‹ Recherches cliniques et anatomiques sur les affections pseudo-membraneusesChapitre 109 sur 115 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Dans cet historique des affections pseudo membraneuses, j’ai voulu m’occuper seulement de celles qui siègent dans la cavité buccale et la région pharyngolaryngienne. Mais comme il existe tant de travaux relatifs aux pseudo-membranes qui envahissent les parties supérieures des appareils digestif et respiratoire, j’ai dû ado p 1er un ordre méthodique pour leur exposition, meme

très-abrégée *.

J’ai choisi dans les écrits des anciens auteurs les travaux qui se rapportent aux affections pseudo-membianeuses, par exemple aux aphthes , terme générique sous lequel ils désignaient plusieurs afleclions dilféi entes. Dès que la distinction ou la séparation de cei laines maladies

1 II m’a fallu restreindre considérablement cet Mi-torique, suivant les désirs de l’Éditeur; j’ai dû en supprimer toutes les citations que j’avais réunies à grand’peine, et me borner à des indications sommaires.

a été faite, j’ai établi une catégorie à part pour y placer les travaux ultérieurs du meme ordre.

Ainsi, en 1576, quand Baillou fait mention d’une concrétion pseudo-membraneuse trachéenne, se rapportant au croup, je la fais suivre des travaux qui ont surgi dans cette voie. A l'époque où eut lieu le concours sur le millet ou blanchet devant la Société royale de médecine, je fais commencer une division pour exposer la série des travaux faits sur le muguet.

Aphthes et angines gangréneuses , ulcéro-membraneuses , ou à fausses membranes.

Epoque d' Hippocrate à Galien. ■ — Les Livres Hippocratiques , ou les écrits du Père de la médecine et de ses disciples, méritent toute notre attention; nous y trouvons des renseignements épars sur les affections pseudo-membraneuses buccaies : les noms d 'aphlhes ou d'ulcérations aphtheuscs, tantôt séparés, tantôt réunis, s’appliquent à des maladies diverses, ulcéreuses, gangréneuses. Le 24e aphorisme a été reproduit ou commenté par tous les auteurs (àcçûaq cToaârcùv è>.x, wgisç).

Œuvres d’Hippocrate, Aphorismes , section III. aph. 21 et , 24 (traduction Littré, t. iv, p. 496 et 497).

Dans des passages relatifs à l’angine, on a voulu reconnaître les symptômes propres aux maladies gutturales avec des pseudo-membranes ; ils sont loin d’être probants à cet égard.

Hippocrate, Aphorismes , sect. IV, aph. 34 et 35 (Littré, t. iv, P- 515).

Le long paragraphe 10 du IIIe livre des maladies, relatif à l'angine (Littré, t. vu, p. 129) que Valentin avait cité comme se rapportant au croup (p.24) ne nous apprend rien de positif. Les deux passages 9 et 26 du II0 livre des maladies indiquent une forme spéciale d'angine, le dernier signale des matières expectorées, dures et par petits morceaux.

Hippocrate, Des maladies , liv. Il, 9 et 26 (Littré, t. vu, p. 17 et 41 ).

L’expectoration est notée dans plusieurs endroits, relatifs aux ulcères de la norge et des amygdal s. Elle est spéciale et on a cru y reconnaître l'indication de fausses membranes ou de productions plastiques des

bronches.

Hippocrate, Pronostic , 23 (Littré, t. il, p. 175).

Prérwt. Caciques, IIe. sect., 271. Les nf* 271 et 272 se rapportent aux aphorismes 34 et 35 de la 4e section,

déjà cités (Littré, t. v. p. 643).

Hippocrate, Coaques, II' section, 363 (Littré, t. v, p. 661).

Dans le IIIe livre des épidémies on trouve les aphthes et les ulcérations buccales (ordu-aTa àcpôaiâ'sa. STou-ara roX/.cïaiv acpôiâ^ea).

