‹ Recherches bibliques (volume 2)Chapitre 94 sur 140 · E. — IV · texte numérisé non relu

E. — IV

LMntelligence exacte de ce groupe a été obscurcie par déplacement du verset 4 qui se trouvait primitivement en têi Lorsque la misère et la famine auront accompli leur œuvi le Seigneur lavera (yni^ tX P^^^yPIT DS) '®® immondices c filles de Sion el nettoiera le sang versé dans Jérusalem p une pluie torrentielle {t\^^ DtS^JJZl P^'^^ ÛBB^D Pins) ^^ f un vent ravageant afin qu'il n'en reste plus de trace. Pu tout sera changé. Au lieu de la désolation actuelle, Yah^ fera croître des plantes magnifiques produisant des fru excellents qui feront la gloire du reste de son peuple. Ce res limité à ce moment à Jérusalem seule, sera appelé c saint à Jérusalem, tout sera inscrit (^'jnS rfTD P^"^ 3inDn \ sur le registre divin pour la vie, c'est-à-dire pour vi^ longtemps, Yahwé mettra même ses élus à l'abri des phéi mènes atmosphériques nuisibles comme la trop grande c\ leur, les ténèbres épaisses, les fortes pluies. Ce tableau, qui emprunté à une ancienne description eschatologîque de la de3 bienheureux auprès des Dieux, forme sous la plume d'Isj un groupe de métaphores vidées du sens matériel et n'ayf d'autre but que d'exprimer la sollicitude paternelle de Yah pour le reste amendé de son peuple. Isaïe transforme l'escl tologie païenne d'outre-tombe relative au sort du juste dr nisé, en un avenir matériel. Les élus auront leur Olympe g cette terre dans la Jérusalem moralement épurée. Ce ne sen pas des dieux lares, mais des hommes en chair et en os me leurs que leurs prédécesseurs, en un mot, des saints, L'ic de sainteté, quand il s'agit d'un être créé, ne comporte f chez les auteurs hébreux celle d'impeccabilité (Psaumes, x; 3; cvi, 10; Job, xv, 15). On ne sait vraiment pas comme M.Duhmapu motiver l'origine non isaïque de cette pij par la raison qu'un prophète qui compte sur une royauté sur des agriculteurs diligents (xxxii, 20), ne pouvait te pour possible ni pour désirable l'état permanent de saint de chaque particulier (Ein Prophet, der auf ein Kônigthum u

Enfin, dans la description du sorfc des élus, Isaïe réfléchit le récit relatif à la marche protectrice de Yahwô devant son peuple (Exode, 21-22).

Isaïe avait prédit à Achaz l'invasion assyrienne (vu, 1 7) et en même temps l'anéantissement de cette armée près de Jérusalem (x, 6-34) ; il procède ensuite à faire une description idéale du règne qui suivra cette catastrophe. La racine de Jessé produira un nouveau rameau, c'est-à-dire, un nouveau David. Ce roi sera rempli de l'esprit de Yahwé et possédera toutes les bonnes qualités : sagesse, bravoure et piété. Quand il lui faudra sévir (iPlOnVP^"'' IfT^nm)» ^' "^ s® laissera pas induire en erreur par les apparences ; doux envers les pauvres et les humbles, il châtiera sévèrement les superbes (v^in pour y-|j<) et les coupables; la justice et l'équité seront la cause de sa puissance. Les bêtes féroces {= les hommes aux mauvais instincts) vivront en paix les unes avec les autres et ne feront aucun mal dans l'étendue de Jérusalem, qui renfermera no- . toirement le noyau du nouvel Israël, car la connaissance de Yahwé (= le sentiment de la vertu) y débordera partout (6-9). La renommée du roi se répandra au loin, les peuples chercheront à le connaître et sa résidence deviendra un objet de gloire (10). Alors Yahwé lèvera (t)^j> pour ^'»dv) P^^^ 1^ deuxième fois sa main pour reprendre possession du reste de son peuple qui vit disséminé aux quatre coins de la terre (1 0- 11). La jalousie des voisins à l'égard d'Éphraïm disparaîtra; les oppresseurs de Juda seront exterminés ; l'entente sera également rétablie entre les deux moitiés de la nation. Éphraïn) et Juda réunis feront du butin dans les pays des anciens ennemis d'Israël, l'Arabie, la Philistée, l'Idumée, la Moabitide, TAmmonitide. Pour faciliter le retour des exilés, Yahwé fera disparaître le golfe d'Egypte et partagera l'Euphrate en sept wadis qu'il mettra par moments à sec, afin de les transformer en une route commode pour le reste de son peuple qui se

