partie des animaux domestiques apparus en
néolit
du Caucase et de l'Arménie, il est peut-être logique c
urope, il est nature
ù participer tout «
hique étant considérés par beaucoup de paléoe
, puisque l’on a voulu placer,
ÉPOQUE NÉOLITHIQ
isation néolithique, répandus
faire défaut au Caucase. Ils € ruire des habitations sur pi
développement est si remarc
de penser que les contrées si
‘abord aux bienfaits de cet
male comme
UE
en quelque sorte universelle-
evaient même s’y rencontrer
dans cette région le point de
otis et des tombeaux mégale berceau de uable dans le nord et l’ouest tuées entre l’Inde et l’Europe
e expansion ethnographique
Occident avec la civilisation
hnologues comme originaires 8 g
’admettre que les populations
qui, les premières, se sont adonnées à la domestication devaient avoir une vitalité
cons
érable et jouir d’un état de civilisation relativement déjà très avancé.
Jusqu'à ce jour, le nombre des découvertes pouvant confirmer cette manière de
48 RECHERGHES ANTHROPOLOGIQUES DANS LE CAUCASE voir n’esk pas encore très grand; la plupart ne sont dues qu’au hasard, car les recherches méthodiques ont été presque nulles.
On connaît actuellement une petite série d’objets trouvés isolément; quelques groupes de monuments mégalithiques, dolmens et pierres à lévendes ; puis des
traces de pilotis sur les lacs où la tradition semble indiquer des palafittes.