Hippocrate, Épidémies , liv. III , 3 et 7 (Littré t. ut, P* 71

et 85).

Le mot bouche aphtbeuse se trouve plusieurs fois dans les coaques,

relatives aux femmes enceintes (oroastta àq&â&M. Tà « ffTCP‘*Ta)* Hippocrate, Coaques , 504 et 533 (Littré, t v.p.701 et 707). Je néglige d’autres coaques moins importantes.

Les ulcérations aphtheuses des parties génitales sont cilees plusieurs fois dans le livre De la nature de la femme (fiv acpû^vi ta o.i$ «*).

Hippocrate, loc. oit, 60, 86, 100 (Littré, t. vii, p. 339, 409,

Il est question aussi d’aphtheux, comme Synonyme d’ulcéreux, dans le IIe livre des maladies. Van-Swiéten a noté cette signification.

( Hv açiÔTQOTi Tl (j'jzrfc, toü w>.e6fi.ovoç.)

Hippocrate, Des maladies , liv. II, 50 (Littré, t. vu, p. 77).

Enfin dans le livre de la dentition, on trouve de curieux passages sur lesquels l’attention s’est généralement peu portée: il est parlé d’ulceres des amygdales, et présentant quelque chose de semblable à une toile d’araignée (àpayviwÆeç tî sôv oùx a'raôôv).

Hippocrate, De la dentition , 18, 21, 22, 23,25,27, 30,31 et 32 (Littré, t. vm, p. 547 à 549).

Il me paraît résulter de l’étude des Livres Hippocratiques , qu’il n’est pas possible de décider d’après eux si les aphthes étaient des ulcérations recouvertes de pseudo-membranes; ils ne sont nulle part assez nettement décrits. On peut toutefois supposer, avec une grande apparence de raison, que sous ce nom on a indiqué, à cette époque, la plupart des ulcé-

KECHEltCHES CLINIQUES ET ANATOMIQUES

rations buccales et pharyngiennes, et peut-être des ulcérations pseudo membraneuses. Les commentateurs y ont vu, les uns, lesaphthes vésiculo-ulcéreux, les autres, le muguet, etc.

Remarquons toutefois les mots d’ulcère aphtheux , de bouche aphtheuse. Le terme aphtheux ,est également employé comme adjectif pour désigner une ulcération des parties génitales, de la trachée artère ou du larynx.

LLppocrate a-t-il connu le croup? Les Conques 363 et 272 parlent de crachais qui vont en diminuant de calibre (ùmtyiov) ; dans la Conque 271 il est question de crachais (avec l’angine toujours) épais, très-blancs, amenés avec violence. Des données aussi vagues ne per mettent pas d'affirmer qu’il s’agit de productions croupales ; toutefois, on peut songer à une inflammation couenneuse en voyant les Livres Hippocratiques aitribuer à certaines angines une expectoration toute spéciale, (Lot/. Littré, t. vin, p. 542.)

Celsr ne nous apprend rien de bien précis sur les aphthes. On a voulu trouver dans le chapitre vu (J)e angma) les caractères du muguet, J. Franck l’a cité comme se rapportant au croup; nous n'y remar1 qui ns rien de décisif. On reconnaît dans le livie II du chapitre ier la traduction du 24e aphori-me de la 111° section; âcpôai est traduit par ulcéra. Le VIe livre du chap. xi parle encore des aphthes; dans ce dernier, il est question d’ulcérations , mais sans indication de pseudomembranes.

Arétée nous a la;ssé une description très-remarquable de l’ulcère syriaque ou égyptiac, qui n'e^t autre qu’une angine gangréneuse et au.-si pseudo- membraneuse diphthérique ; les phénomènes laryngés du croup y sont nettement indiqués. Il appelle aphthes, les ulcérations diverses de la gorge ; il dislingue ceux qui sont légers, ulcéra milia et mnoxia.... pura sunt, ex pua, nec profunda, neque mflammanlur et duhre vacant, se rapportant probablement aux vésicules herpétiques, peut-être au muguet. I.es autres aphth s, pestilentia, lata, cavn, sordida, appartiennent à l’angine gangréneuse et à l’angine pseudo-membraneuse. Les descriptions d’Arétée sont encore des modèles cilés par tous les auteuis qui ont écrit sur les angines malignes.

