‹ Recherches archéologiques sur les îles ioniennesChapitre 13 sur 50 · I. KRANB · texte numérisé non relu

I. KRANB

§ 6. — Si les divisions politiques rie l'île dans l'antiquité correspondaient aux divisions naturelles , le territoire de Krané devait comprendre tout le versant occidental de la grande chaîne , depuis l'isthme de *Aytà Kuptax^ jusqu'à Kateleo.

Ruines de la forteresse de Kran,é.

Ces ruines se trouvent au S.-E. d'Argostoli , tout au fond de baie. Elles occupent le sommet de plusieurs collines rocheuses situées entre la vallée de Razata (au N.-E.) et celle de Ki-ania (au S.-O.) et formant une espèce d'amphithéâtre, lequel s'ouvre sur la lagune de Kotavos par un ravin étroit et escarpé, que j'appellerai D.

1« Le côté le plus fortifié de l'enceinte est le côté N.-E. , qui donne sur la vallée de Razata. C'était en effet de ce côté que les habitants de Krané avaient le plus à redouter une attaque ennemie ; car les défilés qui sont au delà de la vallée de Razata sont la route par où l'on arrive de Samos à Argostoli.

Du haut d'une colline située à l'E. de la lagune de Kotavos et qui est le point le plus élevé de toute l'enceinte (colline A) , un mur hellénique descend , du N.-O. au S.-E., jusqu'à une espèce de ravin (0), où se trouve une entrée de la ville; voici la disposition de cette entrée :

Un peu en arrière sur la ligne des murs , on voit la place de deux portes, séparées par un massif de construction; en avant de ces deux portes , du côté de Razata , s'étend un espace rectangulaire , lequel était protégé à droite et à gauche par deux autres massifs de construction quadrangulaires, s'avançant hors de la ligne des murs ; aujourd'hui l'un est ruiné en partie , l'autre est entièrement reconnaissable.

Au delà du ravin le mur d'enceinte remonte le long de la crête de la colline, fait un angle vers le S., et on peut le suivre jusque près d'un sommet rocheux qui forme l'extrémité S.-E. de toute cette chaîne de collines (B).

Ce mur, A 0 B, est flanqué sur toute son étendue d'une série de tours rectangulaires, éloignées d'environ 40 pas l'une de l'autre et faisant saillie du côté de la vallée de Razata. Le mur luimême a environ cinq pas d'épaisseur ; il est revêtu sur ses deux faces de très beaux blocs de pierre, taillés avec soiu et ajustés sans

ciment ; l'intérieur est formé de pierres plus petites, non taillées, empilées les unes sur les autres. Du reste le système de construction n'est pas le même dans toutes les parties du mur : le mur O B se compose d'assises régulières de grands blocs rectangulaires (I), tous également hauts dans une même assise , sans que toutes les assises soient de hauteur égale ; mais , dans la partie de 0 B qui est voisine du ravin O , la forme des blocs qui composent le mur devient de plus en plus irrégulière ; les massifs de construction situés des deux côtés de la porte sont faits de blocs presque tous irréguliers (2) , et , de l'autre côté de la porte , en allant vers A , tout le mur, je crois, est fait de blocs polygonaux. Il semble donc que la portion de mur qui est vers le sommet B a été reconstruite à une époque plus récente.

Le mur 0 A traverse , assez loin de 0, un petit creux planté d'oliviers qui s'appelle encore aujourd'hui àyopa.

2° La partie S.-E. de l'enceinte , qu'on retrouve à quelque distance à l'ouest de B, en suivant toujours la crête de la chaîne de collines , est formée par un mur composé de blocs moins grands que ceux du mur A O B , tout à fait irréguliers , et dont la plus grande partie ne semblent même pas avoir été taillés.

Ce mur va du N.-E. au S.-O. ; puis, à un point que j'appellerai C, au milieu d'un plateau dont l'extrémité S.-O. domine la vallée de Krania, il tourne à angle droit vers le N.-O. et suit une direction à peu près parallèle à 0 A, du S.-E. au N.-O. (3).

