RECHERCHES SUR LES CADAVRES
Au point où nous en sommes arrivé de notre étude, nous avons, après avoir exposé les caractères différentiels du microbe de Gaft'ky et du « bacterium coli », montré que ces différences, si prononcées qu'elles soient, n'autorisent pas à faire deux espèces absolument distinctes de ces micro-parasites : on peut, par certains artifices, supprimer les caractères les plus distinctifs de ces deux bactéries.
Mais il nous reste à envisager une autre face de la question qui nous occupe. Le microbe de Gaffky, professe-t-on généralement, ne se retrouve que dans la fièvre typhoïde; non seulement sa présence est constante dans cette maladie, mais il n'existe aucune autre affection où l'on retrouve dans les organes des microbes présentant les différents caractères du bacille de Gafï'ky.
Nous avons voulu nous assurer de la réalité objective de ces affirmations, et voici les questions que nous nous sommes posées :
1° Le bacille de Gaffky existe-t-il toujours chez les typhiques ? D'autres bacilles ne se trouvent-ils pas dans les organes ? Quelles sont les affinités de ces derniers avec le bacille typhique ?
2° Le bacille de Gaffky ne se rencontre-t-il pas dans des affections qu'il est impossible de considérer comme devant rentrer dans le cadre de la fièvre typhoïde?
sua L.\ FIÈVRE TYI'llÛÏnK.
.-I. Phemiéue question. — Le microbe de Gaffkij ne relrouve-t-il chez- tous les Ujphiques ? D'autres bacilles, plus ou moins voisins, ne se rencontrenl-ils pas dans les orijanes '! Quelles sont les alfinités de ces bacilles avec le ynicro-oryanisme décrit par Galfky '/
Les grands travaux classiques (Gaffky (1), ChanUimesse et Widal (2)), qui ont fondé la spécificité du microbe considéré encore généralement comme l'agent typhique, ont attribué la plus grande importance, comme critérium principal, aux caractères de la culture sur pommes de terre de l'agent parasitaire. C'est beaucoup plus tard qu'il fut établi que ce signe distinctif était très relatif et d'une valeur bien moins considérable que d'autres caractères, en tête desquels se placent les propriétés fermentatives.
// faut bien dire que, jusqu'à présent, on a peu soumis aux diverses épreuves de cultures que l'on est maintenant en droit d'exiger quand on parle soit de microbes de Galfky, soit de bacilles cô'iens, les différents micro-organismes présents dans les organes des typliiques. Aussi nous a-t-il paru du plus haut intérêt de vérifier comment se comporteraient ces microbes dans des ensemencements sur les milieux les plus variés, notamment les milieux sucrés.
11 nous semblait d'autant plus nécessaire de pratiquer ces recherches que, dans ces derniers temps, il a été reconnu (Macé, Rodet et Roux, etc.) que bien souvent, à côté du bacille-type de Gaffky, on trouve chez les typhiques des microbes que l'on doit rattacher au « bacterium coli commune ».
Nous n'avons pu, malheureusement, étudier que quatre cadavres typhiques (ce sont les seuls qui se soient présentés pendant tout le courant d'une année dans notre service d'autopsies), mais les résultats de nos cultures sont assez intéressants pour trouver leur place ici.
Observation I. — Femme, 24 ans. Diagnostic clinique : fièvre typhoïde typiqae.
Diagiiostic anatomique [aalopsie, dix-sept heures après la mort, temps froid, corps très bien conservé). — Lésions ulcéreuses des
(1) Gaffky. Znr Aetiologie des Abdominaliyphus.{!Hiuheilungen aus dern KaiserUchen Cesundheilsamie. Berlin, 188i.)
(2) Chantemësse et Widal. Recherches sur le bacille typhique. {Archives de physioloijie, t. IX, 1887.)
plaques de Peyer, dans toute l'étendue de l'iléon, ulcères en grande partie détergés, laissant voir la tunique musculeuse.
Petits ulcères tblliculeux du côlon ascendant.
Tuméfaction considérable des ganglions mésentériques et de la rate (celle-ci mesure 16-9-4).
Tuméfaction trouble du foie et des reins.
Organes cultivés sur plaques de gélaline aicaliiiisée . .
■léMIlItlltM.
Rate. - La plaque originale montre des colonies assez serrées, la plupart enfouies clans la i)rofondeur de la gelée, globuleuses, jaunâtres, circulaires ; les autres sont étalées à la surface, excessivement mjnces, pelliculaires, k bords serpigineux (au microscope aspect d'une merde glace) = colonies A.
Mais on voit aussi des colonies superficielles plus épaisses, moins étalées, opaques, presque complètement circulaires = colonies B et C, et, entre ces deux aspects de colonies, existent beaucoup de formes de transition de l'une à l'autre. De plus, on reconnaît quelques colonies profondes, jaunâtres, produisant autour d'elles la liquéfaction de la gélatine =■ colonies D.
Foie. — Les plaques fournissent les mêmes colonies, y compris les colonies liquéfiantes D.
Ganglion mésenlénque. — Ici, il n'y a pas de colonies liquéfiantes, ni de colonies étalées opaques; on voit seulement de fins dépôts pelliculaires, ayant l'aspect d'une mer de glace au microscope = colonies M, et de petits disques jaunâtres, enfouis dans la profondeur = colonies M'.
i<:iu(lc des coloniet*.
Colonies A. — Tubes droits de gélatine. — Après cinq jours, la culture présente l'aspect typique de la variété transparente du microbe de Gaffky, y compris la couleur brunâtre très nette de la pointe d'enfoncement. Au microscope, bacilles, les uns très petits, les autres de 3 à 4 grêles, les autres en filaments, bacilles ne prenant pas le Gram, assez mobiles.
Pommes de terre à 18°-2t0''. - Les cultures montrent l'aspect humide, glacé du bacille-type de Gaft'ky; au microscope, nombreux bacilles.
Lait à 57°. — Pas de coagulation du liquide après cinq semaines.
Bouillon alcalin peptonisé SY». — Pas de réaction de l'indol.
Bouillon phéniqué à 43". — Développement assez abondant.
Gélatine au moût de bière. — Développement très restreint.
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SVl\ LA KlKVnE TYI'HOÏOE.
Colonies B. — Gélatine tubes droits. — Les cultures présentent un dépôt plus épais, presque opaque, moins étalé que les précédentes, coloration brunâtre du trait; au microscope; bacilles plus épais et plus courts, cependant très mobiles, décolorés par Gram.
Pommes de teire à ISo-SO". Après trois jours, on distingue, le long du trait d'ensemencement, un dépôt bien visible, jaune brunûtre, saillant, mais peu étalé; les jours suivants, il s'est peu étendu en surface = bacilles mobiles, plus longs que sur gélatine.
Lait à 37°. — Pas de coagulation, même après cinq semaines.