Aretæi Cappadocis, De caus s et signis acutorum morborum , lib. I, cap. ix, p. 17 (Ed. Kuhn, 1828).

Galien nous offre diverses définitions des aphthes. Ce mot prend un sens tout à fait générique et. comprend les ulcérations qui succèdent.

aux vésicules herpétiques rompues, probablement le muguet et de plus les pertes de substance consécutives au noma et à d’autres affections gangréneuses de la bouche.

Galeni, Opéra omnia, in Âphorismos Ilippocvatis commentarii, sect. III, Aph. 24 (Ed. Ivüiin, t. xvii, part. II, p. 627).

Galeni, Definitiones medicce [ibid.,t. xix, p. 441, ccclxxxi). — De compositions medipamenlorum secundum locos (; ibid ., t. xii, liv. VI, p. 988).

Galien cite, comme s'étant occupé des aphthes simples et rongeants, Mantias, Héraclide de Tarente, Ménécrate, Héras de Cappadoce, A.ndromache, Antonius Musa, Asclépiade, Criton.

Dans les Epidémies , III, 12 (ibid., t. xvii, part. I, p. 662), il regarde les ora aphthosa non point comme ayant des ulcérations simples, mais, au contraire, d’une nature putride.

On trouvera dans le livre Ie1' De remediis parabilibus, des recettes ad aphthas,ad aphthas nieras, ad depascentes aphihas, ad apkthas albas , nigras, ad aphthas infantium . (Ibid., t. xiv, p. 362 et 363 ).

La prétendue fausse membrane croupale qu’on a reconnue dans les œuvres de Galien, appartient à la bronchite pseudo-membraneuse.

Galeni, De meth. medendi , lib. V, cap. xii. ( Ibid ., t. xn , p. 361), et De locis affectis, lib. I, cap. i. [Ibid., t. vin, p. 3).

Époque de Galien à Baillou. — Après Galien, on voit dans les auteurs, au sujet des aphthes, la reproduction des idées galéniques et parfois seulement des distinctions entre lès diverses ulcérations bucco-pharyngiennes. Julius Pollux indiquerait plutôt les vésicules herpétiques et le muguet que la diphthérie ou le noma ; Oribase signale nettement le noma; Aetius, qui a copié Galien, mentionne, de plus, des ulcères pseudo-membraneux et malins des amygdales, il admet des aphthes blancs, rouges, jaunes, noirs, bénins et malins; Alexandre de Iralles a parlé d’angines ayant quelque chose d’épais, de muqueux et d’adhérent ; Paul d’Egine dit que les aphthes sont des ulcères tantôt blancs, tantôt rouges, tantôt noirs et rongeants.

Julius Pollux, Onomasticon, lib. IV, cap. xxiv, sect. 200. Oribasius, De locis affectis, curât, lib. IV, cap. lxviii.

Aetius, Tetrabibl. II, serm. VIII, cap. xxxix et xlv à xlvii. Alex. Trallianus, De arte medica , lib. IV, cap. i.

Paulus Ægineta, De re medica , De oris ulceribus , lib. I, cap. x.

Les médecins arabes traitent peu des aphthes , cependant on peut citer Avicenne, qui désigne sous le nom à'Alcolcis des ulcères buccaux qui s’étendent au loin, et par Bothor des pustules qui ne s’agrandissent pas ét sont facilement guéries.