sera conservé en Egypte (ajouter : ta^lVlOû) ®t en Assyrie n S3

VH!Û) po^^ TIB^XO)' ^^^^ Q^î sera pareille à celle qu'Israël •courut lorsqu'il sortit d'Egypte.

Malgré l'allure régulière de cette description, M. Duhm dmet comme authentique que le groupe 1-8, qu'il sépare illeurs sans la moindre raison des pièces précédentes et vantes, qui sont traitées d'additions postérieures. Sait-on irquoi- le verset 9 doit être séparé du verset 8? C'est que sujets des verbes dans 9 a doivent être les loups et les mous, etc., ce qui ne convient pas, car ceux-là n'ont pas la maissance de Yahwé. Mais cette incompatibilité prouve lement que, par l'image des animaux doux ou féroces, [e a entendu des hommes. Un argument encore plus stupé- \t est que 9 a est en contradiction avec 4, ou que, dans le de l'innocence parfaite des habitants, l'administration de ustice et notamment la fonction royale seraient superflues. is € ne pas pratiquer le mal » et « être incapable de le e » sont deux choses très différentes : la connaissance de 01 de Yahwé ne prémunit pas toujours contre les tentations les révoltes momentanées inspirées par l'intérêt, car dans conception hébraïque la perfection morale n'appartient me pas aux anges. Après ce faux point de départ, M. Duhm se à des considérations exégétiques et historiques qui nt pas de meilleure base.

I ) L'expression c pour la seconde fois » montrerait que le mier retour sous Cyrus se trouve déjà derrière l'auteur, >I1 ublié que les Achéménides postérieurs n'ont jamais em- ;hé les Israélites de retourner dans leur pays, et que ce sont derniers qui, à l'exception d'un petit nombre, ont préféré ester. La politique assyro-babylonienne cherchait, au conire, à retenir les captifs et à établir dans leur pays des onies étrangères; c'est alors que l'intervention miraculeuse Yahwé était indispensable. Naturellement, par le mot Hjf, Isaïe fait allusion à la sortie d'Egypte, ainsi qu'il le dit nellement au verset 16.

i) M. Duhm déclare le verset 1 0 plein d'incohérences qu'on saurait attribuer à Isaïe. En effet, une racine qui se tient ►out pour servir de drapeau, qui est consultée par les nais et dont le repos est glorieux, serait une image insuppor-

table si on ne savait pas par le verset < qu'il s'agit du rameau fraîchement poussé de la racine laissée par Jessé, c'est-à-dire du roi futur de Jérusalem. La remarque que c la racine de Jessé > doit signifier l'ancêtre de Jessé, prouve également que l'auteur né craignait aucune équivoque pour les lecteurs du premier verset de cette péricope.

