‹ Recherches anthropologiques dans le Caucase;Chapitre 7 sur 42 · XVII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XVII PRÉFACE

Jules Soury‘ décrivait, dans un ouvrage justement estimé, la civilisation de l'Asie antérieure ; Maspero® enfin, donnait une vie nouvelle, dans les pages de son Histoire ancienne des peuples de l'Orient à l'énorme quantité de matériaux épigraphiques, linguistiques et archéologiques que notre siècle avait recueillis en Égypte et dans toutes les parties de l’Asie occidentale.

La Syrie a nécessairement profité dans une large mesure de ce mouvement de découvertes et d’études, auquel l'Arabie n’a pas échappé non plus. Parmi les voyageurs que nous venons de citer, un grand nombre ont en effet visité la première de ces contrées en même temps que l’Asie-Mineure, et les érudits qui se sont occupés de l’Orient se sont arrêtés presque tous, non sans une visible prédilection, sur ce Levant si souvent parcouru. Notons, parmi les plus illustres, Buckingham,

Botta, Aucher Éloy, de Laborde et surtout le D' Robinson‘; les archéologues

de Luynes*', de Saulcy”, Ernest Renan°, G. Rey’, Schlumberger$, de Vogüé?,

J. Halévy", Conder”, Clermont-Ganneau ©; puis les naturalistes Louis Lartet' et

1 J. Soury. Études historiques sur la civilisation de l'Asie antérieure et de la Grèce. Paris, Reinwald, 4877. Hachette, 1878.

ward), docteur en théologie à New-York. — Tri

? Maspero, Histoire ancienne des peuples de l'Orient. Pari

3 Rogrnson (professor E s nombreux Mémoires sur la Palestine,

de 1838 à 1852. — Voir la Bibliographia geographica Palæestinæ, sunächst kritische Uebersicht gedruchter ig, 1861.

% De Luynes. Essai sur la Numismatique des Sutrapies et de lu Phénicie sous les rois Achéménides. 2 vol. is, Plon, 1856.

de la mer Morte

und ungedruchter Beschreibungen der Reisen im Heiligen Land, von Trrus Tosrer. Lei

in-4o, Paris, Didot, 1846. — Mémoire sur le sarcophage d'Esmumazar, roi de Sidon. In-4c SD:

et dans les terres bibliques. 2 v —È É n-fol., Pe Gide, 18ë

Rollin, 4847. — Voyage autou

. — Recherches sur la numismatique Paris, 1864 Didier, 1865. — Mémoire sur les monnai

de l'art judaïque. In-8°

édition). — Voyage

en Terre-Suinte. 2 vol. gr. in-8, Paris, datées des Séleucides.

Rothschild, 1874. — Sept siècles de

In-8, Paris, 1871. — Numismatique de la Terre-Sainte. In-4, Pa

l'Histoire Judaïque. In-8°, Paris

5 Ernest Renan. Histoire générale et système comparé des langues Sémitiques. In-8o, Paris, Imprim.

imp., 1855. — Mission de Phénicie. Avec atlas de 70 pl. Paris, Imprim. nationale, 1864-74.

7 G.Rey. Voyage dans le Haouwran etaux bords de la mer Morte, exécuté pendant les années 1857-1858. Gr. in-fol. Paris, A. Bertrand. — Les colonies franques en Syrie aux XIIe et XIIIe siècles. In-8, Paris, Picard, 1883.

8 SonLuMBErGer. Les principuutés franques du Levant. In-8o, Paris, Leroux, 1877.

9 De Vocué. Mélanges d'archéologie orientale. In-8°, Par Imprim. nationale, 4868. — Syrie centrale, , Baudry, 1868-1877.

10 J. Haévy. Mélanges d'épigraphie et d'archéologie sémitiques. In-80, Pari

Inscriptions sémitiques. 2 parties. In-4, P

“Maisonneuve et Gie, 1874, — Recherches critiques sur l'origine de la civilisation babylonienne. 1n-8°, Paris, Imprim. nationale, 4876. — Mélanges de critique et d'histoire relutifs aux peuples séinitiques. In-80, Paris, Maisonneuve et Cie, 1883.

