‹ Recherches bibliques (volume 2)Chapitre 78 sur 140 · G. —XX · texte numérisé non relu

G. —XX

Pendant la septième année de l'exil, le prophète fait une véritable conférence d'histoire ancienne devant plusieurs notables (o'ïjpt) de la communauté qui, découragés de la lutte continuelle pour le maintien de leur religion, étaient venus lui demander une parole de Yahwé. L'idée fondamentale de ce

sermon violent est Tindignité de la conduite du peuple depuis la sortie de l'Egypte jusqu' au teuips présent à l'égard de Yahwé, qui saura réduire à néant le projet conçu par eux de s'assimiler entièrement aux païens. Comme Jérémie, Ézéchiel affirme que Yahwé les retirera de l'exil même malgré eux, et les ramènera dans l'ancienne patrie, où ils reconnaîtront leurs torts et changeront de conduite. L'aperçu historique se divise en une série de périodes qui nous paraissent intéressantes à cause des emprunts, tantôt explicites, tantôt implicites, qu'il fait à diverses parties du Pentateuque.

a) Séjour en Egypte (5-9).

Yahwé, voulant distinguer particulièrement Israël en Egypte, se manifeste k lui et jure de le retirer de ce pays pour le conduire vers un pays délicieux qu'il lui avait destiné. La seule condition qu'il lui imposa fut de rejeter ses idoles nationales et celles qu'il avait empruntées aux Égyptiens. Le peuple d'Israê! ayant refusé d'exécuter cette condition, Yahwé indigné, allait déjà accomplir sa perte, mais il se ravisa cependant en réfléchissant à l'atteinte qui serait portée à sa propre renommée aux yeux des païens, au milieu desquels Israël était établi et qui avaient été témoins de sa manifestation. Israël est ainsi sauvé, non par ses mérites, mais par une cause relative à l'honneur de Yahwé.

La correction du texte est parfaite à l'exception du membre de phrase Qpib '*T Xtt^NV Q"î ^^^^ double emploi avec xfi/NI 2PJ?^ n^D yiîb '*T> 6^6st repris de nouveau au verset suivant. Par contre, l'expression 3py^ nOJ^IÎJ analogue àj^^^ i^lî bxili^' de Jérémie, xxiii, 8, est garantie par le parallélisme de ^Kltt^'»» ^^ ^^ justifie nullement le doute que certains critiques ont émis sur son authenticité.

En ce qui concerne le style et la teneur du passage, on est tout d'abord frappé par l'expression «^t» ^HNl^i (r^ Nl2/Nl)» ^^^ '^^^ du mot usuel ^ny3l2/i' * j'^* j^^^ "• Étant donnée la certitude qu'il s'agit d'un récit du Pentateuque, on ne peut échapper à la conclusion que le passage modèle n'est autre que celui de

rjixode, VF, 2-1 3, passage sacerdotal où, à côté de n^n ^riXt^î» figure également l'expression saillante q,^^ VllXI' ^nvni3 = Dnb '*nj?^1i (Exode, vi, 2), qu'on chercherait en vain dans le Peutéronome et chez les auteurs dits yahwéiste et ancien élohiste. Une autre preuve est fournie par l'état psychologique de la narration telle qu'elle est formulée par le prophète, si on la compare à celle de l'Exode. Tandis que A raconte que les enfants d'Israël n'avaient pas écouté Moïse par suite du découragement et du dur travail dont ils étaient accablés (niyp maj^DI mn "IVpD» ibidem, 9), Ézéchiel transforme cette distraction, au fond excusable, en une rébellion préméditée. De plus, il intercale cpmme une chose qai va de soi ce fait, qu'en se manifestant aux Israélites, Yahwc leur a formellement transmis l'ordre de cesser le culte des idoles et représente le refus du peuple comme une décision prise dans le but de conserver l'idolâtrie. La colère de Yahwé et son adoucissement ultérieur sont les leviers habituels du prophétisme et Ézéchiel en a profité pour établir une sorte de parallèle entre la conduite du peuple à toutes les époques de son histoire. Mais, pour le sujet principal de notre étude, la dépendance d'Ézéchiel à l'égard de la narration si sobre et si naturelle de A n'est pas susceptible d'une ombre de doute ; tant pis pour ceux qu'un long préjugé oblige à fermer les yeux à l'évidence,

b) Séjour au désert (1 0-27).