Bouillon alcalin peptonisé. — Pas d'indol.
Bouillon phéniqué à 42°. — Développement abondant.
Gélatine rnaltosée. — Dépôt très peu considérable.
Colonies C. — Mêmes caractères.
Colonies D. — Tubes droits de gélatine. — La gélatine s'est liquéfiée, sous la forme d'une dépression en entonnoir, avec un fort dépôt blanchâtre : au microscope, on voit des coccus ayant les dimensions et le groupement des staphylocoques.
Ces cultures appartiennent vraisemblablement au « staphylococcus pyogenes albus ».
Colonies M et M . — Mêmes caractères que les colonies A.
Cette première observation de cadavre typhique nous montre la présence au sein des organes, et en grande abondance, d'un bacille ayant les propriétés principales (fonctions zymotiques très réduites, réaction négative de l'indol), du bacille de Gaffky. A côté de ces bacilles, se trouvaient des micro-organismes de la suppuration (1) : on sait que leur présence a été assez souvent notée chez les typhiques.
Mais déjà dans cette observation, nous remarquons quelques différences, à propos de l'aspect des colonies du microbe de Gaffky : quelques colonies avaient l'aspect typique de la variété transparente, et celles-ci, sur pommes de terre, ont montré la « glaçure >î classique; d'autres colonies étaient plus épaisses, de la variété dite « opaque » et sur pommes de terre; au lieu d'une couche humide, on voyait un dépôt très net, quoique restreint; ces colonies doivent cependant être rattachées au bacille de
(1) Vincent {Recherches baciériologiqués sur l'infection mixte par le bacille typhique et le streptocoque, d'après le Mercredi médical, n" 46, 1891) a trouvé cinq fois des streptocoques pyogènes sur seize autopsies de lyphoïdiques.
RECIlEnCHES BACTÉRIOLOGIQUES
Gaffky : elles ne coagulaient pas le lait, ne donnaient pas d'indol, etc.
Ce sont là des « variétés » du bacille de Gaffky, telles que Babes (1) en a observé.
Observation II. — Femme, 25 ans. Diagnostic clinique : fièvre typhoïde.
Diagnostic anatomiqiie (autopsie, vingt-quatre heures après la mort, corps en bon état de conservation). — Les plaques de Peyer sont le siège, dans toute l'étendue de l'iléon, de processus Ulcéreux très considérables : les ulcérations sont comblées par des matières nécrosées jaunâtres, en voie d'élimination; follicules clos saillants, tuméfiés; exulcérations des follicules du côlon.
Tuméfaction considérable des ganglions mésentériques et de la rate : celle-ci pèse 37S grammes et mesure I8-8V2-4V2; parenchyme mou, friable, rouge foncé.
Reins et foie : tuméfaction trouble très nette.
Organes cultivés sur plaques i Raie.
(legélaliae ( Ganglion mésentérique.
Les cultures ont fourni, exclusivement, des colonies dont tous les principaux caractères étaient ceux des bacilles de Gaffky.
Observation IIL — Petite fille de 15 ans, autopsiée dix-neuf heures après la mort; pas de signes extérieurs de putréfaction.
Diagnostic clinique. — Fièvre typhoïde typique.
Diagnostic anatomique. — Les plaques de Peyer sont le siège d'une tuméfaction considérable : aspect dit « gaufré »; exulcérées au niveau de leurs follicules; par -ci par -là petits ulcères peu profonds, siégeant au niveau de ces plaques, ne mettant pas à nu la couche musculaire; follicules clos tuméfiés.
Ganglions mésentériques très hypertrophiés: rate : ll-Si/r^i flasque, molle (ces dimensions sont assez considérables, eu égard à la taille du cadavre).
Légère tuméfaction trouble des reins.
Organes cultivés sur plaques l Foie.
de gélatine / Rate,
H) Babes. Ueber Varietàten des Typhusbacillen. [Zeitschr /tir Hygiène, 1890.)
SUR LA FIÏIVRE TYIMIOÏHK.
ikcMultuta.
Foie. — Après trois jours, il s'est développé une centaine de colonies, toutes de môme aspect. — Colonies A.
Rate. — On observe deux sortes de colonies : les unes et les autres déterminent la liquéfaction de la gélatine, mais d'un côté c'est un long bacille, de l'autre un coccus, que l'on trouve au microscope. — Colonies B et C.
Étude des colonies.
Colonies A . — Tubes droits de gélatine. — Dépôt assez largement étalé, un peu sinueux sur les bords, blanchûtre, presque opaque ; coloration brune du trait; pas de liquéfaction. — Bacilles assez courts, mobiles.
Pommes de terre à 18°. — Après trois jours, dépôt abondant, luisant, jaunâtre.
Lait. — Coagulum ferme, vacuolé; liquide clair surnageant, fortement acide (après trois jours à 37°).
Bouillon alcalin peptonisé. — Réaction rose de l'indol. Gélatine maltosée. — Dépôt abondant. '
Toutes les colonies A ont fourni les mêmes caractères; ^«5 une seule m .s'est comportée comme le bacille de Gaffky.
Cultures B. — Longs bacilles liquéfiant assez rapidement la gélatine.
Cultures C. — Ces cultures ont été reconnues comme appartenant au a Staphylococcus pyogenes albus ».
En résumé, cette troisième observation de fièvre typhoïde, bien caractérisée cliniquement et anatomiquement, nous montre, non plus la présence d'un bacille ayant les caractères du microbe de Gaff'ky, mais celle de micro-organismes appartenant surtout à l'espèce « bacterium coli » d'Esclierich ; à côté de cette bactérie se trouvaient d'autres micro-parasites, dont un certain nombre constitués par des microbes pyogenes. La présence de ces derniers a été signalée souvent au cours des complications de la fièvre typhoïde.
Nous ferons remarquer que cette troisième observation se rapporte à un cas de fièvre typhoïde à lésions analomiques beaucoup moins prononcées que les précédentes.
Obseuvation IV. — Femme, 23 ans. Diagnostic clinique : Fièvre typhoïde avec complications pneumoniques.
Diagnostic amlomique (autopsie vingt-quatre heures après la mort; pas désignes extérieurs de putréfaction).
Les plaques de Peyer sont tuméfiées, injectées, rougeâtres; par-ci par-là exulcérations au niveau des follicules de ces plaques; tuméfaction légère des follicules clos. En amont de la valvule iléo-C£ecale, on trouve un ulcère arrondi, ayant les dimensions d'une pièce d'un franc, siégeant au niveau d'une plaque de Peyer; cette ulcération est creusée comme à l'emporte-pièce; elle n'intéresse qu'une partie de la plaque; celle-ci, dans le restant de son étendue, est fortement tuméfiée. — Hypertrophie des follicules du côlon.
Ganglions mésentériques très développés. Rate très hypertrophiée, mesurant 17 — 9 — i V!2> pesant 385 grammes; parenchyme mou, lie-de-vin.
