Yahwé dit : Tu es donc bien en colère
5. Jonas était sorti de la ville et s'était installé du côté de l'est. Il s'y construisit une hutte (et décida de) séjourner dessous, à l'ombre, jusqu'à ce (ju'il voie ce qui arriverait dans la ville.
6. Yahwé Élohîm commanda à un qiqayon (une plante grimpante, ricin), et celui-ci s'éleva au-dessus de Jonas pour lui donner de l'ombre sur la tête, afin de diminuer sa mauvaise humeur. Et Jonas se réjouit extrêmement de la présence du qiqayon.
7. Le lendemain, au point de l'aube, Dieu commanda à un ver, et celui-ci piqua le qiqayon qui se sécha.
8. Lorsque le soleil brilla. Dieu commanda à un vent brûlant de l'est, et le soleil donna sur la tête de Jonas, qui tomba en défaillance au point qu'il désira mourir, en disant : La mort est pour moi préférable à la vie.
9. Dieu dit (alors) à Jonas : Tu es donc bien en colère h cause du qiqayon ! (Jonas) répondit : Je suis bien en colère au point (de souhaiter) la mort.
10. Yahwé répliqua : Tu regrettes la perte du qiqayon qui ne t'a coûté aucun travail et que tu n'as pas élevé, qui se produisit dans une nuit et disparut dans une nuit.
1 1 . Et moi je ne regretterais pas Nînive, la ville immense, qui renferme plus de douze myriades d'êtres humains (= d'enfants) qui ne savent pas distinguer entre la main droite et la main gauche, ainsi qu'une multitude d'animaux (innocents)!
GOMMElHTÂmE
1 • Le démenti éprouvé par sa prédiction déplut fortement à Jonas, qui se fâcha tout rouge à la pensée que tout le monde le prendrait pour un faux prophète.
2-3 . Dans sa prière, Jonas exprime d'abord le regret d'avoir été chargé d'une mission qui, maigre sa forme précise annonçant la ruine de la ville après quarante jours, était d'avance destinée à un échec certain par suite de la miséricorde infinie de Dieu ; ensuite il demande la grâce d'échapper par la mort à l'humiliation devant les hommes et à ses propres yeux. L'égoïsme blessé va souvent à cet extrême.
4. A cette exalté d'amour-propre, Yahwé oppose une interrogation ironique : « Tu es donc bien en colère? », puis le laisse en plan sans attendre sa réponse.
0-6. Ces versets fournissent un nouvel exemple de la manière particulière à notre narrateur de réserver pour plus tard un détail qui avait lieu plus tôt (i, 10). Après avoir traversé la ville en trois jours, Jonas n'avait pas autre chose à faire qu'à s'installer aux environs, afin d'attendre que le délai de quarante jours soit écoulé et que la catastrophe s'accomplisse. La révocation de Tarrêt par Yahwé n'a pu non plus lui devenir manifeste qu'après l'écoulement des quarante jours de délai sans que le cataclysme ait eu lieu, lin un mot, le récit relatif à la construction de la hutte par Jonas en dehors de la ville avait sa place adéquate entre les versets 9 et 10 du chapitre précédent, mais le conteur a préféré le joindre au détail important du qiqayon, dans lequel la captation de l'ombre constitue le grand souci du prophète, ce qui ne manque pas d'être un trait piquant dans une histoire où il s'agit de la vie de milliers d'hommes. Tous les verbes de ce verset doivent donc être pris dans le sens plus-que-parfait : « était sorti, avait quitté » ({<v^i), « s'était établi » (aa^l)» « s'était coos-
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Iniit » (Y^ tt^y^^), « jusqu'à ce qu'il eût vu ». Il va de soi
que, dans la pensée du narrateur, Jonas avait quitté la ville le dernier jour du délai. Jusque-là, il resta dans le quartier opposé à celui par lequel il avait fait son entrée; venu de Pouest, son parcours se fit de Touest à Test, et, en sortant de là, il se trouva à l'est de la ville ("i^y^ mpD)» ^^^ î' "^ P^"" vait retourner sur ?es pas de crainte d'être atteint par la catastrophe.
La nature de la pjrjQ et l'expression n^Tinri Slî^'l ^^^ ^^^ expliquées plus haut. C'est à la maigre ombre ('^5^2 ii^^nque dans les Septante) de la hutte que Jonas passa la première journée d'attente, d'autant plus satisfait qu'il se vil subitement ombragé par un qiqayon vert et touffu qui penchait son feuillage juste au-dessus de l'endroit où se trouvait sa tête. Cela arriva par l'ordre de Yahwé, qui voulut le garantir (de la chaleur) qui commençait à l'incommoder (inj^lD ib b^^nb)- ^^ lieu de ^^ b^vnb' ^^ inclinerait à lire V^'j^^rfj. Ce membre de phrase convient très bien dans ce contexte, où il ne s'agit nullement de la mauvaise humeur dont il a été question au verset 1, qui rapporte un fait en réalité postérieur (contre W.).
7. Le conteur reprend le fil du récit interrompu par la parenthèse précédente. La colère indue de Jonas a détermin(3 Yahwé à lui donner une bonne leçon en faisant périr le qiqayon par un ver; le lendemain matin, il n'en resta plus qu'un amas de brins secs. Le verbe n3n> * frapper, » signifie aussi
t tuer, faire périr » (Exode, 11, 11-12).
8. Lorsque le soleil se leva, Dieu fit souftler un vent brûlant (lire n^-pin 2LU lieu de n^tt^nn » ^^' D^Tin» ^ '^^"^ arides, brûlés par le soleil, > Jérémie,xvn, &), pendant que les rayons du soleil donnèrent tellement sur la tête de Jonas qu'il s'en est senti gravement incommodé (c^'^yn"*!) ^^ souhaita la mort pour lui-même (mob 112^3 nNbNlî^i; cf. 1 Rois, xix, 4). — '^no ^mo 31D> <^omme au verset 3.
9. A cette réitération de la formule de l'extrême exaspération. Dieu répète son interrogation ironique du verset 4, mais cette fois il attend la réponse de Jonas, et celle-ci est affirmative
et même renforcée par l'adverbe np ^ly» H^^ résume la substance de sa prière (verset 3).
10. C'est alors que Yahwé lui donne la leçon qu'il a méritée et dans laquelle la vilenie et la petitesse de Tégoïsme humain — car Jonas représente au fond la meilleure partie du genre humain — rendent d'autant plus éclatante la magnanimité divine. Si la perte du qiqayon, plante sauvage et éphémère, te cause tant de chagrin, comment veux-tu que la perte d'une ville immense, qui renferme des myriades d'enfants innocents et d'animau;x paisibles, ne me cause pas de regrets? ce qui s'ajoute de soi : « Au lieu de faire périr les innocents dans le cataclysme général, ne vaut-il pas mieux pardonner aux coupables qui se convertissent à la dernière heure? »