I. Patrr,lo()ie latine de Migno, t. XXX, p. 458 et
i. Catalogus corlicuin haijioi/raphicorum latinorutn aiitiqitiorutn saeculo x\i, qui a^servantur in Bibliothcca nationali Pariiiensi ; ediderunt hagiographi Uollandiani, t. 1 (1889), p. 341 sq. ; cf p. 334, n" 12. — Je citerai cette passion d'après une recension inodite, faite par M. l'alibé Durhesne qui a bien voulu m'.iutoriser ù m'en servir, mais j'indiquerai en même temps la page et le paragraphe de l'édit'on des Bollandistes.
3. Comptes rendus de l'Acadimie da-i inscriptions (séance du 14 mars 1890). p. 110. Cf. Bulletin critique, 1890, p. 125. La lecture de M. l'abbé Duchesne a été publiée in ertenso dans le journal Le Monde, numéro du 4 avril 1890.
chrétiens à Tipasa, cependant les persécutions avaient cessé. Les cultes payens n'étaient plus célébrés oflîciciellement; sur la colline des temples, qui dominait la ville de Tipasa et formait un cap dans la mer, les sanctuaires dos dieux et des empereurs divinisés tombaient en ruines. On n'y adorait plus qu'un dragon de bronze à tète dorée.
Un jour, les parents de Salsa l'emmenèrent à une l'été qui se célébrait en ce lieu. La jeune fille, qui y était allée malgré elle, fut prise d'indignation en voyant les sacrifices, les réjouissances impures, les danses, les contorsions fanatiques des idolâtres. Elle leur adressa des reproches : ils se moquèrent d'elle. La fête terminée, ils s'endormirent, ivres. Salsa en profita pour saisir la tète dorée du dragon et la précipiter dans la mer sans être vue de personne.
Peu de temps après, Salsa revint au sanctuaire avec l'intention de jeter dans les flots le corps même de l'idole. Elle y réussit, mais la statue de bronze fit en tombant un tel bruit que les gardiens accoururent. La populace s'empara de la jeune fille. Lapidée, percée de coups d'épées, piétinée, mise en pièces, elle fut enfin jetée à la mer, afin que son corps restât sans sépulture.
La mer reçut le corps comme dans un berceau ; elle ne l'accrocha pas aux roches, elle ne l'ensevelit pas au milieu des algues profondes, mais, le caressant doucement de ses vagues, elle le porta jusque dans le port.
Presque à ce moment, un certain Saturninus, venant de Gaule, y jetait l'a.icre par un temps calme. Mais tout à coup une tempête violente s'éleva et fit courir au vaisseau les plus grands dangers. Pendant que Saturninus dormait, il reçut en songe l'ordre de recueillir le corps de la martyre qui se trouvait sous son vaisseau, et de lui donner la sépulture : sinon il périrait. A son réveil, il crut à un rêve menteur et ne tint pas compte de cet ordre. Le lendemain et le jour suivant la tempête redoubla : les gens de l'équipage avaient perdu l'espoir de sauver le navire et ne souhaitaient plus que leur propre salut. Saturninus reçut un second, un troisième avertissements. Il se décida enfin à obéir et se jeta dans la mer. Aussitôt sa main guidée par Dieu, toucha la ceinture de la martyre : il prit dans ses bras le corps et reparut à la surface « rapportant du sein des flots cette précieuse perle du Christ ». Dès que l'air revit ce corps sacré, la mer s'apaisa, et les vents tombèrent. Saturninus et ses compagnons, rendant grâces à, Dieu, portèrent à terre le corps de Salsa qui fut enseveli dans une hum-
La basilique de sainte salsa, a TIPASA 3
ble chapelle {brevi admodum tabernaculo ad custodiam temporum propagandam colenda poiius quam cnndenda sepelitur) '.
La passion se termine par un récit qui présente de Tintérêt pour riîistoire de l'Afrique au iv" siècle '. Après avoir incendié les villes voisines, le roi maure Firmus, révolté contre TEmpirp, se présenta devant Tipasa. On combattit pendant huit jours, mais les assiégeants ne purent forcer les remparts. Firmus entra alors dans la chapelle de sainte Salsa et implora sa protection, mais ses prières furent repoussées, le pain et le vin qu'il offrit pour l'autel tombèrent à terre, les cierges qu'il aliuuia s'éteignirent. Furieux, il frappa de sa lance le tombeau de la martyre et sortit en blasphémant. Dans le vestibule même il tomba de cheval; ce jour-là et dans la nuit qui suivit, son armée fut vaincue et mise en déroute : Firmus dut lever le siège et, peu de temps après il périt, victime du son impiété.
Il y a des choses à laisser de côté dans cette passion dont le ton emphatique rebute le lecteur, mais on y trouve bien des détails intéressants. Il est assez probable que cette sainte Salsa est celle qui est nommée dans le Martyrologe hiéronymien. Le nom de Salsa, comme le fait remarquer M, l'abbé Duchesne, est très rare en Afrique : on ne le rencontre pas une seule fois dans les inscriptions'.
Quand sainte Salsa a-t-elle vécu? — 11 est probable que l'attaque de Firmus contre Tipasa suivit la prise et la destruction de Cherchel par les révoltés*, événement qui eut lieu en Sji ou 372».