III. EXAMEN AVEC LES RÉACTIFS CHIMIQUES
À plusieurs reprises j’ai placé des fragments de fausses membranes diphthériques du larynx ou des bronches dans divers liquides. J’ai répété avec M. Grassi, ancien pharmacien en chef de l’hôpital Sainte-Marguerite, et avec Quérenne, de regrettable mémoire, à l’hôpital de la Charité, les expériences dont j’avais trouvé l’indication dans plusieurs ouvrages. Depuis cette époque, on a soumis les fausses membranes à l’action d’agents chimiques non encore essayés, tels que le bromure de potassium1, la glycérine2, le chlorure de soude3, etc. Voici, d’une manière générale, les effets de la plupart des réactifs :
L’eau froide n’agit pas d’abord sur les fausses membranes diphthériques, ce n’est que lentement et après
1 Ozanam, Comptes Tendus hebdomadaires de l'Académie des sciences, t. xlii, p. 1012, 1856.
* E.Bouciiut, Gazette des hôpitaux, p. 87, 1858.
° E. Barthez, Bulletin de la Société médicale des hôpitaux, t. iv, p. 62 et 73 (séances des 24 mars et 14 avril 1858).
plusieurs jours que le produit plastique s’y désagrégé , mais sans se dissoudre 1 ;
L’eau bouillante en dissout une faible partie, mais elle rend opaque, resserre et racornit le reste de la masse;
L’alcool racornit et ratatine les fausses membranes ; il dissout leurs matières grasses;
V acide sulfurique étendu d’eau racornit, crispe et brunit les fausses membranes ;
L’acide nitrique a une action analogue, il les jaunit; à la longue le produit plastique se réduit en grumeaux par suite de son action;
L’acide chlorhydrique a une action plus dissolvante que celle des acides précédents, surtout quand il est concentré, mais elle est moindre que celle de l’acide acétique. L emploi à froid de cet acide étendu donne parfois au magma une teinte violacée ou verdâtre; par la chaleur cette teinte est violette ;
L’acide acétique gonfle les fausses membranes, les pâlit et à la longue les rend diffluentes ;
L’acide chromique très-étendu les durcit d’une manière remarquable;
La teinture d’iode les jaunit, les roussit et les rend trèsdures;
La solution de nitrate d’argent rend les fausses membranes plus blanches, puis elle les resserre, les crispe,
1 M. Isambert avait pensé à Veau oxygénée qui, se décomposant instantanément en présence de la fibrine, pourrait servir à la distinguer de l’albumine concrète ( Archiv . gén. de méd., 5fl série, t. ix, p. 328). Cette réaction est trop difficile à pratiquer pour aider communément au diagnostic chimique des concrétions pseudo-membraneuses.
mais elle ne les dissout pas. La coloration passe ensuite au brunâtre ;
Les solutions de potasse, de soude, d ammoniacpue, rendent les fausses membranes molles, gélatineuses, diffluentes comme de l’empois ; elles sont filantes quand on renverse le vase. Cet effet se fait surtout remarquer avec l’ammoniaque.
Les solutions des sous-carbonates des mêmes bases a un effet moins marqué, mais sensiblement le meme. Cette action est bien plus rapide avec l’aide de la chaleur, au moyen de la lampe à l’alcool.
La solution concentrée de nitrate de potasse ramollit les fausses membranes et les rend assez transparentes ;
La solution de chlorate de potasse rend la fausse membrane demi-transparente et diffluente au bout de vingtquatre heures;
La solution de chlorate de soude a un effet pareil, mais deux fois plus prompt;
La solution de bichromate de potasse durcit légèrement la fausse membrane, mais ne la rend pas friable ;
L’eau bromurèe agit sur les fausses membranes de telle sorte qu’après douze heures elles sont devenues dures et friables; si on les touche dans la solution, elles se désagrègent et tombent en poussière;
Le bromure de potassium a une action plus marquée ; les fausses membranes plongées dans la solution pendant douze heures deviennent transparentes, molles, diffluentes; après trois jours, elles ont disparu et il reste au fond du vase des granulations moléculaires ;
La glycérine rend les fausses membranes diphthériques transparentes et les gonfle.
L’ensemble de ces réactions diverses montre la composition essentiellement fibrineuse des fausses membranes de la diplithérie