II. Dans les abcès chroniques, la paroi offre en outre
1" Des éléments fibro-plastiques (fibres et noyaux embryo-plastiques) et des éléments lamineux ou fibres du tissu cellulaire ;
2* Des vaisseaux de nouvelle formation ;
y Une grande quantité de matières granuleuses et presque toujours des matières grasses au milieu desquelles on trouve parfois des lamelles de cholestérine.
On comprend que la surface interne de l'abcès chronique, surface granuleuse ou villeuse, offre une grande ressemblance de forme et de composition avec les bourgeons charnus; elle est tapissée par une couche de granulations élémentaires, tandis que la surface extérieure, contiguë aux tissus normaux, est plus spécialement fibreuse et composée d'éléments du tissu cellulaire ou lamineux et embryo-plastiques. Cette paroi des abcès chroniques peut devenir cartilaginiforme, s'encroûter de matières minérales, etc., comme les fausses membranes persistantes des séreuses.
Le liquide des abcès est constamment formé par un sérum et des matières solides; il peut être étudié comme le liquide des séreuses et placé dans des tubes au fond
SUB Ua AFFECTIONS P8E0DO-MEMBRANEUSES. 185
desquels ces matières plus pesantes viennent s'accumuler *.
On trouve en soumettant ce liquide au microscope :
I. Dans les abcès chauds : des globules du pus à noyaux (type des leucocytes purulents), des globules pyoïdes très-peu abondants (leucocytes sans noyaux), des globules granuleux de Tinflammation (leucocytes hypertrophiés granuleux), de la matière grasse, des granulations élémentaires, parfois du tissu cellulaire ou musculaire mortifié, plus fréquemment de la fibrine .exsudée *, enfin des globules rouges du sang.
II. Dans les abcès chroniques, les globules purulents et pyoïdes se rencontrent toujours, mais la proportion des seconds est ordinairement plus forte , ces globules sont parfois altérés ou en partie détruits. Les granulations élémentaires abondent , ce sont elles qui tapissent d'une couche variable d'épaisseur les parois de l'abcès. Dans ce liquide flottent le plus souvent des matières provenant des tissus voisins , des particules osseuses, musculaires et des matières grasses ou pigmentair«s.
Les enveloppes kystiques formées autour d'un corps étranger resté dans le tissu musculaire ou dans tout autre
t Voy. roxAmeii du liquide des pavités séreuses , p. %0'i.
^ D'après mes observations, les flocons qu'on trouve dans les abcès sont formés presque toujours par du tissu cellulaire mortiGé et par des flocons de fibrine exsudés à la manière des productions pseudo-membraneuses. Le bourbillon du furoncle que j'ai examiné plusieurs fois m'a paru toujours constitué par une matière fibrineuse de nouvelle formation enveloppant les débris du follicule pileux et de ses glandes sébacées. Mes observations confirment entièrement celles de mon ami M. Rouget, sur ce point d'anatomie pathologique.
tissu pourvu de vaisseaux (balle de plomb, etc.), sont constituées par une fausse membrane. Celle-ci, après avoir été sécrétée par le tissu voisin, enveloppe le corps étranger, l'isole, et s'organise elle-même en néo-membrane. Enfin la néo-membrane de ces kystes peut subir les transformations cartilagineuse, crétacée, etc. *.
Tous les kystes en général , et parmi eux les kystes produits par les cavités naturelles ou par des canaux excréteurs oblitérés dans une étendue variable, mais laissant d'autres points sans adhérence, peuvent offrir à leur surface interne des fausses membranes non organisables ou organisables. Le liquide de ces kystes s'accumule entre les points non oblitérés, il est produit en même temps que des fausses membranes par la paroi fibroséreuse interne. Cette paroi est, de la sorte, doublée, triplée, augmentée plusieurs fois de volume, et elle devient le siège des modifications les plus diverses à la manière des fausses membranes des séreuses.
Les kystes de l'ovaire^, qui ont donné lieu récemment à des discussions importantes à l'Académie de médecine, ne font point exception. Quel que soit le volume de ces kystes, qu'ils soient unis ou multi-loculaires, le feuillet interne peut s'enflammer par suite de diverses causes extérieures, de coups, de blessures, etc., ou même spon-
* L. Bauchrt, Histoire anatomo^athologique des kystes (Mémoires de rAc^d. de médecine, t. xxi, p. 93, 4857.)