æ exploration found. London.

u. La Pal i sur la géologie de la Palestine et des contrées av

11 Conver. Palestir

12 CLERMONT-(GAN stine inconnue. In-16. Paris

43 JL. LARTET. sinantes, telles que l'Arabie et l'Égypte.

Dans les Annales des sciences géologiques, 1869 et 1872.

PRÉFACE xx Tristram ‘, auxquels il convient de joindre notre savant ami le D’ Lortet, dont

Pimportant ouvrage, Ja Syrie d'aujourd’hui?, est le plus lumineux tableau que l’on

ait tracé jusqu'ici de la Palestine et du Liban. On peut rattacher également à ce groupe de noms chers aux amis de l'Orient : celui de M. Girard de Rüalle, qui, dès 1866, en rapporta une série de crânes syriens”; ainsi que celui du D' Hamy, qui publia quelques observations intéressantes sur la crâniologie babylonienne “.

En Arabie, enfin, comme nous l’avons dit, Burkhardt® avait brillamment continué la tâche entreprise par Niebuhr et à ces travaux fondamentaux étaient

venues s'ajouter les notions que Chedufau® et Mary, deux Français entrés au

service de Mehemet-Ali, avaient pu acquérir au cœur même de la péninsule pendant la guerre de trente ans que soutint le vice-roi contre les Arabes Wahhäbites. Jomard avait réuni dans ses Zéudes sur l'Arabie une foule d'informations pré-

cieuses. Ruppell”, Ehrenberg, Rochet d'Héricourt et surtout Haines et Hulton

avaient fixé d'autre part par leurs relèvements géodésiques le tracé de la côte occiden-

tale de la mer Rouge. Les travaux historiques de Fresnel, de Caussin de Per-

ceval° et de Lottin de Laval”, les explorations de Laborde“, de Tamisier?, de

Botta , du lieutenant anglais Wellsted!#, de Burton ©, du Français Arnaud, qui copia

1 TristraM. The

survey of Western Palestina. The fauna and flora of Palestina. In-4o, London, 4884.

? Dr Lorrer. La Syrie d'aujourd'hui. Gr. in-40, Paris, Hachette, 1883. — Causes des déformations que présentent les crânes des Syro-Pheniciens. Bull. Soc. anth, de Lyon. T. UT, p. 50. — Poissons et reptiles du lac de Tibériade. Archives du Muséum des se, nat. de Lyon. T. III, 1883.

> GIRARD DE RrALLE. Ü

ânes syriens. Dans le Bulletin de lu Société d'Anthropologie de Paris série, 1866. * D' Hamy. Documents pour servir à l’anthropologie de la Babylonie. Nouvelles Archites du Muséum de Paris. ie, t. VIT. In-49, Paris, 1884.

5 Burkuaror. Travels in Arabia. In-4o, London, 1829.

5 Dr Cuepurau. Relevé 7 RuppeL. Reisen in

du pays d'Acir. Bulletins de la Société de Géographie, t. XIX. Paris, 1842.

hen Arabien. In-8°, Frankf., 1829 et Reise in

Vubi

, Kordofan und dem Petr

Abyssinien, t. I, Frankf. 8.

$ FRESNEL. Quatre leltres sur l'histoire des Arubes avant l'Islwimisme. Gr. in-8o, ; Barrois, 1836-18: LE PERCEVAL. Essai sur l'histoire des Arabes pendant l'époque de Mahomet, jusqu'à la réduction

de toutes les tribus sous lu loi musulinane. 3 vol. in-80, Paris, Didot, 1847-1848.

? Causs

10 LoTTiN DE LAVAL.

Gide et Cie,

11 Léon pe LABor Journey through Arabia Petrea, to Mount Sinaï and excavated city of Petra, the Edom of the Prophecies. In-8°, London, Murray, 1836.

