‹ Recherches bibliques (volume 2)Chapitre 65 sur 140 · C. — IV · texte numérisé non relu

C. — IV

Au sujet de ce verset nous asisstons à un des efforts les plus singuliers que la critique ahurie est obligée de faire pour sauver son système démenti par l'évidence. Le holà est provoqué par ces mots si clairs mo n« DM^N nDSHDDaD^ '•nDSn rnDV nXV littéralement : < J'ai fait parmi vous un bouleversement pareil au bouleversement d'Élohîm relatif à Sodome et à Gomorrhô *, c'est-à-dire : < Je vous ai totalement ruinés comme Élohîm avait jadis totalement ruiné Sodome et Gomorrhe. > On devine que la mention de t3%lbN ^" '^^^ ^^ HliT montre que notre prophète fait allusion à la Genèse, xix, 29, qui résume la destruction de la Pentapole en employant deux fois le nom a\*i^x» récit dont la paternité est assignée par la critique à l'auteur sacerdotal ou P. Et cela est d'autant plus certain qu'Amos ne se servant d'ordinaire que du nom de -j^n^ indique aussi clairement que possible qu'il a emprunté sa donnée à une source écrite ou le mot ta^nb^ figurait par hasard. Le seul moyen qui restait encore aux critiques de se débarrasser de ce témoignage gênant, en le déclarant comme interpolé, n'a pu être mis en œuvre cette fois à cause de la formule jy\;yi q5<j qui, sans ou avec i^j^ DH^tt^ Nbl'^'^* toute la série des périodes de ce chapitre (3, 5, 6, 8, 1 0). Devant un cas aussi embarrassant, les critiques recourent à une conjecture bien étrange. Écoutons M. Nowack : < QM^N ^^^ ^^^ ^^"^ ^^ bouche de Yahwé comme dans celle du prophète qui ne le nomme jamais ainsi, très surprenant. Wellhausen suppose à cause de cela qu'on est ici en présence d'une vieille locution non spécialement Israélite (?), de même que la narration de la Genèse, xviii-xix, n'est pas israélite dans ses traits fondamentaux et ne se relie que faiblement à l'histoire d'Abraham (c auch ta^nbi* ^^^

hier im Munde Jahves wie des Propheten, der Gottsonstnie so nennt, auffallend. Wellhausen vermuthet daher, dass hier eine alte und nicht spezifischisraelitischet?) Redensart vorliegt, wie denn auch die Erzahlung Gen. 18. 19 in ihren Grundzugen nicht israelitisch und nur lose mit der Geschichie Abrahams verbunden sei >). La défaite est d'autant plus amusante que la conjecture d'ailleurs absolument gratuite de l'origine non primitivement israélite des deux chapitres en question ne concerne que la narration yahwéiste, tandis que le verset de la Genèse XIX, 29, est selon lui interpolé par le dernier rédacteur après le temps d'Esdras. Un système qui préfère les subterfuges les plus bizarres aux explications du bon sens est moralement et scientifiquement jugé,

Le sens de cç passage remarquable, qui donne une idée topique de la manière dont les prophètes envisagent les pratiquas cultuelles de la religion, a été foncièrement méconnu par les commentateurs modernes dont M, Nowack accepte l'interprétation. Selon eux, Amos lance son « malheur » (Wehe) en premier lieu contre ceux qui désirent voir arriver le jour de Yahwé dans l'espérance que, comnie Israélites, il ne peut que leur apporter le salut. J'ose dire que ces Israélites-là sont le produit de la plus pure fantaisie. Bien longtemps avant les prophètes d'Israël, les psalmistes babyloniens, parfaitement conscients de lafallacité humaine, au lieu de désirer d'êtrejugés par les dieux,recouraientà leur indulgence. Le cri déchirant: < Ne traduis pas en justice tonserviteur, car aucun être vivant n'est innocent devant toi > (Psaumes ,cxliii, 2) a déjà fait palpiter le cœur du Phénicien et du Sepharwite quand, en désespoir de cause, ils immolaient leurs enfants en expiation de leurs péchés connus ou inconnus. Le yahwéisme d'Israël a le mérite d'avoir déclaré abominable impiété cette piété cruelle et abusive, tout en conservant à la conscience de ThDmme un sentiment profond de ses faiblesses. Les critiques ont été égarés par quelques rares passages dont les auteurs affirment leur justice ou leur piété) mais cette justice et cette piété sont toujours rela-

tives, c'est-à-dire comparées à l'injustice et à l'impiété des méchants, La doctrine du yahwéiste qui fait expier à la postérité les crimes des ancêtres aurait d'ailleurs suffi à intimider les plus empressés à souhaiter une prochaine reddition des comptes, La vraie interprétation de notre passage est tout autre quand on rapproche le passage analogue d'Isaïe, v, 18-19, qui dit :

Malheur à ceux qui tirent le péché (comme) avec les cordes (destinées à attacher) le bœuf,

Et le délit (comme) avec les grosses cordes (destinées à attacher) le chariot;

Qui disent : Que Dieu hâte, accélère son œuvre, afin que nous la voyions ;

Que le projet du Saint d'Israël vienne vite, afin que nous le connaissions !

L'œuvre, le projet de Yahwé est le nouvel ordre de choses que, selon la prédication du prophète, il doit rétablir au jour du jugement dont les impies se moquent, ne croyant pas qu'il arrive jamais. Leur désir de le voir venir est une amère ironie ^ et un défi lancé au prophète. Amos, comme Isaïe, leur fait donc savoir que ce jour-là sera sombre et désastreux pour eux. Le verset 20 constitue visiblement la fin du verset 18, pourvue d'une légère variante au début. Au passage suivant (21-27), le prophète relève le peu de valeur que les sacrifices ont aux yeux de Yahwé, qui leur préfère la pratique de la vertu et leur annonce le prochain châtiment. Voici la traduction intégrale du passage :

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