OBSERVATION VI
Magaet renfermant |ieM île vëgétanx (Oidium albicans).
(Udpital de Boa-Secourg, salle Sainle-Anne, n» 3 biij service de M. Béhier.)
M....f Eugène^ 1 mois^ né à Paris; rue Polie-Mèricourt^ entré le dùjuitu 1851, mort le l juillet.— Enfant venu avant terme, chétif, malade depuis sa naissance, non vacciné. Il a l'aspect d'un petit vieillard : sa peau est ridée et
/i/»(i RECHERCHES CLINIQUES ET ANATOMIQUES
d'une teinte jaunâtre; il se plaint sans cesse et crie en ouvrant largement la bouche. Il m'est très-facile de constater que le bord des gencives, la face interne des joues, la voûte palatine et la langue présentent un pointillé blanchâtre et des pellicules ressemblant à du lait caillé ; sur le voile du palais, la couche est mince et étalée, La langue est lisse et rouge , ainsi que la muqueuse buccale dont la réaction est nettement acide. Il n'existe aucune éruption à la surface de la peau.
Pouls à 100, petit, difficile à compter ; respiration libre. L'abdomen est tendu, développé et paraît douloureux à la pression. Les langes sont salis par des matières verdâtres, mêlées de grumeaux et d'une odeur pénétrante et désagréable. Cet enfant a vomi deux fois depuis son entrée et le dévoiement que j'ai constaté dure depuis deux semaines au moins. L'anus et les fesses sont rouges, érythémateux ; les jambes sont rouges et les malléoles légèrement excoriées.
1" juillet. — Nuit mauvaise ; cris ; dévoiement comme la veille; constatation des symptômes notés hier.
p. Eau de guimauve sucrée ; collutoire borate ; % huitièmes ^e lavement amidonné ; poudre de lycopode.
Examen du muguet fait après la visite. Je constate dans les productions du muguet : 1** des granulations moléculaires ; 2*» des globules du lait ; 3* des lamelles d'épithélium pavimenteux ; 4* quelques spores et de trèsrares filaments végétaux du muguet ; 5* des filaments sous forme de baguettes appartenant à Yalgue de la bouche (Ch. Robin).
2 juillet.— 104 pulsations; cris et un peu de toux. Les
taches de muguet se sont agrandies, malgré rapplication réitérée du collutoire. Le dévoiement a persisté, l'excoriation des malléoles est dans le même état.
P. Ut supra. Sous-nitrate de bismuth 0,20 centigr. en quatre doses.
3 juillet. — 120 pulsations. Cet enfant ne peut plus prendre le sein ; refroidissement des extrémités ; teint jaunâtre de tous les téguments. Le faciès du malade est très-altéré et les traits sont rapetisses et ridés. Le dévoiement est moins abondant, mais la faiblesse est extrême.
Les plaques du muguet se sont étendues beaucoup. J'examine une portion des bords, de nouvelle formation, je n*y trouve que les éléments notés avant hier. Les végétaux y sont peu abondants.
4 juillet. — Pouls insaisissable, refroidissement général des téguments. Mort après quelques secousses convulsives dans les membres.
Autopsie , 26 heures après la mort. — Cadavie d'une maigreur extrême. Cavité buccale presque entièrement tapissée par du muguet en plaques brunâtres, s'enlevant avec facilité. Deux ulcérations superficielles non observées pendant la vie. Pharynx avec quelques grains de muguet. Œsophage en renfermant dans plusieurs points de sa longueur ; mais ces productions paraissent y être venues de la bouche et ne pas s'être développées à la place qu'elles occupent. Estomac d'un petit volume, avec la muqueuse d'un rouge foncé, peu résistante et facile à enlever. Intestin grêle rouge dans une grande partie de son étendue et fortement arborisé ; il renferme des ma-
MÙ BEGHERCHES GUNIQUES ET AMATOMtQUES
tières verdâtres. Gros intestin avec une saillie notable des glandules et contenant des matières verdâtres, granuleuses.
Foie développé, vésicule remplie par^une grande quantité de bile épaisse ; rate un peu diffluente.
Larynx et trachée à l'état normal, Pormwns avec de ht congestion hypostatique, faciles à insuffler. Cœur petit renfermant des caillots fibrineux. Cerveau n'offrant rien de particulier.
OBSERVATION Vil.
(Hôpital de Bon-Secours, salle Samte-Anne, n^" 4 bis, service de M. Bébier, suppléé par M. Leg^dre.)
/)...., François, âgé de B semaines^ né à Paris ^ entré le 27 septembre 1851, mort le 28 octobre. — Enfant d'une bonne santé, bien développé et tétant bien. Il n'est pas vacciné. Sa mère nous dit qu'il a souvent de la diarrhée, mais il n'est pas survenu de l'amaigrissement. Érythème des fesses qui existerait depuis la naissance.