Amatus Lusitanus dit que les aphthes sont des ulcères de la bouche, appelés Alcholæ par les Arabes et connus des auteurs latins sous le nom de Lactucimen. Ces derniers sont communs chez les enfants, mais Amatus cite plus tard une portion de maxillaire détruite par les aphthes, d’où on peut conclure à une maladie très-différente des premières et à la gangrène delà bouche [Cent. I, cur. xvn, Deoris ulceralionibus).

Fernel dans sa Thérapeutique universelle regarde les aphthes comme des ulcères creux et rongeants. Ambroise Paré les dit communs chez les petits enfants et sa description rappelle plusieurs caractères du muguet. (A. Paré, Œuvres, liv. XI, chap.xvr, éd. Malgaigne, t. », p. 261.)

Guillaume de Baillou signale pour la première fois dans le second livre de ses Épidémies et éphémêrides , une fausse membrane trouvée dans la trachée chez un enfant qui avait succombé avec une grande gêae delà respiration. La dipththérie ne peut être ici méconnue, elle régnait pendant l’hiver de 1576.

Ballonius, Oper. med ., 1. 1; Epid. ephemerid., lib. II, p. 197 et 201 .

Après avoir constaté pour la première fois l’existence précise d’une fausse membrane croupale, nous allons poursuivre l’étude des angines malignes, 'des affections pseudo-membraneuses plus spécialement buccopharyngées et diphthériques. Plus tard en commençant par Baillou , dans une autre série, l’indication des travaux faits sur le croup, nous compléterons l’exposé bibliographique des fausses membranes de la dipththérie laryngée jusqu’à l’époque du célèbre concours de 1807, et la publication du rapport de Royer-Collard.

Nous reprendrons ensuite les ulcérations et les pseudo-membranes aphtheuses/dont la bibliographie est très-confuse.

Angines malignes, pseudo-membraneuses diphthériques, parfois

gangréneuses.

Les angines malignes, pseudo-membraneuses et réellement diphthériques , signalées depuis Baillou . étaient souvent accompagnées de

svmptômes laryngés. Les fausses membranes n’ont été reconnues pour telles que très-tard, elles étaient regardées comme des eschares, ou comme une chute de la muqueuse.

Pierre Forest observa en 1557, en Hollande (à Alcmaer), une épidémie d’angine diphthérique dont il fut lui-même atteint, ainsi que sa femme.

Forestus, Obs. et car. medic.-chir ., 4 tomis, lib. xiv.

Après avoir paru en Hollande, ladiphthérie sévit en Espagne vers la fin du xiv* siècle. Elle fit de nombreuses victimes et elle y régna pendant une quarantaine d’années.

Les médecins qui ont décrit l’angine diphthérique sous le nom de garrotillo , sont : Mercatus, Villareal, Nunez, Fonseca, Heredia. M. Bretonneau a rapporté des passages extraits de ce dernier médecin espagnol.

De l’Espagne, la diphthérie avait ravagé le midi de l’Italie. En 1554, Cortesius voyait une épidémie d’angine pseudo-membraneuse sévissant sur les enfants et les adultes et très-contagieuse. Les Napolitains appelèrent la diphthérie laryngée male in canna. Sgambati, Carnevale, Cortesius, la font connaître dans leurs écrits. La maladie avait commencé en juin 1618, dans un marché près de Naples, Nola, Zacutus Lusitanus, Alaymus, Marc-Aurèle Severin, lui donnent les noms de affectas suffocatorius, laqueus gutturis , morbus strangulatorius, etc.

11 y avait, d’abord une inflammation légère de la gorge, bientôt les parties malades blanchissaient, l’haleine devenait fétide et la déglutition impossible, la voix était éteinte, puis la respiration s’embarrassait, et les enfants succombaient comme si on les eût étranglés avec une corde. On trouve dans le Traité de la diphthérite les citations complètes de la plupart des auteurs italiens, p. 485 et suiv.

Carnevale, De epidemico strangulatorio aff'eclu.

Alaymus , De ulceribus syriacis consultatio Marii-Antonü Alaymi.

