TIII. FAUSSES MEMBRANES DES ABCÈS ET DES KYSTES
Les abcès chauds, espèces de kystes purulents, et les abcès froids offrent souvent à l'étude des productions pseudo-membraneuses y et tout le monde connaît la fausse membrane, dite membrane pyogénique de la plupart des auteurs.
J'ai examiné une seule fois à la Charité, sur un sujet mort, le lendemain de son entrée, d'une maladie aiguë de la poitrine, un abcès par congestion, formé à la partie supérieure de la cuisse gauche et causé par la carie de la troisième vertèbre lombaire. L'abcès n'avait jamais été ouvert; la collection purulente était bien limitée et autour d'elle existait une couche épaisse, fibro-celluleuse et vascularisée par places» qui formait une véri-
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table nco-mcmbrane enkystant cet abcès. Elle était peu épaisse et sa surface interne n'était pas très-mamelonnée. Il était évident, dans ce fait, que la fausse membrane ne jouait aucun rôle dans la sécrétion du pus qu'elle renfermait. Il est probable qu'elle s'était produite au contact de ce liquide ; elle avait pour effet de l'isoler des parties au milieu desquelles il avait cheminé.
J'ai eu plusieurs fois l'occasion d'étudier divers abcès qui tantôt avaient offert une marche aiguë, tantôt s'étaient montrés à la suite de la variole, tantôt enfin avaient succédé à l'ouverture d'un abcès froid. Dans l'abcès varioleux, il y a véritablement une collection déposée au milieu des tissus; sous la peau ou dans les muscles, le liquide pumlent n'est pas enkysté par une pseudo-membrane, les phénomènes d'inflammation n'ont pas été suffisants pour la produire. Dans l'abcès phlegmoncux bien formé, j'ai trouvé une couche mince et parfois une couche plus épaisse que je ne l'aurais supposé, de lymphe plastique, adhérent aux tissus par sa paroi externe et villeuse ou grenue par sa face interne. Elle m'a paru destinée, en s'appliquant de toutes parts sur la paroi opposée, à venir former une adhésion qui oblitérait la cavité lorsqu'elle est vidée du pus qu'elle renfermait. La paroi de l'abcès chaud ou phlegraoneux se trouve, de la sorte, dans le cas d'une soltition de continuité qui aurait suppuré et qui sécréterait le blastèmc de la cicatrice.
Dans les abcès froids qui ont été ouverts, la pseudomembrane qui enveloppe le foyer est ordinairement épaisse, et sa partie externe repose sur un tissu d'aspect lardacé, à cause de la sécrétion plastique ou de l'infiltra-
lion qui s'y est produite. A la partie interne, du côté de la cavité purulente, la couche pseudo-membraneuse est grenue, couverte de détritus, et souvent elle ressemble beaucoup aux plaies revêtues de bourgeons charnus ^ Cette membrane a élé appelée à tort pyogénique^ car elle n'est pas nécessaire à la production du pus et c'est en quelque sorte malgré elle que le pus se forme. Elle amènerait bien plutôt, à mon avis, la cicatrisation de la plaie interne. Elle ressemble extrêmement à une surface de plaie qui guérirait par seconde intention , et non point à une membrane destinée à sécréter du pus à la manière d'une muqueuse. A l'appui de cette manière de voir on peut encore faire valoir la persistance d'une néo-membrane cicatricielle à la place qu'ont occupée ces abcès. La néomembrane est quelquefois froncée sur elle-même, d'autres fois elle présente des sortes de nodosités sur quelques points.
Examen microscopique. — I. Dans un abcès aigu, et surtout dans un abcès dont la suppuration a persisté pendant un temps assez long , on trouve que la paroi est composée par un tissu formé :
1^ De matière amorphe et granuleuse qui a réuni ou collé ensemble les éléments du tissu dans lequel l'abcès s'est produit ;
* M. Ch. Robin a fait connaître une disposition particulière de la paroi des kystes autour des collections purulentes, situées dans la profondeur des organes. La face interne de ces kystes est aréolaire et offre des colonnes charnues comme dans les cavités du cœur ou les vessies dites à colonnes. ( Voy. Mémoires de la Société de biologie, 2" série, t. IV, p. 244, année 4857.)
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a** Il existe toujours à la surface interne, sur la paroi, des globules de pus (leucocytes purulents à noyaux) ou des globules granuleux (leucocytes hypertrophiés), et des granulations graisseuses très-abondantes, d'un volume variable.