OBSERVATION XX
^'«rioïc chez un ivuEmic non vacciné; fausses membranes des vésieO'giustulcs varioliques.
.(Hôpital Sainte-Marguerite, salle Saint- Augustin, nü 50, service
de M. Marroite. )
Z)...., Louis , 20 ans, garçon limonadier, ne à Sadovrnin (Hautes-Pyrénées), entré le 5 mars 1852, mort le 1er* avril. — Ce malade, d’une constitution délicate, n’a jamais eu une bonne santé, plusieurs de ses parents « sont morts de la poitrine. » Il a lui-même craché du sang en abondance il y a dix mois, et depuis neuf jours l’hémoptysie s’est renouvelée, puis elle a cessé à peu près complètement depuis avant hier.
Il ressent des douleurs entre les deux épaules ; il a un peu de fièvre tous les soirs et des sueurs abondantes pendant le sommeil. Parfois la fièvre dure toute la nuit et alors il ne dort pas. Toux, peu de crachats. Appétit bien conservé, langue humide, pas de dévoiement, et cependant amaigrissement continuel et progressif.
Matité et expiration prolongée des deux côtés sous les clavicules; souffle et bronchophonie dans la fosse sousépineuse gauche, pas de râles humides. Rien d’anormal qui soit appréciable à la région du cœur ou dans les vaisseaux du cou.
P. Tisane de lichen ; huile de foie de morue 30 grammes : 2 portions.
Jusqu’au 19 mars, le malade est resté dans le même état, il se trouvait même bien moins fatigué qu’à l’époque de son entrée ; mais ce jour-là il a été pris de frissons, et de
courbature, le soir il a eu de la fièvre. Le lendemain et le surlendemain même étal de malaise; il se plaint en outic de mal de reins el il a vomi a plusieurs reprises.
22 mars. Visite du soir. Céphalalgie, peau chaude, 120 pulsations. Rachialgie très-forte; sur le visage et sur le cou apparaissent quelques points îouges au nombre de huit ou dix, semblables à des taches lenticulaires, mais sans élévation sensible au doigt; il n y en a point sur les membres; toux; rougeur de l arrière-bouche. Le malade, ne se rappelle pas d’avoir été vacciné, il ne poite pas sui les bras de traces cicatricielles de vaccine.
23 mars.— 116 pulsations, insomnie, fièvre; les petites taches rouges se sont multipliées sur le visage et elles ont un point dur, élevé et saillant. Il en existe d autres sur les membres. Soif très-vive et mal de gorge très-violent.
Gomme sucrée 2 pots ; gargarisme adoucissant.
Visite du soir . 124 pulsations, une petite vésicule se dessine sur les premières taches qui ont paiu sur le visage.
24 mars. — Les taches rouges sont innombrables et font diagnostiquer une variole confluente. En quelques endroits, au menton, sur le front et au cou on dirait un érysipèle parsemé de petites élevures dures et transparentes.
25 mars. — L’éruption marche lentement, les petites vésicules grisâtres sont très-rapprochées et couvrent la majeure partie du corps; elles sont confluentes sur le visage, moins serrées sur le tronc, les bras, les parties génitales et les membres inférieurs. Quelques-unes se
RECHERCHES CEiNIOUtS ET ANATOMIQUES
montrent sur le bord libre des paupières et je les cautérise avec un crayon pointu de nitrate d’argent.
Visite du soir. Peau chaude; fièvre avec 120 pulsations. Les premières vésicules qui ont paru sur le visage s’aplatissent; arrière-bouche rouge, voile du palais avec plusieurs autres vésicules peu saillantes, plus larges que celles de la peau.
26 mars. — Visage et mains très-tuméfiés. Soif vive, toutes les vésicules s’aplatissent et s’ombiliquent ; ptyalisme assez abondant.
Le soir , môme état, cautérisation de nouvelles pustules au bord des paupières avec le crayon de nitrate d’argent.
