‹ Recherches archéologiques sur les îles Ioniennes (volume 3)Chapitre 7 sur 136 · I. — GORFou. y · texte numérisé non relu

I. — GORFou. y

mano , savant très versé dans Thistoire des îles Ioniennes pendant le moyen âge, et à Tobligeance duquel je dois beaucoup do renseignements précieux.

§ 4. — GORFOU EST--ELLE LA SGHÉRIÉ d'HOMËRB ?

Nous n'entrerons pas dans les détails de cette question , qui ne fait point partie de notra sujet. L'identité de Corfou avec l'île dos Phéaciens a été particulièrement soutenue de notre temps par Mustoxidi (Délie cose corcir.), G. von Eckenbrecher, ArchàoL Zeit., 1845, p. 133 et suiv. , et Schliemann (dans l'ouvrage intitulé Ithaque, Troie et le Péloponèse] ; elle a été combattue surtout par Welcker, Die Homerischen Phàaken u, die Insein der Seligen {Rhein, Mus., II, p. 219-283); Kestner , Dissertatio inauguralis de Phœacibus Homeri, Gôttingen, 1839 ; Marine Metaxa, Sulla Feacia di Omcro, Corfu, 1814. La question est bien résumée dans l'article de Wostermann , Real-Encyclopàdie de Pauly , s. v. Phxaces.

Les habitants de Corcyre prétendaient que leur île était colle des Phéaciens (voyez Thuc. , i , 25, 4) , et cette opinion avait fini par être généralement reçue dans l'antiquité. Il y eut cependant des savants qui ne l'adoptèrent point , par exemple Eratosthèno (voyez Strabon, 1, 2, 37. 7, 3, 6).

Pour nous, il nous semble que la question a été en général mal posée. On peut se demander si la légende des Phéaciens, telle qu'elle est chez Homère, se rapporte à l'île de Corcyre ou à un autre pays réellement existant; mais ce qui, croyons-nous, no peut pas faire l'objet d'un doute, c'est le caractère légendaire et merveilleux de cette description , et dès lors il nous paraît absolument chimérique de vouloir y retrouver une exactitude géographique dans les détails (1). Les Phéaciens sont un peuple tout à fait extraordinaire : ils habitent loin des hommes , au bout du monde, au milieu de la mer; ils n'ont aucune relation avec les autres peuples, et sont à l'abri de toute incursion ennemie, parce que les dieux ont pour eux une amitié toute particulière {Odyss, , 6, 8. 201 et suiv.). Le palais d'Alcinotls, dont l'intérieur brille

(l) M. Schliemann remarque sérieusement qu'il ne reste plus de traces du palais d'Alcinoûs , mais il croit en avoir retrouvé l'emplacement. Il va à la source de Kpiri<r(Sa, au S.-O. de la baie de Khalikiopoulo , et marche pendant une demi-heure dans Teau pour aller voir deux grosses pierres qu'une de ces traditions populaires modernes, comme il s'en forme encore aujourd'hui à chaque instant en Grèce , lui a désignées comme étant celles oti Nausicaa lavait son linge (p. 6 et suiv.).

« comme le soleil ou la lune , » et où tout est en or, en argent, ou en cuivre , a tout à fait Tair d'un palais des Mille et une Nuits (7,84 et suiv.). La façon dont les Phéaciens naviguent a quelque chose de magique et de surnaturel : leurs vaisseaux n'ont ni timonier ni gouvernail; ce sont presque des êtres animés, qui savent où l'on veut qu'ils aillent et qui connaissent tous les pays; ils vont, enveloppés d'un brouillard, avec la rapidité de la pensée, et jamais il ne leur est arrivé malheur, quoique Poséidon soit fort irrité contre eux , parce qu'ils rapatrient tous les naufragés. C'est ainsi qu'ils ont reconduit Rhadamanthe en Eubée, et malgré la distance ils sont allés et revenus le même jour (7,36. 321 et suiv. 8, 555 et suiv.). Voilà des détails que personne ne songe à prendre à la lettre : pourquoi veut-on que la description topographique du pays ait une exactitude scientifique que n'a point le reste du récit? La situation de Schérié , loin de tout pays habité, ne convient pas du tout à Corfou. Des détails topographiques que donne Homère aucun ne se rapporte d'une façon évidente à Corfou , excepté , si l'on veut , le double port de chaque côté de la ville (6, 263). Aussi ceux qui ont cherché à retrouver sur les lieux l'emplacement de la ville homérique l'ont-ils mise aux endroits les plus divers , à Palseopoli , à Kasopo , à Palaeokastritsa , etc. Je crois que les uns et les autres ont perdu leur temps. J'admettrais volontiers que des marins d'Ionie , étant allés à Corfou , ont pu rapporter chez eux le souvenir d'une île lointaine , très riante , très fertile , peuplée d'excellents marins , et que ces contes de matelots, transformés par l'imagination populaire , ont pu devenir une légende merveilleuse; mais ce n'est que dans cette mesure que j'identifierais Corfou avec l'île des Phéaciens.

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