42 Tamiser. Voyage en Arabie. 2 vol. in-80, Paris, 1840.

Voyage dans la péninsule Sinaïtique et l'Égypte moderne. In-49 et atlas de 72 pl., Paris,

43 Borra. Relation d’un voyage dans le Yemen. In-80, Paris, 1841. # R. Werrsren. Travels to the city of the Califs. London, 4840. — Travels in Arabia. London, 1838. 5 R. Burton. Personal narrative of a pilgrimage to el Medinah and Meccah. 3 vol. in-8, London, 1855.

xx PRÉFACE le premier une partie des nombreuses inscriptions du Yémen, dont l'étude a été reprise, on sait avec quel succès, par un de nos compatriotes, M. J. Halévy'; de Palgrave*, d'Avril’, et enfin la publication que M. Lebon“ a consacrée, l’année dernière, aux Arabes et à leur civilisation, ont largement contribué à faire connaitre

la Péninsule, ses habitants et les grands traits de leur histoire.

Ainsi l’Asie occidentale fut peu à peu conquise à la science. Sa configuration, son ossature montagneuse, sa flore et sa faune, son histoire même, au moins sous certains aspects, se révélèrent à l’Europe. Mais tandis que les explorateurs, dont une minorité d'élite a seule pu trouver place dans le court exposé qui précède, relevaient à l’envi les mille productions curieuses de ces climats, Fhomme, dont on plaçait là le berceau, était incomplètement étudié. Même depuis l'aurore de l'anthropologie, bien peu de voyageurs ont parcouru ces contrées dans le but de recueillir les vestiges des plus antiques civilisations dont la connaissance s’impose aujourd'hui. Bien plus rares encore sont ceux qui ont rapporté de leurs pérégrinations des renseignements positifs, des mensurations anthropométriques, des

documents ethnographiques et autres sur ces populations à la fois si diverses et si

mélangées, et dont il serait si important de saisir les principaux caractères.

On pourrait à bon droit s'étonner que certains esprits, malgré cette absence presque complète de recherches méthodiques et de résultats probants, aient voulu, sur la foi des données bibliques, placer en Asie occidentale le centre de dispersion des races blanches, et, sans rien savoir de l’ethnologie du Caucase, imposer à ces races le nom général de caucasiques.

On pourrait s'étonner aussi de voir quelques archéologues décider, sur la seule

interprétation de légendes éparses et nébuleuses, que le Caucase et les régions qui

l’avoisinent au sud ont été le point de départ d’une grande partie de la civilisation I 8

néolithique et de celle du bronze tout entière.

1 J. Harévy. Rapport sur une mission archéologique dans le Yemen. In-8°, Paris, Imprim. nationale, 1872.

? PALGRAVE. Une année de voyage dans l'Arabie centrale. 2 vol. gr. 8°, 1860.

3 AD. D'Avris. L’Arabie contemporaine, avec la description du pèlerinage de la Mecque. In-8°, Paris, Muaillet, 1868.

4 Gustave Lesox. La civilisation des Arabes. Gr. in-89, P

, Firmin-Didot et Cie, 1884.

Pour l'exposition détaillée des travaux qui ont amené à son niveau actuel notre connaissance de l'Arabie à ses divers points de vue, voir l'Index dressé par M. Leson et la bibliographie de l’article AraBie du Dictionnaire de géographie universelle de M. V. pe Sair-MARTIN.

Re

PRÉFACE xx

C'est; on le voit, sur le Caucase principalement qu'ont porté ces assertions au moins aventurées. Serait-ce peut-être parce que, de tous les points de l’Asie occidentale, l’isthme ponto-caspien a été jusqu'ici le moins exploré et l’un des moins parfaitement connus ?

Le Caucase, en effet, est un pays moins ouvert que l'Asie mineure, la Syrie, PArabie, la Mésopotamie et la Perse. Tandis que ces contrées livraient peu à peu leurs secrets à leurs nombreux explorateurs, l’àpre plateau arménien et les puissants massifs qui le dominent au Nord ne s'étaient révélés que d’une façon sommaire aux lévions romaines, aux armées byzantines et aux quelques marchands génois qui,

à de lonos intervalles, avaient abordé à la côt2 pontique. Il a fallu l'entrée en scène

de la Russie et sa prodigieuse extension asiatique pour rendre à ces rudes montagnes toute leur importance et donner au monde occidental des notions à peu près exactes sur leur structure et sur leurs habitants. C’est, d’ailleurs, au gouvernement russe qu’appartint l'initiative du mouvement scientifique qui allait se poursuivre au Caucase pendant tout le dix-neuvième siècle. On ne peut guère compter au nombre des voyages utiles à la science ceux qui, antérieurement, avaient été

accomplis depuis G. Interiano par les missionnaires italiens Lamberti et Zampi,

par Jean de Luca', Olearius”, Ferrand”, Lerche, La Motraye', etc...; quoique

leurs relations, de même que celle de Chardin”, contiennent d’intéressants détails, elles ont été bientôt distancées par les études du dix-neuvième siècle et de la fin du dix-huitième.

