‹ Recherches cliniques et anatomiques sur les affections pseudo-membranenses, productions plastiques, diphthériques, ulcéro-membranenses aphtheuses, croup, muguet, etcChapitre 27 sur 74 · II. EXAMEN AVEC LES VERRES GROSSISSANTS · texte numérisé non relu

II. EXAMEN AVEC LES VERRES GROSSISSANTS

Je ne puis indiquer ici que les éléments anatomiques généraux ou qui sont communs à toutes les fausses membranes des séreuses. J'aurai à préciser pour chacune d'elles les particularités qui lui appartiennent plus spécialement.

La substance plastique ou liquide qui transsude à travers les vaisseaux d'une membrane séreuse enflammée est plus ou moins épaisse et plus ou moins fluide; tantôt, par conséquent, elle constitue le blastëme organisable d'une néo-membrane ou le dépôt plastique d'une fausse membrane persistante, et tantôt de la sérosité épanchée. Je vais successivement examiner les éléments microsco-

piques 1" des fausses membranes récentes gélatiniformes et molles ; 2* ceux des fausses membranes déjà anciennes, épaisses et résistantes; 3^ je m'occuperai ensuite du liquide renfermé dans les cavités; puis 4" de la séreuse elle-même; je terminerai 6** par Texamen anatomique des éléments qui constituent les néo-membranes des séreuses,

1^ Fausses membranes récentes, gélatiniformes, molles , etc. On trouve dans ces produits plastiques récemment formés :

!• Une matière amorphe ordinairement très-abondante, molle et transparente, interfibrillaire et interglobulaire ;

2** De la fibrine en quantité variable, mais jamais trèsabondante ; cette fibrine est disposée sous forme de fines fibrilles entre-croisées;

3** Des globules de pus et pyoïdes (leucocytes à noyaux et sans noyaux) ;

4^ Des globules granuleux de l'inflammation (leucocytes granuleux hypertrophiés) , des globules pâles des liquides exsudés et d'autres globules à noyau placé sur les bords, loin du centre (leucocytes de diverses variétés) ;

5** Des granulations moléculaires et des matières grasses en quantité variable , mais généralement peu nombreuses, ou d'une abondance relative bien moindre que dans les fausses membranes consistantes et plus anciennes ;

6^ Quand il y a rupture des vaisseaux, la fausse membrane ecchymosée offre constamment des globules rouges du sang (hématies) parfaitement intacts, sous forme de lentille biconcave; ou bien ces globules ont perdu cette

forme et ils sont irrégulièrement globuleux ou dentelés, etc.

9^ Fausses membranes déjà anciennes, plus on moins épaisses et résisiantes. Leurs éléments sont plus nombreux et plus variables dans leur quantité et leur arrangement respectif que ceux des fausses membranes récentes. Ce sont :

1^ Une matière amorphe abondante, ordinairement moins transparente qu'à l'époque de sa formation, assez dense ou même épaisse , résistante , et renfermant des granulations moléculaires nombreuses ;

2** Des granulations graisseuses , des granules provenant de la dissociation ou de la destruction partielle des éléments primitifs, très-reconnaissables auparavant, et q\ii sont alors déformés, dissociés et en partie détruits, tels 9»nt :

3** La fibrine qui parfois offre encore l'apparence fibrillaire, mais qui est incrustée de granulations, ou bien qui a pris la forme granuleuse et dont les granulations sont disposées en séries ;

4* Les divers globules purulents des liquides exsudés (leucocytes); mais ces globules sont déformés et parfois difficiles à reconnaître ;

ô* Des éléments de nouvelle formation, embryoplastiques ou fibroplastiques, consistant en noyaux libres ou en fibres embryoplastiques, serrées les unes contre les autres et ayant l'aspect du tissu fibreux ;

6" Diverses substances grasses ou de nature grasse sous forme de globules, de vésicules ou bien de goutte-

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lettes irrégiUières, parfois de cristaux spéciaux et de lamelles, telle est, par exemple, la cholestérine;

7^ Des matières pigmentaires sous forme de granules foncés, donnant en masse et à la lumière réfléchie les diverses teintes grisâtres, ou brunâtres, ou ardoisées, etc.

C'est dans les fausses membranes déjà anciennes que tendent à se déposer, quand leur vascularité est faible ou peu marquée , les divers principes immédiats du sang épanché. C'est dans leur trame ou à leur surface que se développent les productions dites cartilagineuses, osseuses, tuberculeuses, cancéreuses, etc., etc.

Les plaques d'aspect cartilagineux dont l'épaisseur est quelquefois très-considérable , n'offrent point les cavités ou les vacuoles du cartilage proprement dit, mais seulement des fibres lamineuses denses, serrées et unies par une matière amorphe compacte.

