‹ Recherches cliniques et anatomiques sur les affections pseudo-membraneusesChapitre 26 sur 115 · ET TEXTURE · texte numérisé non relu

ET TEXTURE

Les fausses membranes de la diphthérie, étalées .sur une lame de verre, recouvertes d’une lamelle plus mince et placées sous le foyer d’un microscope, présentent 1 à l’observateur :

1° Une matière amorphe, une sorte de gangue parsemée cîe fines granulations moléculaires 2 qui, lorsqu’elles deviennent libres, sont agitées d’un vif mouvement brownien;

1 Voy. les planches et leur explication.

2 Je me suis abstenu de noter les grandeurs des granulations, des cellules, des fibres, et j’ai évité de les décrire minutieusement. On accompagne trop souvent les détails microscopiques de phrases longues, confuses et d’un cortège de chiffres à plusieurs décimales. J’ai dessiné simplement ce que j’ai vu, et j’ai rejeté les mesures dans l’explication des planches pour être plus concis et tout aussi exact.

2° De la fibrine offrant l’aspect de fibrilles grêles , minces, très-étroites, parfois parallèles (pl. III, fig . 1 et 2), parfois irrégulièrement entre-croisées dans tous les sens (pl. II, fig. 1); plus rarement la fibrine est disposée sous une forme granuleuse et composée de granules très-petits placés bout à bout en séries linéaires.

La matière amorphe et la fibrine enveloppent, emprisonnent ou circonscrivent les éléments suivants :

a. Des globules de pus (leucocytes) à noyaux et sans noyaux1 (pl. II, fig. 4 et 5) ;

b. Des corps granuleux (leucocytes hypertrophiés et granuleux de diverses variétés) (pl. II, fig. 6).

Il y a en outre dans les fausses membranes de la diphthérie :

3° Une grande quantité de matières grasses, sous forme de globules arrondis, ambrés, de dimensions va-

1 Les idées que mon maître et ami M. Charles Robin a émises dans le Journal de physiologie de M. Brown-Séquard (t. n, p. -115) sur l’identité anatomique des globules purulents et des globules blancs du sang ne me paraissent pas pouvoir être contestées. Nous sommes arrivés aux mêmes résultats, plusieurs de mes amis et moi-même, par l’étude des faits de la leucocythémie. [E. Vidal, De la leucocythêmie splénique (Gaz. hebdomadaire , t. iii , p. 253, 1856, et tirage à part, p. 64.)]

Je continuerai cependant à dire encore globule de pus , globule pyoïde, au lieu de dire simplement leucocyte, afin d’être facilement compris. Il y a d’ailleurs dans le pus autre chose que des corpuscules, et il se peut fort bien que l’élément globulaire, le leucocyte purulent, ait une composition chimique toute spéciale ou emprunte au sérum dans lequel il se trouve des propriétés particulières. L’identité anatomique des leucocytes divers du corps humain n’empêche pas leur grande différence physiologique ou pathologique, et surtout la différence capitale du sérum qui les tient en suspension.

riables, réfractant fortement la lumière comme un verre lenticulaire. Ces gouttelettes, parfois irrégulières, ont les réactions propres aux corps gras ; elles sont dissoutes par l’éther ou l’essence de térébenthine. Cette matière grasse encroûte souvent les lamelles d’épithélium ;

4° Des éléments d’épithélium à divers degrés de développement :

a. Tantôt sous forme de cellules régulièrement arrondies avec un noyau central (plus rarement placé près de la périphérie), pourvu lui-même de nucléoles (pi. II,

b. Tantôt sous forme de cellules aplaties, lamelliformes, plus ou moins contournées sur elles-mêmes, montrant un noyau petit par rapport à la grande dimension des lamelles épithéliales (pl. III, fig. 3);

c. Tantôt sous forme de cellules allongées , irrégulièrement quadrilatérales et coniques, pourvues ou non de cils vibratiles (pl. II, fig. 3);

5° Quand le sang épanché par suite d’ecchymoses a coloré ou taché les fausses membranes diphthériques, on

trouve des globules rouges du sang , réguliers sur leurs

bords (pl. I, fig. 3) ou bien dentelés et déformés. Rarement et seulement dans les bronches, j’ai trouvé des granulations pigmentaires ;

6° Des cristaux de diverses formes, mais ceux que j’ai vus étaient peu réguliers ;

7° Parfois des végétaux sous forme :

a. de spores, b . de mycélium.

