‹ Recherches cliniques et anatomiques sur les affections pseudo-membranenses, productions plastiques, diphthériques, ulcéro-membranenses aphtheuses, croup, muguet, etcChapitre 58 sur 74 · OBSERVATION VIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VIII

Magaet avee végétaux; eaneer des atmieles 4e la région ém graad treelianter drelt.

( Infirmerie générale de la Salpétrière, salle Saint-Antoine, n^ % semce de M. Manec. )

F...., Marie-Catheriney 50 attô, domestique, née au Droit {Haute-Marne) y entrée le 27 février, morte le 27 août 1850. — Cette malade entre à l'infirmerie comme malade externe. Elle n'est point attachée à l'hospice. Sa constitution est assez forte. Ses parents ont, dit-elle, toujours eu une bonne santé; elle-même n'a jamais éprouvé de maladies graves. Réglée à 15 ans, elle a toujours eu des menstrues abondantes, parfaitement périodiques. Elle a cessé de voir ses règles depuis huit mois. Elle n'attribue cette suppression qu'à l'âge critique.

Cette femme n'a d'autre mal qu'une douleur extrêmement vive à la région trochantérienne droite. La douleur revient par accès irréguliers et ne cesse jamais compléte-

SUR LES AFFECTIONS PSEUDO-UEMBRANEUSES. (i53

ment. La peau qui recouvre cette région est violacée, un peu déprimée, labourée par des cicatrices de ventouses scarifiées et par d'autres raies cicatricielles, résultant de cautérisations produites avec le fer rouge. La douleur s'irradie dans le membre inférieur. Le décubitus sur le côté malade est tout à fait impossible.

Interrogée sur l'état antérieur de son mal, elle apprend qu'à une époque assez éloignée (deux ans environ) elle a fait une chute. Elle ne se préoccupa que fort peu de l'ecchymose et de la douleur qui la suivirent. Peu après, à la place même où elle souffre aujourd'hui, et qui était précisément la partie contuse, les douleurs devinrent plus intenses; elle entra dans un hôpital. On appliqua des sangsues, des cataplasmes, des compresses imbibées de divers liquides; elle sortit non guérie.

Il y a un an environ, les douleurs s'aggravant toujours, et la marche devenant impossible, elle fut admise dans le service de M. Nélaton. On lui fit, avec le cautère actuel, des traînées sur la partie malade; elle fut soulagée. Peu après, les douleurs devenant très-vives et les téguments étant enflammés, on eut recours aux ventouses. La malade quitta le service de M. Nélaton; plus tard elle entra dans le service de M. Laugier, et enfin elle est venue à la Salpêtrière, recommandée à M. Manec.

Éiat actuel. L'état général ne paraît point mauvais. Pouls à 60, régulier, plein; respiration libre; poitrine n'offrant rien d'anormal à la percussion et à l'auscultation; digestions assez faciles.

La cuisse et la jambe droites ne présentent aucune difformité, aucun aspect anormal; le membre inférieur tout

tAh REGHERGBES CLIfilQUES ET ANÀTOlilQUES

entier n'est pas plus long que celui du côté opposé ; la pointe du pied n'est pas déviée. La région du grand tro* chanter seule est dans l'état noté hier. La tête fémorale paraît reposer dans la cavité cotyloïde. Les mouvements communiqués au membre inférieur droit éveillent les douleurs à un haut degré et les mouvements spontanés sont presque impossibles.

p. Gomme, tilleul ; 2 portions ; cataplasmes.

Pendant deux mois, les souffrances dont la malade se plaint sont supportables, mais vers le milieu du mois d'avril, elles prennent une nouvelle acuité* On soutient les forces par un régime tonique et on calme les douleiu^ par l'usage interne de l'opium et par le laudanum sur la partie malade ; cataplasmes.

Le 4 juillet, à mon retour d'un congé, je trouve la ma-lade affaiblie. Les cataplasmes ont, en quelque sorte, macéré la portion des téguments qui recouvre la région trochantérienne. Les douleurs sont atroces. La, malade ne peut rester couchée que sur le ventre.

10 juillet. — M. Manec prend l'avis de deux médecins que cette femme connaît; il a le projet d'inciser la partie malade, et de voir si le grand trocbanter ne serait pas lésé. Après avoir examiné avec soin l'étal de la région déjà décrite, l'avis auquel on s'arrête est d'attendre encore avant d'agir; on continue d'appliquer des cataplaanes arrosés de laudanum.

Vers la fin du mois de juillet, il se forme une plaque d'un asjpect noirâtre, conune sphacélée, très-enfoncée, au point où àégent les douleurs; elle a la largeur de la

paume de la main, La sensibilité est des plus vives à la pression.

10 août. —L'état général s'aggrave; plaintes conlinuelles. La malade ne peut conserver pendant quelque temps aucune position. Il est survenu de la diarrhée qui affaiblit ses forces, elle est combattue par des lavements et des potions avec le ratanhia et des quarts de lavement laudanisé.

20 août, — Il apparaît sur la langue déjà rouge et sèche un enduit crémeux, pultacé, qui fait diagnostiquer à M. Manecune affection cancéreuse.

Pendant sept jours, on oppose, mais sans succès, à l'enduit buccal, divers collutoires; quelques parties sont enlevées doucement au moyen d'une compresse. Elles se reproduisent bientôt.

Examen le 23 août. Le produit crémeux est constitué : !• par de l'épithélium lingual; 2" par des végétaux; 3** par de la matière grasse et des granulations moléculaires {voy. pi. rV, fig. i).

Enfin, le 26 août, les idées de la malade sont confuses, elle veut quitter son lit ; l'enduit crémeux très-épais s'est étendu partout sur la langue et dans la bouche. Elle meurt le 27 août à six heures du soir.

Autopsie^ 39 heures après la mort. — Le corps est dans un grand état de maigreur; la peau jaune et terne. Viscères thoraciques à l'étal normal.

Poumons ayant seulement de la congestion, survenue probablement aux derniers moments, dans leur partie postérieure; (xmr avec des caillots décolorés, mais non adhérents.

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Appareil digestif. Parois buccales et langue recouvertes d'un enduit grisâtre, brunâtre par places, provenant de Tenduit crémeux noté pendant la vie. Œsophage renfermant de cette matière pultacée, disposée par plaques pelotonnées, mais non adhérentes. Intestin grêle gonflé de gaz ; coecum et côlon sans matières stercorales ; rectum affaissé. Foie et rate à l'état normal.

Région trochantèrienne droite. Après avoir été incisée profondément jusqu'à l'os, la portion ayant l'aspect d'une eschare se montre composée d'un tissu lardacé, jaunâtre, résistant, qui laisse voir en quelques endroits de rares fibres musculaires. La peau, le tissu cellulo-graisseux sous-cutané sont atrophiés, confondus en une masse noirâtre. Le grand fessier est littéralement infiltré d'une matière encéphaloïde, d'un blanc jaunâtre, interposée entre les fibrilles musculaires. MM. Manec, Trélat et les personnes présentes à l'autopsie concluent à un encéphaloïde (à l'état de crudité) du muscle grand fessier et des autres parties de la région trochantèrienne.

L'os est un peu rouge, mais il n'a pas changé de consistance, le périoste est adhérent. Il y a, au plus, une légère ostéite par suite du voisinage du tissu morbide.

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