Petits foyers disséminés de pneumonie lobulaire.
Cnliure.s fuUes : Uate sur plaqua de ijélaCiiie.
Les plaques de culture ont fourni une seule espèce microbienne: colonies de 2 à 3 millimètres de diamètre (après quatre jours de développement ', étalées à la surface de la plaque, k bords découpés, assez épaisses, présentant un ombilic très saillant; colonies profondes, globuleuses, jaunâtres.
Ces colonies, tant superficielles que profondes, ont fourni les mêmes caractères de culture sur les différents milieux.
Tubes droits de gélatine. — Dépôt très étalé, presque translucide, à bords serpigineux, couleur brune de la pointe d'enfoncement. C'est un bacille grêle, assez mobile, décoloré par le Gram.
Pommes de terre à 18". — Après quatre jours, aspect humide, glacé, de toute la tranche, à peine une très légère saillie jaunâtre le long du trait. Les jours suivants, cet aspect s'est maintenu, le dépôt est devenu seulement un peu plus visible, mais nullement comparable à la purée abondante du colibacille.
Bouillon alcalin. — Réaction rose de l'indol.
Lait à o7». - Coagulum abondant, vacuolé; liquide clair, acide, surnageant (expérience répétée plusieurs fois avec le même résultat). Gélatine-malt. — Dépôt assez développé.
Cette quatrième observation de lièvre typhoïde nous fournit des résultats très importants : elle nous montre laprésence exclusive dans la rate d'un typliique d'un bacille qui, au temps oîi le critérium principal de ces cultures était l'ensemencement sur pommes de terre, eût certes été caractérisé comme bacille de Gaflky. Mais, par ses propriétés, zymotiques, — qui sont considérées aujourd'hui
SUR LA FIKYRK TYI'IIOÏDK.
comme les plus imporlautes, — ce microbe doit être rallaché au <( biicterium coli » d'Eschericli.
Nous ferons remarquer, ù propos de cette observation, cQinme pour la précédente, qu'elle se rapporte à un cas de fu^vre typhoïde à lésions relativement peu développées, quoique bien nettes.
En résumé, de l'étude bactériologique des quatre cas de fièvre typhoïde, bien caractérisés cliniquement et anatomo-pathologiquement, que nous avons pu faire, nous arrivons aux résultats suivants :
Dans deux cas, nous avons trouvé des bacilles présentant la plupart des caractères distinctifs du bacille de Gatfky (observations I et II).
Un troisième cas nous a fourni des cultures d'un microbe qu'il faut rattacher, non plus au micro-organisme de Gafîky, mais au « bacterium-coli » d'Escherich. Cet agent parasitaire existait dans les organes, à côté de microbes pyogènes.
Enfin, une quatrième observation a donné le « bacillus coli » à l'exclusion de tout autre microbe.
Ajoutons que les colonies ont été caractérisées, non plus seu' lement par les cultures en gélatine et sur pommes de terre dont se servait exclusivement GafFky, mais par les signes, beaucoup plus importants, fournis par les ensemencements en milieux sucrés (lait, gélatine maliosée) et en bouillons (réaction de l'indol).
Il est également très important de constater que les deux autopsies qui nous ont montré nettement le bacille de Gaffky étaient celles de malades en pleine fièvre typhoïde, avec des lésions ulcéreuses étendues et considérables du tube digestif.
Les deux autres observations ù bacilles du côlon se rapportaient à des cas de fièvre typhoïde bien caractérisés, mais à lésions beaucoup moins avancées et moins considérables.
B. Deuxième question. — Le bacille de GajJ'ky ne se rencontrc-t-il pas dans des affections qu'il est impossible de considérer comme devant rentrer dans le cadre de la fièvre lyphoïde ?
Comme on le verra plus loin à propos de l'historique du bacille de Gaffky, le savant élève de Koch a affirmé que le microbe
RKCHEHCHES nACn'CUIOLOGIQUES
décrit par lui chez les lyphoïdiques ne se retrouvait pas dans d'autres affections. Seulement, il ne s'agit que de la recherche des bacilles dans les coupes: Gaffky ne mentionne pas avoir pratiqué des cultures de cadavres non typhiques.
Il ne semble donc pas que l'on ait recherché, aussi systématiquement qu'il l'aurait fallu, s'il est bien vrai que des microbes plus ou moins semblables au bacille de Gafï'ky ne se rencontrent pas dans des affections différentes de la fièvre typhoïde, et, éventuellement, (|uels sont les caractères de ces organismes?
Il importe de tenir compte, d'ailleurs, de ce fait, qu'aux débuts des travaux entrepris sur le bacille typhique (Gaffky, Chantemesse et Widal, etc.), on fondait le diagnostic principalement d'après le critérium de la culture sur pommes de terre; les signes tirés des propriétés zymotiques n'entraient pas alors en ligne de compte; or, on sait aujourd'hui que ces caractères sont les plus importants.
Il était donc du plus haut intérêt d'entreprendre la recherche méthodique des microbes que l'on peut rencontrer dans les cadavres les plus divers, placés naturellement dans les conditions des corps qui ont servi à Gaffky, Chantemesse et Widal, etc., pour la démonstration de la spécificité de leur bacille.
II est étrange que ce genre de recherches ait peu sollicité, jusqu'aujourd'hui, l'attention des bactériologistes (1). Nous n'avons guère trouvé, dans la littérature, qu'un travail d'un élève de Baumgarten (2), Max Beck; mais ses cultures ont été faites sur des cadavres soumis aux injections d'acide phénique pour leur conservation dans les salles d'anatomie.
Nous avons soumis aux recherches bactériologiques les organes d'un assez grand nombre de personnes ayant succombé aux affections les plus diverses, prises au hasard dans un service d'autopsies. L'examen jwst morlem de ces corps se faisait, en général, à un moment relativement rapproché de la mort, c'est-à-dire de
(\) Pendant le conrs de ce travail, a paru un remarquable mémoire de WUrtz el Hcrman sur ce sujet [De la présence fréqaeme du i bacierium coli commune » dans les cadavres. Archives de médecine expérimentale, novembre 1891). Ces auteurs ont trouvé seize fois sur Irentre-deux cadavres le coli-bacille dans les organes. Seulement ce coli-bacille n'a pas été différencié par les propriétés les plus importantes, celles de fermentation des milieux sucrés; Wllrlz et tierman n'ont utilisé, pour le diagnostic, que la gélatine et la pomme de terre, de sorte qu'il est impossible d'être fixé sur la nature exacte des microbes qu'ils ont trouvés.