Marcus- Aurelius Severinus, De Pcedanchone maligna.

Zacutus Lusitanus, De praxi med. admirandâ , lib. i, obs. 90.

Cortesius, Miscell., p. 697.

Renatus Moreau, Epistol. ad calcem tract. Thomœ Bartholmi, De angina puerorum epidemicâ (Epist. med., cent, i, p. 336).

L’Amérique du Nord présentait une épidémie de diphthérie, dix-sept années après l’épidémie qui avait désolé Naples. A Kingston, les enfants

furent surtout atteints, et, en même temps que l’angine pseudo-membraneuse, ils offrirent dos manifestations cutanées de la diphthérie sur lesplajes des vésicatoires et derrière les oreilles.

Il est probable, ainsi que nous le dirons plus bas en parlant des aphthes, que Ketelaer en Hollande, et plus tard Boerhaave et Yw- Swiéten, ont vu la diphthérie soit épidémique, soit sporadique.

Nous trouvons qu’en France la diphthérie épidémique a régné à Paris de 1743 (à 1748. Malouin et Cbomel sont ses historiens. En 1747, Malouin parle d’un mal de gorge pestilentiel des enfants, observé déjà par lui l’année précédente au mois de janvier (Hist. ciel’ Acad. roxj. des sciences pour l'année 1747, p. 581 ; 1752)-. La même année, au mois d’avril, Arnault de Nobleville avait remarqué à Orléans la môme épidémie de maux de gorge, parfois mortels en vingt-quatre heures.

« Nous avons trouvé, dit-il, la membrane interne de la trachée détachée comme un rouleau de trois à quatre doigts ; elle était épaisse comme un parchemin et la couleur en était blanche (Loc. cîÏ., ann. 1748, p. 524).

Les années suivantes des épidémies semblables furent observées par les mêmes auteurs.

Ciiomel , Dissertation historique sur le mal de gorge gangréneux, 1749.

En 1756, Marteau de Grandvilliers publia dans l’ancien Journal de médecine une lettre à M. Raulin sur les maux de gorge gangréneux et épidémiques, et, en 1768, parut le Traité des maux de gorge gangréneux qui ont régné à Aumale. Pour Marteau de Grandvilliers, les pseudomembranes angineuses furent produites par le sphacèle ou la gangrène de la muqueuse. Avec l’angine, il observait des éruptions qui, dans plusieurs des faits qu’il a rapportés, montrent l’existence de la scarlatine. Il avait vu aussi les manifestations de la diphthérie dans l’appareil respiratoire ; mais il regardait les fausses membranes comme étant la muqueuse elle-même détachée par un travail de gangrène.

La plupart des épidémiographes rapportent des angines malignes primitives ou secondaires. En Angleterre, la diphthérie a régné presque en même temps qu'en France.

Fothergill a décrit une angine avec maux de gorge gangréneux que Huxam a pareillement observée. Cette angine était le plus ordinairement liée à la scarlatine ; elle semble avoir été accompagnée de véritable sphacèle dans plusieurs cas. Il nous paraît probable qu’il y a eu souvent

des complications diphthériques dans les angines décrites par FothergiU et Huxam.

Starr observait la diphthérie dans le comté de Cornouailles, et Lfpecq de la Clôture voyait des épidémies d’angines gangréneuses en Normandie.

Starr, Philosoph. transact., n° 459, art. 6.

Ghisi nous a laissé une relation de l’épidémie de Crémone dans laquelle il a remarqué l’angine couenneuse et surtout les manifestations

laryngées et bronchiques de la diphthérie.

Ghisi, Lettere mediche, istore delle angine epid . degli ami

Samuel Bard a eu le mérite de reconnaître l’identité de l’angine couenneuse et du croup, et de les rapporter à une seule maladie. ïl observa l’angine seule, l’angine suivie de la laryngite, et enfin la laryngite pseudo-membraneuse seule. Il ne regarde plus la fausse membiane comme résultant du sphacèle de la muqueuse, mais bien comme étant une concrétion, une production morbide. M. Bretonneau a donné une tiaduction des recherches de S. Bard (p. 468 et suiv.).