Cette époque, dont Ézéchiel laisse la durée indéterminée, est divisée par ce dernier en deux époques différentes. Pendant l'une, les hommes mis en scène appartiennent à la/ même génération que celle qui séjourna en Egypte ; dans l'autre, il s'agit d'une nouvelle génération issue de la précédente. Cependant l'état général n'est guère changé, ni du côté du peuple, ni du côté de Yahwé. Il s'y introduit néanmoins certains accidents qui influent sur la marche des événements ultérieurs. Cette division repose naturellement sur la donnée du Pcntateuque suivant laquelle, à fort peu d'exceptions près, tous les individus sortis d'Egypte moururent dans le désert et ce sont leurs en-

lants seulement qui ont pris part à la conquête de la Palestine. Examinons successivement les passages qui ont trait à ces deux périodes.

Première période (10-17). De l'Egypte, Yahwé conduit son peuple dans le désert, où il lui donne des lois, instruments de vie pour l'homme qui les pratique, ainsi que l'ordre d'observer le repos du Sabbat, symbole de la sainteté qu'il lui a déférée. Mais les enfants d'Israël , fidèles à leur esprit d'idolâtrie et de rébellion , refusent de pratiquer la loi et profanent horriblement le Sabbat. Yahwé incline d'abord à lesexterminer tout à fait, cependant par égard pour l'honneur de son nom, il se ravise et se borne à leur annoncer par serment que l'ancienne génération n'entrera pas dans la terre promise. A propos du style, ce passage est encore plus abondant en expressions communes avec certaines parties du Lévitique, que quelques-uns attribuent à Ëzéchiel ; nous n'en parlerons donc pas. Nous nous arrêtons cependant à l'expression y-|xn bx amx X^an ^nbab^ développée de la forme intransitive 'j^ '^ j^^^ ^nbisb» ^^^ ^^ ^® trouve que dans les Nombres, xxxii, 8, et le Deutéronome, iv, 21 , passades assignés par les critiques à divers écrivains de l'exil, voire à une époque postérieure. Quant à la teneur, il importe de faire remarquer l'accusation lancée contre Israël d'avoir excessivement profané le Sabbat (iXD ibbn '»mn3ll^ DNl)- Le prophète rappelle évidemment l'épisode de l'Exode, xvi, 4-30. La manne fournit l'occasion de savoir si les Israélites s'empresseront de pratiquerles lois du Décalogue. Cette matière comestible, qui leur tenait lieu de pain, devait être cueillie pendant les cinq jours de la semaine, suivant les besoins quotidiens de chaque famille ; lé sixième jour on devait ramasser le double de l'ordinaire, afin de s'en nourrir le septième jour, celui du Sabbat, où il était défendu d'aller chercher la manne et de faire la cuisine. Malgré cette défense formelle, quelques Israélites sortirent du camp pour cueillir la manne, mais n'en trouvèrent point. Cette désobéissance fut l'objet de graves reproches de la part de Yahwé qui apostropha Moïse en disant : c Jusques à quand refuserezvous d'ob^tcrver mes commandements et mes lois » (-jj^ ^vf '•mm ^mVO lO^b nnjXD); ^^ transgression de quelques-

uns est rejetée sur le peuple tout entier et le comniandement du Sabbat est déjà généralisé sous la forme plurielle im>^ >mnV probablement parce que Tobservation du Sabbat présumait celle de tous les autres commandements. Ézéchiel suit avec soin ce procédé généralisateur et le complète en faisant usage du pluriel >mra2^, « nfies Sabbats », comme s'il s'agissait de plusieurs cas semblables. Mais l'harmonie entre la source et le résumé ne subsiste que lorsqu'on admet l'unité rédactionnelle de tout le passage précité de l'Exode ; elle disparaît au contraire lorsqu'on sépare avec les critiques modernes les versets 25-30 contenant les reproches des versets 23-24 qui portent la défense de préparer la nourriture le jour du Sabbat. En un mot, notre prophète avait sous les yeux un original identique au texte reçu et connaissait parfaitement la partie que les critiques susmentionnés considèrent comme l'œuvre de l'auteur sacerdotal.