(2) M. Beck. Die Fàulnissbaclerim dèr menschlichen Leiche. Arbeiten auf dem Gebiele der pailiolog, Anat. von Baumgarten, Bd. I, iS9i, S. 153.
sua LA FIÈVIIE TYPHOÏDE,
dix-sept ou dix-huit heures vin^l-quatre heures après celle-ci. Ce sont là les conditions dans lesquelles le bactériologiste se trouve habituellement placé pour ses recherches; ce sont aussi celles de la plupart des travaux entrepris sur les microbes pathogènes du corps de rhomme. Ajoutons que notre étude a été faite pendant la saison froide, à une époque où les processus de putréfaction cadavérique sont réduits à leur minimum.
Technique. — Les organes étudiés ont été la rate, le foie, les ganglions mésentériques, le transsudat péritonéal, le sang d'une veine mésentérique.
Pour prélever la substance destinée aux cultures dans l'organe à examiner, nous plongions un fil de platine rigide, stérilisé, dans la masse, après avoir pratiqué des sections successivement perpendiculaires avec un couteau porté au rouge. On prenait, dans chaque organe, des fragments du volume d'une grosse tête d'épingle.
Les cultures étaient instituées de la façon suivante : un fragment d'organe (ou une « œsel » quand il s'agissait de sang ou de transsudat) était ensemencé dans un tubede gélatine nutritive alcalinisée; celle-ci était liquéfiée à douce chaleur, et, au moyen de ce tube dit « original », on obtenait une ou deux dilutions dans d'autres tubes de gelée; et chaque tube était déversé sur plaque.
Parfois, nous avons fait des cultures anaérobies en tubes de Roux.
De plus, et régulièrement, on pratiquait des ensemencements en bouillons phéniqués (trois gouttes d'acide phénique à 5 % pour 10 c. c. de bouillon) mis à l'étuve à 42»; si, après dix-huit heures, un trouble s'était produit, on ensemençait une seconde série de tubes, et de celle-ci une troisième.
Toutes ces cultures en bouillons phéniqués ont l'avantage d'éliminer un grand nombre de microbes autres que le « bacterium coli » ou le bacille de Gafrky(l). Pour isoler ces derniers, on pratiquait ultérieurement des cultures sur plaques de gélatine.
(I) Ce court passage en bouillons phéniqués n'est pas sulTisant pour provoquer les modificalions notables du « bacterium coli » que l'on observe par un plus long séjour dans ce milieu. Après trois passages en bouillons phéniqués, de dix-huil heures en dixhuit heures, le mv robe d'Eschi-rich peut encnre dire carnclérUé cnm'iie tel, bien que quelques changements se manifestent déjà dans ses propriétés de culture.
RECHERCHES RACTÉRIOLOGIQUES
Observation f. — Homme, 60 ans, autopsië dix-huit heures après hi mort; corps fort bien conservé.
Diagnostic clinique : Fracture compliquée de l'avant-bras ; (malade pendant dix jours).
Diagnostic analomiqiie : Fracture compliquée de l'avant-bras ; fractures du bassin, grandes ecchymoses sous-péritonéales.
OEdème pulmonaire.
(Liquide du péritoine (cavilé). ' Veine méneutérique . .
t^ullures. ■ ('"'xjlion méHeniéritiite .
I foie I Plaques de gélatine aérobies.
\ liate \ Bouillons phéniqués à 4!2o.
Plaques (le gélatine aérobies et aiiaérobies. Bouillons phéniqués à •'i2'».
Réisiiltnts.
Toutes les cultures du liquide de la cavité abdominale, de la veine et du ganglion mcsenlériques sont restées stériles.
Foie. — Après trois jours, la plaque originale montre environ quatre cents colonies, assez bien séparées l'une de l'autre, la plupart enfouies dans la gelée, d'un blanc jaunûtre, toutes les mêmes : disques à bords nets, sans structure bien visible; puis, environ vingt colonies étalées à la surface, très minces, pelliculaires, serpigineuses,un peu Ijleuâlres; au microscope, aspect tyi)ique d'une mer de glace.
Ces colonies étalées sont formées par un petit bacille grêle de 3 à 4 [i. de long, fort mobile dans le champ du microscope. Il se décolore par le Gram.
Rate. — Les plaques de culture ont absolument le même aspect; les colonies sont aussi nombreuses de part et d'autre.
Les bouillons phéniqués du foie et de la rate se sont troublés à 42°; après trois passages successifs de dix-huit heures en dix-huit heures, on a obtenu, sur plaques de gélatine, les mêmes colonies que les précédentes.
Carnctères des colonies étalées.
Tubes de gélatine ordinaire en piqûre. — Après cinq jours, à 18", dépôt très mince, grisâtre, translucide, atteignant presque les parois du tube, à bords sinueux; trait de piqûre en dents de scie; coloration jaune brunâtre de la gélatine.
Pas de liquéfaction de la gélatine même après deux mois.
Pommes de terre en tubes de Roux à ISo-SO". — Après trois jours, très
SLU LA 1-lÈVIlE TYPHOÏDE.
Iciîcr doiwl jaunâtre le lonç; du Irait; aprc^s six jours, un pou plus épais et plus lar^e; mais le dévelojjpenient n'a pas atteint toute la tranciie.
Lait à 570. — Ces colonies n'ont pas coagulé le lait : après trois semaines, le lait était toujours parfaitement mobile, pas même épaissi, riche en bacilles. Cette non-coagulation du lait a été vérifiée par une seconde série d'ensemencements.
Gélatine maltosée. - Les colonies ont à peine prospéré : très fin dépôt, très restreint, formé de bacilles en boudin.
Bouillon alcalin peptonisé. — Très légère réaction rose de l'indol, après huit jours h 37», mais beaucoup plus faible que la réaction normale du coli.
De l'ensemble de ces caractères, nous devons conclure que nous avons eu affaire à un microbe présenlant certains caractères importants (lu bacille de GalJkij {propriétés zymotiques réduites au miniwii/m), et d'autres propriétés le rattachant au coli-bacille (réaction de rindol).
Observation II. — Homme, 70 ans, autopsié vingt-trois heures après la mort, temps très froid ; corps en parfait état de conservation.
Diagnostic anatomique : Hypertrophie de la prostate; dilatation de la vessie; hydronéphrose. (Il s'agit d'une affection chronique, très ancienne.)
/ Veiue méseiilérique . ... 1
y Transsiulai périionéal. . . >. l'iaqiies de gélatine aérobies. Cultures s i'OïKjlion méxentérique . . )
I Foie I Plaques de gélatine aérobies.
\ Rate j Bouillons phéniqués à 42».
Seules, les cultures du foie et de la rate ont prospéré. Plaques de gélatine :
Foie. — La plaque originale montre, après trois jours, environ cinq cents colonies, ayant absolument, tant les colonies profondes que les colonies superficielles, les caractères décrits dans l'observation I : les descriptions se superposent absolument. On ensemence dans les divers milieux.
La seule différence consiste en ce que les bacilles sont un peu plus longs en général, mais les petits exemplaires sont fort mobiles (vibrations et déplacements).
