E. —XIV
Je crois inutile de refaire le commentaire que j'ai donné ailleurs de ce passage important*; je me borne à dire un mot sur deux points principaux qui intéressent la présente étude.
Les trois personnages que le prophète mentionne comme des modèles de vertu sontnji bx^iT ^^ 3VN- Aucun doute n'est possible au sujet de l'identité du premier avec Noé (nî), le patriarche du déluge, d'après la Genèse. L'authenticité de la leçon 3VN» ^^® j'avais suspectée dans ma première étude, a été rendue inattaquable par suite du passage hébreu de l'Ecclésiastique publié l'an passé'. Dans l'étude que je lui ai consacrée, j'ai prouvé, d'une part, que le livre de Job est antérieur à Jérémie, de l'autre, qu'il est postérieur au document A de la Genèse, dont il emprunte les idées et les expressions caractéristiques. En ce qui concerne enfin le nom écrit ^^^3*1, je maintiens plus que jamais qu'il représente le patriarche antédiluvien Hénoch, n^jn> que la Genèse fait enlever par les Élohîm à l'âge de 365 ans (Genèse, v, 24). La cause de l'altération me paraît maintenant résider dans la forme abrégée 'j|-|, sous laquelle ce nom était écrit dans un ancien texte. Un scribe ayant trouvé la première lettre fruste, crut voir 'j*|, qu'il compléta en ^X'J^'- ^' ^" résulte qu'Ézéchiel a parfaitement connu et exploité le tableau généalogique des séthites que les critiques attribuent à l'auteur sacerdotal.
Le second point a trait aux moyens dont la Divinité se sert dans le but de détruire les nations criminelles ; ce sont la guerre, (]3in> «l'épée»), la famine (2W")), les bêtes féroces (nj^T iTn)' la peste (n;j*i). Si le prophète, qui connaît Noé, n'y ajoute pas le déluge comme un cinquième facteur de destruction radicale, c'est, évidemment, qu'il savait par la Genèse, ix, 8-17, qui
1 J. Halévy, Recherches bibliques, t. I, Paris, 1895, p. 103 et suiv.
2. J. Halévy, Étude sur la partie du texte hébreu de l'Ecclésiastique récemment découverte^ Paris, 1897, p. 72-23.
3. Voir, sur les observations analogues, Perles, Analekten zur Texthritik des Alten Testamentes, Mûnchen, 1895.
est cependant un morceau sacerdotal, qu'une telle peine, naturellement irréductible à une seule contrée, grâce au serment de Yahvvé, ne peut plus être infligée à l'humanité quel que soit le degré de sa culpabilité.
Faisons provisoirement abstraction de la mention d'Hénoch qui laisse encore place au doute et contentons-nous du résultat général et incontestable, qu'Ézéchiel est influencé par la donnée de l'auteur A relativement au dernier épisode du déluge.
F. — xviii, 8, 13, 17; XXII, 12.
Dans ces versets nous relevons les expressions ng/i^ |n3» € prêter à intérêt >, rT'Sin npb» * recevoir un profit d*un prêt », et n^3^ni "Ill^i npb» * recevoir de l'intérêt et du profit p . Ces sortes de transactions sont considérées par le prophète comme des actes criminels, circonstance qui oblige à conclure qu'ils étaient défendus par une loi généralement reconnue. Or, cette loi se trouve à la fois dans le Deuiéronorae, XXIII, 20-21, et dans le Lévitique, xxv, 36 et 37 ; dans ce dernier verset, il faut lire n^;nn ^^ '^^^ ^^ rT*DlD» ^P^ ^^ d'ailleurs de la même racine. Mais, tandis que les trois expressions que je viens de signaler figurent littéralement dans le passage du Lévitique, le Deutéronome ignore le terme n^ilD' et fait usage d'un verbe n^ji^n ^^^^^ ^^ ^^^ ^^ complément direct -jijf^. N'en ressort-il pas jusqu'à l'évidence qu'Ézéchiel
a fait un simple extrait du code lévitique qui a été accepte de son temps comme revêtu d'une autorité incontestable?