Les plaques ou les enduits d'apparence crétacée ou osseuse n'ont pour éléments ni les ostéoplastes ni les canalicules du tissu osseux véritable, mais des incrustations de matières calcaires, phosphate et carbonate de chaux, sous forme de granules et sans forme cristalline.

Les productions dites tuberculeuses et cancéreuses existent réellement dans les fausses membranes anciennes et épaisses.

9* Liquides renfermés dans les eavltés séresuies tapissées par de faasses memliranes. Les liquides que contiennent les séreuses enflammées et doublées d'exsudations plastiques sont parfois épais, filants ou colloïdes; on trouve toutes les transitions entre ces liquides épais et la sérosité la plus transparente.

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Le liquide récent est dût et citnn, chargé d'eau ou» au contraire, pris en gelée; ou bien il est épais» crémeux et puriforme» mêlé ou non à du sang épanché. Dans ces cas qui succèdent toujours à l'état aigu, on trouve, nageant dans la sérosité :

1° Des globules pareils à ceux que nous avons trouvés dans les exsudations plastiques; globules de pus de diverses variétés surtout pyoïdes ou sans noyaux (leucocytes à noyaux et sans noyaux), des globules pâles des liquides exsudés (leucocytes de diverses variétés), des globules granuleux (leucocytes hypertrophiés granuleux) ;

2^ La fibrine qui donne l'aspect de gelée à certains épanchements peu abondants, ou qui forme des caillots et des flocons nageant dans le liquide. Cette fibrine disposée sous la forme fibrillaire, avec des fibrilles entrecroisées, emprisonne dans ses mailles les corpuscules déjà signalés;

3^ Les globules rouges du sang (hématies) peuvent se trouver dans de la sérosité d'apparence citrine et non hémorrhagique ; ils proviennent de quelques vaisseaux capillaires rompus.

On trouve encore : 4" des granulations fines ou volumineuses, et de natures diverses, surtout de nature graisseuse;

&* Enfin des gouttelettes graisseuses de grandeur variable.

Dans les collections de liquide épanché depuis longtemps dans les séreuses, la sérosité est très-rarement transparente, elle a pris un aspect ou une cousis-

tance différente de celle du début; elle renferme à la fois du sérum et des matières en suspension. Il peut être utile de connaître le degré d'abondance relative, le rapport de la sérosité et des substances qu'elle renferme. J'ai eu souvent recours à un procédé très-simple que M. Lebert m'avait indiqué ; il consiste à placer les liquides à examiner dans des tubes gradués, et à les laisser reposer pendant quelque temps; les particules en suspension gagnent le fond des tubes et indiquent par leur hauteur le plus ou moins d'abondance des matériaux solides. C'est dans les liquides anciens que l'on trouve des débris floconneux plus ou moins épais et des fragments de pseudo-membranes détachées, ainsi que des matières d'aspect crétacé ou gypseux.

Uexamen microscopique fait reconnaître la plupart des éléments que nous avons signalés dans les liquides récemment épanchés; mais plusieurs de ces éléments ont subi des altérations et des destructions partielles, d'autres se sont dissociés, et ils sont réduits à l'état de granulations. Il en est du liquide ancien comme de la fausse membrane ancienne.

1" La sérosité tient toujours en suspension une grande quantité de granulations élémentaires et de granulations graisseuses ;

2'' Les divers globules déjà signalés, surtout les globules dits purulents, ou les diverses variétés de leucocytes ;

3^ Des éléments du sang altérés, tels que la fibrine granuleuse dans les flocons fibrineux, les hématies ou

leurs éléments dissociés, sous forme de poussières colorantes (hémaline, hématosine) ;

4*» Des granulations pigmentaires.

L'apparence de poussière crétacée dans certains liquides provient de substances pulvérulentes et graisseuses, plus rarement de particules minérales calcaires tenues en suspension.

Quand ce liquide a un aspect pailleté comme s'il renfermait des particules de mica, le microscope fait reconnaître de la cholestérine sous forme de lamelles quadrilatérales, irrégulières et fréquemment superposées.

Je n'ai pas trouvé de Vibrions, ni des éléments végétaux, dans les liquides épanchés ou sur les parois des cavités qui les renfermaient, quand celles-ci étaient closes. Je dois noter cependant qu'à l'autopsie d'une malade atteinte de tuberculisation avancée, et qui succomba dans le service de M. Rayer, en 1854, par suite d'une perforation pleuro-bronchique avec hydro-pneumothorax, j'ai trouvé dans la cavité pleurale des corps bacillaires et des moisissures. Ces moisissures que j'ai montrées à plusieurs médecins me paraissaient pouvoir être rapportées au genre Aspergillus *.

4** Examen de la membrane séreuse sous-Jaeente anx fausses membranes. Quand on enlève le produit plastique qui revêt une séreuse, on trouve que cette membrane est beaucoup moins altérée qu'on l'aurait présumé tout d'abord. Sous les fausses membranes anciennes la

* Voy, Ch. Robin, Hist. nat. des végétaux parasites, etc., p. 515 et sm\.,AtlaSy^\.y, 4853.

