‹ Recherches cliniques et anatomiques sur les affections pseudo-membraneusesChapitre 105 sur 115 · OBSERVATION XVII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XVII

Pneumonie gauche , 8e degré , mort. Fausses membranes buccales et œsophagiennes produites par le

tartre stibié; pas de végétaux.

(Hôpital Sainte-Marguerite, salle Sainte-Geneviève, n° 1, service

de M. Marrotte.)

P Virginie , veuve Blmquisque , ouvrière en linge , 42 ans, née à Saint-Germain-en-Laye, entrée le 25 janvier 1852, morte le 29. — Femme de haute taille, d’une constitution sèche, d’un tempérament nerveux. Elle a une bonne santé habituelle, mais elle est très-pauvre, mal nourrie, excédée de travail; elle a été veuve de bonne heure, sans enfants ; elle est encore réglée.

Il y a huit jours, à la suitê d’occupations prolongées depuis le matin jusqu’à minuit (elle travaillait ainsi de-

Zj85

puis quinze jours), elle a été prise de frissons en se couchant. Gomme elle habitait une chambre sans feu, elle n’y a pas fait grande attention, mais le lendemain elle n a pas pu se lever. Elle est restée au lit, et dans la journée elle a eu un violent point de côté et une soif très-vive. Pendant les sept jours quelle a passés toute seule, elle n’a bu « que de l’eau pure et froide. » Pendant tout ce temps, elle « n’a pas fermé l’œil ; » enfin, cédant aux instances de ses voisines, ou plutôt « voulant savoir à quoi

s’en tenir, » elle est entrée a l’hôpital.

25 janvier. Visite du soir. Décubitus dorsal, faciès altéré, yeux caves, teint jaunâtre. Le crachoir renferme huit ou dix crachats rouillés, visqueux et adhérents au vase. 30 respirations ; le côté gauche de la poitrine est le siège d’une douleur de côté médiocre présentement, ayant son maximum sous le sein. Matité en arrière dans toute la hauteur de ce côté du thorax. Poumon gauche rempli du sommet à la base de râles crépitants fins. Souffle trèsfort dans la fosse sous-épineuse gauche; en avant du même côté , matité sous-claviculaire prononcée et râles crépitants, mais plus humides qu’en arrière. Dans le poumon droit, la respiration est supplémentaire. Pouls donnant 100 pulsations, fortes, dures, sans intermittences.

Langue lisse, presque uniformément rouge, à la pointe et sur les bords. Bouche sèche, dents sans fuliginosités. Pas de douleurs épigastriques, ventre souple. Constipation depuis cinq jours.

P. Tartre stibié 0,40 et sirop diacode 30 grammes, dans un julep.

20 janvier. —

90 pulsations, 32 respirations. Le pouls

l\$6 RECHERCHES CLINIQUES ET ANATOMIQUES

est moins dur, les crachats sont plus nombreux cl présentent les signes notés hier au soir. Les raies crépitants persistent partout, le souffle est aussi prononcé. La potion émétisée a suscité sept ou huit vomissements trèspénibles et de nombreuses déjections alvines.

Guimauve sucrée; julep avec tartre stibié 0,40 centigrammes, et sirop diacode, 30 grammes.

27 janvier. — 104 pulsations, 44 respirations. Crachats moins abondants, très-visqueux et plus foncés en couleur. Le souffle s’est étendu dans la fosse sus-épineuse gauche. Langue rouge, sèche, couverte des restes de crachats visqueux. Elle a retenu probablement les parties actives de la potion stibiée et elle présente sur les bords et à sa base des fausses membranes envoie de développement.

Guimauve 3 pots ; kermès \ gramme. Large vésicatoire en arrière (à gauche) du thorax. Collutoire borate.

Examen à deux heures des fausses membranes ( voij . pl. III, fig. 4 et l’Explication des planches).

Visite du soir. 128 pulsations, 32 respirations. Même état et, eq outre, peau plus chaude et aride; refus des boissons. Expectoration et expuition très-pénibles, fausses membranes jaunies par le collutoire.

28 janvier. — 85 pulsations, -40 respirations. Pouls vite et rare comparativement à celui d’hier. Affaissement considérable de la malade. Expuition toujours très-difficile. Insomnie. Pas de selles. Vésicatoire très-douloureux. Langue épaisse brunâtre, avec les bords, la face supérieure et l’arrière-bouche parsemés de fausses membranes (qui seront décrites plus bas). Respiration fréquente, souille tubaire très-prononcé, mêlé de râles crépitants gros et

humides à gauche, au sommet en arrière et en avant sous la clavicule.

P. Ut supra.

Visite du soir. Affaissement extrême, la malade répond à peine aux questions qu on lui adresse , elle tient la bouche ouverte et refuse les boissons qu’on lui offre.

120 pulsations, pouls petit, vite, avec des intermittences ; en avant, souffle toujours aussi prononcé, mêlé de râles. On touche les fausses membranes avec un pinceau trempé dans le collutoire.

Mort le 29 à cinq heures du matin.

Autopsie le 30 à dix heures, temps froid et sec. Rigidité cadavérique très-forte.

Cavité pectorale. Plèvre gauche unie aux parois costales, adhérences épaisses et jaunâtres, sur le bord antérieui, moindres sur les côtés, plus marquées à la base et au sommet, un peu de sérosité citrine dans la partie postéiieuie. Le poumon gauche incise montre une hépatisation giise s’étendant du sommet au tiers inférieur. Quelques endroits seulement d’hépatisation rouge. Celle-ci se remarque encore sur le bord antérieur dans 1 espace d un pouce et dans tout le tiers inférieur.

Le poumon droit n’offre pas d adhérences pleui aies. Il est

parfaitementsain.Congestionhypostatique, probablement

cadavérique , à la partie postérieure. Muqueuse de la Lâchée rouge ainsi que celle des bronches ; pas de lausses membranes.

Cœur avec le ventricule droit à l’état normal, ventricule gauche avec des caillots fibrineux décoloiés, intiiqués

dans les colonnes charnues, mais non fortement adhérents.

Tube digestif. Cavité buccale remplie d’un enduit d’un brun noirâtre. Langue ayant à la face supérieure ce même aspect brunâtre , mais sur les côtés elle offre quatre endroits supportant des fausses membranes très-adhérentes qui, enlevées, montrent des dépressions légères, rouges (uoy.pl. 1, fig. 1); une autre fausse membrane épaisse s’observe à l’extrémité antérieure droite, près du filet. Base de la langue avec une autre fausse membrane allongée. L’œsophage présente, à deux pouces de l’épiglotte, un produit pseudo-membraneux reposant sur sept ulcérations légères, comme varioliques, à bords larges, un peu saillants, à centre déprimé. Deux autres dépressions s’observent plus bas, enfin on trouve un groupe de petites ulcérations arrondies encore plus bas, près de l’orifice cardiaque stomacal. L'estomac, revenu sur lui-même surtout près du pylore, a sa muqueuse congestionnée s’en allant en bouillie pultacée le long de la grande courbure et dans le grand cul-de-sac. Le reste de l 'intestin sans altérations notables.

Foie de forme allongée et congestionné.

Cerveau de consistance normale; méninges un peu injectées. Tous les sinus gorgés de sang. Substance cérébrale piquetée, à la coupe. Ventricule latéral gauche renfermant une cuillerée à café de sérosité limpide et citrine. Plexus choroïdes du même côté, infiltrés surtout en arrière de la cavité digitale. Ventricule droit renfermant une sérosité limpide.

Page 1