Et je vous exilerai au delà de Damas
Ainsi dit celui qui se nomme Yahwé, dieu des armées !
Avant tout quelques remarques exégétiques. Le verset 21 est traduit par M. Nowack : < Je hais, je dédaigne vos fêtes et ne veux pas aspirer vos jours fériés » (« Ich basse, vermahe eure Feste und mag nicht eure Feiertage riechen >), mais un jour férié n'a rien à voir avec l'aspiration. Par ta^jn et nnVï^ îl ^^^^ nécessairement entendre ici les sacrifices qu'on offre pendant les fêtes et à leur clôture (cf. Psaumes, cxviii, 27) ; 2 n^nn ^^ signifie jamais « prendre plaisir à quelque chose (wohigefallen an Etwas haben) > ; le mot innm (Isaïe, XI, 3) doit être corrigé en în^D'nV ^ ^^ ^^ manière de réprimander > ; cela est prouvé d'abord pas l'insipidité d'une expression telle que : « avoir plaisir à la crainte de Dieu », puis par le verbe piOV ^^ ^^ ^^" ^^^ verset qui explique précisément cet infinitif. La forme suffixée du second terme DD^mniDI (22) rend indispensable la même forme pour le premier terme : Q^'^niblI? ^^ ^^^^ ^® mbw ' '^ supposition d'une lacune après ce mot (Wellhausen, Nowack) ne fait pas disparaître l'incohérence, ^q^]^ "^ signifie pas « remerciement, grâce > {Dank, Nowack), mais est le singulier deQ^jo'jtjf, € sacrifices de reconnaissance, sacrifices pacifiques >. Au lieu de '^j^i 24), < qu'il roule », il faut lire ^if^^, « qu'il coule »,
verbe qui qualifie bien < l'eau » (ta^D) ^^ ^^ ^^ ruisseau permanent » (fh''N bnj) î P^^^ désigner le courant rapide et tumultueux du torrent, il faudrait ftijiî^iv
Quant à l'état religieux du royaume d'Israël, il ressort très
clairement des détails fournis par le verset 26 que les critiques outranciers mettent en doute tout gratuitement et dans le but ostensible de faire des Éphraïmites des monothéistes rigoureux d'après un yahwéisme différent de celui du Deutéronome et du Lévitique. Non seulement ils sont incapables d'expliquer comr ment un interpolateur postérieur aurait cherché à créer pour sa supercherie des divinités inconnues partout ailleurs au lieu des dieux ordinaires, Ba'al et Aâtoret, qui étaient officiellement adorés dans les deux royaumes palestiniens ; ils sont encore obligés de supposer que Tinterpolateur a substitué sa fraude à une phrase authentique du prophète, puisque les mots suivants sont trop courts pour se relier au passage précédent (Nowack). On est stupéfié d'avoir à relever des agissements aussi arbitraires de la part de savants éminents et on doit y voir tout autre chose que le dernier résultat de la science.
Passons à notre enquête de législation comparative. Notre passage nous fournit des points dignes d'attention.
1*" Le verset 21 connaît les sacrifices qui sont offerts aussi bien durant la fête qu'au jour de sa clôture : les uns sont les Q^ jn » les autres les rvllVJ^- H ^'Y ^ rien à remarquer au sujet des premiers, puisqu'il en est déjà question dans le livre de TAl* liance qui date au moins de 850 ; le cas des seconds n'est plus le même. Comme désignation de la fête de clôture, le mot mvy» si l'on fait abstraction de Néhémie, vin, 1 5 , et II Chroniques, vu, 9, à cause de leur date récente, figure dans le Deutéronome, XVI, 8, et les Nombres, xxix, 35, mais ce qui est autrement remarquable, c'est que ces deux passages traitent de la fête seule sans la moindre allusion à un sacrifice qui lui soit particulier. Le seul passage de la Bible qui ordonne ce sacrifice et sous le nom même de rrfÉVj ^^^ consigné dans le Lévitique, XIII, 36; or, comme cette signification serait restée inintelligible aux auditeurs du prophète si elle n'avait été connue et répandue par un code rédigé, et étant donné que le livre d'Alliance ne codifie rien non plus à cet égard, il semble prouvé que la source unique est bien le Lévitique et nullement une coutume traditionnelle propre à la classe sacerdotale seule,
2° Au verset 22 nous constatons d'abord l'énumération des trois catégories d^ sacrifices : niblV' Ï^IHIÔ ^^ O'^oblî^- ï^'^""
séparabiiité des deux premières catégories sur la base du Lévitique a été discutée plus haut à propos de Malachias, i, 1 0- 1 1 ;Amosy ajoute lesQ^o^tjf en accord parfaitavecrordonnance du Lévitique, i, 3 ; ii, 1 et m, 1 ; impossible de méconnaître que cet ordre est puisé à la même source. Cette conclusion est formellement corroborée par le suffixe de la deuxième personne du pluriel qui affecte ces noms de sacrifices : il ne s'agit pas d'offrandes apportées au hasard, mais de vos sacrifices, de ceux que vous devez apporter suivant les prescriptions de la Loi.
