‹ Recherches cliniques et anatomiques sur les affections pseudo-membraneusesChapitre 101 sur 115 · OBSERVATION XIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XIII

vtngine herpétique survenue sous l'Influence d’un refroidissement. Coïncidence d’herpes lahialis1.

M. C.... est âgé de 29 ans, brun, de petite taille, mais avec les membres robustes et bien proportionnés. Bonne constitution, bonne santé habituelle. M. C.... est toutefois sujet à de légers maux de gorge; sa voix n’est pas forte, mais elle est bien timbrée.

Le 14 juin 1857, M. C...., sans avoir précédemment été souffrant, sans avoir fait aucun excès, se rendit à

Saint-Germain, et peu de temps après un dîner pris sans répuguance, il éprouva du malaise et des frissons. Il attribua la sensation qu’il ressentait au vent assez fort qui avait soufflé dans la soirée. Il rentra à Paris ce jour même et il eut froid dans le wagon du chemin de fer.

15 juin. — La nuit fut agitée est sans sommeil. M. C... croyait avoir eu du refoidissement et s’était surchargé de

1 J’ai communiqué cette observation à M. le docteur Féron, qui l’a insérée dans sa Thèse inaugurale sur V Angine herpétique (Thèses de Paris, 1858, n° 249, p. 20).

couvertures dans son lit, mais sans avoir pu transpirer, il ressentait du malaise, avait perdu l’appétit, et il passa la journée sans sortir, en partie dans sa chambre et en partie dans son cabinet de travail. Il s’aperçut le soir qu’il

avait un peu mal à la gorge.

Le malade s’était lui-même mis à la diète et n’avait pris

que du bouillon pendant cette journée.

Le 16 juin, la nuit n’a pas été meilleure que celle de la veille. Le mal de gorge a augmenté. M. G...., ne voulant pas déranger un médecin pour le mal qu’il éprouve et qu’il juge très-léger, continue à rester à la diète, buvant quelques tasses d’une tisane pectorale et faisant usage d’un gargarisme mucilagineux. 11 n’a pris qu’un potage et

du bouillon.

Le 17 juin, La gorge était plus douloureuse, le malade avait de la peine à avaler la salive. Dans cet état, il est obligé de se rendre dans un château des environs de Paris. 11 y consulte le médecin de service, qui, apres avoir examiné la gorge, dit qu’il y trouve une plaque blanche, lui parle d’une angine couenneuse encore limitée, et fait une cautérisation de cette surface avec le nitrate d’argent. Le médecin prescrit, en outre, un gargarisme astringent. M. C.... rentre le soir à Paris très-

fatigué.

Le lendemain 18 , il n’est pas survenu d’amélioration et je suis appelé par le malade assez effrayé sur son état. Il me fournit alors les renseignements qui précèdent.

La gorge, examinée avec soin, présente une rougeur assez également répandue sur le fond du pharynx, les amygdales et les piliers du voile du palais. Je constate

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sur l’amygdale droite une plaque oblongue, à bords irréguliers, comme dentelée, blanchâtre, entourée par une aréole d’un rouge vif, peu étendue.

Le malade sent très-bien qu’il souffre principalement dans le côté droit de la gorge. Il a peu de céphalalgie, mais du malaise, de la lassitude. Le pouls bat 72 fois environ par minute, il est modérément développé. Inappétence, soif assez vive, mauvais goût à la bouche, langue chargée , aucune envie de vomir. Respiration parfaitement libre. Peau assez chaude, pas de moiteur. Urines peu abondantes, fortement colorées.

P. Tisane d’orangeade cuite. Purgatif salin. La plaque amygdalienne est touchée avec le doigt chargé d’alun en poudre. Continuation du gargarisme prescrit la veille. Bouillons.

Je rassure de mon mieux le moral du malade et lui affirme qu’il n’a pas l’angine couenneuse véritable, mais une simple plaque blanchâtre qui ne s’agrandira point.

L’état général est à peu près le même dans la soirée; la céphalalgie est toutefois assez prononcée. Il y a eu plusieurs garde-robes abondantes.

Le 19, le malade n’a pas mieux passé cette nuit que les précédentes. Il a encore souffert dans la gorge; il est très-préoccupé. Même état général.

J’examine la gorge de nouveau, avec le plus grand soin, et j’aperçois une nouvelle surface atteinte. Elle est exactement située sur le pilier antérieur droit du voile du palais. Elle consiste en une plaque comme chagrinée ou mieux encore en saillies vésiculeuses, réunies par leurs bords, confluentes, formant, ainsi une surface dont

suiv LES AFFECTIONS PSEUDO-MEMBRANEUSES. 4/0

le fond est d’un gris blanchâtre et transparent. Un ceicle d’un rouge intense entoure ce groupe éruptif.

Même prescription qu’hier, moins le purgatif. Alun en poudre et gargarisme.

Le soir, le malade s’aperçoit qu’il éprouve de la douleur dans la lèvre supérieure sur le côté droit, et il y remarque delà rougeur et de 1 induration. M. G.... appelle mon attention de ce côté. Il y existe en effet une place élevée, indurée, avec des saillies, des élévations légères dont quelques-unes commencent à se remplir de sérosité. On ne peut méconnaître une plaque (ïherpes labialis en voie de développement.

En regardant au fond de la gorge, je trouve la plaque du pilier antérieur, blanchâtre, recouverte d’une concrétion légère, les bords sont irréguliers, festonnés. Il y a même au-dessus de la plaque ou groupe principal, un point excorié, blanc, ressemblant beaucoup à un de ces aphthes solitaires du frein de la langue ou des parois buccales qui succèdent , ainsi que je l’ai plusieurs fois constaté, à une vésicule rompue.

Je conseille au malade de se borner actuellement à faire usage d’un gargarisme émollient, et je lui promets la lin

de son mal.

20 juin. — La nuit a été calme; pour la première fois le malade a paisiblement dormi et il a transpiré dans son lit. Ce matin, la plaque d ’herpes labialis est couverte de vésicules remplies d’un liquide trouble. Les urines ont été plus abondantes; une seule garde-robe.

La gorge offre une rougeur moindre sur les bords de la première plaque amygdalienne ; le fond en est moins

grisâtre, il est plus rosé. La plaque du pilier antérieur est blanchâtre avec le cercle rouge très-marqué.

Le malade mange avec plaisir le matin une côtelette et le soir une aile de poulet. La nuit a été très-bonne.

Le 21, il se sent bien. La plaque d ’herpes labialis a formé une croûte. La plaque du pilier antérieur du voile du palais est toujours visible, blanchâtre, mais le cercle rouge n’est plus aussi vif, aussi coloré.

Je suis obligé de quitter le malade pour aller à la campagne. Je l’ai vu à mon retour le 28 juin. M. G.... était parfaitement remis. Il existait une rougeur vineuse sur l’amygdale droite et sur le pilier droit du voile du palais, en un mot, sur les deux places qui avaient été affectées. Une rougeur assez intense occupait également le côté droit de la lèvre supérieure.

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