D’après MM. Rilliet et Barthez, qui ont eu entre les mains les manuscrits de Jurine, ce dernier auteur avait entrevu les liens qui unissent l’angine et le croup, et avait pressenti que l’inflammation de l’arrièregorge n’était pas une gangrène.

M. Bretonneau, en 1826, établit rigoureusement, dans son Traité devenu si célèbre, l’identité de nature des manifestations pseudo-membraneuses de la diphthérie des muqueuses ou de la peau, et î attacha 1 angine maligne et le croup à une même maladie, la diphthéri te .

P. Bretonneau, Des inflammations spéciales du tissu mugucux et en particulier de la diphthérite , ou inflammation pelliculaire , connue sous le nom de croup , d'angine maligne, d angine gangréneuse, etc.

Croup-

En arrivant maintenant aux travaux qui ont plus spécialement traité

des fausses membranes du croup, je rappelle que c'est pour mettre de l’ordre dans cette exposition que je les ai séparés des angines couenneuses*, ces deux manifestations de la diphthérie sont intimement liées dans leur histoire.

Plusieurs auteurs dans lesquels il est fait mention de polypes, ou de concrétions., ou de masses charnues, rejetés au dehors, ont été cités comme ayant observé le croup. On a voulu le voir, quoique à tort, dans les œuvres de Galien ( voy . p. 51 3) ; il en est de même pour Tulpius, Horstius, Bontius, Struve et Etmullor. Tous ces faits se rapportent à la bronchite pseudo-membraneuse.

Tulpius, Observ. medicœ, lib. IV, cap. iv, p.294.

Hqrstius, Observationum med. singul., lib. IV.

Bontius, De medicina Indorum, lib. IV, 1642.

Struve, Act. nov. cur. nat.} 1. 1, 432.

Etmuller, Oper. medic. théorie, practic ., t. II, 1697.

Quant à l’observation de Fabrice de Hilden, il est possible qu’elle ait rapport au croup véritable, le fait cependant ne me parait pas démontré; la fausse membrane n’y est pas observée, pas plus que dans Etmuller.

Fabr. IIildanus, Oper. omnitt. De puer. cal. sufifoc ., cent, m, obs. X.

D’Etmuller à Ilome, la plupart des auteurs qui ont décrit l’angine épidémique, dite gangréneuse , ou qui ont rapporté des observations de cette terrible maladie, ont fait mention du croup, soit en insistant sur les symptômes de la maladie étendue au larynx, soit en parlant des exfoliations, des gangrènes de la muqueuse de la trachée.

Molloy, in Rutty, A chronological history of the tueather and seasons and of the prevaling diseases in Dublin. Lond.,

Malouin, Hist. de VAcad. des sciences de Paris pour les années 1747, 1748 et suiv.

Ghisi, Leltere mediche, Cremona, 1749.

Starr, Philosophical trans., n° 495.

Van Bergiien, De morbo truculenlo infantum hoc anno hic Francofurti et in vicinia grassante. (Nov. act. cur. nal., t. ii, 1761.)

Vahlbom, De angina infantum.

Schultz, Act. cur. nat., t. i, 1735.

IIallenius, Berættelser till riksens stœnder, anni 1765.

S. Wilcke, De angina infantum in patria recentioribus annis observala , 1764.

Home crut trouver une maladie inconnue avant lui : il reconnut et décrivit exactement les fausses membranes du larynx et de la trachee.

Le fait capital du travail de Home, c’est la distinction complète du croup d’avec toute autre manifestation diphthérique.

Home. Inquiry Mo the nature and cure of the croup. Eden-

burg, -1765.

