‹ Recherches cliniques et anatomiques sur les affections pseudo-membraneusesChapitre 19 sur 115 · T. -F. Lobstein, Traité d’anatomie pathologique · texte numérisé non relu

T. -F. Lobstein, Traité d’anatomie pathologique

M. le professeur Andr al1, en parlant des produits de sécrétion morbide organisables (t. i, p. 387), les comprend sous le terme générique de pseudo-membranes. Ï1 dit que « les nombreuses variétés de formes que présente cette matière (organisable des séreuses) sont connues depuis longtemps sous le nom de fausses membranes. Souvent, en effet, elles offrent la plus grande ressemblance avec la membrane naturelle qu’elles recouvrent, et, dans tous les cas, elles sont le siège d’un travail qui a pour but définitif de les faire arriver, par une série de transformations, à un état où elles sont semblables, soit à une membrane séreuse, soit au tissu cellulaire apposé sur la surface adhérente de cette membrane (loc. cit., t. i, p. 478, 479). )>

M. Fr. Dubois (d’Amiens) fait remarquer2 que « des substances coagulables peuvent être sécrétées en certains cas, et se déposer sur les surfaces libres des membranes séreuses, muqueuses, cutanées et vasculaires ; on les a nommées fausses membranes. »

M. Pigné n’a pas défini nettement les pseudo-membranes 3. Il parle de leur origine inflammatoire et de leur siège. « Les pseudo-membranes constituent un des produits de l’inflammation; on les rencontre non-seulement dans les canaux et dans les cavités qui existent à l’état normal, mais encore elles se déposent dans l’intérieur de certaines cavités accidentelles et dans l’épaisseur

1 G. Andral, Précis d’anatomie pathologique, 1829.

2 Fr. Dubois (d’Amiens), Traité de path. générale, 1. 1, p. 212, 1837.

3 J. -B. Pigné, Annales de l’anatomie et de la physiologie pathologiques, in-4°.

môme des organes. » Il considère (juaire périodes dévolution pour les pseudo-membranes séreuses à l’exemple de Dupuytren. Le dépôt de lymphe plastique, produisant plus tard l’induration des tissus, est pour lui une fausse membrane (p. 08 et 71).

Pour M. H. Lebeiit 1 : « Comme la fibrine sortie des capillaires et cessant d’être sous l’influence vivifiante de la circulation tend à se coaguler, soit sous forme pelliculeuse, soit sous forme globuleuse en se mélangeant dans les globules avec d’autres éléments, on a appelé ce genre d’exsudation la formation de fausses membranes (t. i, p. 34). »

Dans son Traité d'anatomie pathologique1 2 , le même auteur s’exprime ainsi en parlant de Yexsudation inflammatoire : « On peut opposer à l’exsudation séreuse non coagulable l’exsudation coagulable ; c’est celle-ci que l’on a appelée fibrineuse.... L’exsudation fibrineuse peut laisser déposer le principe coagulable sous forme simplement pelliculaire, transparente ou légèrement jaunâtre, ne montrant au microscope qu’une structure fibroïde ou des granulations moléculaires très-fines, sans développement cellulaire. C’est la fausse membrane réduite à sa plus simple expression.... Les deux principales formes de l’exsudation coagulable non corpusculaire sont l’exsudation gélatiniforme et l’exsudation diphthéritique. Quant h l’exsudation coagulable renfermant des pelli-

1 H. Lebert, Physiologie pathologique , 2 \ol. in-8°, 1845.

a IL Lebert, Traité d’anatomie pathologique générale et spéciale, etc., in-folio avec atlas, 1 857.

cules fibrineuses sans cellules, elle n’est pas commune et ne constitue, en thèse générale, que l’état initial de ces liquides, qui , un peu plus tard , constitueront une véritable émulsion de corpuscules dans du sérum, mêlée des coagulations fibrino-corpusculaires que l’on appelle plus particulièrement fausses membranes (t. i, p. 42). »

Le professeur Vogel 1 ne définit pas et ne décrit meme pas les fausses membranes ; il parle seulement de leur mode de production et d’organisation (p. 500, 508 et 519).

Dans ses remarquables leçons sur l’inflammation1 2, M. Paget s’est beaucoup occupé des exsudations. Pour lui, il y a production, dans les inflammations de bonne nature d’une lymphe fibrineuse, et, dans les inflammations de nature mauvaise ou inférieure, d’une lymphe corpusculaire ( lymphe euplastic , cacoplastic et aplastic de Williams3). Je n’ai pas su trouver dans ces leçons une définition nette des fausses membranes.