3) Cette interpolation tardive aurait reçu, d'après M. Duhm, des interpolations encore plus tardives. C'est d'abord l'énumération Patros, Kous, Elam, Sin*ar, Hamath et les îles de la mer dans le verset 1 1 , comme si le commerce des esclaves n'était pas exercé depuis la haute antiquité par les peuples conquérants ou coloniaux, tels que les Assyro-Babyloniens, les Syriens et les Phéniciens. C'est ensuite la seconde partie du verset 13. Ici M. Duhm nie avec raison que cette partie soit le développement de la première, mais en réalité l'une s'occupe des ennemis extérieurs qui sont jaloux d'Éphraïm à cause de la fertilité de son territoire, comme les peuples transjordaniques et les Damascéniens, ou cherchent à opprimer Juda comme les Philistins et les Iduméens ; l'autre a trait aux querelles intestines entre les deux peuples frères. En affirmant que l'histoire préexilique ignore le moindre acte de jalousie d'Éphraïm à l'égard de Juda, il ferme les yeux sur l'édit de Jéroboam qui défendit aux Israélites de faire des pèlerinages à Jérusalem (I Rois, xii, 26-29)-, les entreprises hostiles de Juda contre le royaume du nord sont attestées par l'histoire pour l'époque d'Achaz où ce roi sollicite le secours des Assyriens au détriment de son rival (ibidem, xvi, 7-8). Ce recours aux étrangers a certainement commencé avant la coalition des Israélites et des Syriens, qui aboutit à l'avortement du siège de Jérusalem (ibidem^ 5; Isaïe, vu, 1). On sait qu'Isaïe n'augura rien de bon de cette tentative de faire intervenir l'Assyrie dans les affaires de la Palestine (vu, 17-19).

4) Enfin, M. Duhm fait remarquer que l'interpolateur anonyme a dû trouver un vif plaisir dans les sons répétés des mots "IWND liW^ liyx? encore renforcés du -^^^ précédent et du -ntfjo suivant {Das Klangspiel "nBfxlÛ "INll^^ "lE'N ^^^^ verstàrkt durch vorgehendes -|xiî^ ^^^ nachfolgendes niyxD scheint dem Verfasser viele Freude zu machen). Il ne nous

de jeter au fleuve les nouveau-nés du sexe masculin. Enfin,

la formule ^nn D^îs' injH bv ^^ ^^jm — annm est

sans aucan doute empruntée au verset de l'Exode, xiv, 21 ,

Dnp nn3 D^^ nx mn*» -jbvi ï3^^ bjr it dn nit^û tû*»!

n3in^ D\T nK DB^I nty* ^^^ second livre du Pentateuque avait la même disposition que le texte traditionnel.

Ce résultat n*est déjà pas à dédaigner, mais il y a mieux dans le morceau 1-10, que personne ne conteste à Isaïe. Au verset 4, nous rencontrons la construction pi>f3 ^aijf que, si l'on excepte les poèmes postexiliques. Psaumes, ix, 9 ; xcvi, 13; xcviii, 9, qui sont tirés de notre passage, on ne trouve que dans le célèbre dicton nn^Dy DESl^n p1V3' * ^^ jugeras ton semblable avec justice », du Lévitique, xix, 15. Notons que cet ordre législatif est précédé de la défense de n'avoir d'égards ni pour le pauvre ni pour le riche ; l'ordre général de juger tout le monde avec une impartialité parfaite se trouve donc en situation. Chez Isaïe, les régimes du verbe p1V3 fâQiyV ^ î' jugera avec justice », sont les pauvres, Qi'^T ; la raison de cette spécification est naturellement dans cette circonstance qu'au temps qu'il vise, le petit reste concentré à Jérusalem ne se composera que de pauvres; toutefois, la construction isaïque est visiblement moins bien bâtie que celle du Lévitique; le calque est toujours inférieur au modèle.

Un intérêt de la même importance doit être aussi attaché aux versets 6-8 prédisant la disparition de la nocuité des bêtes féroces. Bien que cette description soit au fond purement métaphorique, la figure : pn bSN^ 1p3D HnNV « ^t le lion, comme le gros bétail, mangera de la paille » (7), dénote manifestement l'influence de la donnée de la Genèse, i, 30, d'après laquelle tous les animaux, sans exception, étaient destinés à se nourrir d'herbe. Jsaïe pensait donc que, sous le règne du futur roi juste, tous les êtres vivants retourneraient à l'état d'innocuité où ils se trouvaient au moment de la création, donnée qui est notoirement particulière à l'écrivain réputé sacerdotal. Un Isaïe qui exploite une légende du pre-

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