IV. — CÉRIGO
Nicolaï, allant en Turquie en 1551 avec Pierre d'Aramont, ambassadeur du roi Henri II à Constantinople (1) :
a Après avoir beaucoup et inutilement cherché , je rencontrai enfin un insulaire qui me montra, sur le sommet d'une haute montagne, quelques ruines qu'il disait être celles du temple , et en effet on y voyait deux hautes colonnes ioniques , sans chapiteaux, avec cinq autres carrées, entre lesquelles apparaissait la forme d'un grand portail et, tout auprès , une statue de femme vêtue à la grecque, de grandeur démesurée, et dont un provéditeur de l'île avait, quelques années auparavant, fait enlever et porter-la tête à Venise , suivant le récit de mon guide. Les insulaires affirment que cette statue représentait la belle Hélène , et c'est ce que confirme Jehan le Maire des Belges dans ses Illustrations des Gaules , en disant que Paris , après avoir ravi l'épouse de Ménélas , prit avec elle , dans l'île même de Gythère , ses premières licences. Un peu plus bas que le temple de Vénus, sur la même montagne, était situé le château de ce prince , qui était roi de Sparte et seigneur de l'île. Les vestiges de ce château sont encore fort reconnaissables dans les restes des murailles qui s'y voient, murailles bâties en pierres de taille, sans mortier ni ciment, d'une longueur et d'une grosseur démesurées. Il renfermait dans son enceinte une haute tour carrée du haut de laquelle, par un temps clair et serein, on pouvait apercevoir, non seulement la ville de Sparte, mais encore la plus grande partie du Péloponèse... De ce château on descendait dans la ville de Cythérée . qui était située du côté de l'Orient sur la pente de la montagne, où apparaissent encore quelques fragments des anciens murs, et le meilleur témoignage de son antiquité , c'est que les habitants de l'île
appellent maintenant toutes ces vieilles ruines Pateopolis
Au-dessous de ces ruines passe un petit ruisseau qui traverse un golfe pour se rendre à la mer, et sur les bords de ce golfe on voit dix-huit à vingt bains, grands et petits , taillés dans un énorme rocher avec un art merveilleux, la plupart accompagnés de canaux ou de gouttières pour conduire les eaux aussi bien que de cuves pour se baigner. J'aperçus un bain par un grand trou qui jadis servait de soupirail sur la sommité du rocher. La principale entrée était obstruée par de gros buissons et des arbrisseaux sauvages.
» J'ai oublié de dire que , dès le premier jour de notre arrivée,
(1) Je n'ai point eu entre les mains l'ouvrage môme de Nicolas de Nicolaï, mais un extrait manuscrit où l'on avait rajeuni l'orthographe de l'auteur.
l'ambassadeur ayant fait gravir par les gardes la montagne Saint- Nicolo, qui est fort haute , pierreuse et difficile à monter, j'y fus visiter deux chapelles hâties sur le sommet, et dont la plus grande est artistement pavée au-dedans et au-dehors en mosaïque avec figures de veneurs à cheval , de cerfs , de lions, d'ours, de chiens, et de divers oiseaux (1) »
Spon et Wheler parlent du port Saint-Nicolas et des « masures de la ville ancienne du roy Menelaûs... Ce que nous y vîmes de plus entier est une voûte creusée dans le roc, que les gens du pays disent avoir été les bains d'Hélène. Comme nous avions ouy parler des ruines d'un palais d'Hélène,... nous fîmes trois ou quatre milles pour y aller, etc. » Ils ne virent que deux colonnes, sans bases et sans chapiteau , qu'ils jugèrent d'ordre dorique.
Francesco Piacenza Napoletano , Egeo redivivo ossia chorografia dell'Arcipclago , Modena , 1688 (2) :
» Le temple d'Aphrodite était situé sur la presqu'île orientale de l'île ; selon Aulenotti , il n'en reste plus qu'une lourde pierre, de grandeur démesurée , taillée en pilastre (?) , et quelques morceaux triangulaires (3) de porphyre du pays , joints à trois ou quatre demi-colonnes (?), ainsi qu'un long fragment d'un pavage très ancien {un smisurato e grave sasso a modo di pilone incavato ed alcuni triangolari lavori di porfidi del proprio paese , uniti à 3 o 4 mezze colonne^ ed una lunga concatenazione d'antichissimi commessati quadrelli tenacemente assieme congiunli). — Lauremberg., ajoute-t-il, dans ses tables géographiques, mentionne un autre temple, consacré à Hélène, et situé près de Porto Delfino (= jjort San Niccolo). Selon Aulenotti , deux ou trois gros blocs de marbre de forme allongée, avec quelques inscriptions grecques rongées par le temps, qu'on voyait sur le sol à cet endroit, attestaient l'existence de ce temple. «
Dapper , Description exacte des îles de l'Archipel , Amsterdam , 1703:
Il rappelle ce que dit Spon de l'ancienne ville du roi Ménélatis, des bains d'Hélène et du palais d'Hélène , puis il continue :
(1) Depping, La Grèce (1823), dit qu'un siècle après Nicolas de Nicolaï il ne restait plus qu'une petite partie de la mosaïque.
(2) C'est un résumé que nous donnons ici, et non une citation textuelle.
(3) M. Mormori (v. p. 28, 1. 25) parle aussi de morceaux triangulaires qui, ajustés deux à deux, formaient des piliers carrés.