Rate. — La plaque originale fournit les mêmes colonies, mais en moins grand nombre, une centaine environ ; de plus, il y a une dizaine de colonies d'un bacille liquéfiant fortement la gélatine.
RKCHERCIIES BACTI' RIOLOGIQUES
Bouillons pliéniqués à 42" :
Foie. — Troubles trois fois de suite. Dans les plaques faites avec le li'oisième bouillon, an voit des colonies très serrées, les unes superliciclies, très minces, mais s'étalant peu (à cause de leur densité). On ensemence dans les divers milieux.
Raie. — Chose curieuse, il ne s'est développé dans les plaques issues du bouillon de troisième passage, que des colonies rapidement liquéfiantes, semblables à celles de la plaque de rate n'ayant pas passé par l'acide pliénique, et formées par un long bacille.
Il est probable que ce bacille, proliférant plus activement dans le bouillon phéniqué que les autres microbes, a étouffé ces derniers.
Ktuilo dcM colonies.
Colonies superficielles de la plaque foie (ensemencée directement» : Gélatine alcaline en tubes. — C'est l'aspect classique de la variété transparente du « bacillus coli » ou du Galïky, on observe notamment une coloration brunâtre très nette du trait.
Pommes de terre à 18". — Dépôt épais, abondant, large, de couleur jaunâtre, luisant.
Lait à 57°. — Coagulum compact, vacuolé, réaction fortement acide, après six jours.
Gélatine maltosée. — Couche épaisse, crémeuse. Bouillon alcalin. — Réaction de l'indol.
Petit lait au tournesol. — 10 c. c. après dix jours à 37" : le liquide a fortement rougi : il a fallu ajouter 0':'^,2'1 de soude au Vio pour ramener au bleu.
Colonies étalées de la plaque rate (directement) : mêmes constatations, sauf des différences insignifiantes.
Cultures après bouillons phéniqués. — Ces colonies se sont comportées dans les divers milieux comme les précédentes, mais avec cette différence que le lait s'est coagulé plus lentement, que la gélatine au moût de bière a donné une couche moins considérable, que la culture sur pommes de terre était beaucoup moins épaisse et moins large; le petit-lait au tournesol a rougi, après dix jours à 37", mais il n'a fallu que 0'^'^,1S de soude au Vio pou'' ramener au bleu.
Toutes ces particularités sont dues vraisemblablement à ce fait, que ces colonies étaient issues de microbes soumis k l'action de l'acide phénique.
C'est donc le « baderium coli commune » qui a été constaté dans les organes de ce cadavre.
Observation III. — Femme, 38 ans, autopsiée vingt heures après la mort; le corps ne présente pas de signes extérieurs de putréfaction.
SUR LA FÎÉVUE TYI'IlOlDi:.
Diaiinoslk anatomique .-Cirrhose lu-patique; hypertrophie de la rate; ascile; congestion pulmonaire; néphrite interstitielle chronique aux débuts.
( Yeiuc mésoicériqiie ■■ plaques aérobics el anaérobics. Cultures. . . ^ ^^.^ . plaques adrobies el bouillons plic'niqiiés à 42».
Les cultures de la veine mësentérique sont restées stériles.
Foie. — Plaque ensemencée directement :
Un très grand nombre de colonies, cinq cents environ, les unes profondes,, toutes de même aspect, les autres étalées, serpigineuses, extrêmement minces (mer de glace).
Rate. — Ici les plaques n'ont rien donné.
Foie. — Après bouillon phéniqué de troisième passage :
La plaque originale montre de très belles cultures étalées, etc., comme la variété transparente du coli ou du Galïky, et de nombreuses colonies profondes, globuleuses.
Au microscope, bacUles à bouts arrondis, de3 à 4 |jl de long, très mobiles.
Raie. — Bouillons phéniqués stériles.
Étude des colonies du foie (plnqno aérobic «lircefcinent
enseniciicce).
Gélatine en tube. — Aspect de la variété transparente du coli ou du Gaftky, coloration brunâtre du trait, pas de liquéfaction.
Pommes de terre à i8°-S0°. — Après quatre jours, les cultures ont absolument l'aspect « classique » du microbe de Galïky : pas de dépôt visible, la tranche est (c glacée »; en y promenant l'aiguille de platine, on enlève une sorte de glaire muqueuse; au microscope, celle-ci montre une infinité de petits bacilles très mobiles, rappelant absolument les microbes de Gaffky. Les tranches ont présenté cet aspect jusqu'au huitième jour, puis un très léger dépôt jaunAtre s'est montré, mais il est resté extrêmement peu prononcé (rappelant certaines cultures du bacille de Gaffky). • Lait à 37°. — Coagulum, mais après huit jours.
Gélatine maltosée. — Dépôt mince, plus considérable que les cultures du Gaffky, mais moins abondant que celles du coli-bacille.
Bouillon alcalin. — Réaction de l'indol.
Quant aux colonies obtenues après l'action de Uacide phéniqué en bouillon, sur plaques, elles ont fourni, sur les divers milieux, les mêmes caractères, mais, comme pour l'observation II, avec un retard prononcé dans leur apparition.
RI'CllEnCIIES IJACTÉIUOLOGIQUES
Nous avons donc eu affaire ici à un microbe qui, h l'époque où l'on caraclérisnit le bacille de Gafl'ky surtout par les cultures sur pommes de terre, eût été certavmnent rattaché à ce micro-onjanisme; mais, au point de vue zymolique, il s'est comporté comme un coli-bacille, un peu modifié, il est vrai.
Observation IV. — Homme, 66 ans, autopsié dix-sept heures après la mort; la rigidité cadavérique persiste encore; corps en excellent état de conservation.
Diagnostic anatomique .•Pleuropneumonie franche aiguë typique de tout l'organe gauche. Hypertrophie très considérable (21-14-4) et ramollissement de la rate.
Beins : signes d'altérations anciennes, adhérences des capsules, substance corticale amincie et sclérosée.
/ Trutmsudaidela cavUéabdo iiiiiale. ) Plaques aérobies et anaérobies. Cultures. . \ mésenténque (sang) . . . . ( Rouillons phéniqués à 42".
( Foie et rate : plaques aérobies, bouillons pbéniqués a 'iS".
I^e transsudat abdominal et le sang de la veine mésentérique n'ont rien donné.
Foie. — Plaque ensemencée directement :
Après quatre jours, trois espèces de colonies :
Colonies A. — Profondes, cçlobuleuses, jaunâtres, circulaires, formées par un bacille ayant les dimensions du coli ou du Galîlw;
Colonies B. — Étalées, très minces, comme la variété transparente du Gaft'ky (mer de glace), bacilles mobiles.
Colonies C. — Étalées, épaisses, comme la variété opaque du Gaffky. Rate. — Mêmes résultats : seulement, colonies moins nombreuses.