Cette présence des végétaux est exceptionnelle dans la diphthérie ;

8° Des vibrioniens des genres Bactcrium et Vibrio, surtout du premier genre, ayant le corps filiforme et raide *.

Variété des éléments anatomiques de la diphthèrie suivant

les différentes régions.

Dans la diphthèrie des fosses nasales, du larynx, de la trachée et des bronches, on trouve, comme éléments principaux des fausses membranes, de la fibrine, des matières grasses et des cellules épithéliales de l’endroit où ce produit morbide s’est développé. On conçoit, d’après cela, que l’examen anatomique ait une importance assez grande pour faire reconnaître d’où provient la concrétion pseudo-membraneuse. On voit l’utilité de t’aperçu que j’ai donné (p. 87 et suiv.) sur la structure normale des muqueuses respiratoires.

Dans le croup laryngé , l’épithélium est cylindrique , cilié ou pourvu de cils à la grosse extrémité de la cellule (pl. I, fig. 3). Il peut de plus y avoir quelques rares cellules à épithélium nucléaire ou pavimenteux.

Dans la trachée et dans les grosses bronches, les fausses membranes sont composées surtout de fibrine et de cellules épithéliales ciliées. Dans les bronches du moindre calibre, les concrétions diphthériques, reconnaissables à leur petit volume, offrent de l’épithélium pavimenteux.

1 Ces Vibrioniens m’ont paru distincts des fragments brisés du Leptothrix buccalis et assez faciles à reconnaître. Je crois, du reste, comme mon ami M. le docteur Davaine, que beaucoup d’êtres rapportés aux protozoaires vibrioniens appartiennent au règne végétal. ( Voy . Davaine, Traité des entozoaires, etc., Synopsis, p. v, 1859.)

ob KECHERCHES cliniques et anatomiques

J’y ai vu, quoique très-rarement, quelques granulations pigmentaires.

Dans la diphthêrie de la conjonctive examinée au début, une des concrétions de la paupière supérieure 1 montra les filaments déliés de la fibrine et une assez grande quantité de globules blancs qui étaient comme intercalés entre les filaments. Plus tard la concrétion avait un aspect amorphe; la fibrine était probablement devenue granuleuse.

Dans la cliphther ie des parties génitales et de Y anus , on

trouve principalement de la fibrine et de l’épithélium pavimenteux.

La diphthêrie cutanée présente un stratum amorphe et surtout fibrineux, mélangé de cellules pavimenteuses à divers degrés de développement.

Je n ai point trouvé les éléments embryo-plastiques ou fihro-plastiques dans les fausses membranes de la diphtérie, excepté quand les fausses membranes, s’étant plusieurs fois renouvelées sur une surface exulcérée, celle-ci était prête à se cicatriser et revêtue d’une mince couche où l’épithélium dominait.

La muqueuse sous-jacente , que je n’ai pu examiner que rarement, est sans excoriation marquée ou au contraire réellement exulcérée ou ulcérée. Dans quelques cas, j’ai trouvé les fibres de tissu cellulaire ou lamineux écartées par une matière amorphe granuleuse et parfois enci outées de granulations moléculaires, de matières

* A. Magne , Du croup des paupières, etc. (Union médicale, t. xir, p. 399, 1858.)

SUll LES AFFECTIONS PSEUDO-MEMBRANEUSES. 87

grasses et de globules purulents. Il y avait constamment, dans les préparations que j’ai faites avec cette muqueuse, des globules rouges sanguins (hématies) extravasés, plus ou moins altérés. Sur des pièces montrées h la Société anatomique et à la Société de biologie, pièces dont j’ai pu examiner des fragments, il ne pouvait exister aucun doute sur la diffluence et sur l’état de sphacèle des éléments de la muqueuse sous-jacente aux productions diphtbériques.

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