René Basset, t6tdem, p
destinée. Urezbwa \e& récotnpensa en leur accomant les meilleurs cadeaux, la sagesse et les richesses.
Je recommanderai aux critiques modernes de méditer quelques instants sur ce conte Ba^Yéyé. Ces sagaces logiciens qui trouvent naturel que le narrateur de Genèse, ii, en feisant former Adam d'un morceau d'argile, doit avoir fait empmnt h une légende babylonienne arrivée par hasard à sa connaissance ; je leur demanderai si le conteur hottentot, qui fait égaléaient former les hommes d'une boule d'argije, a reçu, lui aussi, aoe inspiration babylonienne? Je leur demanderai en second \im si en déclarant que le protoplaste biblique, parce que formé d'argile fut nécessairement un être dénué d'intelligence, ils pensent sérieusement à abaisser le conteur de la Geffèee audessous du conteur Ba*Yéyé qui considère la sagesse comme le plus précieux des dons divins? Gela est d'autant fAm éton* nant de leur part qu'Éabani dont ils parlent tant, (ait également avec de Targile par la déesse Arura, fet le sage conseiller du héros Gilgameà, au point que, même après sa mort, ce dernier trouva utile d'évoquer son ombre pour apprendre d'elle les secrets de Toutre-tombe. L'intuition du savoir est aussi inhérente au protoplaste égyptien pétri d'argile tout amâ bien que les autres. Personne n'a jamais pensé à lui dénier cette qualité distinctive. Pour ces trois protoplastes, il n'est nulle part question de l'intervention du souffle divin. £h bien, l'Adam de la Genèse qui reçoit ce souffle comme trait distincttf des animaux, serait précisément le phis mal partagé de ses pareils dans les trois légendes qui viennent d'être mentionnées et aurait été un être privé de savoir !
Dans la seconde partie de son récit, le conteur *Ba-¥éyé offre à son insu une version originale du' problème relatif à l'origine de la mort. Bien qu'aucun peuple du monde n'envisage la mort comme la cessation complète de la vie^ la disparition fatale de Têtre humain par la mort présente une crueUeénigaie qui demande à être résolue. Voilà comn>ent lo po^ holt^iitot crut y parvenir : Urezhwa demeura quelque temps au mttea des hommes et prit femme parmi eux. La femme étc^it tombée malade, il partit pour chercher une médecine après avoir laissé des ordres aux hommes que, si elle vient à maorif , ils cou-
âerrent le e&davre et ne le jettent pad. Son intention éta fa reaattôciter et de les redeusciter emuite eux-mêmes quai niouftaient. Mais les Ba-Yéyé, voyant le corps se décoi ser, perdirent patience et le jetèrent. Par suite de cette c béissance, Urezhwa annonça aux hommes que, lors( seraient morts, ils ne reviendraient plus. Et dès ce morne laissa les hommes et s'en alla aux cieux où on entend sa et on Taperçoit passer rapidement avec une grande lum trait qui le caractérise comme un dieu du tonnerfe ( réelair.
Le récit qui vient d'être analysé provoque trois rappro ments d'un grand intérêt. D'autre part, l'union du dieu ce avec une femme mortelle rappelle directement les anr analogues des dieux grecs, qui produisirent une séri héros puissants par le sang divin qui coulait dans leurs ve et cependant de nature mortelle du côté de leur mère. Benê-ha-Élohîm qui, d'après la légende hébraïque, époi les filles des hommes et procréent des géants (Gen., vi, ^ appartiennent, eux aussi, à ce genre dMmagination primi Le narrateur dés Ba-Yéyé a-t-il été illuminé par des ra mystérieux venus dé Grèce et de Palestine ou bien d Babylonie, leur prétendu foyer commun? J'adresse question aux critiques centralisateurs, sans l'espoir d'ob une réponse.
Nous ne serons probablement pas mieux exaucé en rapp< à nos contradicteurs que la traversée du fleuve en barque tJreZhWa pour chercher une médecine à l'effet de faire re^ fa femme morte se rapproche singulièrement de la traversé fleuve de la mort entreprise par Gilgames pour obtenir I^h de la vie. Nous renonçons à leur demander si le célèbre h babylonien a sur ce point une accointancc insoupçonnée rUrezhwà Ba-Yéyé. Ils trouveront peut-être un subterfuj côté, une réponse directe, jamais.