Étude dct» ooloniea.
Colonies A. — Ces colonies ont fourni les caractères du « bacterium coli commune ».
Colonies B. — Gélatine en tubes. — Aspect classique de la variété transparente du Gatiky. En goutte pendante, bacilles à bouts arrondis, nettenient
SLU LA FIÈVRE TYPHOÏDE
Gl
mobiles (oscillations pendulaires, déplacements rapides dans le champ). Par la coloration Ziclil, les images ont absolument l'aspect de la figure HO de l'atlas microphotograpliique de Frankel.
Pommes de terre à ISo-SO". — Les tranches n'ont pas présenté de dépôt visible; leur aspect était seulement très humide; nombreux bacilles mobiles, comme dans les cultures du Gafl'ky. Même après trois semaines, il n'existait pas de couche jaunûtre ou brunûtre à la surface des tranches.
Lait à 37°. — Pas de coagulation même après un séjour de trois semaines à 370.
Gélatine au moût de Mère. — A peine un très mince trait formé pai' quelques rares colonies très petites.
Bouillons alcalins peptonisés. — Pas de réaction de l'indol.
Colonies C. — Les colonies se sont comportées dans les divers ensemencements comme le « bacterium coli commune ».
Foie et rate en bouillons phéniqués à 42°. — Ces bouillons se sont troublés, et, après trois passages, on a obtenu, dans les plaques, des colonies étalées à la surface de la gelée.
Ces colonies ont fourni des caractères qui doivent les faire rattacher au « bacterium coli » (lait coagulé, etc.).
En résumé, dans les organes de ce malade nous avons trouvé un mélange de microbes donl les uns doivent être rattachés au bacterium coli (et c'est la majorité), les autres au microbe de GafJ'ky.
Observation V. — Homme, 5o ans, autopsié dix-neuf heures après la mort; pas de putréfaction extérieure.
Diagnostic anatomique : Emphysème pulmonaire; dilatation et hypertrophie du cœur droit; œdème des poumons.
Rate : 11-6-3 V21 parenchyme assez ferme.
Reins : forte congestion.
Cultures . . . | ^^^^ • . . . | pj^qy^^ aérobies et bouillons lihéniqués.
Foie. — Plaque ensemencée directement.: après quatre jours, on observe une cinquantaine de colonies de deux aspects différents; les unes sont étalées à la surface de la gelée, assez épaisses, opaques, à contours un peu sinueux, de 2 à 3 millimètres de diamètre, avec un ombilic saillant au centre = colonies A ; les autres, moins nombreuses, sont des colonies jaunâtres, liquéfiant la gélatine autour d'elles = colonies B.
Rate. — On note les mêmes colonies, mais en moins grand nombre.
Foie. — Au moyen du bouillon phéniqué de troisième passage, ense-
RECHERCHES IIACT/CRIOLOGIQUES
niencé sui- plaques, on n'a obtenu que des colonies liquéfiantes, semblables à B, = colonies F.
Rate. — Après bouillons phéniqués, même résultat.
Ici, on n'a plus obtenu de colonies liquétiantes, mais seulement un grand nombre de colonies très minces, pelliculaires, serpigineuses comme la variété transparente du coli-Gaftky = colonie A',
lOlndo doM colonies.
Colonies A. — Gélatine ordinaire en ttibe. — Dépôt assez mince, grisâtre, à bords onduleux, assez étalé, couleur brunâtre du trait. C'est un bacille mobile, mais un peu plus court et plus trapu que le Gaffky normal, décoloré par le Gram.
Pommes de terre à 18'>-20'>. — Après huit jours, pas le moindre dépôt visible, et cependant la tranche fourmille de bacilles semblables aux précédents, mais un peu plus longs.
Lait à 37^. — Pas de coagulation.
Bouillon à 37". — Pas d'indol.
Colonies R. — La gélatine s'est liquéfiée lentement : entonnoir de liquéfaction, avec précipité blanchâtre au fond : c'est un « coccus » rappelant beaucoup le « staphylococcus pyogenes ».
Colonies F. — Mêmes caractères que R.
Colonie A*. — Gélatine en tubes. — Comme A, seulement le bacille est plus allongé. ' Pommes de terre. — Dépôt jaunûtre, épais, mais s'étalant peu. Lait. — Coagulum ferme, vacuole, réaction fortement acide. Rouillon. — Réaction nette de l'indol.
En résumé, les cultures ont fourni chez ce cadavre trois sortes de colonies principales : les unes ont présenté les caractères les plus importants du bacille de GafJ'ky ; d'autres doivent être rattachées au ce bacte^ium coli »; enfin les troisièmes appartenaient à un coccus, vraisemblablement de l'espèce « staphylococcus pyogenes ».
Observation Vf. — Homme, 6(5 ans, autopsié vingt-quatre heures après la mort.
Diagnostic anatomique : Cancer de l'œsophage et de la trachée, emphysème pulmonaire, appendicite.
Appendicite : L'appendice vermiculaire est très développé; il ne
SUR LA FIKVRE TYI'IIOÏDE.
communique plus avec l'intestin ; il existe une afrésie ancienne du point d'abouchement dans l'intestin; l'organe est rempli d'un liquide puriforme gris rougetUre. Pas de lésions intestinales, pas de tunuMaction de la rate et des ganglions [mésentériques. La muqueuse de l'appendice est un peu tuméfiée, molle, nullement ulcérée.
! Contenu de l'appenilire. 1 /.'o/e > Plaques aérobies et bouillons phéiiiqués. Riite . . . . . . . ) ,
Foie (plaque ensemencée directement^ — Après trois jours, une centaine de colonies dont une vingtaine sont étalées à la surface de la plaque, et ont l'aspect, déjà tant de fois décrit, de la variété transparente (mer déglace) du coli ou du Gaffky.
Raie (plaque ensemencée directement". — On trouve les mêmes colonies, mais en nombre moins considérable; seulement les colonies sont plus grandes, plus étalées, en raison sans doute de leur moins grand nombre.
Contenu purulent de l'appendice. — Un très grand nombre de colonies semblables aux précédentes, très fines, transparentes (mer de glace), etc.; il n'y en a pas d'autres, notamment pas d'espèces liquéfiantes.
Bouillons phéniqués. — Tous se'sont troublés à 42°, et dans trois passages successifs. Seulement, nous n'avons pas fait d'ensemencements ultérieurs, en raison des résultats très probants des premières cultures.
Étude des colonies.
Colonies étalées du foie et de la rate. — Ces colonies ont donné les caractères générattx du « bacterium coli », mais avec les diiférences que l'on note d'habitude pour le microbe prélevé dans les organes internes.
Colonies de l'appendice. — Gélatine en tube droit. — Aspect typique de la variété transparente du Gaffky, particulièrement net dans ce cas. Pas de liquéfaction, même après un mois; petits bacilles mobiles, décolorés par le Grani.
