DÉFINITION ET CLASSIFICATION DES FAUSSES MEMBRANES
En cherchant à se rendre compte du sens qui doit être attaché au mot fausse membrane , on éprouve un embarras auquel ce mot composé semblerait ne pas devoir donner lieu. Mais on sait qu’une bonne définition n’est point aisée à tracer, et, de plus, le sens du mot membrane a été compris de diverses manières. En parlant, dans le paragraphe précédent, du corps muqueux de Malpighi , j’en donnais une preuve ; car on peut décrire comme une membrane véritable une couche artificielle, n’ayant point d’éléments ni de structure spéciale au point de vue anatomique, n’ayant point d’usages physiologiques distincts.
Dans le langage médical actuel, on confond souvent
1 Sappey, loc. cit., t. Il, p. 477, 1803.
ULl RECHERCHES CLINIQUES ET ANATOMIQUES
sous le même nom les vraies et les fausses membranes. Il me suffira de citer, comme preuve, la dysménorrhée pseudo-membraneuse', dans laquelle le produit expulsé n est autre que la vraie muqueuse utérine, membrane très-réelle, et la stomatite ulcéreuse des soldats, si bien décrite par M. Bergeron, qui appelle cependant production pseuclo-membraneuse, fausse membrane2 , la couche moitifiee de la muqueuse buccale. Je pourrais ajouter d autres exemples, tels que ceux des lambeaux de la muqueuse digestive, etc., appelés à tort fausses membranes par quelques observateurs; mais les deux que j’ai cités me paraissent sulfisants, car MM. les docteurs Semelaigne et Bergeron savaient parfaitement qu’ils avaient sous les yeux de véritables membranes, organisées primitivement; et cependant ils les ont désignées sous le nom de fausses membranes, à cause de leur aspect membranifonne 5.
* Semelatgne, De la dysménorrhée membraneuse et de la membrane dysménorr héale, thèses de Paris, 1851, n° 232, p. 10, 30 et 31.
2 E. J. Bergeron , De la stomatite ulcéreuse des soldats, etc , in-S°, p. 105 et note, 1859.
Il est même assez remarquable que M. Bretonneau ait démontré que la plupart des affections dites gangréneuses de la gorge étaient des productions pseudo-membraneuses difficiles à reconnaître à cause de leur aspect de sphacèle, et que M. Bergeron ait appelé fausses membranes de véritables mortifications de la muqueuse buccale, ressemblant à des exsudations plastiques. Ceci ne prouve qu’une chose, c'est 1 embarras du langage médical à ce sujet.