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séreuse apparaît, quand on Ta dépouillée des couches stratifiées qui la recouvrent, dans un état très-remarquable d'intégrité qui a été notée par tous les observateurs. Voici ce que m'a montré, à cet égard, Vexamen microscopique :

V Après la production aiguè d'une fausse membrane, la séreuse qui la supporte est injectée; tantôt l'injection est réticulaire, tantôt elle offre moins d'uniformité, et présente par places l'aspect d'un granit rouge, analogue à la coloration de certaines scarlatines; parfois il existe de véritables ecchymoses, car les globules rouges (hématies) sont sortis des capillaires rompus, tandis que, dans les cas précédents, c'est une simple dilatation des capillaires avec stase des globules rouges. Chez l'homme, l'injection est quelquefois difficile à voir, parce qu'au moment de la nécroscopie elle a disparu ou s'est amoindrie; mais sur les animaux, et sur le chien en particulier, dont on examine immédiatement après la mort une séreuse enflammée et recouverte de fausses membranes , le fait est hors de doute et facile à constater.

A l'état aigu, la séreuse peut présenter d'autres altérations telles que des hémorrhagies étendues, une mortification superficielle ou un véritable sphacèle ; mais ces faits sont exceptionnels. Le microscope démontre, dans ces cas, que les fibres du tissu lamineux de la séreuse sont détruites ou réduites en granulations et en molécules. Du reste, dans la plupart des cas, outre la dilatation des vaisseaux, le tissu de la séreuse offre entre les fibres qui le constituent une augmentation de la matière amorphe, car les fibres sont plus distantes et» de

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plus» elles sont séparées par des granulations ou par des globules granuleux inflammatoires, ou par des globules purulents et surtout pyoïdes (leucocytes divers). Il serait donc inexact de dire que la séreuse est saine sous la fausse membrane récemment exsudée.

2^ Il semble que, sous les fausses membranes anciennes, le tissu séreux sous-jacent ait, plus encore que dans l'état aigu, une apparence normale. Toutefois, quand on Texamine au microscope, on trouve ses éléments hypertrophiés, la quantité des fibres lamineuses a augmenté, la densité delà matière unissante est plus considérable. On s'assure qu'il existe, en même temps que des fibres lamineuses, des corps fibro-plastiques ou embryo-plastiques à cellules allongées pourvues d'un gros noyau; les granulations moléculaires sont très-nombreuses entre tous ces éléments. Les vaisseaux ont augmenté de volume. Il y a, par conséquent, une véritable hypertrophie de la séreuse, mais il n'en est pas moins trës«digne de remarque de la voir si peu altérée sous les couches parfois très-épaisses dont elle est revêtue. ^

5<* Examen des néo-memliraneB lamelleoses. Les néo-membranes organisées, les adhérences que nous avons décrites (p. 194 et suiv.) et qui sont le dernier terme de la production pseudo-membraneuse la plus parfaite, ont pour éléments constitutifs :

1" Des fibres du tissu lamineux ou tissu cellulaire disposées sous la forme de faisceaux, semblables à des mèches de cheveux, onduleuses et parallèles, pâlissant et devenant diffluentes par l'action de l'acide acétique {voy. pL V, fig. 4). Parmi elles, sont des fibres dar-

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toïques plus contournées que les précédentes, ayant une largeur plus considérable, et non attaquables par Taction de l'acide acétique, J*ai vu sur plusieurs adhérences celluleuses des lamelles épithéliales pavimenteuses, mais leur présence est exceptionnelle. Il n'est pas rare de trouver des éléments fibro-plastiques dans les adhérences, surtout quand elles ne sont pas anciennes, et quand un travail de nutrition exagéré ou bien encore un travail inflammatoire vient se produire dans leur intérieur.

Les vaisseaux existent dans les néo-membranes, de manière à pouvoir être très-facilement injectés. On sait aussi qu'on y a reconnu l'existence de vaisseaux lymphatiques.

J'ai vu des éléments nerveux dans les néo-membranes. Ch. Robin m'a dit avoir fait la même observation; les anatomistes allemands ont admis, comme on le sait, les nerfs des fausses membranes des séreuses.

Les néo-membranes présentent divers degrés de vascularisation; j'ai décrit les éléments des plus parfaites, mjaiis tous les degrés intermédiaires existent ainsi que je l'ai déjà remarqué. Elles peuvent subir toutes les maladies du tissu séreux, elles peuvent devenir le siège d'un grand nombre d'altérations morbides : inflammation, hémorrhagie, gangrène, inflltrations graisseuses, tuberculeuses, cancéreuses, calcaires, chondroides, ossiformes, etc., etc. Elles offrent alors les caractères microscopiques propres à ces états morbides surajoutés.

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