V. -- Tombeau de Fabia Salsa
Dans la nef, nos fouilles ont fait découvrir un monument fort intéressant. Il était complètement recouvert par un socle en maçonnerie d'une époque postérieure que j"ai dû faire détruire en partie pour pouvoir examiner le monument dont il s'agit *.
1. L'auteur de la passion parle d'un vestibule : in ipso vestibulo tabernacuti deiectum equo vil etm •Fi''mum] queunt armigeri sahlevare {Catalojus eodicum, p. 3bi, § 13).
i. J"ai laissé subsister toute la pirtie de droite et des amorces de l'autre cAté, afin qu'on pût reconnaître exactement h place et les dimensions du socle.
18 PUEMIÈHE PARTIE
Il se trouve vers le milieu de la nef, mais est cependant plus rapproché du bas-côté de gauche que de celui de droite. Le premier de ces bas-côtés étant un peu plus large que l'autre ', le monument est assez exactement au milieu de l'église. Il n'a pas tout à fait la même orientation ; son axe longitudinal présente par rapport à celui de l'église une légère déviation vers l'ouest.
Il se compose: i" d'un cippe; ?."• dun sarcophage en pierre; 30 de plusieurs bornes placées derrière ce sarcophage.
1° Le cippe, en pierre calcaire, a la forme d'un caisson presque demi-cylindrique, si fréquente en Afrique. Il mesure i™,46 de long, o",54 de large., o™,fio de haut, et est très bien conservé : le petit côté de droite (à l'ouest) présente seulement une cassure partielle. Le dessus est orné de cinq rangs de rosaces en relief, enfermées dans des carrés à légère saillie qui sont disposés en échiquier. Au-dessous, sur le côté long du cippe qui regarde le nord, se trouve un cartouche quadrangulaire (largeur du cadre o^j.'n, hauteur 011,50). Il est placé, non pas au milieu, mais vers l'extrémité de droite, sans doute parce que la tète était de ce côté. On y lit l'inscription suivante (hauteur moyenne des lettres om,o3)* :
FABIAE SALSE MATRI SANCT • ET • RARISSIM.E ET INCOMP A R A B I L I 5) Q.VAE VIXIT-ANN LXIII M-II-D-XXVII-H-VIIII-OB MERITA EIVS-TITVLVM F-ET-F-ET-N-AEDVCATRIcI (sic) SVEQ • CONSTABILITOS • REI (sic) 10) F E C E R •
D{is) m{anibus'l) Fabiae Sais{a)e, matri sanct{issimae) et rarissimae et incomparabili, quae vixit ann{is) LXIII, m{ensibus) II, d{iebus) XXVII, h{oris) VIIII. Ob mérita eius f{ilii) et f{iliae) et n(epotes) ^ayediicatrici suaeq{ue) constabilitos {=constabilitrici) reifccer{unt).
i. Voir plus haut, p. 13.
2. Il y a LXIII, non LXII comme je l'avais lu d'abord {Mélanges de l'École française de Rome, t. XI, 1891, p. 182): le troisième I est dans la rainure du cadre. — Cette inscription a été reproduite d'après \es Mélanges par M. Gagnât, Revue archéologique. t. XVII, (1891). p. 416, n« 99.
I/interprétalion des sigles de la première ligne est très douteuse : peut-être faut-il lire d{is) m{nnibus), avec un d redoublé, ou bien encore d{is) [mÇanibus)] m(emorlae) en supposant que le second D a été gravé par erreur pour une M'. Rien dans cette inscription n'indique que la défunte ait été chrétienne; au contraire, la mention de la fortune personnelle de la morte, fortune qu'elle a laissée à ses descendants, me semble peu compatible avec les habitudes des premiers chrétiens -.
A droite du cartouche, il y a une palme; à gauche une fleur de lis enfermée dans un carré.
Ce cippe est placé sur une dalle de pierre calcaire^ dont la parlie supérieure affleure le niveau de la mosaïque qui couvrait le sol de la nef. — Cippe et dalle reposent sur deux rangées parallèles de trois blocs quadrangulaires en pierre, enfoncés sous terre.
2° Immédiatement derrière le cippe, se trouve une cuve en pierre calcaire ^ Elle avait un couvercle très légèrcmcnl bombé.
30 Derrière la cuve, on avait placé trois bornes quadrangulaires, qui ne s'élèvent plus maintenant qu a la hauteur du couvercle, mais dont la partie supérieure a dû être rasée lors de la construction du socle ^. Une autre pierre que l'on voit à l'ouest do la tombe, le long du petit côté S semble avoir été ajoutée postérieurement, quand la mosaïque qui ornait la nef était déjà faite : elle en coupe irrégulièrement le dessin.
Sauf celte pierre, l'ensemble du monument est antérieur à la mosaïque. La partie de cette mosaïque qui confine au monument a été, en ell'et, établie par-dessus les blocs de pierre qui portent, en les débordant, le cippe et la dalle (voir la coupe, pi. III, fig. 1). Les bandes dont se compose l'ornementation de la mosaïque sont parallèles aux deux lignes de piliers de la nef et aux deux murs du nord et du sud de l'église; mais on doit observer qu'à l'est du
i. M. Gagnât mo fait remarquer qu'on trouve, quoique très rarement DD'.MM' {Dis manibus duobus) au lieu de DM" (Jullian, Bulletin épigraphique, t. IV, 1884, p. 109- 170, 178-179). S'agif-il ici d'un cas analogue? On se demanderait pourquoi il y a DDM et non DDM.M.
i. Voir à ce sujet Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, t. I, p. 131.