D'autre part enfin, on voit dislinclement que le penseur tentot, tout aussi bien que le narrateur de la Genèse, prés eMâtne cAUse à» la mort l'acte de désobéissance comn^is les premiers hommes contre le commandement du dieu créât la différence des circonstances matérielles perd toute sig
cation en comparaison de la pensée morale qui anime les deux versions. Je suis donc autorisé à demander malgré tout aux mêmes critiques s'il y a encore, de la part du poète noir, un de ces multiples cas de remaniement iju'ils flairent dans Genèse, II, à regard du récit babylonien d'Adapa? Un mot instructif serait reçu avec gratitude.
Je me hâte d'ajouter que les autres tribus hottentotes, les Namaqua.et les Nama, sont en possession d'une autre légende expliquant pourquoi on ne revient pas après la mort. Mais, ces tribus, moins heureuses que les Ba-Yéyé, n'ont pas encore vu surgir leur Platon. En attendant, elles restent dans le monde de la fable pure :
l'origine de la mort
{Légende Grand^Namaqua.)
c La lune meurt et revient à la vie. Elle dit au lièvre :
ce Va trouver les hommes et dis-leur :
« De même que je meurs et que je reviens à la vie, de même vous devrez aussi mourir et ressusciter.
a Le lièvre alla trouver les hommes et leur dit :
€ De même que je meurs et ne reviens pas à la vie, de même vous devez mourir et ne pas ressusciter.
€ Lorsqu'il revînt, la lune demanda :
€ Quel message as-tu porté aux hommes?
€ — Je leur ai dit : De même que je meurs et que je ne reviens pas à la vie, de même vous devez mourir et ne pas ressusciter.
« Quoi! cria la lune, tu as dit cela !
€ Elle prit un bâton et le frappa sur la bouche ; alors elle se fendit. Le lièvre s'enfuit et court encore. »
Première variante. — Conte Nama.
c On raconte que la lune envoya un jour le pou aux hommes et lui dit :
« Va trouver les hommes et dis^leur de ma part :
« J'ai coutume de mourir et ensuite de revivre, vous aussi, vous mourrez et vous revivrez.
« Il se mit en route. Le lièvre le rencontra en chemin et lui demanda :
€ Que vas-tu chercher?
« — Je suis envoyé par la lune vers les hommes pour leur annoncer de sa part :
a Moi-môme, je meurs et je revis ; vous aussi, vous mourrez et vous revivrez.
a Le lièvre lui dit :
a Tu marches difficilement ; j'y vais.
€ En parlant ainsi, il courut vers les hommes et leur dit :
€ Je suis envoyé par la lune pour vous mander : Moi, j'ai l'habitude de mourir et de revivre, vous mourrez et vous resterez morts.
a II revînt vers la lune et lui rapporta ce qu'il avait dit aux hommes.
€ — Je ne t'ai pas chargé de rien dire aux hommes, dit la lune, et, en colère, elle prit un bâton et le frappa sur le nez.
€ Depuis ce jour, le lièvre a le nez fendu*. »
Le couleur Grand-Namaqua met en connexion le phénomène quotidien qui fait disparaître la lune le matin et réapparaître le soir avec la mort et la résurrection de l'homme. Selon lui la lune, déesse* céleste, qui a le pouvoir de ressusciter après sa mort mi-journalière, est disposée à partager avec le genre humain son privilège à cet égard. Et cependant l'homme meurt et disparaît à tout jamais. Comment la volonté divine a-t-elle pu être frustrée? Une idée illumina le fabuliste- Si l'homme ne revient pas à la vie, la faute en est au malheureux choix d'un messager rusé et menteur. Le lièvre joue en Afrique le rôle du renard dans nos fables; il est pétri d*astuce et de malice. Ayant été mandé par la lune pour annoncer aux hommes que s'ils meurent, ils ressusciteront quelque temps après, comme la déesse elle-même, le lièvre méchant dit au contraire que la lune leur annonce qu'elle entend garder
i. René Basset, i6idem, p. 255-256.
2. Probablement un dieu mâle comme chez beaucoup d'autres peuples.
le privilège cie la résurrection pour elle aeule^ et qu'eux morts ne reviendront plus à la vie. Ce message m peut que mettre dans le coeur des hpmnnes une grande animo^ité cootre la déesse, et de ce moment, la résurrection fut perdue pour te hommes. Quant au messager infidèle, il eut la bouche fendue par un coup de bâton que la lune lui administra. Il a été quitte à bon marché.
La variante^ N^ma conserve le même fond, elle ne diffère qu'en ceci que le lièvre escamota le message au vrai envoyé qui était le pou^ Ce vil insecte est le compagnon intime de rhomme ignorant l'avantage de la propreté. Il fut donc choisi pour apporter la bonne nouvelle à l'homme. On connaît le reste.
La seconde variante appartient aux légende» de la tribu desTchwi. Elle diffère des précédentes par une partie introductoire et par quelques autres particularités.