IV. — CÉRIGO
« Wheler estime que ces masures paroissent être les ruines d'un ancien temple plutôt que d'un palais. On l'appelle maintenant
en langue moitié Italienne et moitié Gréque Paleo-Castro
Kootwyck place plusieurs bâtiments ruinez et de grands monceaux de masures au côté Occidental de l'île , sur une montagne élevée, qui est située environ à trois lieues d'Allemagne à l'Occident du port de Saint-Nicolas. On tient que ce sont les restes de l'ancienne ville de Gythère; et c'est pour cela qu'on appelle encore cet endroit en langue Gréque Paiopolis ou plutôt Palseopolis L'on remarque aussi tout près de là de fort beaux monuments d'un ancien temple, qu'on estime avoir été consacré à la Déesse Vénus. »
Gastellan , Lettres sur la Morée et les îles de Cérigo , Hydra et Zante. Paris, 1808 (le séjour de Gastellan à Cérigo eut lieu en janvier 1797). Lettres 3-4:
a Nous avons remarqué, à peu de distance du fort (S. Niccolo) et sur le rivage , une carrière , d'où sans doute furent tirées des pierres qui ont servi à la construction de quelque ville. On distingue les places où les masses de pierre ont été détachées ; elles ont été taillées en carré avec une patience infinie et qnelques-unes devaient être d'une grande dimension. Gette carrière présente un coup d'œil régulier ; on la prendrait d'abord pour les restes d'anciens bains ou pour les sièges d'un amphithéâtre... Gette carrière semble n'avoir servi que dans des temps très reculés, à en juger par la couleur noirâtre du roc et la nature du travail, qui, à coup sur, n'a pas été exécuté par les Grecs modernes ni les Vénitiens, dont les maisons sont fabriquées avec les débris d'autres monuments...
1) Peu de moments après, nous avons fait une découverte plus importante , celle de catacombes antiques , taillées dans un roc perpendiculaire de plus de 100 pieds de haut, que les flots qui en battent le pied détruisent tous les jours. Ge roc forme l'extrémité d'une chaîne qui se prolonge à l'intérieur de l'île vers le nord. Il est situé à peu de distance du fort de Saint-Nicolas , et du côté opposé domine les ruines de l'antique ville de Gythère. Il faut faire le tour de ce roc pour arriver au sommet où sont les tombes.
» L'aspect extérieur n'a rien de curieux. Il est difficile de dire si les tombes ont été établies d'après un plan régulier, parce qu'un tremblement de terre, à ce qu'il paraît, a occasionné un affaissement qui a bouleversé le terrain. Plusieurs chambres sépulcrales de diverses grandeurs ont été fendues et séparées ; on en
distingue néanmoins les parties correspondantes. Au milieu d'une plate-forme taillée dans le roc s'élève une masse carrée et isolée , d'un seul morceau ; le haut, qui est détruit, laisse voir deux places l'une à côté de l'autre pour deux corps. Vis-à-vis de ce cénotaphe (?), une porte taillée dans le roc conduit dans une vaste salle souterraine (pi. III, flg. 2), carrée et entourée de petites chambres, que séparent des pilastres régulièrement espacés, les uns isolés, les autres formant une espèce de cloison... Le plan de cette excavation diffère tout à fait do celui des chambres sépulcrales situées au-dessus, où l'on peut arriver en gravissant à travers des monceaux de décombres qui en embarrassent l'entrée. » Celles qui sentie mieux conservées sont presque toutes semblables entre elles , aux dimensions près. En entrant , une chambre sans ornements qui semble avoir servi de vestibule ; dans la salle du fond (pi. III, fig. 1, et pi. IV) les tombes sont disposées comme il suit :
» Dans la partie qui fait face à l'entrée sont creusés , sous une arcade à plein cintre, deux sarcophages parallèles entre eux, mais dont l'un a quelques pouces de plus que l'autre en largeur et en profondeur. Sur les côtés du carré de la salle, sous des arcades semblables , on voit deux sarcophages semblables , un seulement de chaque côté. Le tout est taillé dans le roc. Il n'y avait de rapporté que les dalles qui fermaient les ouvertures et dont nous avons trouvé des débris. Ces dalles reposaient dans une rainure pratiquée à cet effet. Les proportions de ces chambres sont régulières, le style simple et sévère. Il n'y a pas d'ornements d'architecture , mais les parois intérieures semblent avoir été enduites d'une couche de mastic très dur, où l'on distingue avec peine des traces d'anciennes peintures , faites au trait en rouge et en noir. Les ornements ressemblent à ceux des 'plus anciens vases étrusques ou plutôt grecs.
» Nous avons creusé le sol et nous avons été arrêtés à deux pieds de profondeur par le roc. Ces matières amoncelées sur le sol sont formées par la fiente des troupeaux et par les cendres des arbustes aromatiques qu'on y avait brûlés. Nous y avons trouvé des ossements , qui sont sans doute des ossements de troupeaux. Probablement ces catacombes ont servi de retraite à des bergers ; et en effet , dans la plus vaste de ces chambres , il y a des restes de tout petits murs en moellons , qui n'ont pu servir qu'à la distribution de cette espèce d'habitations. A côté de ces chambres , il y en a deux autres disposées suivant le même plan, avec la seule différence que sur les côtés de l'arcade du fond sont pra-