Pommes de terre à 18''-W°. — Certaines colonies ont donné ici l'aspect typique de la culture glacée du microbe de Gaffky : pas le moindre dépôt visible et nombreux bacilles obtenus par le raclage. D'autres colonies ont fourni un très mince dépôt jaune brunâtre, mais très ténu, dépassant à peine le trait d'ensemencement, nullement comparable à la culture habituelle du coli.
Lait à 37°. — Tous les tubes sont restés liquides. Pas la moindre coagulation, môme après un séjour d'un mois à 37", et l'expérience a été répétée trois fois (trois séries) avec les mêmes résultats; réaction acide du liquide
Gélatine-malt. — DéveloppeiTicnt très restreint.
Bouillons. — Très légère réaction de l'indol.
niîCllEIlClIl'S HACrKItlOLOGlQUES
En résumé, chez ce malade, on trouvait dans le foie et la rate (les colonies caractérisées comme bacilles d'Esclierich; mais au sein d'une lésion de suppuration développée dans l'appendice vermiculaire ayant perdu sa communication avec l'intestin, nous avons retrouvé un micro-organisme que nous devons considérer comme se rattachant bien plus au bacille de Gaffky, par l'absence presque complète d'action sur les sucres, qu'au ynicrobe du côlon. Il est vrai qu'il présentait une très légère différence, la seule peut-on dire, avec le microbe de Gaffky: il donnait une très légère réaction de i'indol, mais nous avons montré que ce signe était bien moins important que les caractères zymotiques, et que l'on obtenait parfois cette réaction avec le bacille de Gaffky.
Orservation VII.— Homme, 32 ans, autopsié vingt heures après la mort.
Diagnostic anatomique ; Tuberculose pulmonaire ; ulcères tuberculeux de l'intestin, tuberculose du péritoine, cirrhose hépatique, hypertroj)hie de la rate.
Cullures. . • j ' | En bouillons phéiiiqués à 4(20.
Ces bouillons se sont troublés dans trois passages successifs; puis on a fait des plaques de gélatine.
Foie. — Une seule espèce microbienne : colonies profondes, globuleuses, jaunâtres, et colonies étalées, très minces, sinueuses, bleuâtres, montrant la mer de glace au microscope. C'est un bacille, de part et d'autre, décolore par le Gram, mobile, de 3 à 4 |ji de long, à bouts arrondis.
Rate. — Mêmes constatations.
Étude des colonies.
Toutes les colonies ont donné les mêmes caractères, c'est-k-dire l'ensemble des signes du « bacterium coli commune » : dépôt mince, étalé sur gélatine; pas de liquéfaction de celle-ci; couleur brunâtre du trait; couche assez abondante, jaunûtre, sur pommes de terre; coagulation assez rapide du lait, réaction de l'indoldans les bouillons alcalins; cultures sur petit-lait tournesolé, fortement rougies (il a fallu, pour 10 c. c, 0"-'<=,l9 de soude au '/lo pour ramener au bleu).
sua LA FIÈVHE TY1'1I0ÏI>K
Observation VIII. — Homme, S20 ans, de taille moyenne, de constitution assez Ibrte. Malade pendant trois ù quatre jours seulement avant son entrée ;\ riiôpital. Symptômes crintlammation des reins. Mort après quatre jours à la clinique. (On n'a pas observé de taches rosées lenticulaires.) Autopsie vingt et une heures après la mort (temps froid).
Reins volumineux, congestionnés, d'un blanc jaunâtre, nombreuses petites ecchymoses récentes; l'examen microscopique démontre qu'il s'agit d'une néphrite parenchymateuse aiguë.
Poumons : forte congestion des bases.
Rate : 14 centimètres de longueur, pulpe ramollie, brunâtre. Pas la moindre lésion de l'intestin, pas de tuméfaction des ganglions mésentériques.
Cultures faites : Trois plaques de gélatine aérobies avec la raie. Bcsultats.
Après quatre jours, les plaques originales montrent de nombreuses colonies, dont un grand nombre étalées à la surface de la gelée, fort minces, serpigineuses, presque transparentes, bleuâtres, de 2 à 3 millimètres de diamètre, les autres enfouies dans la profondeur, toutes les mêmes, globuleuses, jaunâtres. Les cultures étalées montrent l'aspect d'une mer de glace au microscope, après l'interposition d'un diaphragme à trois branches.
C'est un bacille de 3 à 4 ,u. de long en général, mais avec des formes filamenteuses assez nombreuses, très mobile, se décolorant par le Gram; le microbe a absolument l'aspect du bacille de Galïky.
Ces colonies ont été cultivées sur les divers milieux.
Étude des colonies.
Toutes ont donné les caractères généraux suivants :
Tubes droits de gélatine alcaline. — C'est absolument l'aspect classique de la variété transparente du microbe de Gafifky : dépôt très étalé k la surface, presque transparent, à bords dentelés; trait de piqûre de coloration brunâtre; pas de liquéfaction.
Pommes de terre à IS^-^O". — Après cinq jours, pas de dépôt visible, aspect humide de la tranche; mêmes caractères après dix jours, et, dans cette couche humide, bacilles innombrables, les uns de 3 à 4 [j. de long, les autres en lilaments, etc. ; les formes courtes sont très mobiles.
Après quinze jours, on ne voit pas encore de dépôt à la surface des
RKCll RUCHES BACTKniOLOGlQUES
iranclies, ni même après trois semaines. (Ces caractères ont été vérifiés constanis dans une seconde série de cultures.!
Lait à 37°. — Les cultures n'ont pas présenté la moindre coagulation, même après un séjour de quatre semaines à l'étuve (essais répétés deux Ibis). Boitillons alcalins peptonisés. - Pas la moindre réaction de l'indol. Gélatine au moût de bière. — Les ensemencements n'ont donné qu'une trainée à peine perceptible : au microscope, bacilles en boudin.
Cette observation fournit le plus bel exemple que l'on puisse rencontrer (le présence exclusive du bacille de Gafjky chez un malade non atteint de fièvre typhoïde.
Obsehvation IX. — Homme, 50 ans, autopsie vingt-quatre heures après la mort, corps très bien conservé.
Diagnostic anatomiqiie : cancer du pylore, gastrectasie, œdème pulmonaire.
Foie . . . I ^
Haie \ bouillons phéniqués.
Sang de la veine mésentériqiie : en plaque aérobie.
Les cultures du foie et de la rate en plaques aérobies ont été perdues par suite de leur liquéfaction intempestive, par l'augmentation subite de la température de la chambre où elles étaient conservées. Mais les bouillons phéniqués ont donné des résultats suffisants pour que cette perte de plaques soit compensée.
SaJig de la veine mésenlérique. — Stérile.
