EXPÉRIENCE X
Dans le service de M. Andral, suppléé par M. Ch. Bernard, je prends sur la langue d'un jeune homme atteint de fièvre typhoïde un fragment pseudo-membraneux peu étendu pour décider s'il y a des végétaux et s'il s'agit du muguet. L'aspect est celui de cette production; on ne peut penser à de la diphthérie; la petite couche caséeuse se trouve sur la langue exclusivement; elle est blanche, assez facile à détacher de la muqueuse qui ne saigne point après l'ablation.
L'examen microscopique, fait avec le plus grand soin, me fait reconnaître la présence de cellules épithéliales pavimenteuses, à divers degrés de développement, mais la plupart aplaties; d'une matière amorphe , de granulations moléculaires et enfin d'un ou deux (au plus) tubes
de mycélium d'Oidium albicans peu développés. Pas de spores reconnaissables. J'ai vu beaucoup plus nettement des fragments linéaires et brisés du Leptothrix buccalis que le mycélium de VOidium albicans.
M. le docteur Potain avait de son côté emporté un fragment du produit morbide; il me dit le lendemain qu'il y avait trouvé du mycélium de muguet, mais en très-petite quantité.
Ayant repris le surlendemain tout ce que j'ai pu recueillir du même produit blanchâtre, je constatai que la langue et les parois buccales offraient une réaction peu fortement acide, quoique rougissant le papier bleu de tournesol. Je trouvai, en examinant chez moi le produit blanchâtre et sans avoir beaucoup à chercher, quelques filaments de mycélium bien développés et des spores en germination, c'est-à-dire desquelles naissait un prolongement tubuleux.
J'eus alors l'idée de placer à l'air libre le muguet où je venais de trouver VOidium albicans sur l'albumine d'un œuf de poule. Je divisai les fragments en deux portions, l'une fut déposée sur de l'albumine acidifiée avec quelques gouttes d'acide acétique et renfermée dans un petit vase; l'autre portion du muguet fut placée sur de l'albumine non acidifiée et dans un autre petit vase. La température était celle du milieu de l'été. Le lendemain et les jours suivants j'acquis la certitude que VOidium albicans s'était développé parfaitement sur l'albumine légèrement acidifiée. Le vase renfermant l'albumine non acidifiée offrit, sur les fragments du muguet, peu de tubes sporifères; le mycélium était assez abondant, mais
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la végétation cessa bientôt, l'albumine s'étant putréfiée par suite de la température atmosphérique.