Pouls à 108. Respiration puérile normale. Pas de maux d'yeux, pas d'éruption cutanée. Plaques à'eczema impetigenodes sur le cuir chevelu.
Je le vaccine le 8 octobre. Trois piqûres sont faites à chaque bras. Pas d'agitation ce jour-là et le lendemain. Un peu de fièvre le 10 au soir.
11 octobre. A!" jour de la vaccination, 1*' de f éruption. — Les six piqûres vaccinales sont rouges; le soir, elles présentent une induration papuleuse notable.
12 octobre, 2r jour de Féruption. — 120 pulsations; un
GoqgI(
SUR LES AFFECTIONS PSEUDO-MEMRRANfiUSES. kkl
peu d'agitation. Les boutons de vaccine sont mieux dessinéSy ils sont petits^ vésiculeux, avec une faible aré<^ rouge.
13 octobre, 3* jour. — Une petite vésicule se dessine nettement sur toutes les piqûres.
14 octobre, 4* jour. — La* vésicule s'est peu étendue, elle a environ une demi-ligne de diamètre. L'aréole rouge a deux lignes.
IB octobre, ^''jour. — Vésicule aplatie, d'une ligne de diamètre. Pas de réaction générale sensible.
16, 17 octobre, Tjour. — La vésicule a crû lentement et s'est ombiliquée ; elle a, le 17 octobre au matin, une ligne et demie au plus de diamètre pour chaque bouton. L'aréole est de près d'un pouce. La peau est rouge, luisante, élevée. On voit sur elle l'orifice des vaisseaux sudoripares. Les boutons vaccinaux ont du reste Taspeot nacré, brillant et habituel.
18 octobre, 8* jour. — Les boutons de vaccine sont choisis à la visite par le Chef de service pour vacciner les autres enfants nouvellement arrivés. La mère fait remarquer que son enfant a vomi et qu'il s'est beaucoup agité pendant la nuit. Un examen attentif ne fait rien remarquer sur la peau. Pouls à 132 (mais l'enfant a crié beaucoup).
Visite du soir. Agitation, fièvre, 140 pulsations au moins. Respiration fréquente, vomissements. Rien d'anormal qui soit saisissable à l'auscultation, quatre ou cinq taches punctiformes rouges sur le visage, disparaissant sous la pression du doigt et une autre sur l'avant-bras gauche, près du poignet.
Digitfzed by VjOOQIC
l\f\S RECHERCHES CLINIQUES ET ANATOMiQUES
19 octobre, 9* jour. — Insomnie, cris pendant la nuit, pas de vomissements, toux. Les taches notées hier se sont agrandies et multipliées. Le soir, elles présentent un point saillant, dur et élevé. Les boutons de vaccine sont toujours très-beaux.
20 octobre, lO*' jotir. — Variole évidente. Petites vésicules élevées au centre des taches déjà décrites, ne disparaissant pas sous la pression du doigt ; elles sont nombreuses sur la face et les membres supérieurs.
1*28 pulsations. Toux, cavité buccale chaude, pas de fausses membranes, arrière- gorge rouge. Les boutons de vaccine commencent à se dessécher à leur centre, l'aréole n'a pas sensiblement pâli.
21 octobre, 11* jour. — Les boutons de variole sont de plus en plus marqués; il s'élargissent et se dépriment.
La dessiccation des pustules vaccinales marche lentement; elles «ont encore purulentes à leur circonférence qui est bombée.
22 octobre, i2r jour. — Fièvre modérée, l'enfant telle bien. Leg pustules varioliques se dessinent de plus en plus.
La dessiccation des vésico-pustules vaccinales gagne la circonférence, et les boutons sont d'un brun jaunâtre.
23 octobre. — Les pustules varioliques présentent un ombilic ; on les remarque surtout sur le visage, les membres supérieurs et le tronc. Les yeux en ont six sur les paupières. Dessiccation complète des boutons de vaccine.
24 octobre. — L'enfant prend bien le sein. L'éruption varioleuse a fait peu de progrès, fièvre légère.
SUR LES AFPliCTlONS P8EUD0-MEMBRÂI«£USES. kk9
2o octobre. — Les pustules sont partout ombiliquées et celles du visage commencent à se dessécher. Toux, râles dans le côté droit de la poitrine.
P. Demi-julep gommeux ; huile d'amandes douces sur le visage. Visite à b heures du soir. 120 pulsations, 44 respirations. Les râles persistent dans le côté droit de la poitrine en arrière ; peau chaude.
26 octobre. — 124 pulsations, 64 respirations. Même état et de plus langue lisse ne présentant pas de traces de pustules varioliques, mais quelques points et taches de muguet.
