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L’ÉCORCE DU CAIL-CEDRA

(S WIE TEMA SENEGA LENSIS).

Les travaux importants de MM. Pelletier et Caventou, sur les alcalis végétaux , excitèrent vivement l’attention des chimistes ; beaucoup de plantes indigènes et exotiques furent soumises à l’analyse, et la médecine, dès ce moment, vit la thérapeutique s’enrichir de plusieurs médicaments héroïques.

Après la découverte du sulfate de quinine, l’on s’appliqua à trouver un médicament analogue dans quelque végétal indigène qui pût suppléer, sinon remplacer, ce médicament précieux ; mais tous ces efforts furent infructueux : le sulfate de quinine resta toujours le fébrifuge par excellence.

Cette voie d’investigations, couronnée de peu de succès, fut délaissée peu à peu, et depuis plusieurs années la thérapeutique ne s’est enrichie que d’un très petit nombre de médicaments nouveaux et efficaces. Je puis me tromper, mais j’ai toujours pensé que le rôle le plus beau de la chimie était de venir en aide à la médecine et de tendre ainsi à soulager l’humanité souffrante. Ce chemin est peut-être moins brillant à suivre maintenant que MM. Suerterner, Pelletier et Caventou, Robiquet, etc., l’ont frayé d’une manière si profitable à tous; mais je le crois encore plus utile que bien d’autres, et c’est à ce titre q' e, comme pharmacien , je désire m’y adonner plus particulièrement.

Le travail que j’ai l’honneur de soumettre à mes juges est loin d’avoir toute la portée que je lui aurais souhaitée, mais il peut ramener les idées

vers ce genre de recherches, et j’aurai peut-être ainsi rendu quelque service : car, on le sait, les bons quinquinas deviennent rares et fort chers ; depuis longues années leur exploitation, dans les forêts où ils croissent, équivaut à une véritable dévastation, et il est à craindre que ces précieuses écorces finissent par nous manquer, ou du moins à devenir d’un prix tellement exorbitant, que le sulfate de quinine ne serait plus abordable que par les classes les plus élevées de la société. Et ce que je dis ici n’est pas exagéré ; pour s’en convaincre d’une manière plus complète et pour apprécier tout ce que nos craintes ont de fondé à ce sujet, on n’a qu’à tire le rapport de M. de Jussieu sur le voyage de M. Weddel dans les pays à quinquina.

Ces réflexions m’avaient frappé dans le cours de mes études, c’est pourquoi je m’étais toujours dit que mes travaux chimiques seraient dirigés dans cette voie ; heureux si je puis aujourd’hui y tracer un sillon de quelque utilité pour la médecine et la pharmacie.

Le plus puissant fébrifuge que nous ayons jusqu’à présent a été trouvé dans des pays où les fièvres ont une grande intensité ; c’est un bienfait de la Providence dont on ne peut méconnaître l’intention. Cependant l’Amérique du Sud, les Antilles, ne sont pas les seuls pays où la fièvre fasse tant de victimes : l’Afrique, les Indes, sont des contrées où cette cruelle maladie règne avec force. 11 doit donc exister aussi, dans ces pays, des plantes, des arbres connus des indigènes et qui lep guérissent lorsqu’ils sont atteints par la maladie.

C’est dans cette persuasion que j’écrivis à M. Servant, directeur des ponts et chaussées au Sénégal, pour lui faire part de mes réflexions et lui demander s’il n’existerait pas dans cette colonie un fébrifuge assez puissant, usité chez les noirs.

M. Servant s’empressa d’accéder à ma demande, et m’envoya l’écorce du Cail-Cedra, comme étant le fébrifuge le plus estimé par la population indigène ; à tel point que celle-ci préfère généralement la décoction peu coûteuse qu’elle fait avec cette écorce, au sulfate de quinine que lui offrent les Européens; et l’on sait avec quelle énergie la fièvre sévit au Sénégal.

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