Deuxième période {\ 8-27). La nouvelle génération est encore pire que l'ancienne. Malgré l'avertissement de Yahwé, le peuple néglige les commandements divins et profane le Sabbat. Dieu a de nouveau l'intention de l'exterminer et se ravise ensuite. Mais il fait serment de les disperser parmi les païens pour les punir de leurs méfaits. En attendant, il leur donne c des lois qui ne sont pas bonnes et des jugements par lesquels on ne vit pas» (ann W» nb a^IOBtt^l D^SID nb D^pn)etil les déclare impurs en faisant retirer tous les pretoiérs-nés. De leur côté, les enfants d'Israël ajoutent aux autres crimes celui du blasphème.

La source de toutes ces données historiques n'est pas difficile à trouver quand on sait que le prophète a l'habitude de créer un cadre systématique avec les éléments dispersés çà et là dans les récits pentateutiques qui appartiennent à la seconde époque du stage dans le désert.

1 . La profanation du Sabbat dont il est question au verset \ 3 est, sans aucun doute, le fait raconté dans les Nombres, xv, 32-37, relatif à un homme surpris à ramasser du bois dans le désert le jour du Sabbat, naturellement avec l'intention de faire cuire la nourriture. Ézéchiel, pour les besoins de sa thèse, a

simplement supprimé la peine de mort infligée à l'homme par toute la communauté dévote ; il généralise et transforme tout le peuple en profanateurs sabbatiques.

2. La nouvelle colère de Yahwé et son projet d'anéantir le peuple, suivi d'un adoucissement relatif bornant l'extermination à la génération présente formée des hommes qui sont sortis d'Egypte, ces trois événements se placent après le retour des explorateurs et sont relatés dans les Nombres, xiv, 11 -37.

3. L'affirmation de notre prophète que Yahwé avait annoncé sous serment dans le désert son intention de disperser Israël dans les pays étrangers, tire nécessairement son origine du Lévitique, XXYI, 1 4-46, qui fait partie de la législation du Sinaï, non du Deutéronome, xxvi, 1 5-68, qui appartient à celle de la plaine de Moab. L'emploi du verbe ,-pî, commun à ce passage lévitique et à Ézéchiel, vient corroborer cette origine déjà évidente en elle-même.

4. La constatation faite par Ézéchiel que, par suite des événements précédents, Yahwé donna au peuple, comme il l'exprime avec une certaine réserve, ce des lois non bonnes et des jugements dont on ne vit pas >, ou, en d'autres termes, des lois inutiles et insignifiantes en elles-mêmes, paraît au premier aspect trop hardie et peu fondée. Après réflexion, on s'aperçoit que les docteurs talmudiques les plus dévots n'avaient pas d'opinion différente au sujet d'un groupe de commandements dont le plus bizarre est celui qui se rapporte à la vache rouge (noix ms)' Nombres, xix, 1-22. Les docteurs y voient un ordre arbitraire (niîj)» n'ayant d'autre but que de rendre plus lourde la soumission du peuple. Ézéchiel a le mérite d'avoir discerné le premier ces éléments parasites de l'ancienne législation.