Contre cette manière de voir, on a cherché à faire valoir le contenu du verset 25 violemment séparé de 26 a, qui ne cadre pas avec le système préparé de longue main et au mépris d'une exégèse impartiale. Qu'en constatant le fait que le culte sacrificatoire chômait pendant les quarante ans que dura le séjour d'Israël au désert après la sortie d'Egypte, le prophète ait voulu démontrer que Dieu peut se passer des secrifices qu'on lui offrait de son temps, c'est ce qu'il ne viendra à l'idée de personne de contester, et M. Nowack a donc parfaitement raison d'écrire : « Le verset 25 montre par une forme interrogative que les Israélites n'ont pas apporté des sacrifices à Yahwé durant tout le séjour au désert ; il s'ensuit que les sacrifices ne peuvent pas être la condition indispensable aux rapports de Yahwé avec Israël : bien que sans sacrifices, le temps de ce séjour était quand même le temps de la faveur particulière de Yahwé à l'égard de son peuple » (ii, 4-10). Mais nous ne voyons pas bien comment il peut y ajouter la considération suivante : « Ce verset exclut l'idée qu'Amos ait eu connaissance d'un écrit semblable au code sacerdotal qui place au Sinaï l'établissement et le début du culte, qui fait même de la législation cultuelle le centre particulier de la révélation du Sinaï ; cf. Jérémie, vu, 21 et suivants » (« Dieser V. schliesst die Bekanntschaft des Amos mit einer Schrift, wie der Priestercodex ist, welcher die Einrichtung und den Anfang des Cultus an den Sinaï verlegt, ja die cultische gesetzgebung zum Eigentlichen Mittelpunkt der Sinaioffenbarung raacht, aus, vgl. Jerem. vu, 21 f. » Cette logique ne manque pas d'une certaine justesse; malheureusement, pour acquérir toute sa force, elle doit aller jusqu'au bout au lieu de s'arrêter à moitié chemin. Ce n'est pas seule-
ment le code sacerdotal (p'Amos a dû ignorer, mais aussi le yahwéiste et le livre de TAlliance, pour lesquels le culte sacrificatoire est déjà une institution populaire (Exode, xx, 24-; XXII, 18, 29; XXIII, 18). Invoquer un argument qu'on n'ose pas pousser à la conséquence naturelle qu'il comporte, n'estce pas compter sur la placidité des lecteurs? Si Ton est obligé d'admettre l'antériorité de ces documents sur notre prophète, malgré le silence qu'il est censé observer à leur égard, on est mal venu d'affirmer le contraire au sujet du Lévitique. Nous ne nous inclinerons que devant des preuves sérieuses. En vérité, dans notre passage, Amos rappelle simplement le fait connu de tous les lecteurs du Pentateuque, savoir que le culte sacrificatoire n'a pas été pratiqué dans le désert, évidemment parce que Dieu ne l'avait pas exigé (Jérémie, vii, 21-22). On peut comparer l'exemption des sacrifices à celle de la circoncision qui n'a été reprise qu'à l'entrée en Palestine (Josué, v, 2-9); et, de même qu'il serait absurde de prétendre que la circoncision était ignorée avant l'arrivée d'Israël à la station de Galgal {ibidemjy de même, on sort des limites de la science quand on affirme, sans d'autres preuves à l'appui, que les sacrifices manquaient totalement aux coutumes israélites pré-palestiniennes. Remarquez bien que la dénégation des critiques ne se borne pas à un code sacrificiaire, mais s'étend même au principe de ce rite, lequel se trouve pourtant chez tous les peuples du monde. C'est là un nouvel excès d'argumentation superficielle. Voyez du reste nos observations sur Jérémie, 21 -22.
Osée.
Ce prophète était un jeune contemporain d'Amos, et, comme lui, très vraisemblablement d'origine judéenne. Cela résulte de son désir constant de voir le retour d'Israël à la dynastie davidique, ainsi que de ses fréquentes préoccupations relatives à l'état religieux de Juda. La manipulation des critiques qui substituent partout ^xitt^^ ^ miJI^ ^^^^^ purement arbitraire, doit être considérée comme nulle et non avenue, surtout quand les Septante concordent avec le texte massorétique. Je ne par-
lerai pas ici du contenu des trois premiers chapitres que j'ai traités ailleurs, et je me bornerai à relever les passages qui me paraissent présenter des allusions aux documents que la critique moderne relègue à des époques plus tardives.