Le professeur Rokitansky 4 a distingué l’inflammation en catarrhale, exsudative , croupale ou diphthérique. Il s’est extrêmement occupé des blastèmes et des exsudations ; il leur a fait jouer le plus grand rôle pour la formation de produits nouveaux dans l’organisme (t. i, p. 83, 130, 140, 149). Plusieurs figures de son livre repré-

1 J. Vogel, Traité d' anatomie pathologique générale , trad. Jourdan,

2 Paget, Lectures on inflammation ( London medical Gazette, t. xlv et xlvi, 1850).

3 Williams, Principes o[ medicine, 3e édit., 1856, p. 355 et suiv.

* C. Rokitansky, Lehrbuch der pathologischen Anatomie, 3e éd. ,1855.

sentent de fausses membranes pleurales à divers degrés de développement ( fig . 25, 20, 02, 72, etc.).

M. E. G in trac fait observer que 1 * * « si l’exsudation plastique se dépose sur une surface libre, comme celle de la peau ou d’une muqueuse, la couche qu’elle produit constitue une sorte de tégument nouveau, une lame surajoutée, une pellicule ou fausse membrane. »

M. Ch. IIobin “ léserve « le nom de pseudo-membranes aux productions morbides disposées en couches ou membranes, mais qui n’ont de celles-ci que l’apparence et qui ne sont pas organisées, etc. » Il en distingue les productions pseudo-membraneuses aptes à devenir organisées (p. 517).

Pour M. Houel ", « la fausse membrane peut être définie, une sécrétion qui se solidifie et qui a une tendance à l’organisation. L’identité qu’elle présente dans tous les tissus prouve qu’elle a une source commune qui est le réseau capillaire (p. 16). Une classification physiologique de l’exsudation.... est difficile à établir; il est cependant deux types assez distincts à savoir : l’exsudation organisable et l’exsudation séreuse (p.18).»

M. Monneret étudie4 avec soin l’exsudation plastique sur les surfaces libres :«.... La liqueur du sang, extravasé d’abord à l’état d’un liquide onctueux et transparent, se

1 K. Gintrac, Cours théorique et clinique de pathologie interne, t. h, p. 59 ! , 1853.

J Ch. Robin et Littré, Dictionnaire de médecine de Nysten, 10e édition, 1855.

J Houel, Manuel d’ anatomie pathologique générale et appliquée, 1857.

4 E. Monneret, Traité de pathologie générale, 1857.

solidifie, et s’appliquant sur le tissu, y prend des formes un peu différentes suivant la disposition anatomique des organes. Sur les membranes séreuses qui couvrent les cavités splanchniques, le plasma s’étale en couches minces superposées, développées en plusieurs fois et connues sous le nom de fausses membranes (t. n,p. 260). »

Il m’aurait été facile de multiplier ces citations déjà nombreuses en empruntant quelques passages aux travaux de Carswell1, de Bennett2 et de Küss3; à ceux de Reinhardt, Bruecke, Warton-Jones, Gluge, Henle , Redfern, Virchow, etc., etc. J’ai voulu seulement indiquer les principales manières dont on a compris et défini les fausses membranes, pour montrer la différence des divers points de vue sous lesquels elles ont été examinées.

Le mot fausse membrane doit être pris , à mon avis , comme terme générique, dans un sens étendu et non restreint, servant à indiquer des productions morbides, anormales. 11 faut absolument en séparer les productions membraniformes résultant de l’exfoliation d’une partie superficielle quelconque du corps, cette partie étant normale et primitivement organisée.

D’après ce qui précède, je crois pouvoir donner la définition suivante : Une fausse membrane est une 'production morbide, déposée le plus souvent sur une surface tégumentaire , muqueuse ou séreuse , quelquefois sur une surface

1 R. Carswell, Pathological anatomy, 1838 (Inflammation, Analogous tissues).

2 II. Bennett, Trealise on inflammation. Édimbourg, 1844.

5 E. Küss, De la vascularité et de l’inflammation, p. 22 et 46, 1846.

nD RECHERCHES CLINIQUES ET ANATOMIQUES

accidentelle , et formée ou exsudée par la partie du corps qu'elle revêt.