5. L'éloignement des premiers-nés du service du sanctuaire auquel Ézéchiel fait allusion au verset 26, est enregistré dans les Nombres, m, 44-51 . Comme les premiers-nés étaient destinés d'abord à exercer les fonctions du culte (Exode, xiii, 2), notre prophète regarde, probablement avec raison, cette retraite forcée comme un rejet pour cause d'indignité, c'est-àdire dans le langage rituel comme une déclaration d'impureté

légale ou de culpabilité permanente, ayant pour but de les désoler (ddb^x ÎJ?ob)-

6. Enfin, Taffirmation que les Israélites de cette époque avaient poussé Tinipiété jusqu'à l)lasphémer Yahwé (27) lait indubitablement allusion au fait rapporté dans le Lévitique, XXIV, 10-20. D'après ce passage, le blasphémateur était le fils d'un père égyptien et d'une mère Israélite. Le coupable fut condamné à mort et lapidé par le peuple, ce qui prouve l'horreur générale que cet attentat avait provoquée. Ézéchiel se tait de nouveau sur toutes les circonstances atténuantes et même favorables à la moralité de cette génération et en fait un grave objet de reproche [y.râce à son procédé de généralisation poussée à l'extrême.

Si on demande à quel genre de documents notre prophète a emprunté les renseignements qu'il fournit sur la seconde période du séjour d'Israël dans le désert, la réponse est facile à donner. Des six passages qu'il a eus en vue, cinq appartiennent à l'écrit sacerdotal seul, savoir deux au Lévi^ique (xxiv, 1 0-20 ; XXVI, 14-46) et trois aux pièces sacerdotales des Nombres (jïï, 44-51 ; XV, 32-36 ; xix, 1-22). Un seul passage se trouve à la fois dans les Nombres (xiv, 11-37) et dans le Deutéronome (i, '^4-35), mais comme le verbe ^^ XK/3» ^^ fréquent chez Ézéchiel, ne figure que dans le premier, on est autorisé à proclamer que les six passages qui lui ont servi de sources historiques ont leur origine dans le document sacerdotal que l'école Graf-Wellhausen déclare ne pas avoir été connu avant Esdras !

c) Établissement en Palestine (28-32).

En prenant possession de la terre promise, les enfants d'Israël, loin d'abandonner leurs faux dieux, leur consacrèrent un culte perpétuel sur chaque haut lieu et près de tout arbre touffu, culte dont l'impureté est rehaussée par les sacrifices d'enfants. La défense absolue d'employer ces deux formes cultuelles se trouve dans le xii* chapitre du Deutéronome et tout spécialement aux versets 1-14 et 29-31 . Mais s'il est évident qu'Ézéchiel s'est surtout inspiré de ce passage, il est également sûr

que ses lectures du Lévitique s'y sont mêlées d'une manière perceptible, car au lieu de l'expressio)) deutéronomique n^-| y^ {ibidem^ 2), Ézéchiel fait usage de l'expression nîay V^ qui est particulière au Lévitique, (xxiii, 40), et qui a été aussi empruntée par Néhémie, viir, 1 5.

d) Prévisions d'un meilleur avenir.

La captivité n'est qu'une punition passagère. La fusion dans la masse des nations païennes désirée par un grand nombre d'Israélites ne sera pas réalisée. Yahwé les retirera de la captivité et les amènera dans le désert pour les traiter comme il avait traité anciennement leurs ancêtres en sortant d'Egypte. Les incorrigibles qui retourneront à Babylone en seront retirés de force, mais n'entreront pas non plus dans la terre d'Israël ; ils périront donc dans le déserc comme les anciens contemporains de l'Exode, pendant que les moins obstinés, en repeuplantJa Palestine, consumés de remords, auront la consolation de regagner la faveur de Yahwé. Cette dernière division n'est pas non plus dépourvue d'intérêt au point de vue de notre recherche comparative, car elle nous offre les expressions caractéristiques

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qu'une fois dans la Bible, savoir dans le Lévitique, xxvii, 32, et l'autre exclusivement dans les parties du Pentateuque que les critiques modernes, y compris M. Strack, assignent sans hésitation à l'auteur sacerdotal (Genèse, xxvi, 7 ; xxviii, 4, xxxvii, 1 ; Exode, vi, 4) !

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