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J’ignore l’avenir qui peut être réservé à cette écorce ; mais comme il est très-utile de bien établir son identité et son origine, j’ai comparé les renseignements qui m’ont été fournis par M. Servant avec la description qui se trouve duCail-Cedra dans la Flore sénégalaise, et j’ai constaté un accord qui ne laisse aucun doute sur l’arbre qui produit l’écorce qui fait le sujet de ce travail.
Voici la description de l’individu telle que MM. Guillemin, Perrottet et Richard la donnent dans leur Flore du Sénégal.
RHAYA SENEGALENSIS.
Swietenia senegalensis. Desrouss. in Lamk. Dict. encycl. ni, p. 679 . DC. prodr,
Arbor maxima, 8o-ioopedes alla, ramosissima ; trunco valdè crasso, erecto, cortice griseo, fusco, rimuloso; ramis longissimis, patulis, teretibus, glabris.—Folia alterna paripinnata, 3-6 juga; foliolis oppositis vel alternis 2-6 poil, longis, 1-2 poil, latis, ovato-oblongis lanceolatisve, sub-inæquilateris, breviter petiolatis, integerrimis undulatis, coriaceis, utrinque glabris, pallidè viridibus supernè lucidis; rachi 5-12 poil, longs, tereti, glabrû, basi incrassatâ.— Flores numerosi, terminales et axillares, laxè panioulati, parvi, bracteolulati, albidi, caduc! ; pedicellis 3 -.floris.— Calyx 4 -sepalus mininius, cyathiformis ; foliolis alternative imbricatis. — Petala l\, sepalis multb longiosa, erecta, per æstivationem ferè valvata aut marginibus mutu 5 sese obtegentia, post antliesin patientia, concava, ovata, obtusa, albida, caduca.— Stamina 8, in tubum filamentis coalita ; tubo pcrsistente basi inflato, apice angusto, 8 dentato, albido-roseo, dentibus subcordatis, latere contortim imbricatis, albidis; antheris intù» et ad apicem tubo per filum breve aflixis, cum dentibus alternantibus oblongis, utrinque emarginatis, bilocularibus, rimS latéral! longitudinaliter dehiscentibus.— Discus crassus margine lobatus ovario circumpositus.— Ovarium lagenæforme, striatulum, 4 -loculare; loculis multiovulatis. — Stylus cum ovario continuus, erectus, columnæformis, costatus, tubum stamineum ferè adæquans; stigmate discoideo crasso, ambitu longitudinaliter plicato, vertice planp 4 -radiato. — Capsula subrotunda, fructûs Persicœ vulgaris magnitudine, crassa, lignosa, 4 -varvis, 4 -locularis ; valvis æqualibus, ab apice ferè usque ab basin solubilibus : axi central! pcrsistente . crasso, 4-alato; alis dissepimenta constituentibus; loculis polyspermis.— Semina biseriatim longitudinaliter angulo interno alTixa, supcrposita, magna, latissima, suborbiculata, superficie irregulariter undulata, rufescentia, margine membranacea.
Crescil l'reqiieiilissiinè in peninsulâ promontorii Viridis, præcipuè circà Bargriy, et ad ripas Gambiaç, propè Albreda.
VulgàCail àîNigi'itis, Cail-€edra abEuropœis dicitur.
Floret Martio, Aprili et fllaio.
Cet arbre, qui est un des plus grands et des plus beaux de ceux qui ornent les bords de la Gambie et les bas-fonds de la presqu’île du cap Vert, appartient à la famille des Méliacées, famille dont les individus sont tous ou presque tous des plantes exotiques. La description latine, que j’ai copiée textuellement, le distingue tout à fait des arbres de la même famille qui pourraient avoir quelques rapports communs avec lui, tels que, par exemple, le carapa, dont MM. Petros et Robinet ont fait l’analyse, et oîi ils ont admis l’existence d’un principe alcalin.
Les propriétés fébrifuges de cette écorce sont déjà, du reste, connues de- . puis longtemps : ainsi M. Guibourt, dans sa Matière médicale, page 607, dit que dans l’Inde, où il existe aussi , « on emploie comme fébrifuge l’écorce amère du. swietenia febrifuga. » Dans le Journal de Pharmacie, t. IX, p. 522, on indique comme guérissant de la dyssenterie et de la fièvre diverses préparations faites avec cette écorce. Dans le tome XI, p. 518 du même journal, l’écorce du Cedrela febrifuga est appelée par M. Necd’Esinbeck quinquina des Indes occidentales. Enfin, dans le Dictionnaire de matière médicale, de MM. Mérat et Delens, on trouve plusieurs articles qui ont rapport à cet arbre , et un entre autres, t. Y, p. 652, dans lequel on lui donne le nom de quinquina du Sénégal.
Ce travail, comme on le voit, n’est pas dénué d’intérêt, et si l’exploilation facile et commode de l’écorce, si le principe amer isolé est véritablement fébrifuge ainsi que ces précédents (et un essai fait tout récemment à riIôtel-Dieu, et dont l’historique se trouve à la fin de cet imprimé, peuvent le faire supposer), il y aura là, je le crois, un service rendu à la science et à l’art de guérir.
Le Cail-Cedra se rapproche beaucoup du metenia Mahoejoni, l’acajou véritable; son bois est très-droit et se débite en belles planches, dont la couleur le fait quelquefois confondre avec le mahogoni. 11 est très-précieux au Sénégal ; les habitants de la colonie en font de très-beaux meubles. 11 est excessivement commun dans certains endroits, et semble même former l’essence des forêts.
Son écorce a environ 0“’,015 d’épaisseur, elle est grisâtre à la surface extérieure, crevassée, très-dure; sous l’épiderme, elle est d’un jaune rouge , qui diminue d’intensité en allant du dehors au dedans; elle développe par la mastication une amertume très-sensible : sa cassure est nette, d’un grain très-serré, et elle offre dans le sens de la longueur de l’arbre des lignes blanches qui deviennent de plus en plus serrées et nombreuses en avançant dans l’intérieur de l’écorce.
C’est cette écorce que les nègres prennent en infusion ou en décoction pour se guérir de la fièvre ; ils se font aussi, lorsqu’ils en sont atteints, des ablutions sur les épaules, la tête et les bras.
C’est en grande partie à M. Servant, qui a bien voulu me les comma,niquer, que je suis redevable de ces divers renseignements. MM. Guillemin , Perrotet et Richard affirment que les auteurs qui ont attribué l’écorce du Cail-Cedra au C drela odorata se sont tous trompés.
En terminant cet article d’histoire naturelle, je ferai remarquer que la botanique ne trouve aucune similitude entre la famille des méliacées et celle des rubiacées ; ce n’est donc qu’à cause des rapports qui paraissent exister sous le point de vue des propriétés médicales entre cette écorce et celle des quinquinas, qu’on a donné au Cail-Cedra le surnom de quinquina du Sénéf/ol.