Ce furent Gmelin° et Guldenstædt ? qui, parmi les savants désignés en 1768 par ? F Le] j'

1 Jean De Luca. Relation des Turtares, Percopites et Nogaïs, des Circassiens, Mingréliens et Géorgiens. Dans Tnevenor: Relations de divers voyages curieux qui n'ont pas été publiés. 2 vol. in-fol.,{re partie. Paris, 1664 et sq.

? OLEarius. Relation du voyage de Moscovie, Tartarie et Perse, trad. de l'allemand, Paris, 1656.

3 Dans le Recueil des Voyages du nord, t. IV, p. 516 à 534.

# La Motraye. Voyage en Europe, Asie et Afrique, t. II. 3 vol. in-fol., La Haye, 1727

Ces deux derniers èrent les régions du Kouban (rive droite) et la Kabarda. a Colt

it plus particulièrement aux provinces riveraines de la mer

5 CHARDiN. Voyage en Per.

5 Le voyage de Gmelin, quia t

pienne (sud et

sud-ouest), publié en allemand à Saint-Pétershourg (4 vol. in-4o), n'a jamais élé traduit en f

sauf les longs extraits qu'on en trouve dans l'ouvrage intitulé : Histoire des découvertes fuites par divers savants voyageurs

Berne, 1778-1781 (V. de Saint-Martin).

dans plusieurs contrées de la Ru et de la Perse, 4 vol. in-8

T DrJ.-A Gucpensrœæpt. Reisen durch Russland und im Caucasischen Gebürge, auf befehl der rus-

sisch-kaiserlichen akademie der Wissenschafften, herausgegeben von P.S. Pazras. — Reisen nach Georgien

und Imerethi. et Beschreibung des Kaukasischen Lande

, publiés par KLaproru. IN-8°, Berlin, 1815.

Cac C

xx PRÉFACE Catherine II pour étudier les différentes parties de son empire, se chargèrent de

l'exploration du Caucase. Ils ne tardèrent pas à être suivis par Engelmann, chef de

l'escorte d’une mission russe qui se rendit en Perse en 1785, puis par l'Allemand

Jacob Reineges (1790)', dont les notes réunies en désordre représentent bien OÙ |

incomplètement les recherches auxquelles s’est livré leur auteur. Pallas*, qui avait appartenu, comme Guldenstædt à la grande expédition de 1768, visita à son tour les steppes de la Russie méridionale ainsi que les hautes vallées du bassin du Kouban (1793). L’antiquaire Jean Potocki* parcourut peu de temps après les mêmes contrées. Sa relation, écrite en français, fut éditée trente ans plus tard par Klaproth", qui lui-même avait fait, en 1807-1808, un très important voyage dans la partie centrale du Caucase. Steven en 1810, Engelhard et Parrot” en 1811,

le D' Kupfer° et s

s compaenons Lenz, Meyer et Menestriès en 1829, ajoutèrent de nouveaux matériaux à la géographie de cette région. Taitbout de Marigny’ et Tauüsch faisaient connaître vers le même temps (1818) quelques parties de la

Cire

sie; Gambaf (1822) ajoutait de nouvelles observations à celles déjà recueillies sur la Colchide et la Géorgie et sur leurs habitants; Eichwald° étudiait en naturaliste et en géographe les bords de la mer Caspienne que devait

parcourir, quelques années plus tard, ainsi que les plaines du bas Volga, de

1 Dr ac. Rengaüs. Al/gemeine Historisch-topographische Beschreibung des Kuuhasus, aus dessen nach-

CHRŒDER. 2 vol. in-8°, Gotha und Samt-

gelassenen papieren gesamelt und herausgegeben von Frimo. E Petersburg, 1796-17(

? Profe

Voyages entrepris dans les gouvernements méridionaux de l'empire de Russie, traduc-

tion de MM. DELABour.A

t ToxveLier. 2 vol. in-4° et atlas, Paris, 1805.

trakhan et du Caucase, accompagné de plusieurs autres

avec une carie de la Géorgie. 2 vol. in-8s, Paris, 1823.