Après le travail de Home, des faits de croup sont rapportés par un très-grand nombre d’auteurs. Les mémoires, les dissertations inaugurales sont consacrés à cette maladie, et après avoir été masquée par l’angine maligne, elle en est séparée et regardée comme une maladie

distincte.

Wahlbom, Berœttelser tillriksens stœnder, anni 1769.

Bloom, Id., anni 1769.

Engstroem, Id., anni 1769.

Rosen, Traité des malad . des enfants , trad. Lefebvre de Villebrune, p. 504 et suiv., 1778.

Boeck et Salomon, Observ. collectœ in actis Societatis scient. Sueciœ, anni 1772.

Baylev, Cases of the angina trachealis, etc. (In letters to W. Hun ter).

Callisen, Observ., de concretione pohjposa, cava , tussi l'ejecta.

(Act. Soc. med. Hafniensis, t. i.)

Zobel, in Michaelis, Observationes circa epidem. Wertheimi,

Buciian, Médecine domestique, t. iv, p. 263, 266 etsuiv., 1783. Mahon, Mém. de la Soc. royale de médecine, 1777.

Michaelis, Diss. inaug. de angina polyposa seu membranacea ,

Samuel Bard. en 1784, regarde l’angine pseudo-membraneuse et le croup comme identiques dans leur nature ; mais malheureusement sa

manière de voir n’ost pas partagée.

La Société royale de médecine avait mis aux concours la question du croup. Vieusseux remporta le prix. A cette époque un grand nombre d’auteurs parlent du croup : Borsieri, Stoll, Reil, Girtannf.r, etc.

Le 4 juin 1807, Napoléon Ier institua un prix de 12,000 francs à l’auteur du meilleur mémoire sur la nature du croup, les moyens de le prévenir ou d’assurer le succès de son traitement. Schwilgué qui avait

RECHERCHES CE'MQUES El AN ATOMIQUES

fait une dissertation sur le croup des enfants pour sa thèse inaugurale, rechercha les faits déjà existants et les réunit sous le titre de Recueil des observai ions et des faits relatifs au croup. (Voy. plus bas dans le Journal général.) Soixante dix-neuf mémoires furent envoyés au concours, cinq seulement lurent couronnés. Le prix fut partagé entre Jurine et Albert de Bremen; Yieusseux, Caillau et Double furent mentionnés honorablement. Royer-Collard fit un remarquable rappoit sur ce concours.

Royer-Collard, Rapport sur les ouvrages envoyés au concours sur le croup, 1812.

Il devient presque impossible de citer en détail les nombreux ouvrages qui suivirent l’impulsion donnée à l’étude du croup par le concours. On trouvera dans le journal de cette époque qui suit cet abrégé, le titre des ouvrages principaux et le nom de leurs auteurs. Indiquons cependant d’une manière spéciale, Valentin, Blaud, Deslandes, Double, Desruelles et Bricheteau.

C’est après les travaux de M. Bretonneau que le croup, rattaché à l’angine pseudo-membraneuse diphthérique, est mieux étudié que jamais, et qu’il e.-t séparé de la laryngite spasmodique; c’est à MM. Guersknt, Blache, Trousseau, etc., etc., que nous devons les précieuses connaissances que nous pos-édons aujourd’hui sur les symptômes et le traitement de la diphthérie laryngée.

Aphthes pseudo-membraneux.

La confusion entre les angines herpétiques, le muguet et les diverses stomatites ulcéreuses, est portée à son comble depuis la période ancienne que nous avons quittée à Baillou, jusqu’au concours de la Société royale de médecine. Il faudrait analyser successivement chaque auteur et citer les textes à l’appui, pour pouvoir se tirer de ce chaos. Nous n’indiquerons ici que les principaux ouvrages.