Bouillons phéniqués du foie et de la rate. — Ils se sont troublés dans trois passages successifs à 42°; puis on a fait des plaques avec les bouillons de troisième passage.
nésullats.
Foie. — Les plaques montrent des colonies profondes, toutes les mêmes, petites, globuleuses, jaunâtres, complètement circulaires, et des colonies superficielles, étalées à la surface de la gelée, mais restées petites comme des tètes d'épingles, presque circulaires, fort peu sinueuses sur les bords (les colonies étaient très serrées, d'où leur peu de tendance h l'étalement) ; • dans quelques-unes, on distingue nettement au microscope l'aspect d'une mer de glace. C'est un bacille ayant l'aspect du coli-Gafîky, assez mobile, décoloré par le Qram.
Rate. — Ici les colonies sont moins serrées ; aussi les colonies superficielles sont-elles plus largement étalées, serpigineuses : elles ont l'aspect
Cultures. . .
SUR LA FIÈVIIE typhoïhe.
typique de la variété transparente du microbe de Gall'ky ou du « bacillus coli », bacilles semblables \\ ceux du foie.
Ces colonies ont été caractérisées sur les divers milieux; elles ont fourni les mêmes données :
Tubes de gélatine alcaline. — Aspect classique de la variété transparente, déjà si souvent décrit.
Pommes de terre à ISo-^O". - Après trois jours, on distingue, dépassant à peine le trait d'ensemencement, un dépôt linéaire, assez saillant, de couleur jaunâtre; tout le reste de la tranche est d'aspect glacé, et, en prélevant une parcelle de tubercule à la périphérie, on voit au microscope une infinité de bacilles très mobiles, à mouvements d'oscillation et de déplacement rapides.
La culture a continué h prospérer les jours suivants, mais fort peu; ce n'est qu'après quinze jours que la bande a atteint près de 1 centimètre de large; on se souvient que le coli-bacille normal fournit une purée abondante dans ces conditions lil est vrai qu'il s'agit ici de bacilles phéniqués).
Lait à 37°. — Les cultures n'ont pas présenté de coagulation, même après un séjour de trois semaines à 37"; le liquide était devenu acide.
Gélatine maltosée. — Culture très restreinte.
Bouillons alcalins. — Très légère réaction rose de l'indol.
Par l'ensemble de ces caractères, le microbe constaté au sein des organes de ce cadavre constitue un parasite intermédiaire entre le coli-bacille et le microbe de Gaffky, mais bien plus voisin de ce dernier microbe {action sur les sucres très faible, cultures glacées sur poiuînes de terré] que du « bacterium coli ».
Observation X. — Femme, fil ans, autopsiée vingt-quatre heures après la mort.
Diaijnostic anatomique : Extirpation d'une tumeur fibreuse considérable de l'ovaire et du ligament large, à gauche. Compression de l'urétère gauche, dans le petit bassin ; dilatation de cet urétère, des calices et bassinet de ce côté; nécroses et suppuration du rein gauche.
j Rote . . . } Cultures. • ■) „ . ( Plaques de gélaline aérobies.
iccsultats.
Rate. — La plaque originale montre, après trois jours, environ cinq cents colonies, dont un très grand nombre sont étalées à la surface, mais restées petites, très minces (mer de glace au microscope); les autres, petites, globuleuses, enfouies dans la profondeur. Il n'y a pas d'autres colonies.
ilICCIlKllCIlKS ItACTKUlOLOGlOLKS
Hein.— La plaque originale montre des colonies tellement serrées, qu'on ne peut les isoler.
La première dilution laisse apercevoir des colonies assez discrètes, profondes, globuleuses, jaunâtres ; pas de colonies étalées à la surlace.
Étude des colonies.
Colonies de la rate. - Toutes ces colonies ont fourni les caractères suivants :
Tuhe>; droits de. gélatine. - Dépôt grisnlrc, peu étalé, assez éi)ais, à bords sinueux ; couleur brunûtre de la gélatine autour de la pointe d'enfoncement; pas de liquéfaction. C'est un bacille ayant la dimension du coli-Gaffky, mobile, ne prenant pas le Gram.
Pommes de terre à IS^-SO». — Après sept jours, on ne voit pas le moindre dépôt : les tranches sont humides et présentent d'innombrables bacilles grêles, souvent en filaments de 7 à 8
délatine à l'eau, de malt. — Dévelo|)pement très restreint. •
Lait. — Coagulation après huit jours h 37».
Bouillons alcalins. - Réaction légèi'e de l'indol.
Colonies du rein. Tubes droits de gélatine. — Dépôt peu étalé, saillant, en clou; couleur brunûtre du trait; pas de liquéfaction; bacille un peu plus gros et plus court que les précédents.
Pommes de terre à 18'^-20°. — Dépôt épais, mais peu étalé, jaunâtre, très luisant; bacilles courts, fort peu mobiles.
Lait. — Coagulation après quatre jours; beaucoup de bulles gazeuses.
Bouillons alcalins. - Réaction rose de l'indol.
En résumé, nous avons constaté, chez cette malade, la présence dans la rate de bacilles du côlon, ou lout au moins de microbes très voisins. (Bemarquons, encore une fois, qu'au temps oii l'on caractérisait le bacille de Gaffky par la culture sur pommes de terre, ce microbe eût été rattaché à l'organisjyie dit « typhique ».)
Dans le rein malade et en voie de suppuration (à la suite d'une urétérite ascendante), nous avons trouvé un bacille dont tous les caractères de culture font immédiatement penser à un microbe sur lequel l'attention vient d'être attirée par divers observateurs, et dont il a été beaucoup question à la Société de biologie (1). On
(1) Reblaud. Sur l'identité de la bactérie pxjocjéne urinairc et du « baclerium coli commune ». {Soc. de biologie, 19 décembre 489d.) - ACHARD et Renault. Ibid {Soc. de b.oloyie. ladéceinbre 189L) — Morelle. Étude bactériologique sur les cystites. {La Cellule, t. VII.)
SUR LA ril-:VUE TYl'IlOÏDi:.
est gc^néralement (raccord pour considérer ce parasite comme appartenant ;^ une variiUé du baderium coli; et cette constatation est une nouvelle prciuve en faveur de la diversité des activités de ce microbe. C'est le même agent parasitaire qui avait été décrit par Clado, Albarran et llallé sous le nom de « bactérie pyoiït'^ne urinaire ».
On a pu produire expérimentalement l'inllammation du rein et des urétères par Tinjection de ces bacilles.
Obseuvation XI.— Homme, 58 ans, autopsié vingt-quatre heures après la mort. Temps froid.
Cancer de l'estomac, œdème puhiionaire.
! liquide pcnlanéal. . . . j veine méseiitérique (sang) . \ Plaques aérobies et auaérobies. gaiiqltoii méacniérique . . )
Ces cultures sont restées stériles.