De distance en distance on aperçoit des blocs polygonaux marquant la direction du mur. Bientôt il descend , en suivant le versant N.-E. d'une colline dont le versant S.-O. donne sur la vallée de Krania, et on en peut reconnaître les traces jusque dans le ravin D. A quelque distance au-dessus de ce ravin j'ai remarqué une portion de mur qui est très bien conservée : ce sont de très grands blocs polygonaux , dont quelques-uns portent la marque de l'instrument tranchant avec lequel ils ont été taillés ; j'ai mesuré un bloc qui avait plus de 3™ de long, plus de 2™ de haut.

Du côté du N.-O. (A D), il ne reste, paraît-il, aucune trace du mur qui devait compléter l'enceinte en réunissant A à D.

(1) L'un des plus petits a 1"35 de longueur, O^ôS d épaisseur, Uû peu plus de l™ de hauteur ; un autre, 2">55 de longueur, O'^lb d'épaisseur, l^SO de hauteur.

(2) Quelques-uns de ces blocs sont énormes ; il y en a un qui a près de S^ôO de long ; un autre, qui n'est pas dégagé dans toute sa longueur, a près de S^SO de long pour la partie qu'on peut mesurer.

(3) Au point C j'ai cru voir les traces d'une tour avançant du côte du S.-O.

Au S.-O, du ravin D, au bord de la lagune et en dehors de l'enceinte ABCD , est une petite colline (E) , moins élevée que les collines occupées par cette enceinte , et qui s'appelle aujourd'hui th Kaorpo OU to KaaréXXt (l'ensemble des ruines se nomme to Ila- XatoxaffTpo . comme toutes les ruines de forteresses) (1). On y voit un mur qui suit le haut de la pente parallèlement au fond de la baie et qui descend ensuite dans la vallée de Krania; ce mur est fait de blocs également polygonaux, mais dont les dimensions sont très ordinaires. Sur la même colline E on rencontre aussi des murs faits à la chaux, de l'époque romaine (2). 11 semble donc que cette colline en particulier a servi de citadelle sous les Romains.

Sur le versant S.-O. de la même colline E, lequel tombe dans la vallée de Krania , on trouve les restes d'un petit escalier à pente très douce , creusé dans le roc, et descendant vers la vallée. Plus loin vers le S.-E. , toujours sur le même versant, on voit divers endroits où le rocher a été taillé de main d'homme, peut-être poui* servir de mur naturel à des maisons. Tout en bas de la pente , au N.-O. d'une cabane de paysan , on a découvert , en creusant , de très grands blocs de tuf rectangulaires, joints sans ciment, qui formaient sans doute les fondements de quelque construction.

Sur le même versant encore, à différentes hauteurs et en différents endroits , et aussi tout en bas de la pente , on rencontre les restes de plusieurs murs polygonaux , courant tous dans une direction horizontale le long de la colline.

L'enceinte ABCD semble avoir été surtout une enceinte fortifiée, pouvant servir de refuge aux hommes et aux bestiaux en cas de guerre. La ville proprement dite était peut-être sur le plateau que le mur G D laisse au S.-O. et sur le versant qui descend vers la vallée de Krania.

Voilà ce que j'ai pu observer par moi-même. Ces ruines ont du reste été décrites par beaucoup de voyageurs ; pour compléter mes observations personnelles , je vais donner ici un résumé de ces différentes descriptions.

Goodisson (3) : » A deux milles environ d'Argostoli , ruines de

(1) Suivant le lexique de M. Tsitselis , l'emplacement de l'enceinte fortifiée de Krané s'appellerait aujourd'hui KoxxiXia.

(2) Dans l'un de ces murs on remarque une grande cavité ; mon guide me dit qu'il y avait là autrefois le tombeau d'un roi et d'une reine , et qu'on y avait trouvé une inscri()tion , un collier et divers autres objets précieux.

(3) Par le signe » « j'indique que je ne fais pas une citation textuelle , msus un résumé.

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