« Bulletin de V Académie de médecine, t. xxii, p. 20, etc., 1856 et 4857.
L. Bauchet, Anat. path, des kystes de Vovaire, etc» (loc. cit., t. xxin, p. 32, 54 et 409, 1859).
SUR LES AFFECTIONS PSEDDO-MBIIBRANEUSES. 185
tanément. L'intérieur de la cavité kystique peut alors se revêtir de fausses membranes organisables ou produire du pus et des flocons pseudo-membraneux. Le liquide transparent et citrin devient, par suite d'héraorrhagies, rougeâtre ou brun, couleur de chocolat, ou jaunâtre et verdàtre; il lenferme des matières grasses ou pulvérulentes et des lamelles de cholestérine, etc., etc.
La transition que j'ai établie des fausses membranes aux néo-membranes se fait par les kystes qui me Font fournie très-naturellement. Les bourses séreuses adventices et qui se sont développées sous le tégument dans les endroits du corps soumis à des pressions ou à des frottements répétés, ne sont que des cavités séreuses analogues aux séreuses véritables; elles sont susceptibles des mêmes maladies, elles se revêtent comme elles de fausses membranes et surtout dç néo-membranes superposées. Je citerai comme exemples, l'hygroma de la bourse séreuse préroturienne et les tuniques superposées dans la bourse séreuse située en dedans de la tête du gros orteil. On sait que les produits exsudés dans cette bourse séreuse, atteinte d'inflammation chronique , sont généralement connus du vulgaire sous le nom d'oignon; leur production a été expliquée, entre autres auteurs, par M. Pétrequin *.
Après avoir dit quelques mots des kystes hydatiques dont la membrane d'enveloppe est toute spéciale, nous passerons à l'étude des fausses membranes des séreuses.
* FfcniBQUiN, Traité d'anatomie topographique médico^hirwrgieale, ^•édition, p.72il,48d7.
186 RECHEICHES CUNIQU£S ET ANiTOMIQUES
FBAGMBNTS DES HYDATIDES ROMPUES.
On a pris pour de fausses membranes exsudées, des fragments irréguliers et membraniformes qu'on rencontre parfois dans les matières expectorées ou vomies, dans les déjections alvines et dans Furine. Ces fragments, d'une nature toute spéciale, proviennent d'hydatides ou de poches hydatiques rompues. Ils représentent d'une manière plus ou moins complète Fenveloppe propre des hydatides; quand ils sont accompagnés d'hydatides entières, leur origine est très-facile à reconnattre; mais quand on ne trouve que des fragments irréguliers et incomplets, leur nature peut être très-difficile à apprécier.
Les fragments membraniformes des hydatides rompues sont opalins, élastiques et friables, et ils ressemblent beaucoup à du blanc d'œuf cuit, ou en d'autres termes à de l'albumine coagulée en lames. Ils sont parfois colorés en jaune, en verdâtre ou en brun par les matières avec lesquelles ils ont séjourné dans les cavités du corps.
Sur une de leurs faces (surface interne de l'hydatide) , on peut apercevoir des inégalités ou bien des grains sphériques assez réguliers.
J'ai examiné des fragments d'hydatides expectorés, d'autres qui se trouvaient dans les selles, et une seule fois des fragments qu'un malade avait rendus en urinant. J'ai toujours pu facilement les reconnaître aux caractères suivants fournis par Yeœ<imm microscopique :
La membrane qui les compose est disposée par couches superposées ou par lamelles très-minces et stratifiées, comme les feuillets d'un livre.
SUR US AFFECTIONS PSBUIXVMlilIBBANEUaES. 187
La matière propre aux hydatides est formée d'une substance amorphe et homogène, sans fibres, sans cellules dans son intérieur.
On lira avec intérêt l'étude approfondie que mon ami M. Davaine* vient de publier sur les hydatides, sur l'enveloppe de ces productions parasitaires, sur les échinocoques et sur le liquide qu'elles contiennent, ainsi que sur les altérations dont elles sont susceptibles. Le kyslt dans lequel les hydatides propres sont renfermées dans nos tissus est pour moi entièrement semblable à celui qui se produit autour d'un corps étranger quelconque.