Examen du muguet. Muqueuse buccale, lisse, rouge. On observe sur la voûte palatine dix ou douze taches blanches semblables à des grains de mil, distantes les unes des autres. Deux autres taches sur le bord de la langue à gauche, rien sur la face dorsale de cet organe. Une petite plaque sur le filet.
Collutoire avec borax et miel rosat.
Veœamen mici'oscopique de presque tous ces points montre : des lamelles d'épithélium; une substance grasse sous forme de granulations et de gouttes arrondies; quelques rares filaments fibrineux; pas de végétaux; pas de spores. Cet examen a été fait avec le plus grand soin devant le Chef de service {voy. pi. III, fig.6).
27 octobre. — 128 pulsations. Nuit mauvaise, toux, respiration anhélente. Le visage est moins tuméfié ainsi que les membres. La dessiccation des pustules varioliques se fait partout. Quelques croûtes du visage se sont crevassées et laissent suinter du sang. Yeux intacts.
Visite à 4 heures du soir. 132 pulsations. Bouche
450 RECHERCHES CLINIQUES ET AJSATOMIQL'tS
chaude, parois buccales jaunies par le collutoire borate, taches membraniformes du muguet rabougries et d'uu jaune sale. Un peu de matité du côté droit du thorax, râles assez gros, secs, dans toute la hauteur en aiTière. Pas de vomissements.
Julep avec lartre stibié 0,05 centi^.
Examen microscopique. Les fausses membranes sont constituées absolument comme hier. Pas de spores, pas de végétaux.
28 octobre.— Mort à 5 heures. Je vais racler la langue de l'enfant avant la visite et j'enlève deux fausses membranes buccales.
Examen immédiat. Pas de spores, pas de végétaux, aspect ordinaire du muguet moins les productions végétales.
Autopsie à 10 heures du matin, le 29 octobre, 29 heures après la mort; température assez douce, nuit fraîche.
Rigidité cadavérique presque nulle. Corps couvert de croûtes varioliques desséchées, d'une couleur jaunâtre foncé et d'un brun rougeâtre au centre de plusieurs de ces mêmes croûtes.
Le visage, les membres supérieurs et la partie anté rieure du tronc ont été surtout le siège de l'éruption varioleuse. Les boutons vaccinaux des bras sont couverts d'une croûte noirâtre, épaisse et cornée, qui tranche avec les croûtes varioliques qui les entourent. Les membres inférieurs et le dos n'ont eu que de rares boutons isolés pour la plupart et recouverts de croûtes épaisses et desséchées. Les malléoles sont un peu excoriées, ainsi que les fesses. La teinte rouge qui existait pendant la vie s'est dissipée en grande partie.
Cavité buccale. Langue sèche, quelques traces de muguet ratatiné sur les parois buccales, le bord alvéolaire inférieur, le voile du palais et sur les côtés de la langue, à gauche. Arrière-bouche piquetée sur un fond jaunâtre ; amygdales plus grosses que dans Vétat normal, mais sans productions de muguet. Œsophage n'offrant rien de particulier. Intestins pleins de gaz, muqueuse saine.
Les poumons^ soumis à Texamen de M. le docteur Legendre, présentent une pneumonie catarrhale évidente ; la plèvre est saine des deux côtés.
Poumon droit ne revenant pas entièrement sur luimême comme le poumon gauche, après Touverlure de la cavité pectorale. On trouve qu'il offre quelques taches opalines situées dans le tissu pulmonaire au-dessous de la plèvre (car elles ne disparaissent pas après l'enlèvement de cette dernière membrane). Lobe inférieur phis rosé que le supérieur. Bord postérieur rouge, il est le sîége d'une congestion hypostatique. Tissm pulmonaire résistant et crépitant. Poumon gauche paraissant entièrement sain, un peu congestionné dans son bord postérieur.
L'ittsufQation, pratiquée successivement dans les deux pouHkOQs, prouve que l'air remplit toutes les vésicules pulmonaires. Le poumon droit reste toujours plus rosé que le gauche. Les petites taches opalines sont un instant réfractaires à l'insufflation, mais elles finissent par disparaître et se remplissent d'air. A la coupe, le poumon est iptitMit crépitant, rempli d'air et de spumequi,en beaucoup d'endroits correspondant aux tuyaux bronchiques de tout calibre, est mêlée de mucosités purulentes. A la
partie postérieure du pouraon, la sérosité qui s'écoule est sanguinolente. L'incision faite sur les endroits où se trouvaient les taches opalines laisse suinter un peu de mucopus aéré. (Ces altérations sont rapportées par M. Legendre au 1" degré de la pneumonie catarrhale. — Bronchite capillaire de l'enfance de MM. Béhier et Hardy.)
Cœur et viscères abdominaux à l'état normal; foie et rate congestionnés.
Cerveau de consistance assez ferme, membranes à peine injectées; ventricules latéraux ne contenant pas une quantité anormale de sérosité.