3 Comte Jean Porocxt. Voyage dans les steppes d’:

Kraproru. 2 vol. in-80, P

mémoires, public

# J. KLAproTH. yage au mont Caucase eten Géor

purs. In-4° avec atlas in-fol.,

— Tableaux historiqu de Cyrus jusqu'à nos, Schubart, 1826

provinces Limitr

s de l'Asie, depuis la monarchi . — Tableuw historique, géographique, ethnographique et politique du Caucase et des , entre la Russie et la Perse. { vol. in-8o, Paris, 18 Paris, Dondey-Dupré, 1827

uhasus. 2 vol. in-89, Berlin, 1815,

Par

— Vocabulaire de la langue géor-

la Société asiatique

gienne, publié pe

Ë :LHARD et ParRoT. Reise in die Krym und in dem

6 Dr Kurrrer. Rapport fait à l'Acad. imp. des sciences de Suint-Pétersbourg sur le voyage dans les environs du mont Elbrous, dans le Caucase, entrepris par ordre de S. M. l'Empereur. In-i°, Saint-Pétersbourg, 1830

7 Tarrs Bruxelles, 1821.

$ Cheval

del du Caucase, fait de 1820

Voyage en Circassie, fait en 1818. In-8.

dans la Russie mér culièrement dans les provinces siluées au à 1824. 2 vol. in-8o et atlas, Paris, 1826.

Hcuwarn. Reise auf dem Kaspischen Mere und in den Kaukasus; Periplus des Kaspischen Meeres.

dionale et pc

3 vol. in-80, Stuttardt, 1834. — Alte geographie des Kaspischen Mecres, des Kauhasus, und des sudlischen

, Berlin, {

Russ'and. li

PRÉFACE xx la Kama et du Kouban, le célèbre Hommaire de Hell !. La campagne du maréchal Paskewitch au sud du Caucase, en 1828 et 1829, contribua à l'avancement de nos connaissances positives sur l’ensemble de ce pays. Les observations qu’elle suseita furent réunies par M. Fonton°, dans un livre qui donne de plus la substance d’un certain nombre d'ouvrages russes publiés antérieurement sur les mêmes régions. Enfin Dubois de Montpéreux exécuta, en 1833, son Voyage aulour du Caucase, chez les Tcherkesses et les Abkhases, en Uolchide, en Géorgie, en Arménie et en Crimée®. Tel est le titre sous lequel il publia le plus beau livre qui ait été écrit sur le Caucase. Bien qu'il soit dépassé aujourd’hui sur quelques points, il est impossible de ne pas rendre hommage à la persévérance, à ’opiniâtreté qu'il a fallu pour mener à bien une pareille tâche. Historien, archéoogue, géologue, artiste, Dubois de Montpéreux a su fondre ensemble avec un admirable talent, tout ce qui avait été publié avant lui sur ces contrées encore peu connues. Presque toutes les idées qui ont été émises depuis sur l’ethnologie et ‘histoire ancienne du Caucase trouvent leur source dans son ouvrage. Il est vrai qu'il

a abordé à peu près tous les sujets et toujours avec la même clarté, le même style

naturel et égal rehaussé parfois par des pages empreintes d’un enthousiasme véri-

able. Mais ce qui fait le principal mérite de ce travail, c’est la place que l’auteur

r a faite à l'observation, place vraiment importante si l’on considère la pénurie des

moyens que la science avait alors à son service. Quoiqu'il se soït laissé entrainer

souvent par des identifications hasardeuses il faut avouer qu'il a produit, à l'appui

de ses hypothèses, un bien plus grand nombre de faits que n’en exigeait son époque.

1 Hommaire De Heu. Les Steppes de la mer Caspienne, le Caucase et la Russie Méridionale.3 vol. in-8° avec atlas, Paris, 1845.

