I. DÉFINITION
Les ailleurs, en donnant une définition des fausses membranes, ont eu le plus souvent en vue celle des séreuses et ils ontinsisté sur les phénomènes inflammatoires qui les accompagnent. Je vais rapporter plusieurs définitions, mais j’ai dû en restreindre le nombre sous peine de reproduire la longue liste des ouvrages écrits sur l’inflammation. La plupart d’ailleurs de celles que j’ai négligées ne sont que la reproduction presque textuelle de celles que j’ai transcrites.
Parmi les rares auteurs qui ont écrit spécialement sur les fausses membranes, nous trouvons Dupuytren, MM. Nepple et Villermé.
Dupuytren1 2 s’exprime de la manière suivante : « Un des résultats de l’inflammation des membranes muqueuses et séreuses... est la production d’une matière blanche, opaque, plus ou moins épaisse, résistante et élastique, étendue comme une autre membrane, à la surface des membranes naturelles qui l’ont fournie (p. 47).
« Cette matière appelée membrana falsa (Morgàgni), pseudo-membrana (Stoll), et fausse membrane parla plupart des médecins français, se forme plus rarement àla surface des muqueuses qu’à celle des séreuses (p. 48). »
Nepple 2 définit ainsi les fausses membranes : « On
1 G. Dupuytren , Propositions sur quelques points d'anatomie, de physiologie et d’anatomie pathologique, thèses de Paris, collection irr-8°, an XII, 1803, n° 379.
2 P. F. Nepple, Dissertation de physiologie pathologique sur les fausses membranes et les adhérences , thèses de Paris, 1812, n° 56.
connaît sons ce nom, en anatomie pathologique, une matière blanchâtre, élastique, plus ou moins résistante, formée accidentellement à la surface libre d’un tissu membraneux et y adhérant avec une force variable.
Pour M. Villermé 1 : « La matière de l’exhalation des membranes séreuses, de l’exhalation et de la sécrétion des membranes muqueuses, altérée par l’inflammation, concrète et étendue comme une membrane à la surface de la véritable membrane qui l’a fournie, est ce qu’on appelle une fausse membrane (p. 7). »
Parmi le grand nombre d’auteurs qui, sans avoir traité spécialement des fausses membranes dans leurs écrits, s’en sont plus ou moins occupés, nous nous bornerons à indiquer ceux qui suivent :
Bichat, dans son Traité des membranes 2, décrit dans un article spécial, sous le titre : Des membranes contre nature, l’enveloppe des kystes qu’il compare entièrement (p. 182) à une séreuse, et de plus la membrane des cicatrices. Il ne donne aucune définition de l’une ni de l’autre.
Thomson, dans un traité célèbre3, apprécie les conditions de production de la lymphe organisable (lymphe coagul’ante de Hunter)4, mais il ne donne pas de définition précise des fausses membranes.
1 L. R. \ illekmé , Essai sur les fausses membranes , thèses de Paris, ■1814, n° 102, et Dictionnaire des sciences médicales , t.. xxxir, p. 245.
2 X. Bichat, Traité des membranes en général et de diverses mem-
branes en particulier. Paris, an VIII.
4 J. Thomson, Traité médico-chirurgical de V inflammation , trad. Jourdan et Boisseau. Paris, 1827.
1 John Hunter , sous le nom d’inflammation adhésive et de lymphe coagulante, a traité principalement des pseudo-membranes des séreuses
SUR LES AFFECTIONS PSEUDO-MEMBRANEUSES. kl
« Dans certains tissus, clans certains degrés et certaines espèces d’inflammation, au lieu de sérosité, il se sécrète une substance qui ressemble à la lymphe coagulable du sang, mais qui n’a pas encore été, que je sache, soumise à l’analyse chimique. Elle varie cependant d’une manière remarquable selon le degré et l’espèce d’inflammation et selon le tissu quelle envahit. Dans quelques cas, elle forme une substance inerte et non susceptible d’organisation; dans d’autres un solide vivant et susceptible d’organisation (p. 106).
« Les fausses membranes qui se forment accidentellement dans ces canaux muqueux (œsophage, estomac, intestins, vessie) pendant l’inflammation, etqu’on a quelquefois prises pour des exfoliations de la membrane' interne, ne sont que le résultat d’une exsudation, opérée par des vaisseaux sécréteurs, d’une substance qui ressemble sous beaucoup de rapports à la lymphe caogulable... Cette exsudation doit être considérée comme un phénomène assez rare, et dans tous les cas où on l’a observée, elle n’a jamais, que je sache, présenté aucune marque de vascularité (p. 139).
« La lymphe coagulable ordinaire et même celle qui, dans les inflammations de la plèvre et du péritoine, s’épanche avec la sérosité, semblent ne pouvoir être pénétrées parles vaisseaux sanguins, ou, en d’autres termes, être incapables d’organisation et de vie. Ainsi, afin de distinguer la lymphe qui peut servir à la réunion des
et des cicatrices ( Œuvres complètes , trad. G. Richelot, t. ni, p. 360, 389, etc., 1840).