Les avantages de celle définition sont de comprendre les kystes qui ne sont pas produits sur une surface tégumenlaire et qui cependant ont une fausse membrane *. Cette définition comprend aussi le tissu cicatriciel primitif ou secondaire, qui est un dépôt de blastème organisable, donnant naissance à un tissu qui avec le temps se resserre de plus en plus en perdant ses vaisseaux. Je vais parler bientôt des fausses membranes des séreuses, si îemaïquables par leur organisation réelle, leurs transformations et même leurs maladies.

On peut voir qu’une muqueuse mortifiée et chassée du corps sous une apparence membraniforme ne saurait être une fausse membrane, d’après ma définition. Le tissu mortifié n’est pas produit avec exsudation par la partie du corps qu’il a revêtu; il était primitivement organisé.

Le terme fausse membrane devant être pris dans un sens tiès-général , ainsi que je l’ai dit, on trouve qu’il y a un giand nombre d espèces de fausses membranes , aussi les fausses membranes existent-elles dans les maladies bien plus souvent que ne le ferait croire un examen superficiel. On trouve, en effet :

* Les kystes, au moment où ils naissent, sont formés par une pseudomembrane molle , floconneuse, très-peu consistante, se détachant facilement de la surface adjacente du foyer qui offre tous les caractères d une inflammation aiguë plus ou moins intense ; on trouve même les produits de cette inflammation, en quantité en vérité ordinairement très-petite, mais bien évidente, sous la pseudo-membrane du kyste. Gendrin, Hist. anat. des inflammations , t. h, p. 532.)

Les fausses membranes de la diphthérie déposées sur les muqueuses des voies digestives, respiratoires, etc., ou bien sur divers points de la surface cutanée du corps ;

Les fausses membranes non diphthériques du coryza couenneux, de la bronchite pseudo-membraneuse ou fibrineuse, de l’ophthalmie pseudo-membraneuse, de l’entérite couenneuse simple ;

Les concrétions et les pellicules membraniformes du muguet ;

Les fausses membranes de la stomatite ulcéro-membraneuse, de l’herpès bucco-pharyngé pseudo-membraneux, de la scarlatine angineuse pultacée ;

Les enduits d’épaisseur variable exsudés dans la cavité bucco-pharyngienne, sur la muqueuse ou sur des ulcérations de nature diverse;

Les fausses membranes résultant de l’action du tartre stibié, du mercure, etc.;

Celles qui sont produites dans l’intestin par la dysenterie, les diverses concrétions muqueuses et gélatiniformes intestinales ;

Les fausses membranes et les concrétions muco-fibrineuses plus ou moins épaisses qui accompagnent diverses affections des voies génito-urinaires ; celles qu’on rencontre sur le col de l’utérus, dans le vagin, etc.; les filaments tubuliformes qui se détachent du rein malade;

Les fausses membranes qui peuvent recouvrir les plaies anciennes, les ulcères chroniques;

Celles qui se développent dans certaines formes de la pourriture d’hôpital ;

Les disques pseudo-membraneux des vésico-pustules de la variole ;

Les enveloppes accidentelles des kystes, des abcès, etc.;

Toutes les fausses membranes des séreuses, celles de la plèvre, du péricarde, du péritoine, de la tunique vaginale , de l’arachnoïde ; celles des cavités articulaires ; celles qui se déposent dans un vaisseau enflammé, etc.;

Les fausses membranes qui apparaissent à la surface des solutions de continuité récentes, et les diverses cicatrices en voie de formation.

On ne aoit point admettre comme fausse membrane le depot au sein même des tissus , dans la trame des organes, de 1 exsudât ou du blastème organisable épanché à la suite de l’inflammation. Malgré l’autorité de plusieurs auteurs estimables, qui ont donné ce nom à l’épanchement diffus du blastème , leur exemple ne me paraît pas devoir être suivi. J’admets, du reste, comme parfaitement réelle cette production, sur les transformations de laquelle le professeur Rokitansky a surtout insisté; mais je crois aussi, avec le professeur Virchow1, que, dans certaines inflammations, qu’il appelle parenchymenteuses , il n’y a pas de fibrine exsudée, mais seulement un travail hypertrophique spécial. La classe des inflammations constitue, en pathologie, un ensemble hétérogène quant aux phénomènes particuliers qu’elles présentent, et à 1 action intime qu’elles exercent sur les éléments de nos tissus. Ne m’occupant que des produc-

1 °y- ses Archives, t. iv, p. 261, 1852.

tions pseudo-membraneuses réelles, je n’insiste pas plus longtemps sur ce sujet.

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