? Fonron. La Russie dans l'Asie Mineure (campagne du maréchal Paskhéwitch en 1828 et en 1829). précédé d'un Tableau du Caucas ï

Gr. in-8° avec atlas in-fol., 1839 à 18 Môtiers, près Neuchâtel (Suiss iques et géologiques en Suisse, en Courlande, en Lithuanie et en Polog et enfin par une conne

Leneveu, 1840, 3 6 vol. in-8° avec atlas in-fo

Paris. Gide

Dubois de Montpéreux est né

. Préparé par sa laborieuse jeunesse, par ses

excursions archéolog:

, par de fortes études

universita ssance approfondie des antiquités scandinaves, il commença par l'Ukraine

l'exploration de la Russie mé

idionale, passa de là en Crimée

uivit de Sébastopol à Redout-Kaleh la côte orientale de la

mer Noire, puis se rendit successivement à Kouta!

Akhaltzikh, dans la vallée de Bordjom, dans le Letchkhoum, lé Tiflis par Gori et Ouplis-Tzikhe. De Tiflis il alla à Éri l’Akstafe

dans le Ratcha, revint sur ses pas pour visiter le

du Rion, Poti, le Gouriel, puis à Koutaïs d'où il se rendit à

an et visita chemin faisant les ées de la Débéda et de

ainsi que les hauteurs qui dominent la côte occidentale du lac Gok-tchaï; puis, après une série d’excursions

dans toutes les parties remarquables de la région qui s'étend entre Erivan et l’Araxe, il contourna au sud le lac

xx PRÉFACE

Dubois de Montpéreux n’a parcouru ni le Daghestan ni les basses vallées de la Koura et du Térek. Foutefois, il peut être considéré comme le dernier des explorateurs généraux du Caucase. Après lui les voyages se restreignent dans cette contrée soit à une région déterminée, soit à une branche spéciale de la science.

Déjà Sjœægren‘ avait enrichi la philologie de notes nombreuses sur les dialectes de la partie centrale de la chaîne. Brosset” jeune, par ses travaux considérables touchant le géorgien et sa littérature avait préparé les matériaux des discussions

ui ne pouvaient tarder à surgir à propos de la généalogie de cet idiome. 8 g Ê

arménien, vit Naïkchitchevan, Choucha, Elisavetpol et Tifi , qu'il quitta de nouveau pour faire une tournée rapide

en Kakhétie; puis il traversa le Caucase par le Darial, visita Vladikavkaz, Ekaterimograd, Georgiewsk, Piatigorsk et

Kislovodsk et revint à son point de départ, la Crimée. inactif; stimulé par les récompenses

De retour en Suisse, et après la publication de son voyage, Dubois ne resta pas

et les éloges qui lui arrivaient de tontes parts, il commença, avec l'appui généreux du gouvernement helvétique, la

publication de ses Antiquités neuchâteloises, dont il ne put aborder le texte. Il avait rapporté de ses pérégrinations

les germes de cette fièvre intermittente dont le Caucase est si prodigue. La mort vint mettre un terme à ses lor

travaux, seize ans après son retour, le 7 mai 1850, Un ami, cueillit, dans les innombrables documents réunis par le

défunt, vingt pages qu'il plaça à la tête des Antiquités neuchâteloises, et l'album parut. Ce fut un dernier fleuron

à sa couronne de savant; mais quelle que soit l'importance de cet ouvrage posthume, il reste pour nous bien loin

du Voyage autour du Caucase, auquel Dubois de Montpéreux a dû sa gloire la plus durable et la reconnais-

sance de tous ceux qui se sont occupés après lui de l’Isthme ponto-caspien.