27 mars. — La plupart des vésico-pustules confluent, le visage est très-tu méfié, la salive très-abondante, les mains et les pieds sont très-gonflés, les yeux injectés et rouges; toux rauque et très-fatigante.
Visite du soir. Fièvre modérée en ce moment et pendant
le cours de la journée, d’après l’infirmier et les voisins du
malade.
28 mars. — ■ Nuit mauvaise, ptyalisme continuel; l’éruption est constituée par des amas de pustules confluentes, ombiliquées, jaunâtres et anastomosées pour ainsi dire les unes avec les autres. Quelques-unes présentent une disposition en série qui permet de diagnostiquer une variole couturante L Les pustules présentent un pointillé gris et jaune2 formant des cercles concentriques.
‘ Voy. page 290 ce que j’ai dit des cicatrices formant les coutures du visage.
2 Voy.y.m.
SUU LES AFFECTIONS PSEU 1)0 -MEMBRANEUSES.
Fièvre très-forte, ' 128 pulsations, tuméfaction considérable du visage.
29 mars. — Un peu de délire pendant la nuit, suppuration complète des pustules. L’ombilic, encore visible hier, a disparu, et toute la surface du visage forme, en quelque sorte, une couche blanchâtre et purulente.
J 30 pulsations, salivation mêlée de stries sanguinolentes.
Huile d’amandes douces sur le visage.
30 mars. — Quelques plaques pustuleuses sont devenues d’un jaune foncé et semblent vouloir se dessécher. Le malade est hideux et exhale une odeur caractéristique.
31 mars. — Délire pendant la nuit, pouls petit et trèsfréquent; dessiccation plus avancée de quelques plaques purulentes. Le pourtour de la bouche est fendillé. Il est sorti des pustules un pus qui s’est concrété, et qui a l’aspect du miel épaissi; aspect affreux, odeur nauséabonde, coma; le malade meurt à cinq heures du matin le 1er avril.
Examen des vésico-pustules du bras, 25 mars. Vésicules ouvertes avec une lancette bien coupante, portée hoiizontalement sous l’épiderme. Je place une goutte d eau sur le derme et je l’examine à la loupe; il y existe un produit superposé. Le derme est raclé avec soin et le produit enlevé est examiné immédiatement sous le microscope.
Le liquide transparent renfermé dans la vésicule contientdes granulations moléculaires, très-peu d’épithélium, quelques globules de pus bien reconnaissables et quelques globules rouges du sang ^pl. VI, fig . 2 et 3). Le
r,L<;iifc[icm:s cliniques et anatomiques, etc.
derme raclé présente une couche renfermant des granulations élémentaires, de la fibrine, des globules sanguins.
26 et 27 mars. — La fausse membrane est évidente, elle est déprimée au centre, haute de un à deux millimètres à la circonférence. Le disque pseudo-membraneux est adhérent à l’épiderme; il adhère pareillement au derme; il faut exercer des tractions pour le détacher, et celles-ci font souffrir le malade.
Liquide renfermant des globules de pus et pyoïdes.
Éléments de la fausse membrane. Granulations élémentaires, peu ou point de globules sanguins (dans quelques préparations heureuses), cellules d’épithélium, beaucoup de globules de pus et pyoïdes.
28 mars. — Disque épais de deux à trois millimètres; déjà en quelques endroits la sérosité purulente a glissé sous l’épiderme qui adhère bien moins au disque; ce dernier s’enlève aussi plus facilement, il adhère moins au derme qu’hier (27 mars).
29 mars. — Disque aussi épais, mais moins boursouflé et moins résistant.
Liquide franchement purulent; innombrables globules du pus et pyoïdes (pi. Yï, fig. 3).
Disque pseudo-membraneux évidemment constitué par
de la fibrine entre-croisée renfermant dans ses mailles
des granulations élémentaires et surtout des globules du pus et pyoïdes ; enfin quelques cellules d’épithélium (pi. VI, fig. 4).