‹ Recherches cliniques et anatomiques sur les affections pseudo-membraneusesChapitre 11 sur 115 · J1I. TERMINAISON · texte numérisé non relu

J1I. TERMINAISON

Cette dernière donnée clinique des affections qui nous occupent est encore caractéristique.

Dans les cas simples, la diphthérie et le muguet ont une terminaison rapide et identique, sans destruction de la muqueuse sous-jacente, sans ulcération bien marquée. Il n’en > est pas de même des stomatites ulcèro-membraneuse et mercurielle qui, au moment où la fausse membrane n’est plus produite, offrent une ulcération sur laquelle se développe bientôt une cicatrice.

Du reste, dans les cas graves, il est incontestable que la diphthérie et le muguet peuvent présenter des exulcéra-

1 Bouillon-Lagrange, Quelques remarques sur l’angine couenneuse épidémique (1857-1858) (Gazette hebdomadaire de méd. et de chir., t. vi, p. 388 et 439, 1859).

tions ou des ulcérations véritables. MM.Rilliet et Barthez les ont trouvées dans Je pharynx1, Valleix les avait constatées2, je les ai rencontrées moi-même. M. Bergeronfait ressortir les caractères de l’ulcération grisâtre, à bords saillants, à tissu induré sous-jacent de la stomatite ulcèromembraneuse de longue durée3. Dans les formes graves de la stomatite mercurielle, formes heureusement très-rares aujourd’hui, on trouvait des pertes de substance très-difficiles à réparer.

Le plus souvent, les ulcérations sous-jacentes aux fausses membranes sont promptement recouvertes d’une cicatrice ayant quelquefois un aspect fibreux et une saillie un peu rugueuse, qui ne tardent pas à disparaître. On sait, en effet, que les membranes muqueuses digestives réparent avec facilité leurs pertes légères de substance, quand la cause productrice a cessé d’agir. Sur la place qu’occupaient des ulcérations buccales profondes, mais limitées à la muqueuse, on peut retrouver les traces d’une cicatrice, pendant longtemps; ces traces peuvent entièrement disparaître 4.

1 Rilliet et Barthez, Traité clinique et pratique des maladies des enfants, 1. 1, p. 245 et 247, 1853.

2 Valleix, Guide du médecin-praticien, t. ii, p, 243, 3e édit., 1853.

5 E. J. Bergeron, De la stomatite ulcéreuse des soldats et de son

identité avec la stomatite des enfants , in-8°, p. 114, 1859, et Recueil de mémoires de médecine, de chirurgie et de pharmacie militaires, 2e série, t. xxn, p. 138, 1858.

4 F. Hutin, Anatomie pathologique des cicatrices dans les différejits tissus (Mémoires de l’Acad. de médecine, t. xix, p. 529, 1855).

RÉSUMÉ. — QUEL EST LE PRINCIPAL SIGNE CLINIQUE DANS LUC AFFECTIONS PSEUDO-MEMBRANEUSES?

Nous venons de passer en revue les diverses pseudomembranes bucco-pharyngiennes ; essayons actuellement d’en résumer les caractères :

Productions plastiques diphthériques , grisâtres ou jaunâtres, disposées par plaques plus ou moins épaisses au milieu d’un boursouflement de la muqueuse; adhérentes; pouvant plus tard devenir brunâtres, noirâtres, ayant l’aspect gangréneux et une grande fétidité. Muqueuse sous-jacente à peine excoriée et non ulcérée '.

Productions du muguet ayant la forme et l’aspect de petits points blancs arrondis, de petits grains séparés ou de petits îlots de substance blanche réunis entre eux; adhérents à la muqueuse au début, faciles à enlever plus tard. Muqueuse à peu près saine au-dessous.

Productions de l'angine scarlatineuse pultacée enduisant

uniformément comme une crasse blanchâtre, facile à en- *

tamer, les amygdales et le pharynx, ou disposées sous forme de petites lames foliacées, blanchâtres, ayant peu l’apparence couenneuse.