Houllier, Mercurial'S, Guillkmeàu, Sënnert, Lazare Rivîère, rappellent Hippocrate et Galien. Sylvius de le Boe, Mauriceau, séparent nettement les aphthes vénériens des autres ulcérations buccales et pharyngées. Ketelaer paraît avoir décrit une forme de stomatite et d angine qui a de grands rapports avec la stomatite ulccro-membraneuse et avec la diphthérie.

Ketelaer, De Aphthis nostratibus seu Belgarum Sprouw.

Slévogt, dans sa dissertation De Aphthis , distingue deux especes d’aphtbes, la première formée de pupules qui se développent en vésicules et en ulcères, l’autre consistant en une véritable ulcéra ion. Lentilius définit les aphthes « pustulæ miliares albæ, » et on a pu trouver, dans ces définitions, quelques traits des vésicules herpétiques et du muguet. On connaît les descriptions de Boerhaave et de Van- Swiéten. Ce dernier a décrit des affections couenneuses se rapportant a la stomatite ulcéro-membraneuse et peut-être la diphthénte et les vesi-

cules herpétiques simples.

Van-Swiéten, Commeniaria in Boerhaave aphorismos, t. ni, aph. 978 et suiv., p. 196, Lugd. Bat., 1753.

Dionis dit que les aphthes sont « de petits ulcères blanchâtres auxquels on a donné le nom de chancres.... faisant de petites eschares qui sont comme autant de petites brûlures. »

Dionis, Traité des accouchements , chap. xi.

Astruc décrit longuement les ulcères vénériens sous le nom d ’Aphthœ venereœ. Sauvages définit les aphthes « eruptio pustulosa, phlyctenodes , et ulcerosa, in ore aut pudenda. » Il admet ensuite Yaphtha lactucimen , febrilis, maligna, syphilitica, scorbutica.

Boissier de Sauvages , Nosol method 1. 1, p. 455 et suiv.,

Muguet*

Nous arrivons à une époque où le nom de muguet, blanchet, millet, commence à paraître. La mortalité faisait de grands ravages parmi les nouveau-nés; Ténon en signale les causes dans son mémoire sur les hôpitaux de Paris ; Arnault, commissaire de l’hôpital des Enfants-Trouvés, Lapeyronie, Louis et Chopart font un rapport et disent :« Que la maladie { le blanchet) causait la mort de la plupart des enfants (1766).»

Doublet à l’hospice de Vaugirard, Colombier dans ses Observations sur la maladie vénérienne et le millet, décrivent celui-ci comme « de petits boutons blancs et durs qui paraissent sur les lèvres des enfants, sur leur langue, dans le pharynx et quelquefois jusque dans le canal .alimentaire ; la déglutition devient difficile, même impossible, la diarrhée survient, il paraît sur le corps des boutons ou des taches violettes, qui annoncent la mort. { Histoire de la Société royale de médecine , 1779 ) Doublet signale

encore le millet dans le Journal de médecine, 4783 ; à côté de quelques descriptions exactes, les idées théoriques sont erronées.

Le 17 février 1786, la Société royale de médecine de Paris institue un prix de 1200 livres pour rechercher quelles sont les causes de la maladie aphtheuse connue sous les noms de muguet, millet, blmchet, etc. Kn 4787, elle donna les prix : 400 livres à Sanponts, 400 livres à Auvity, 200 à Van de Wimpersc, 200 à Coopmans, une mention honorable à Arneman et àLent.in. Voici le titre des mémoires qu’on trouvera dans Y Histoire de la Soc.de médec., aimées 1787 et 1788, publiées en 1790:

F. Sanponts, Tentamen medicum de morbo miliari infantum muguet, millet, blanehét, gallico idiomate appellato.

Auvjty, Mémoire sur la maladie aphtheuse des nouveau-nés.

Van de Wimperse , Dissertatio de morbo miliari infantum.

G. Coopmans , Dissert, medico-practica de recens natorum Âphthis.

J. Arneman, Commentatio de Aphthis et recta eisdem medendi methodus observationibus demonstrata.

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