1 Siügren. Ossetiche Stu

en mit besonderer Rücksicht auf die Indo-Europäischen Sprachen, Erste Lieferung. l E ÿ

Die Selbstlaute. Mém. Acad. Saint-Pétersbourg, NI, série polit. hist. phil. T. VIL, p. 571 et sq., 1847. — Jron

etisc.en Würter-

Jevs ist 05

qukhour das sche Sprachlehre, nebst Kurzem ossctisch-deutschen und deutsch 0 buche. In-%9 de 543 p., Saint-Pétersbourg, 1844. 2 Brosser Chronique géorgienne, taduction, notes et texte géorgien, publiés par la Société asiatique de

anne. Paris, 183%. — Description de la

France. In-89, Paris, Imprimerie royale, 1831. — Grammaire géorg int-Pétersbourg, 1842.— Histoire de lu Géorgie. In-4o, Saint-Péters-

Géorgie, par le tzarewitch Wackhoucht. S:

bour& 1849 -1850 et 1854 1857. — Addition et éclaircissements relatifs à l'Histoire de la Géorgie. In-4°, 1851.

— Rapport sur un voyage archéologique dans la Géorgie. In-8, avec atlas in-40, 1849-1851.— Ruines d'Ani, et XIe sù 2 vol. avec pl. et atlas, 1860-1861. — Histoire chronologique, traduite de l'arménien, In-4o, 1869.

capitale de l'Arménie sous les rois Bagratides aux

Le rôle de Brosset dans la reconstitution de l'histoire du Caucase et dans l'étude des dialectes Kartvéliens offre une

telle importance que nous ne croyons pas pouvoir nous dispenser d’accompasuer son nom d’une courte notice.

Né en 1802, à Paris, Brosset, destiné d’abord à l’état ecclésiastique, fut pendant trois ans professeur d'humanités

au Petit-Montrouge et à un autre collège de jésuites. Il abandonna bientôt la théologie pour se vouer à l'étude des

langues orientales et principalement à celle de l'arménien et du géorgien. Ses premiers travaux, encouragés par

Saint-Martin, allaient lui valoir une mission en Géorgie, lorsque survint la révolution de 1830.

N'’attendant plus aucune ressource de « r de cette sit

études spéciales, il se fit compositeur, puis correcteur dans une impri-

merie. Mais il ne tarda pas à se la

ion précaire, sollicita et obtint une chaire d'adjoint pour les

littératures géorgienne et arménienne à l'Académie impériale des sciences de Saint-Pétersbourg, où il se rendit. Une vie nouvelle l'attendait dans cette seconde patrie. Nommé successivement académicien ordinaire, inspecteur des

écoles primaires de Saint-Pétersbourg, bibliothécaire à la grande bibliothèque publique, conservateur de la collection

des monnaies orientales du palais de l’Ermitage, il continua ses belles publications, puisant à pleines mains aux

sources déjà abondantes de la science russe. Telle est en quelques mois, cette existence curieuse, l’une des plus

remarquables qui se soient consacrées au Caucase.

PRÉFACE xxY Le classement des races de l’isthme ponto-caspien d’après leurs coutumes respectives et leurs langues, déjà esquissé par Klaproth et Dubois, allait préndre

un certain degré de précision sous l'influence des observations de Bell! ét

Longworth? (1837-1839) sur les mœurs et le pays des Tcherkesses; de Koch °

et surtout de Rosen” sur la Lazie, la Colchide et lOsséthie, ainsi que sur les

différents dialecies qui y sont parlés; M. Vivien de Saint-Martin ® publiait à

cette époque ses belles recherches d’érudition touchant l’histoire géographique, les

populations primitives et les plus anciennes traditions du Caucase. Bergéf donnait Le] ;

en 1861, une remarquable étude sur les Tchetchènes el ne tardait pas à être suivi par le général Uslar”, qui complétait fort heureusement l'édifice ébauché par ses

devanciers du commencement du siècle en faisant connaître successivement les

dialectes Tchetchène, Avare, Lèke et Abkhaze. Un linguiste de mérite, M. Miller,

a commencé enfin, il y a peu de temps, une nouvelle étude de la langue ossèthe,

Dès 1870. une publication qui devait exercer une influence décisive sur

les investigations dont le Caucase était l’objet, fut entreprise par l’éminent ethno-

1 J.-S. BELL. Journal d'une résidence en Cireassie, traduit de l'anglais par Louis Vi 2 vol, in-8°, Paris, Arthus Bertrand, 1841,

2 J.-A, LoxcwortTa. À year among the Circassiuns. 2 vol. in-12. London, 1840.

Page 1