Productions de la stomatite ulcéro- membraneuse sous forme de plaque sphacélée, d’abord jaunâtre et molle,

1 .le n’ai rien dit ici, ni précédemment, sur les fausses membranes de l’angine herpétique ou de Yherpès pharyngé ; il m’a paru inutile de compliquer un sujet si encombré de détails. J’en parlerai plus loin à propos du diagnostic ( Chap. IV).

fortement adhérente dans son milieu , laissant après sa chute une ulcération bientôt revêtue d’une exsudation blanchâtre, qui peut devenir brunâtre et exhaler une odeur fétide. Aspect de bouillie plâtreuse ou grisâtre des gencives.

Productions de la stomatite mercurielle formant des concrétions grisâtres, peu adhérentes, recouvrant ou non des ulcérations. Muqueuse blafarde, boursouflée.

Congestion, rougeur, chaleur, inflammation légère, marquant le début de toutes les affeetions pseudo-membraneuses bu ceo-pharyngées.

Sécheresse initiale de la bouche : le produit étranger apparaît ensuite en soulevant l’épiderme et s’étalant pour la diphthérie ; en ulcérant, en outre, les surfaces pour la stomatite ulcèro-membraneuse ; en naissant sur les saillies papillaires ou, entre elles, près de l’orifice des glandules pour le muguet. Salivation ou au moins humidité buccales accompagnant les productions pseudomembraneuses. La salivation précède l’ulcération et les concrétions buccales dans la stomatite mercurielle.

La diphthérie siège de préférence sur les amygdales, le pharynx, le voile du palais, la cavité buccale proprement dite; le muguet occupe presque exclusivement cette dernière et les voies digestives. La stomatite ulcèro-membraneuse attaque un des côtés de la bouche sur la face interne des joues ou le bord alvéolaire. Les concrétions stomato hydrargyriques se déposent sur la muqueuse gingivale , génale ou linguale. L 'angine pultacèe revêt la muqueuse rouge et sèche des tonsilles et du pharynx.

La diphthérie aime le larynx (Trousseau) ; elle tend à

s’étendre dans les voies aériennes. Le muyuet reste limité au tube alimentaire.

La diphthèrie est, de toutes les maladies pseudo-membraneuses, celle dont les produits plastiques sont les plus prompts à se reproduire et à s’étendre au loin, à se manifester sur plusieurs points à la fois.

Après avoir parcouru ce résumé différentiel , est-on satisfait des caractères diagnostiques et de leur facile appréciation au lit du malade ? La réponse ne peut être qu’affirmative. La diphthèrie, en temps d’épidémie ou survenant dans des conditions typiques ( Ohs . I), ne saurait être méconnue. Le muguet nettement dessiné (Ohs. IV et IX) ne laissera point de doutes; la stomatite ulcèromembraneuse (Obs. X) ne présentera pas plus de difficultés ; il en sera de même pour Y angine scarlatineuse pultacée (Obs. XI), les aphthes vrais, vésiculo-ulcéreux à fausses membranes (Obs. XIII, XIV), et la stomatite mercurielle (Obs. XII). La fausse membrane est en effet le meilleur signe d’une affection pseudo-membraneuse, quand cette fausse membrane est bien caractérisée.

Mais quand il faudra se prononcer sur une production membraniforme blanchâtre, buccale ou pharyngienne, développée sur un endroit qui n’est plus celui de prédilection de la maladie, arrivée sans qu’on sache positivement de quelle manière, présentant, en un mot, des caractères mixtes, comment faudra-t-il conclure?

J’ai vu des praticiens très-expérimentés , j’ai vu plusieurs de mes maîtres hésiter en pareil cas. D’autres personnes confondaient, sous le terme générique de produit diphthérique, tout produit pseudo-membraneux. Souvent

on m’a donné à examiner la fausse membrane en litige, et l’examen anatomique a résolu le problème. Je vais, en conséquence, suivre ce même ordre de recherches, et pour pouvoir me servir d’un caractère important jusqu ici négligé, jétudierai anatomiquement les fausses membranes.

Page 1