FAUSSES MEMBRANES DU PÉRICARDE
Les fausses membranes qu’on trouve sur la séreuse du cœur ou sur le péricarde occupent à peu près aussi souvent les deux feuillets; peut-être cependant le feuillet cardiaque ou viscéral en est-il plus souvent recouvert que le feuillet pariétal. La portion du péricarde qui enveloppe les oreillettes, le haut du cœur, et qui se réfléchit sur les gros vaisseaux, est aussi fort souvent le siège de ces dépôts pseudo- membraneux, et cela se conçoit par la configuration même du péricarde. En effet, ce sac séreux est composé, pour ainsi dire, de deux cônes adossés par leur base, et le cône supérieur, répondant aux gros vaisseaux, est, dans la situation horizontale prise ordinairement parles malades, situé plus bas que l’inférieur répondant au cœur. C’est donc dans le cône supérieur que siègent les épanchements pendant que le malade est couché; ils n'apparaissent à la partie inférieure du cœur que dans la station assise ou verticale.
L’aspect des fausses membranes du péricarde est trèsvariable ; j’insisterai principalement sur ce qu’il offre de particulier ou de spécial; les détails dans lesquels je suis déjà entré suppléeront à une description minutieuse et éviteront des répétitions inutiles.
Les fausses membranes récentes ont presque toujours deux faces, l’une adhérente, l’autre libre. Au début, elles forment une couche granuleuse mince et transparente, grisâtre ou opaline, qui tranche sur le poli de la séreuse environnante, mais qui en s’épaississant prend un aspect
ordinairement très-remarquable. Tous les observateurs ont signalé les inégalités de la surface externe. Corvisart l’a comparée « à la surface interne du bonnet ou second estomac du veau, sauf la profondeur de ces espèces de mailles qui, ici, était moindre1. » Les saillies réticulées, grumeleuses, inégales, rugueuses ou aréolaires, prennent aussi la forme du gâteau de miel des abeilles, des villosités de la langue des chats, etc. M. Hope leur trouve une grande ressemblance avec le beurre mou |qui reste sur deux assiettes plates qu’on aurait séparées après les avoir pressées l’une contre l’autre.
Dans d’autres cas, on a trouvé qu’elles rappelaient les ligures du fruit de l’ananas ou du pin et la graisse figée par places. Dans certaines circonstances, on remarque sur la séreuse des prolongements d’un aspect piliforme, et le cor villosum a été décrit par d’anciens auteurs.
En résumé, les figures qu’offre la surface externe des fausses membranes récentes, déposées sur le péricarde, sont celles d’alvéoles, de réticulations et de saillies irrégulières, piliformes, villeuses, obtusément coniques, etc. Les moins épaisses sont très-minces, produites par un suc glutineux ou une gelée transparente parfois difficile à apercevoir; les plus épaisses sont jaunâtres, verdâtres ou rougeâtres, suivant que la sérosité, le pus ou le sang les pénètrent.
Dans les fausses membranes anciennes nous trouvons les modifications déjà observées; les saillies de la face libre
1 J. -N. CouviSART, Essai sur les maladies et les lésions organiques du cœur et des gros vaisseaux, 3e édition , p, 19, 1818.
sont moins marquées, les adhérences celluleuses sont moins épaisses; elles sont filamenteuses ou lamelleuses et quelquefois fort étendues.
Les fausses membranes minces sont étalées et offrent un aspect blanchâtre qui leur a valu le nom de plaques laiteuses. D’autres fausses membranes affectent la forme de mamelons et d’indurations ayant de la ressemblance avec le blanc d’oeuf durci , avec des granulations ou des végétations rougeâtres. Elles peuvent être composées de couches superposées ou stratifiées, semblables à celles de la plèvre; mais elles offrent plus d’inégalité à leur surface extérieure ; elles peuvent enfin circonscrire des cavités ou vacuoles pleines de liquide.
Les adhérences vascularisées et formées par des néomembranes se trouvent sur tous les points de la surface du péricarde; parfois elles sont généralisées à un tel point, que la cavité a disparu ; ce cas cependant est fort rare. Elles siègent souvent à la base ou à la pointe de l’organe central de la circulation. Les adhérences entre les deux feuillets de la séreuse peuvent encore être formées tantôt par un tissu mou, gélatiniforme et cependant résistant; tantôt par une lame de tissu interposé grisâtre, cartilaginiforme ou ossiforme.
Les transformations que les fausses membranes anciennes subissent sont les mêmes que celles de la plèvre. Les plaques laiteuses sont remarquables et très-visibles sur le cœur, elles renferment des granulations moléculaires et graisseuses. Les autres plaques épaisses prennent la dureté du cartilage ou des os par le dépôt de granulations moléculaires et de matière amorphe ou de
sels calcaires. Les produits pseudo-membraneux devenus ossiformes peuvent envelopper la base du cœur à l’origine des vaisseaux et même former une coque à cet organe.
Les kystes pseudo-membraneux peuvent exister dans le péricarde; les kystes partiels y sont rares, le kyste général produit les adhérences totales.
Les fausses membranes du péricarde peuvent présenter les memes alterations morbides que celles de la plèvre.
Les fausses membranes non susceptibles de s'organiser se comportent ici comme celles de la cavité pleurale. Certaines plaques laiteuses ou rugueuses sont peut-être formées par des coagulations fibrineuses déposées sur. la surfaces du péricarde; elles ont été amincies par les frottements et se sont infiltrées de matières grasses.
Le liquide renfermé dans le péricarde est de la sérosité citrine, sanguinolente, ou purulente, tenant ou non en dissolution des caillots fibrineux.
L 'examen microscopique des fausses membranes renfermées dans le péricarde fait constater les éléments généraux et habituels déjà signalés (p. 198). Dans plusieurs cas de fausses membranes aréolaires et de cor villosum , j’ai vu que la fibrine, les corps granuleux de l’inflammation, les globules purulents principalement sans noyaux (leucocytes divers), et les granulations moléculaires ainsi que la matière amorphe, formaient les saillies caractéristiques du cor villosum.
Les plaques laiteuses lisses qui existent si souvent sur le péricarde viscéral et pariétal sont formées de granulations moléculaires extrêmement nombreuses; quand ces
plaques laiteuses sont très-anciennes, la fibrine n’y est ordinairement plus apercevable ; elle a disparu par résorption. On trouve toujours du reste des matières grasses, des corpuscules ayant l’aspect et toutes les réactions des corps gras dans les plaques laiteuses; on y i trouve aussi de la cholestérine et parfois des poussières minérales. Rokitansky a décrit le péricarde gypseux, c’esta-dire incrusté de sels calcaires.
Les adhérences du cœur n’offrent rien de plus spécial que celles de la plèvre au point de vue de Y examen microscopique.