‹ Recherches archéologiques sur les îles Ioniennes (volume 3)Chapitre 111 sur 136 · IV. — CÉRIGO · texte numérisé non relu

IV. — CÉRIGO

tiquées deux petites niches en hauteur , qui semblent n'avoir pu contenir que des urnes lacrimatoires , des lampes ou plutôt des vases cinéraires. Il est très remarquable que dans ces hypogées funéraires les Grecs ont pratiqué les mêmes trous cintrés qu'on trouve dans les columbaria romains. Ce sont des niches creusées régulièrement dans les murs , et qui contenaient les vases cinéraires. Il y avait encore au bas de ces mêmes m'urs des arcades plus grandes , sous lesquelles étaient les sarcophages. La différence la plus remarquable de l'hypogée de Cérigo, c'est la double tombe qui existe sous la même niche. Cette réunion de deux sarcophages , leur disposition parallèle , leur différence de grandeur et de profondeur semblent indiquer qu'ils contenaient les corps des deux époux , chefs de la famille , au lieu que ceux qui sont situés sur les côtés de la salle devaient être destinés aux enfants. Quant aux petites niches creusées au fond de la même salle vers les angles , nous n'avons pas remarqué qu'il existât un vide intérieur où le vase cinéraire dût être scellé comme dans les tombes des Romains. Ces vases , s'ils ont jamais existé , n'ont pu être placés que dans le renfoncement de la niche, et non dans l'épaisseur du roc , où nous n'aurions pas vu les traces de leur violation.

» Nous avons pénétré en rampant dans une grande quantité d'autres tombes. Une seule nous a arrêtés. Elle se trouve dans la partie la plus élevée de la montagne... Cette même montagne, taillée à pic du côté de la mer , présente beaucoup de petites ouvertures régulières, qui font présumer qu'elle est entièrement creusée par la main des hommes. Ces ouvertures appartiennent certainement aux hypogées...

» Sur les bords de la mer, on voit les restes de l'ancienne ville de Cythère. Beaucoup de tours sont encore debout , et des restes de murailles en indiquent l'enceinte. La plupart des autres édifices ont été renversés et recouverts du sable qu'un petit fleuve a accumulé là à son embouchure. Les ruines descendent des catacombes jusqu'à la mer; là aussi étaient la plupart des constructions, dont on ne découvre plus que le sommet. On assure que par un temps parfaitement calme la transparence des eaux laisse voir , à une grande profondeur, des restes de monuments antiques.

j) Nous avons ensuite grimpé sur les montagnes. La route est fatigante, au milieu dô roches blanchâtres qui reflètent les rayons du soleil. Nous avons traversé plusieurs gorges profondes et étroites , où la végétation n'est pas abondante ; on n'y trouve que des oliviers , quelques vignes , et au fond de petits champs de blé.

Nous avons suivi ensuite un joli ruisseau qui fait des cascades, et autour duquel croissent des lauriers-roses, des lentisques, des myrtes.

» On nous a montré de loin une chapelle construite sur les restes d'un monument antique.

» Nous sommes enfin arrivés au terme de notre voyage (pi. V) (1) ; mais nous n'avons vu qu'un champ cultivé, avec un petit nombre de colonnes , d'un seul morceau , rongées par le temps , sans chapiteaux , et la base sous terre , de sorte qu'il est difficile de dire Tordre d'architecture et le plan du temple. Il en est de même de plusieurs autres colonnes et de fragments informes qui ont servi à la construction d'une petite ferme située comme le monument sur la plate-forme de la montagne. Ces colonnes s'élèvent du milieu des sillons ; elles disparaîtront probablement bientôt.

» Du côté le plus escarpé de la montagne , il y a une vaste chaussée qui servait de base à l'édifice antique. On y retrouve aussi des pierres irrégulièrement situées qui peuvent en être des débris employés à réparer les brèches par où la terre végétale , si précieuse dans cette île , aurait pu se perdre. Cette considération importante préservera la chaussée d'une entière destruction.

» A cet endi'oit on a fait des fouilles ; notre conducteur nous dit qu'on avait retiré des objets curieux, et qu'on avait découvert des chambres construites en marbre ; les fouilles étaient alors remplies d'eau ; à travers cette eau nous avons cru voir les fragments d'une statue. En eôet nous avons réussi à en retirer une figure d'un beau marbre blanc, de proportions plus qu'humaines, mais très mutilée ; on ne distinguait plus que les épaules , couvertes d'une draperie ; la tête , les bras et le reste du corps manquaient. Nous l'avons laissée sur place.

r> On nous a parlé d'une autre ville ancienne , appelée aujour-

(1) Cette planche Y représente « le Temple de Vénus (= palais de Ménélas) sur la colline Aplunori. » Voici la description de cette gravure :

Petit plateau , derrière lequel on voit des montagnes plus hautes. — Sur le devant , à droite , une maison. — A gauche de la maison , le terrain descend en pente.

Sous le plateau , sur la pente , dans le sens de la longueur de la gravure , un mur d'appareil rectangulaire qui, venant d'en bas, arrive un peu au-dessus du niveau du plateau. — Derrière le mur , sur le plateau , plusieurs colonnes ou fragments de colonnes en place ; elles sont rongées , sans cannelures visibles. En avant du mur , un autre fragment de colonne et un caisson carré provenant d'un plafond.

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